7. William

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William sortit du bâtiment sa cigarette déjà entre ses doigts, préparé pour l'allumer dès qu'il mettrait un pied dehors. Il regarda sa montre. Une heure de vide. Madden, Emma et Gabrielle étaient allées à la bibliothèque pour emprunter le livre de littérature universelle à lire, Erwin et Peter à la cafétéria pour manger un morceau et Alexandre il ne savait où. Il était hors de question qu'il traîne avec cette harpie de Raven et son idiot de petit-copain. Il ne lui restait qu'à fumer seul. Super.

Il traversa la cour intérieur à pas rapides. Au moment où il passait le portail, la voix d'Alexandre retentit dans son dos.

  • William ! Tu vas où ?

Lorsqu'il arriva à sa hauteur, le jeune homme était essoufflé.

  • Dehors, pour fumer.
  • Encore ? Bon, je t'accompagne, je sais pas quoi faire.

William sourit. Avant, il aurait été allé se réfugier près d'Erwin, peu importe ce qu'il avait envie de faire ou non. Depuis le suicide de Leila, il avait su forger son propre caractère et oser enfin faire des choses sans l'approbation d'Erwin. Même s'il prenait souvent exemple sur lui, malgré le fait qu'Erwin était tout sauf un exemple, il commençait peu à peu à sortir de son ombre, et cela le contentait. Ensemble, il sortirent du lycée pour s'installer sur les grands terrains à l'arrière de l'école, où plusieurs élèves profitaient déjà du beau temps.

  • Pourquoi tu fumes autant ? demanda Alexandre une fois qu'ils furent à leur aise.
  • Ça me détends.
  • Ça tue aussi.
  • Oh ça va, tu vas pas t'y mettre toi aussi. Erwin et les inscriptions sur les paquets me suffisent.

Il poussa un petit rire discret puis ferma les yeux face au soleil qui descendait vers la mer. De la petite colline que formaient les terrains, ils pouvaient voir cet horizon bleu, cette étendue infinie s'étendre jusqu'aux côtes. Leur groupe était souvent venu ici pour manger des pizzas le soir et rire un bon coup. Ce temps lui manquait. Ils n'avaient pas refait ce genre de soirée depuis la mort de Leila.

  • Tu sais où on a prévu d'aller samedi soir ? demanda-t-il.
  • À la plage je suppose, comme tous les autres.
  • On est vraiment obligé de faire comme tous les autres ? grogna-t-il en allumant sa cigarette avec son briquet.
  • Les filles veulent se baigner.
  • Et nous on dépend des filles, c'est ça ?
  • Ouais, rit-il.
  • Et après on nous dit qu'il y a encore du sexisme dans ce pays.

Il porta le papier à ses lèvres et inspira la fumée tant convoitée. Une vague de bien-être s'étendit en lui, s'infiltra dans chaque organe avant de l'expirer par le nez. Alexandre l'observait du coin de l’œil, trop attentivement pour que ce soit juste de la curiosité.

  • Quoi ?
  • Rien, rien.

William n'insista pas. Alexandre reporta son regard vers l'horizon, l'air ailleurs.

  • On serait bien ici samedi, dit-il après quelques minutes de silence.

Ces genres de moments l’incommodaient, alors il préférait les remplir par quelque chose. Alexandre haussa les épaules avec lassitude.

  • Et puis c'est plus près du lycée. J'ai pas envie de faire une promenade de trois kilomètres à une heure du matin.
  • Tu peux toujours y aller à vingt-deux heures mais le Mur restera vierge, railla Alexandre.
  • Au pire on attends lundi.
  • Pour que tout le monde soit au courant avant nous ? On est les principaux concernés je te signale.
  • Qu'ils aillent tous se faire foutre. Je l'emmerde, ce Mur.

Un petit sourire se dessina sur les lèvres d'Alexandre. La brise fraîche de septembre caressa quelques mèches de ses cheveux roux. William porta une nouvelle fois la cigarette à ses lèvres et s'allongea sur les coudes, profitant lui aussi du ciel bleu.

  • Hey, Alex.

Le jeune homme se retourna, surpris.

  • Quoi ?
  • J'aime bien la façon dont tu deviens indépendant d'Erwin.

Une rougeur s'étendit sur ses joues et il détourna la tête timidement. Cette réaction fit sourire William. Il aimait le faire rougir. C'était comme un sport sacré chez lui. Comme Alexandre manquait totalement de confiance en lui, il s'appliquait à le complimenter tantôt sur son physique, tantôt sur son caractère. Les autres faisaient à peu près la même chose, sachant la nature fragile de leur ami, mais lui excellait en la matière. Et bizarrement, il aimait le faire.

  • Je me demande s'il m'en veut, se confessa le roux dans un soupir.
  • Quoi ? Comment ça ?
  • Je sais pas, j'ai toujours été très proche de lui et il semblait aimer ça. Maintenant, j'essaie de m'éloigner un peu et je sais pas comment il réagira quand il s'en rendra compte.
  • Alex, Erwin ne souhaite que ça. Il faut que tu forges ton propre caractère. Tu n'es pas lui, mec.
  • Il veut se débarrasser de moi ? s'inquiéta-t-il soudainement.
  • Non, mais non, bien sûr que non. Mais il ne sera pas toujours là pour toi. Un jour, tu rentreras à la fac ou tu commenceras un boulot, et il faudra te faire une place et leur faire comprendre qui tu es.
  • Tu sais très bien que je ne serai pas capable.
  • Arrête de dire des conneries.

William inspira sa fumée et se redressa, le cognant gentiment avec l'épaule.

  • Fais-toi confiance un peu. T'aurais rien qui te démarquerait des autres, je comprendrais, mais t'as du talent putain. T'es doué, alors montre aux autres ce que tu es capable de faire.
  • J'ai pas besoin des autres pour faire ce que je veux faire. J'ai juste besoin de vous.

Un grand sourire illumina la face du brun.

  • Ça tombe bien. On est là. Et même si Leila est partie... on restera toujours nous.
  • Ouais.

Mais il voyait bien qu'il restait quelque chose. Quelque chose qui avait du mal à sortir, peut-être parce qu'il avait peur d'être rejeté pour ce qu'il disait, ou que ses pensées ne valaient pas la peine d'être écoutées. William le fixa intensément dans le but de lui faire cracher le morceau. Il en profita pour regarder les reflets du soleil sur sa chevelure de bronze, ses traits fins et délicats. Peut-être qu'il en faisait un peu trop, mais il aimait avoir ce genre de pensées.

  • Dis.
  • Dire quoi ? s'étonna-t-il, n'ayant pas remarqué la technique du « regard intense ».
  • Ce qui te pèse sur le cœur.
  • Pfff. C'est rien.
  • Dis, merde, s'énerva William.
  • Ok, ok, dit-il précipitamment. C'est con pourtant... c'est bon, me regarde pas comme ça. C'est Gabrielle.

Il ne cacha pas sa surprise. La jeune fille lui plaisait-t-elle ? Cette pensée lui fut désagréable, sans savoir pourquoi, mais il s'efforça de sourire pour le pousser à en dire plus. Néanmoins la suite fut très différente à ce qu'il avait imaginé.

  • On dirait que je suis le seul à penser ça, mais j'ai l'impression qu'elle prend la place de Leila. Dès le début, elle s'est insérée dans notre groupe sans même savoir si on était d'accord ou pas. Elle traîne toujours avec nous et... je sais pas, ça me gêne.

Le fait qu'il ait dit cela au lieu de « elle est belle et intelligente » le rassura. Intérieurement, il avait cette même impression, même si ses rapports avec la nouvelle étaient très bons. Elle était plutôt sympa, mais envahissante.

  • Je comprends, répondit-il en avalant une nouvelle gorgée de fumée. C'est vrai qu'elle est parfois là où elle ne devrait pas être.
  • Erwin prétends que c'est pour être invité à ses fêtes, mais je m'en fous moi de ses fêtes.

Il oubliait souvent qu'Alexandre était le plus réfractaire d'eux tous à ce genre de soirées. Pour Emma, une vie sans fête n'était pas une vie, Madden s'en fichait un peu, du moment qu'il y avait de la musique et du coca, Erwin faisait son charmeur auprès des filles, Peter était comme Madden, mais il préférait la bière au coca, lui aimait cela pour l'ambiance et les gens qu'on pouvait y rencontrer, mais Alexandre... il préférait largement une soirée tranquille entre eux, sans beaucoup de bruit. Bien sûr, il les suivait toujours et à chaque fois, mais ce n'était pas vraiment sa tasse de thé.

  • Faudra qu'on se retrouve tous sans elle et qu'on en parle. Je trouve qu'Emma lui lance parfois des regards malveillants.
  • Tout ce qui l'intéresse c'est les fêtes, comme Erwin, soupira-t-il. Elle ne dira rien simplement parce qu'elle a peur de louper les meilleures soirées de toute sa vie.
  • Mais peut-être que Madden aura un avis objectif.
  • Peut-être.

Un silence prit place. La cigarette de William se consuma en entier et il l'écrasa au sol. Deux brindilles d'herbe vinrent chatouiller son doigt. Ne sachant quoi faire d'autre, il se mit à les arracher et les découper en tout petits morceaux.

  • Tu veux écouter de la musique ? demanda timidement Alexandre.

Le brun releva la tête, surpris qu'il prenne l'initiative.

  • Ouais. Bien sûr.

Le roux sortit son téléphone de son sac et déroula les écouteurs enroulés autour. Il en tendit un à William qui s'en empara et l'enfonça dans son oreille. Alexandre dut se rapprocher de lui pour l'enfoncer dans la sienne. Leur proximité aurait semblé normale entre deux amis, pourtant, elle était étrange entre eux deux. Sans vraiment trop y faire attention, ou peut-être pour échapper à toutes ces questions, Alexandre fit défiler les musiques qu'il avait et cliqua sur une en particulier.

  • C'est pas le genre de musique que t'écoutes, mais elle est vraiment jolie.
  • Je te fais confiance, le rassura William accompagné d'un clin d’œil.

Le début commençait par une voix qui ne faisait que chanter des lalala incessants. Cependant, accompagné par le piano, cela rendait la mélodie douce, joyeuse et triste à la fois, comme si toutes ces émotions pouvaient se réunir au même endroit. William ferma les yeux et se laissa entraîner par les notes de l'instrument, par la voix qui semblait flotter tout autour de lui, virevoltant comme les ailes d'un oiseaux. Tout à coup, le rythme ralentit et les paroles résonnèrent dans son oreille.

Je te laisserai des mots,

En dessous de ta porte,

En dessous de la lune, qui chante

Tout près de la place où tes pieds passent,

Cachés dans les trous de ton divan

Et quand tu es seule, pendant un instant

Embrasse-moi,

Quand tu voudras,

Embrasse-moi,

Quand tu voudras,

Embrasse-moi,

Quand tu voudras

Juste ça. Juste ces deux strophes chantées d'une voix traînante mais agréable, accompagnés de simples notes au piano. Le rythme semblable à celui d'une valse donnait envie de sourire. Sourire pour quoi ? Aucune idée. Cette chanson lui rappelait les bons souvenirs, dans un sentiment de mélancolie profonde. Quand elle se termina, il redemanda à l'écouter. La mélodie recommença. William ne voulait plus qu'elle s'arrête. Il voulait vivre avec cette chanson dans la tête, plonger dans ces notes et ne faire que les écouter toute la journée, sourire aux souvenirs qu'elle ramenait. Il posa sa main dans l'herbe à côté de celle d'Alexandre, un peu trop près peut-être. Leurs doigts s'effleurèrent. Ce contact leur donna à chacun des frissons, mais aucun ne le brisa. Que se passait-il ? Il n'en avait absolument aucune idée. « Je te laisserai des mots... ». Les paroles se répétèrent une deuxième fois, et son sourire s'élargit.

Quand la chanson s'évanouit, il retira sa main vivement. Un instant, il avait eu l'impression de flotter, l'impression que plus rien n'importait, puis il était retombé sur terre aussitôt le silence revenu.

  • Une troisième fois, souffla-t-il.

Alexandre sourit.

  • Je te passe mon écouteur si tu veux. C'est plus sympa d'écouter avec les deux oreilles.

Il lui tendit le sien et William s'allongea au sol, fermant les yeux sous le soleil ardent. Il sentait la brise lui caresser le visage, sa respiration s'unir aux notes du piano. Jamais il ne s'était senti aussi bien. Les sensations se décuplaient sous la magie du morceau. Ce n'était pas la même odeur qui flottait, ni les même choses qui effleuraient sa peau. Seigneur, pourquoi de telles réactions à une simple musique ?

Tout à coup, alors que la voix entamait les paroles, ses écouteurs lui furent arrachés. Il se redressa par surprise, clignant plusieurs fois des yeux pour se réhabituer à la forte luminosité. Le visage d'Emma était face à lui, toute souriante.

  • Eh ben, t'es sourd ou quoi ? J'ai carrément hurlé mais y a que Alexandre qui a réagi.

Une colère froide envahit William. Elle l'avait coupé dans son délire. Vraiment, tout ça pourquoi ?

  • Qu'est-ce que tu veux ? grogna-t-il en se rasseyant.

Madden aussi était là, et elle s'assit en face des deux garçons. Son expression semblait dire « attends de voir ».

  • J'ai appelé l'agence de mannequin, s'exclama Emma avec joie. Mardi prochain je rencontre M. Steve et les autres filles.
  • Eh, super ! fit-il, toute colère évanouie.

Sa réaction lui plut fortement, et elle s'installa contre lui sans même en avoir l'autorisation. Tout en soupirant d'exaspération, il l'entoura avec ses bras et ignora le regard trop insistant d'Alexandre.

  • J'ai tellement hâte ! continua-t-elle, les joues rougies d'excitation. Mon frère n'aime pas l'idée, je sais pas pourquoi. Enfin, tout ce qui compte c'est que je puisse y aller.
  • Tu me préviendras quand tu feras les défilés, dit-il.
  • Compte sur moi.

Il n'avait pas d'inquiétude là-dessus. Elle allait certainement harceler leur groupe WhatsApp pour s'assurer que tout le monde vienne la voir.

  • Qu'est-ce que t'écoutais ? demanda curieusement Madden.

Alexandre s'apprêta à donner le titre quand William le coupa dans son élan.

  • Une chanson quelconque.

Bizarrement, il voulait pas que les autres écoutent aussi ce chef d’œuvre. Même s'il ne l'avait écouté que trois fois, elle lui paraissait déjà trop intime pour la partager. Il demanderait le titre lui-même à Alexandre pour l'écouter chez lui. Ce-dernier ne dit rien mais lui adressa un regard qui exigeait des explications. Les yeux des filles se plissèrent de suspicion, mais à son grand soulagement, aucune des deux n'insista.

  • Sinon, pour samedi, reprit-il dans l'espoir que ce moment gênant s'oublie rapidement. Et si on passait la soirée ici, au lieu de la plage ?
  • Tu veux faire ton solitaire ou quoi ? Pour une fois qu'on se mêle aux autres, râla Emma.
  • T'as les fêtes pour ça.
  • Non ! Dans les fêtes, y a pas tout le lycée.
  • Emma ne le dit pas, mais elle veut flirter, fit Madden en esquissant un sourire moqueur.
  • Eh ! C'est même pas vrai. J'en connais juste certains, c'est toujours une occasion de parler avec quelques connaissances.
  • Mais oui, c'est ça, on te croit, assura Alexandre en se moquant aussi un peu.

Emma souffla bruyamment puis se raccommoda dans les bras de son ami. Pour la deuxième fois, William aperçut le regard en coin d'Alexandre sans vraiment pouvoir l'interpréter. Depuis la rentrée, il agissait bizarrement envers lui. Certes, ils étaient devenus très proches, mais leur proximité amicale s'était transformée en quelque chose d'étrange. Un des signes qui le prouvait était ces regards incessants qu'il lui lançait lorsque Emma s'amusait à s'installer contre lui, ou lui déposer un baiser sur la joue pour le chambrer. William savait que dans ces gestes, il n'y avait rien de caché. Il considérait la jeune fille comme une petite sœur, et elle-même aimait le faire justement parce qu'il n'appréciait pas les contacts. La provocation même, mais provenant d'Emma, ce n'était pas étonnant.

Il se sermonna lui-même quand il se rendit compte qu'il était en train de se justifier. Sa relation avec elle n'allait pas changer juste parce que son meilleur ami le regardait bizarrement. Qu'il lui explique lui-même, ou qu'il détourne les yeux.

  • C'est bientôt l'heure, déclara Madden en se relevant. Vous venez ?

Emma copia ses gestes et bientôt, les deux filles prirent de l'avance sur eux. Avant que William n'ait pu avancer d'un pas pour les suivre, Alexandre se posta face à lui d'un air hésitant.

  • Pourquoi t'as pas voulu dire le titre de la chanson ?

Il haussa les épaules.

  • Je l'aimais trop pour la partager. Tu m'enverras le titre par texto ?

Le roux hocha faiblement la tête. Il s'apprêta à dire autre chose, mais comme si quelque chose d'invisible le retenait, garda le silence. Cette fois-ci, William ne le força pas à parler. Il balança son sac sur son épaule et courut pour rejoindre les filles sans un dernier regard pour Alexandre.

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