12. Lucas

17 minutes de lecture

Une légère brise refroidissait la température ce matin. Lucas avait revêtu son éternelle veste en cuir. En le voyant sortir de chez lui, Raven avait souri. C'était la veste qu'elle lui avait offerte à son anniversaire, après qu'il ait abîmé l'ancienne. Main dans la main, ils avançaient à présent vers l'entrée du lycée, tel un couple depuis longtemps uni. Cependant, Lucas était nerveux. Il s'appliquait à se contrôler pour ne pas le laisser paraître : cela fonctionnait puisque Raven ne semblait se douter de rien. Pourtant, depuis le soir du Mur, elle gardait un œil attentif sur lui, à son plus grand désespoir. Il n'avait pas remercié son frère pour lui avoir épargné le face à face avec son père. Saoul comme il avait été, il doutait que cela se serait bien terminé.

Arrivé en bas des marches, il aperçut le groupe de garçons qu'il devait rejoindre. La moitié de ceux-ci fumaient, l'autre moitié avaient une bouteille de vodka dans les mains. Question discrétion, ce n'était pas vraiment au point. S'il disait à Raven qu'il allait les voir pour leur demander des devoirs, ça ne marcherait pas. Malheureusement, aucune solution ne vint à lui. Puis il se dit qu'il n'avait pas à se justifier. C'était sa vie, ses choix, personne ne s'imposerait à lui et encore moins elle. Il lâcha sa main. Surprise, elle se retourna pour le questionner du regard.

  • Je... je dois leur dire un mot. Par rapport à l'autre soir.

Elle fronça les sourcils. C'était sorti tout seul. Il n'avait même pas eu à élaborer l'excuse dans sa tête. Mentir devenait de plus en plus naturel décidément.

  • Tu n'as rien à leur dire. Viens.

Elle tendit sa main pour qu'il la prenne, mais il resta immobile.

  • Attends moi devant la classe, insista-t-il. Je dois aller les voir.
  • Mais Lucas...
  • Fais ce que je te dis, trancha-t-il plus sèchement qu'il n'aurait voulu.

Son froncement de sourcil se renforça, mais elle finit par obéir. Lentement, elle gravit les marches d'escaliers. Un soupir franchit ses lèvres. Finalement, l'excuse n'était pas aussi bonne que cela.

Deux des gars du groupe l'observaient avec des yeux rieurs. Ils se moquaient de lui, c'était évident, mais il n'y fit pas attention. Ces mecs là n'avaient jamais eu de petite amie, ils ne savaient pas aimer. Tout ce qu'ils savaient faire c'était fumer de l'herbe et coucher avec la première fille qui se proposait. Cette existence, il la leur laissait. Lucas était très bien avec Raven, pour ne pas dire qu'elle était aussi précieuse qu'une tonne de diamant. Il avait sacrifié beaucoup de choses pour elle avec elle et il ne le regrettait pas une seule seconde. Cependant, ces gars là avaient quelque chose qu'il voulait essayer. Certes, il était bien avec elle, mais seulement avec elle. Plus les jours passaient, et plus ils se sentait faible, en proie à une dépression imminente. Et il détestait cette impression. Erwin jouait de plus en plus le frère protecteur, sa relation avec son père restait glaciale et sa mère se réfugiait dans ses livres d'histoire et son jardinage. Il en avait juste marre de tout subir, alors il cherchait une voie de sortie. Quelque chose qui l'aiderait à déconnecter quelques instants, quelque chose qui ne soit pas Raven.

Il s'avança vers eux. Tous le dévisagèrent comme un intrus indésiré. Un seul esquissait un petit sourire. C'était à lui qu'il avait envoyé le message.

  • Je pensais que t’allais te dégonfler, déclara ce dernier.

Lucas lui adressa un regard noir. Cependant, il ne répliqua rien. Répondre à ce genre de pique était la chose la plus inutile à faire avec de genre de mecs.

  • Je l'ai pas sur moi, continua-t-il en avalant la fumée de sa cigarette.
  • On avait dit aujourd'hui, s'impatienta Lucas.
  • Ouais, ben tu l'auras aujourd'hui, t'inquiètes pas. Après les cours, tu suis Fred.

Il désigna d'un mouvement de la tête un de ses amis aux cheveux noirs tombant devant ses yeux.

  • Où ?
  • Tu verras. Personne ne doit te suivre, compris ? Ce sera rapide.
  • C'est combien ?
  • Vingt balles.
  • Vingt ? répéta-t-il, incrédule.

Il n'avait pas pensé devoir le payer si cher.

  • C'est quoi le problème ? Pour des gosses de riches comme toi, c'est que dalle.
  • Certes, mes parents sont riches mais pas moi.
  • Débrouille-toi.
  • Écoute, j'ai dix euros sur moi. Si je suis... Fred ? (le garçon hocha la tête), je pourrais vous donner que ce que j'ai.
  • Tu me donneras les dix autres demain.

Ils se mirent d'accord. Au moment où Lucas tourna la tête vers le portail, il aperçut alors son frère l'observer de loin. Ses traits étaient contractés. Il n'allait pas supporter une année comme ça. Pourquoi le surveillait-il sans cesse ? C'en était presque fatiguant à la longue. Il monta les marches en récitant tous les jurons existants dans sa tête. Voulant passer à côté de lui dans une indifférence totale, il ne put aller bien loin. Erwin s'empara de son bras et le retint contre son gré.

  • Tu fous quoi là ?
  • Dégage, cracha-t-il en cherchant à retirer son bras.

Mais son frère avait la poigne bien solide.

  • Qu'est-ce que tu trafiques ?
  • Tu peux pas me ficher la paix, un seul instant ! s'exclama-t-il brusquement, beaucoup trop énervé pour supporter encore une seule de ses paroles. Merde, laisse moi vivre !

Erwin le lâcha. Son regard aurait pu le scinder en deux tellement il était perçant. Les deux frères se tinrent l'un en face de l'autre, chacun avec cette petite lueur de défi dans les yeux qui disait « vas-y, essaie de me retenir ». Leur manière de se battre silencieusement était triste. Il n'y avait plus rien des jumeaux inséparables, plus rien de leurs promesses d'enfants. Lucas plongeait tête la première dans un monde où tout échappait à son contrôle et Erwin le regardait faire, lui même impuissant. Si seulement il y avait une solution pour éviter une tragédie. Si seulement...

  • Tu te diriges dans la mauvaise direction, finit-il par lâcher avec un goût amer dans la bouche.
  • Occupe-toi de tes affaires veux-tu, répliqua sèchement son frère. Je n'ai pas besoin de toi.

Ses derniers mots broyèrent le cœur d'Erwin. Lucas lui lança un dernier regard de haine et s'en alla. Il essayait. C'était dur mais il essayait. Il essayait de faire abstraction de tout le mal infligé, il essayait de faire comme si tout allait bien, comme si son frère ne le haïssait pas autant. Il essayait, mais ça devenait de plus en plus difficile. Il aurait voulu être celui qui le soutenait, celui sur qui il pouvait compter. Mais la réalité était bien plus cruelle. Il était justement celui que son frère voulait voir disparaître. Qu'avait-il fait ? C'était la question qu'il tentait de résoudre. Aucune réponse ne venait à lui malheureusement. À croire que le sort s'acharnait sur lui sans aucune raison valable.

Le reste de la journée se passa sans encombres pour Lucas. Raven ne lui posa aucune question sur ce matin, même s'il voyait bien que l'envie la tiraillait. Ils se mirent ensemble pour un travail en philosophie qu'ils devaient rendre dans deux semaines, participèrent au débat en littérature universelle et finirent la journée sur un cours d'anglais entretenu, dans lequel leur professeur avait élaboré un jeu pour réviser ce qu'ils avaient vu la semaine passée. À la sortie du lycée, il aperçut du coin de l’œil ce Fred qu'il était censé suivre. Il avait tenté d'oublier ce détail tout au long de la journée, mais la vérité revenait toujours. Après tout, c'était lui qui le voulait, n'est-ce pas ? Personne ne le forçait. Et sincèrement, il avait envie de tenter quelque chose de nouveau. Une échappatoire, quelque chose qui lui permettrait de fermer les yeux sur ce monde et de se retrouver lui-même.

  • Je rentre seul ce soir, annonça-t-il à sa petite amie qui s'apprêtait à prendre le chemin du retour en sa compagnie.

Elle se retourna, surprise.

  • Tu vas où ?
  • Boire un verre avec des potes. Je t'appelle quand je rentre, ok ?

Mais au lieu de la voir sagement hocher la tête et tourner les talons, elle fronça les sourcils et croisa ses bras sur sa poitrine.

  • Avec quels potes au juste ?
  • Ça t'étonnes que j'ai des amis ? maugréa-t-il, piqué par sa question.
  • Non, mais ça m'étonne que tu ne m'en ai jamais parlé.
  • Et bien maintenant je t'en parle. Bon, s'il te plaît..

Elle abandonna et déposa ses lèvres humides sur les siennes. S'il avait fait un peu plus attention, il aurait remarqué la suspicion dans son regard. Raven n'était pas assez idiote pour croire de telles excuses. Si Lucas croyait la berner de cette manière, il se mettait le doigt dans l’œil. Elle le regarda partir, silencieuse. Le jeune homme n'adressa aucune parole à Fred. Les deux élèves disparurent sur le chemin gravillonné, derrière un soleil bas dans le ciel.

Ils durent parcourir trois kilomètres pour arriver à leur point d'échange. Le reste du groupe de gars était là et ils l'observèrent arriver avec une certaine moquerie dans le regard. Ça leur faisait plaisir de voir un « gosse de riche » comme ils aimaient le dire se mêler à ce genre de trafic. C'était comme un divertissement pour eux.

L'endroit était insalubre et hostile. Les murs de béton brut étaient tagués de tous les côtés. La construction grise s'avançait sur une rivière marron. Une odeur de pourriture s'élevait de la terre : à croire que tout cela avait été construit sur les restes d'une décharge. Il ne savait pas que de tels endroits existaient dans la région. Pour lui, le Sud n'était fait que de cigales, de soleils ardents et d'après-midi dans la piscine. Il s'agissait sûrement du côté plus confortable de la société. Le reste était constitué de ces morceaux de bétons et de trafic de drogues échappant de justesse aux mains des autorités. Et quand deux mondes bien distincts se croisaient, le résultat n'était souvent pas très beau à voir.

  • L'argent d'abord, commença celui à qui il avait parlé ce matin.

Lucas déposa son sac de cours au sol et sortit dix euros de sa poche.

  • Demain sans fautes, menaça-t-il en s'emparant du billet. Sinon...

Le jeune homme fronça les sourcils.

  • Sinon quoi ?
  • Tu le sauras très vite. Ici, on paye ses dettes, et rapidement.

Le message était clair. Le malaise grandit avec ces paroles. Lucas commençait à regretter d'être venu. Et si quelqu'un le voyait ici ? On le connaissait partout dans la ville. Facile d'être reconnu quand ses parents participaient à toutes les événements de la mairie, en plus de leurs travails respectifs. Il n'imaginait pas la réaction de son père quand il saurait que son fils était un dépravé cherchant à se droguer. Déjà que pour une moto il en avait fait tout un scandale...

On lui tendit un petit sachet d'herbe qu'il saisit avec vitesse et fourra dans la poche de sa veste en cuir.

  • Tu sais comment faire ? lui demanda un des types qui le regardait depuis le début avec un mauvais œil.
  • Je... je me débrouillerai.

Il y avait bien quelques tutoriels sur Youtube pour les apprentis comme lui. Il n'avait aucune envie de jouer celui qui ne savait rien devant des mecs comme ça. Au moment où il s'apprêtait à partir, n'ayant plus rien à faire ici, une voix les héla dans leur dos. Il traînait par le bras une fille qui semblait se débattre et grogner de le lâcher. Lucas se sentit mourir sur place quand il la reconnut.

Raven.

  • Je l'ai trouvée en train de nous espionner, indiqua le type qui la traînait comme un animal.

Il détestait la manière dont il la tenait. À la tête de sa petite amie, il semblait lui faire mal.

  • Lâche-la, ordonna-t-il d'une voix sans appel.
  • Elle est à toi ? demanda celui qui lui avait passé l'herbe en la désignant du menton.
  • Oui. Maintenant, lâche-la.

Le type hésita un moment puis la poussa devant lui comme dégoûté. Raven se colla contre le corps de Lucas, les yeux écarquillés devant tant d'hommes à l'aspect dangereux. Pour une fille de son genre, plutôt jolie avec de belles courbes, c'était le genre d'endroit à éviter absolument. Lucas aurait bien voulu lui demander ce qu'elle faisait là, mais il ravala sa colère pour plus tard. Pour l'instant, la seule chose à faire était la garder contre lui et partir. Malheureusement, cette interruption ne leur plut pas.

  • On est mal barré si ta gonzesse nous balance, cracha le nommé Fred en la fixant avec des yeux mauvais.
  • Je... je balancerai rien, répondit Raven d'une voix tremblante.
  • Et qui nous dit que tu ne vas pas le faire, petite colombe ? demanda cette fois-ci le passeur de drogue.
  • Parce qu'elle vous l'a dit, s'interposa Lucas en se plaçant devant elle. Laissez nous partir.
  • Vois-tu, on n'a pas envie que toi et ta jolie famille foute la merde à notre commerce.
  • Il n'en sera rien, assura-t-il.

Il tentait de paraître le plus calme et le plus confiant possible, mais son altitude nerveuse le trahissait. Ils se délectaient de cette scène. À croire que tout ce qu'ils aimaient, c'était la violence, comme une nourriture dont ils ne pourraient se passer. Son interlocuteur sauta de son mur sur lequel il était assis et s'approcha d'un air menaçant du couple. La main de Raven vint se loger dans celle de Lucas. Il sentait sa respiration saccadée se cogner contre sa nuque.

  • Bizarrement, j'ai pas confiance en toi et ta petite tête d'ange.
  • Laissez. Nous. Partir.

Un petit rire mauvais franchit ses lèvres. Il pencha sa tête pour observer Raven. Les battements de son cœur s'accélérèrent.

  • Elle est plutôt jolie. Tu crois que si je lui écarte les cuisses, elle pleurera comme une...

Impulsivement, Lucas s'empara du col de sa veste et le plaqua contre le mur, son visage à quelques millimètres du sien. Ses traits ne pouvaient pas être plus contractés. La colère affluait dans ses veines comme une lave s'apprêtant à exploser d'un moment à l'autre.

  • Tu touches à un seul de ses cheveux, et je t'enfonce ta tête dans ce mur.
  • Mais c'est qu'on joue les méchants, s'amusa l'autre avec un sourire espiègle. Tu tiens à elle on dirait. Alors fais en sortes de nous payer ces dix balles demain et de te taire sur ce qui s'est passé ce soir, ou tu l'entendras crier ton nom pendant qu'on la laboure comme une bonne vieille chienne.

L'envie de lui enfoncer son poing dans sa face n'avait jamais été aussi forte. Inconsciemment, il s'imaginait la scène et en tremblait de rage tellement il en était révolté. Il ne permettrait pas qu'il lui arrive quelque chose. Pas à Raven, et surtout pas par ces mecs qui ne valaient rien. Absolument rien. Des vermines, voilà ce qu'ils étaient.

Il le lâcha à contrecœur et lui jeta l'herbe qu'il s'était emparé quelques minutes auparavant.

  • Va te faire foutre.

Il ne réclama même pas ses dix euros. Tout en prenant Raven par le poignet, il récupéra son sac et partit en vitesse, elle sur ses talons. Aucun des deux ne prononça un mot sur le trajet. Il entendit un reniflement et devina qu'elle pleurait, mais il se jugeait encore trop près de leur groupe. Un d'eux pourrait très bien les suivre et les espionner, comme Raven l'avait fait. Alors il prit sur lui pour ne pas la rassurer et continua d'avancer. Au fond, elle l'avait cherché. Si elle ne l'avait pas suivi jusqu'ici, rien de tout cela ne serait arrivé et elle n'aurait pas eu à écouter ces menaces crues. Oui il était en colère. Il était en colère pour avoir écouté ces mots cruels, pour retourner dans tous les sens la scène qu'il s'était imaginé avec. Il avait presque envie de vomir en y pensant. L'intérieur de ses yeux le brûla et il marcha de plus en plus vite, sans se rendre compte que son emprise sur le poignet la jeune fille s'était refermée au point de lui faire mal.

  • Lucas... l'appela-t-elle faiblement entre deux sanglots.

Il ne l'entendit pas. Son esprit était plongé dans l'horreur, il la voyait détruite, brisée par ces hommes sur son lit, seule et sa respiration s'accéléra à mesure qu'il imaginait les détails, un par un. Ça n'arriverait pas, tentait-il de se rassurer. Ça n'arriverait pas puisqu'il lui avait rendu l'herbe et qu'aucun des deux ne dirait rien. Et si malgré tout ça arriverait... Et s'il la perdait elle aussi... Non, il ne pouvait pas la perdre, pas elle, pas après tout ce qu'on lui avait arraché.

  • Lucas ! cria-t-elle en s'arrêtant brusquement.

Il se retourna et relâcha son emprise. Une marque rouge s'imprimait sur sa peau. Horrifié par cette image, il recula de quelques pas, presque dégoûté de lui-même. Raven tenta de le calmer :

  • C'est rien, ça va partir dans quelques secondes.
  • Pourquoi tu m'as suivi ? craqua-t-il sous l'émotion. Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que tu te mêles de ce qui ne te regarde pas !
  • Je t'ai suivi parce que je m'inquiétais ! Je voyais bien que quelque chose clochait ! Depuis quand tu fais ça ? Depuis quand tu cherches à te droguer ? C'est quoi le délire cette fois-ci !
  • Tu ne sais rien, cracha-t-il avec haine. N'essaie pas de comprendre ce qui t'échappes et contente-toi de rester à ta place.

Son cœur se broya sous ses mots. Ses yeux se noyèrent sous les larmes et elle tenta de ravaler ses sanglots pour pouvoir parler.

  • Non. Tu sais pas ce que tu dis.

Sous le coucher de soleil, elle vit le contour de ses paupières rougir et des larmes dévaler ses joues. Elle s'approcha et entoura son visage de ses mains, luttant pour ne pas faire déborder son désespoir.

  • Ce n'est pas toi, murmura-t-elle d'une voix brisée. Je suis là, Lucas. Ne te drogue pas en pensant que c'est le mieux à faire, parce que tout ce que tu parviendras à obtenir c'est le vide en toi. Le vide et le désespoir, et tu n'as pas besoin de ça.
  • J'y arrive plus, lâcha-t-il en sentant gonfler dans sa poitrine un lourd sanglot. J'essaie de faire comme si tout allait bien, mais tout ne va pas bien, et j'y arrive plus, je veux que tout ça s'arrête...

Elle n'avait jamais eu de telles pensées dans sa tête. Elle avait toujours cru qu'à deux, ils arriveraient à surpasser les obstacles, que le plus dur était déjà passé et qu'il se sentait mieux, à présent. Mais visiblement, elle s'était trompée sur toute la ligne. Dans toute cette histoire, c'était certainement lui qui avait souffert le plus, qui souffrait encore et dont la douleur était invisible aux yeux de tous. Le Mur, dès l'instant où on avait écrit son nom dessus, l'avait enchaîné à sa paroi et ne l'avait plus lâché. Leila n'avait pas su s'en défaire, et elle en était morte. La plus grande peur de Raven était qu'il ne reproduise le même schéma. Il avait beau paraître fort mentalement, inébranlable, au fond de lui, le moindre coup de vent pouvait tout faire écrouler. Et le jour où ce coup de vent apparaîtrait, elle savait qu'elle serait incapable de le retenir. Personne n'en serait capable. Tout simplement parce que tout se passerait aussi vite qu'avec Leila. C'était le problème de ceux dont la douleur restait intérieure, figée dans l'âme et la craquelant par le temps.

  • Regarde-moi, lui ordonna-t-elle en essayant de paraître forte. Rien de tout ce qu'ils ont dit ne m'arrivera, ok ? On va... on va trouver des solutions.
  • Il n'y a pas de solution Raven... Il n'y a que des culs-de-sac, des putain de cul de sac.
  • Non, non Lucas, eh, regarde-moi. Non. Je t'interdis d'abandonner. Pas maintenant. Jamais.

Il laissa échapper un sanglot et plia sa nuque pour coller leurs fronts l'un contre l'autre.

  • Promets-moi de ne plus jamais retenter une chose pareille, murmura-t-elle en lui caressant les cheveux.

Il secoua la tête, incapable de répondre. Son cœur s'affola.

  • Promet-moi, répéta-t-elle avec cette fois-ci un tremblement léger dans la voix.

Lucas se redressa et s'éloigna d'elle, les yeux débordants de désespoir.

  • J'ai... j'ai besoin de temps.
  • Quoi ? Lucas, à quoi tu joues ?

Elle ne comprenait pas, elle ne comprenait plus rien. Il ne lui avait jamais fait une telle chose. Il s'était toujours conformé à leurs promesses, avait toujours tout tenté pour ne pas la perdre. Ce soir, c'était à croire qu'il faisait le contraire. Il tourna les talons. Dans ce simple geste, Raven vit son monde s'effondrer. Elle lui courut après et se posta devant lui, se sentant prête à défaillir.

  • Arrête-toi. Arrête-toi et explique-moi pourquoi tu...
  • Rien de tout cela ne serait arrivé sans toi ! explosa-t-il. Rien de tragique ne se serait passé si je n'étais pas tombé amoureux de toi !

Ils étaient passés sur quelque chose de beaucoup plus fragile que les événements de ce soir. Quelque chose qu'ils s'efforçaient d'ignorer tous les jours mais qui leur rongeait le cœur chaque seconde. Raven sentit son souffle manquer. Elle ne s'était pas attendue à cette accusation. Au fond, il ne la visait pas spécialement elle, il s'accusait lui-même, mais c'était la même chose. Aussi douloureux que s'il la pensait coupable de tout ces drames.

  • Rien de tout ça, continua-t-il en se voyant torturé par ses propres mots. Ça aurait été tellement plus simple si j'avais aimé Leila...
  • Tu regrettes ?

La question était posée. Une question qui l'avait tourmentée depuis le début mais qu'elle n'avait jamais osé lui demander. Parce qu'au fond, il n'y avait qu'une fautive : elle. Elle avait été la cause de tout ce malheur et avait entraîné Lucas là dedans. On disait que l'amour réparait toutes les erreurs, mais l'amour était cruel. Il ne réparait rien, il faisait en sorte de tout dissimuler jusqu'à tout laisser exploser au dernier moment.

  • Je sais pas.

Rien de pire que d'entendre cette réponse. Rien de plus douloureux que l'incertitude. Pas lui. Elle pouvait tout perdre. Sa maison, son honneur, sa vie, mais pas lui. Lui, il était le rocher sur lequel elle s'agrippait depuis maintenant plus d'un an. Il ne pouvait pas lui faire ça.

  • Tu représentes ma vie, tu le sais non ? Est-ce que tu... est-ce que je représente ça aussi pour toi ?
  • J'ai besoin de temps, j'ai dit.

Il passa à côté d'elle et s'en alla, tout simplement. Cette fois-ci, elle ne le retint pas.

On ne retenait pas ce genre d'effondrement. On laissait faire, tout simplement. Et on priait silencieusement pour voir une main se tendre avant d'être ensevelie entièrement par les débris.

Bonjour à tous !

Juste un petit mot pour prévenir de ma petite pause en écriture. Cet été, j'ai été débordée de projets, non seulement sur ce roman mais aussi sur d'autres "romans courts" que j'ai terminé, dieu merci, et lundi je pars chez une amie pour quinze jours donc je pense relaxer un peu. Comme je ne vais pas être capable non plus de tenir quinze jours sans écrire, je pense que deux ou trois chapitres seront publiés d'ici là, mais voilà, j'aimerai juste prévenir que le rythme ralentira grandement. Désolée !

J'en profite pour remercier tous ceux qui annotent et commentent, en particulier Angelinnog et Quelqu'un qui arrivent toujours très rapidement et me font chaud au coeur grâce à leur commentaires, mais aussi ceux qui sont en train de le lire et ceux qui sont à venir ^^. Cette histoire compte énormément pour moi, et même si je prends une petite pause, je sais que je n'arrêterai pas d'y penser et d'élaborer des scènes futures.

Encore merci, et désolée pour cette annonce. Je resterai toujours présente pour répondre à vos commentaires :)

--Lyanna

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