10. Madden

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Je suis désolée, vraiment vraiment désolée, j'ai publié le chapitre 11 et la suite avant ce chapitre-là, et en plus dans le 14 je parle de ce moment... J'espère que vous pourrez quand même vous ressituez dans l'histoire :(( Si vous avez des questions, n'hésitez pas à me les poser en commentaire. Encore désolée...

Madden n'avait jamais connu une personne aussi insistante, chiante et lourde. Jamais. Lorsque le troisième petit morceau de papier vint percuter son front en cours d'anglais, un juron franchit brusquement ses lèvres. Plusieurs élèves se retournèrent pour la dévisager, jusqu'au professeur même qui s'arrêta un instant de parler, cherchant du regard qui avait bien pu prononcer de tels mots. Quand tout le monde retourna à ses occupations, elle se tourna vers Erwin, installé deux tables plus loin et lui fit un doigt. Il semblait vouloir dire quelque chose en bougeant ses lèvres silencieusement, mais elle l'ignora. Quel âge avait-il, sérieusement ? C'était les enfants de cinq ans qui faisaient ce genre de choses, pas des ados de dix-sept ans.

  • Il veut que tu lises ce qu'il y a dessus, marmonna Emma qui en avait assez de leur manège.
  • Comment tu sais ça toi ? demanda-t-elle, sceptique.
  • C'est ce qu'il essaie de te faire comprendre avec ses mimes.

Madden soupira et hésita entre déchirer le morceau de papier en milles morceaux et l'ouvrir. Finalement, la curiosité l'emporta et elle le déplia d'un air mécontent. « On se voit après ? » y avait-il marqué. Puis, dans un coin, écrit en tout petit : « Je t'aime ». Elle poussa un profond soupir et déposa le mot en face de sa trousse. Les cinq minutes suivantes, elle l'impression qu'un compresseur broyait son cœur. Ce n'était que le troisième jour depuis la soirée du Mur. Seulement le troisième jour, et elle avait déjà mal. Ça promettait...

Un deuxième morceau de papier la visa, seulement, Emma s'appuya sur le dossier de sa chaise au mauvais moment et le reçut sur la joue. Sur le moment, elle ne réagit pas, mais Madden put l'entendre dire :

  • Je vais le tuer.

Finalement, elle le ramassa et le lança à sa meilleure amie. Celle-ci l'ouvrit presque machinalement, alors que sa raison lui hurlait de l'ignorer.

« Dis-moi où. Un endroit discret où parler. »

Il était exaspérant. Elle s'empara de son stylo et inscrivit sur le dos : « Qui a dit que j'avais envie de parler ? ». Ensuite, elle se retourna sur sa chaise et le lui lança. Quand son regard croisa le sien, elle le détourna aussitôt. La technique était la suivante : limiter un maximum de contact, que ce soit toucher ou regard. Maintenir seulement une conversation formelle avec lui, rien de plus. Avec chance, le lycée finirait par oublier leur nom sur le Mur. Si leur relation restait ainsi plusieurs semaines, tout le monde s'ennuierait et on leur ficherait la paix. Pourvu que sa technique fonctionne...

Alors qu'il s'apprêtait à lui envoyer sa réponse, la sonnerie retentit. Madden s'empressa de rassembler ses affaires, le plus vite possible pour ne pas lui laisser le temps de l'aborder, et s'enfuit de la salle sans même attendre Emma. Malheureusement, elle eut vite fait d'entendre des pas dans son dos. Ses pas. Évidemment.

Elle devait chercher une solution, et rapidement. Elle ne supporterait pas de lui faire face, pas après être passé par sa période de cure. À quoi cela aurait-il servi d'avoir brûlé toutes leurs photos, pleuré juste après pour cette perte, avoir éliminé son numéro de son téléphone puis remit deux secondes après, et tout cela plusieurs fois par jour ? Elle avait fini par se faire une raison et avait réussi à surpasser cette épreuve. Et maintenant, tout s'écroulait. Elle se retrouvait au même point de départ. Ses sentiments pour lui étaient revenues comme une gifle, et tout ce à quoi elle pensait le concernait. Son cerveau réfléchit à toute vitesse pour trouver un lieu où il ne pourrait pas la rattraper pour parler. La solution lui vint toute seule : face à elle, les portes des toilettes des filles étaient ouvertes. Elle courut jusqu'à l'intérieur et referma la porte. Sa respiration fut le seul bruit audible entre ces murs aux petits carreaux blancs. Quelques secondes passèrent, les plus silencieuses qu'elle n'ait jamais connu. Soudain, alors qu'elle se croyait à l’abri, la porte s'ouvrit brusquement.

Lui.

Dans les toilettes des filles.

Prise de panique, elle se réfugia dans un cabinet et voulut refermer la porte. Une pression la fit résister. Elle poussa un peu plus, de toutes forces, mais ce n'était pas suffisant. Ce fut lui qui eut l'avantage et il entra dans le cabinet en refermant la porte derrière lui. Un malade mental.

  • Dégage, vite, fit-elle d'une voix tremblante.
  • Mad', c'est toi qui me force à faire ce genre de choses, soupira-t-il.
  • Dégage ! cria-t-elle, au bord de l'hystérie. T'as rien à foutre ici, dégage !

Le lieu était tellement étroit qu'il lui suffisait d'un pas pour se coller contre lui. Évidemment, elle voulut se tenir le plus loin possible et s'agenouilla sur le couvercle des toilettes. Quant à lui, il n'osait faire un geste, par peur de faire quelque chose de mal. Un silence prit place. Madden aurait autant voulu qu'il lui déballe une nouvelle fois ses mensonges plutôt qu'il se taise.

  • Qu'est-ce que tu veux ? finit-elle par demander.
  • Juste parler. Ça fait trois jours que tu m'évites.
  • On se demande pourquoi, marmonna-t-elle avec un petit rire.
  • C'est pas ma faute, ok ? s'emballa-t-il. Tu crois que ça me plaît de jouer le psychopathe à te suivre jusqu'ici pour pouvoir te parler ? Tu me regardes comme si j'étais un monstre prêt à te dévorer, enfin, quand tu me regardes.
  • Et tu crois que ça me plaît à moi de devoir me remettre avec le gars qui a détruit mon cœur ?

Elle était beaucoup trop émotive, ça n'allait pas du tout. Il allait la penser faible, ou drama queen, au choix. Pourtant, tout dans son regard signifia le contraire. Quand elle le regarda dans les yeux, après un autre instant de silence, elle ne vit aucune moquerie. Seulement de la tristesse. Une très, très profonde tristesse.

  • Je suis désolé, souffla-t-il. Sincèrement désolé. Je te jure, je donnerai tout pour pouvoir retourner en arrière et effacer les faits.
  • Ouais, déclara-t-elle en sentant les larmes monter. Mais en attendant, c'est trop tard. Fallait réfléchir avant.
  • Mad'...
  • Tu sais combien de fois j'ai regardé la vidéo ?

Il baissa la tête d'un air coupable. Elle était sur la bonne lancée. Elle allait lui faire tellement mal qu'il n'allait plus vouloir lui parler. C'était ce qu'elle voulait, n'est-ce pas ?

  • Trois cent treize fois.

À ce nombre prononcé, il ferma les yeux, comme pour souhaiter plus que tout se trouver n'importe où sauf ici. Une larme déborda de son œil à elle.

  • Et quand j'entendais ses gémissements, quand je vous voyais tout les deux, couchés dans le lit à...
  • Arrête.
  • Tu l'as regardée au moins ?

Il ne dit rien.

  • Est-ce que tu l'as regardée putain ! hurla-t-elle, à présent hors d'elle.
  • Bien sûr que je l'ai regardée ! craqua-t-il. Je l'ai regardé, et tu sais pourquoi ? Parce que je ne me souvenais de rien ! Parce que quand je l'ai vu, j'ai cru que c'était mon frère et...
  • Ta gueule.
  • Madden, crois-moi, supplia-t-il.
  • T'aurais pas pu trouver plus pourri comme excuse.

Elle voulut le pousser sur le côté pour rouvrir la porte et sortir de cet endroit, mais il se plaça devant, de sorte à ne lui laisser d'autre choix que de lui faire face.

  • S'il te plaît, crois-moi. Je sais que t'en as pas envie, mais je dis la vérité...
  • Je ne veux plus te voir. Laisse moi passer.

Son ton était tranchant et sans appel. Erwin semblait au bord du précipice. Près à plonger dedans si elle le lui demandait, si près du bord qu'il lui suffisait d'un murmure pour qu'il se jette dedans. Ses yeux étaient humides, grands ouverts pour la supplier de lui pardonner. Elle détourna le regard. Elle ne supportait pas le voir ainsi, si faible et soumis à elle.

  • Je t'aime, murmura-t-il.
  • Arrête, souffla-t-elle en fermant les yeux.
  • Je t'aime, répéta-t-il d'une voix défaillante. Est-ce que tu crois que je serais capable de te mentir si je te dis ces mots avec autant de sincérité.
  • Juste arrête, laisse tomber, tu nous fais du mal à tous les deux.
  • Justement. Je crois que t'as pas compris un truc.

Elle releva la tête, surprise par sa réponse.

  • Je ne laisserai jamais tomber.

Pour une raison qu'elle ignorait, ces mots lui firent monter les larmes aux yeux. Il lui avait dit exactement la même chose au début de leur relation. Les mêmes mots, sur le même ton. À ce moment là, elle hésitait encore à s'engager. Ses émotions se mélangeaient beaucoup trop, elle doutait de tout et avait décidé de l'éviter. Alors il lui avait dit qu'il l'aimait, elle avait répliqué qu'il laisse tomber, puis il s'était approché et lui avait murmuré : « je ne laisserai jamais tomber ».

Exactement comme maintenant.

Un sanglot remonta dans sa gorge et franchit ses lèvres. Plusieurs larmes s'échappèrent et toutes les émotions revinrent au même moment.

  • Mad', non...

C'était trop, beaucoup trop. Toute cette peine retenue depuis longtemps, tous ces désirs refoulés dans l'espoir qu'ils disparaissent. La vérité était qu'ils ne disparaîtraient jamais. Madden continuerait de l'aimer, peu importe où elle se trouvait et ce qu'elle ferait. Elle lui avait donné son cœur, ses secrets, et c'était trop tard pour les reprendre. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, c'était lui qu'elle voyait, c'était ses mains sur son corps qu'elle sentait, c'était sa voix qu'elle entendait. Chaque fois, elle luttait pour ne pas courir chez lui et se réfugier dans ses bras, juste pour retrouver ces vieilles sensations vitales. Et maintenant, enfermée dans ces toilettes avec lui, la tentation était trop forte.

Il enroula son bras autour de sa hanche et l'attira contre lui. Alors elle enfouit sa tête dans le creux de son cou et huma son odeur avec avidité, comme s'il s'agissait de sa seule nourriture et qu'elle en avait manqué depuis trop longtemps. Ils restèrent ainsi immobiles, serrés l'un contre l'autre. Mais même s'ils étaient proches physiquement, des tas de secrets les séparaient. Des secrets, des mensonges, et tout ce qui pouvait briser un couple. Entre eux, il y avait ce silence qu'ils n'osaient toucher, cette part de vérité qu'ils n'arrivaient pas à découvrir. Séparés à jamais par ces choses invisibles, Madden respira son odeur une dernière fois et se détacha.

Mais alors qu'elle allait lui demandait de la laisser passer pour la énième fois, il l'embrassa. Délicatement, tendrement, comme Erwin le savait le faire. Dans ce baiser, il lui vola une partie d'elle, il lui prit tout ce en quoi elle s'était tenue ces derniers mois. Car elle ne résista pas. Elle n'en eut pas la force. La sensation était trop bonne, cela faisait si longtemps... Qui allait lui en vouloir ? Elle-même, pour sûr, mais c'était une affaire qu'elle réglerait plus tard. Alors elle encadra son visage avec ses mains et lui retourna le baiser, cette fois ci avec plus de colère et de force. Elle le plaqua contre le mur sans grande difficulté. Il se laissait faire, si heureux qu'elle ait cédé. Au moment où il enroulait ses bras autour de sa taille pour l'emprisonner contre lui, elle se dégagea brusquement et le fixa comme si elle avait fait l'erreur du siècle.

  • Je... tu... balbutia-t-elle, totalement désorientée. On aurait pas du...

Submergé par les émotions, Erwin reprit son souffle sans penser à lui répondre. C'était une victoire pour lui. Il lui avait montré qu'elle ne pouvait lui résister. Il s'était montré plus fort que sa volonté, et à son sourire, Madden devina qu'il s'en réjouissait. Quelle idiote elle avait été. Mais quelle idiote.

  • T'es qu'un connard en fait, cracha-t-elle, plus dégoûtée d'elle-même qu'autre chose.
  • Quoi ? Mais...

Elle ouvrit le loquet du cabinet et sortit aussi vite qu'elle put. Elle oublia son sac qu'elle avait laissé à l'intérieur, mais tant pis. Le récupérer était devenu le cadet de ses soucis. Elle courut jusqu'à la sortie des toilettes en le sachant derrière elle.

  • Madden ! Madden, attends !

Plusieurs fois, il frôla de sa main son bras mais ne réussit pas à la rattraper. Ce ne fut qu'au milieu de la cour qu'il lui saisit le poignet et la retourna de force, sous les yeux de toute l'école et de leur groupe, surpris par leur course poursuite étrange.

  • T'as pas le droit de dire ça ! T'as aucun droit ! cria-t-il, visiblement en colère.
  • Tu profites de moi ! C'est toi qui n'avais aucun droit de dire ça et...
  • Mais merde à la fin ! Pourquoi c'est toujours moi le méchant de l'histoire, dis-moi ? Ok, je t'ai embrassé, mais c'est toi qui a continué ! Alors arrête de jouer ta victime sans cesse, parce que, certes, j'ai fait des erreurs, mais tu n'es pas une sainte non plus !

Ses mots lui broyèrent le cœur. Sûrement parce que, quelque part, il avait raison. Il reprit sa respiration, lui lança un dernier regard de haine et s'en alla. C'est ce regard qui la marqua. Jamais il ne l'avait regardé ainsi. Jamais. C'était comme s'il lui enfonçait un couteau en pleine poitrine.


Qu'avait-elle fait ? Mon dieu, mais qu'avait-elle fait ?


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