6. Emma

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Les trois premières déclinaisons de noms s'affichait devant elle sans qu'elle n'y fasse attention. Sa tête appuyée sur sa main, son regard ne fixait pas la feuille d'exercice mais un point invisible. Madden, se rendant compte que son amie était absente, lui donna un petit coup de coude.

  • La prof va passer dans cinq minutes, chuchota-t-elle. T'as même pas fait une phrase.

Emma se redressa, papillonnant des yeux comme si elle venait de se réveiller.

  • Je pensais à Lucas.
  • À Lucas ? s'étonna la brune.
  • Ouais. T'as pas remarqué le bleu qu'il avait sur la joue, ce matin ?
  • Euh... non. Je l'ai même pas vu.
  • Moi si. À l'entrée. Je lui ai demandé comment il s'était fait ça et il s'est éloigné en grognant.

Le regard inquisiteur de l'enseignante obligea Emma à fixer sa feuille d'exercices. Néanmoins, les deux filles n'avaient pas besoin de se regarder pour parler.

  • Son père n'est pas méchant, mais il a parfois des réactions un peu brusques.
  • Comment tu sais ça ?
  • Ma foi. Devine.
  • Aaah, oui. Erwin.

Elle esquissa un sourire idiot et remplit les deux premières phrases de la feuille avec la première déclinaison qui lui passait par la tête.

  • Tout de même. Jamais mon père n'oserait me frapper comme ça.
  • Parce que t'es une fille.
  • Et ?

Madden haussa les épaules.

  • Je sais pas. Ça se fait moins de frapper des filles.
  • Enfin, je ne vois pas mon père frapper mes frères non plus.
  • Déjà qu'il est pas souvent là, alors si en plus quand il est présent il vous frappe, je n'imagine pas l'ambiance.

Emma posa une main devant sa bouche pour dissimuler son sourire.

  • Pas faux.

Ses parents étaient souvent en voyage d'affaire pour gérer les relations internationales de l'industrie. Ce n'était pas la leur, car ils travaillaient dans le secteur automobile, mais leur capacité linguistique les avaient placé tous deux à ce poste là. Ils tentaient de compenser le temps perdu par des vacances à la mer, mais ils oubliaient souvent que s'ils voulaient aller à la mer, ils n'avaient qu'à parcourir quelques kilomètres. C'était l'aîné, Sasha, qui s'occupait d'eux la plupart du temps. Comme il rentrait à la faculté cette année et qu'il dormait là-bas en semaine, une amie à sa mère qui était célibataire et sans enfant viendrait vivre avec eux quand personne ne serait à la maison. Emma enviait souvent la famille unie et présente de Madden, mais elle songeait aussi que si elle vivait dans une aussi grosse maison à côté de la mer, c'était grâce au travail de ses parents. Se plaindre serait un caprice d'enfant qu'elle ne pouvait se permettre.

Elle termina sa feuille en remplissant les trous dans les phrases au hasard, puis l'heure se termina sur la correction qu'elle ne suivit pas, malgré les coups de coude incessants de Madden. Le cours suivant était celui de littérature anglaise. Erwin sautait littéralement d'excitation devant la salle, impatient de voir le prof arriver pour pouvoir entrer.

  • Faites gaffe, il va rentrer en jouissance, lança Emma en riant elle-même à sa propre blague.

Gabrielle éclata de rire et les garçons se moquèrent discrètement, pour ne pas subir le regard noir de l'intéressé.

  • J'adore ton humour, vraiment très fin, se vexa-t-il.
  • Roooh, tu me connais non ? le chambra-t-elle.

Le professeur arriva à ce moment là. C'était un homme très jeune, qui avait l'air gentil et agréable. Il les fit entrer en leur souhaitant bonjour à chacun et les laissa s'installer où ils voulaient.

  • Est-ce que je peux me mettre à côté de l'une de vous deux ? demanda Gabrielle.

Madden lança un regard curieux à Emma puis se mit d'accord pour la laisser s'installer à côté d'elle. La blonde dut trouver une autre place et se dirigea vers le bureau d'Erwin. Sa meilleure amie avait beau le haïr, ce n'était pas son cas. D'ailleurs, elle sentit son regard brûler dans son dos mais n'y fit aucunement attention. Au moment où elle posait son sac sur la table, un autre atterrit à côté, celui de Peter.

  • Désolé Beauté, mais c'est ma place depuis le début.
  • Tu vois écris Peter Locrast dessus ? Non. Donc vire.

Il tenta de la pousser sur le côté mais elle résista.

  • Erwin ! appela-t-elle à l'aide, lui demandant du regard de choisir entre eux-deux.
  • Tu as été méchante avec moi tout à l'heure, fit-t-il avec un petit sourire en coin. J'ai le droit de me venger, non ?
  • S'il te plaît...
  • Erwin, mec, quand même.

Il parut plonger en pleine réflexion. Emma lança une prière au ciel pour qu'il la choisisse. Alexandre et William s'étaient mis à côté, il restait donc cette Sarah qui était toute seule en dernière file et qui paraissait plus passionnée par les trous dans sa gomme qu'autre chose. Non merci.

  • Bon, comme c'est pas tous les jours qu'une fille me supplie de s'asseoir à côté de moi...
  • Non mais je rêve ! s'exclama Peter, scandalisé que son ami choisisse Emma plutôt que lui.

La jeune fille esquissa un sourire victorieux et prit la place tant convoitée. Erwin se pencha vers elle et murmura :

  • Je compte sur toi pour me livrer toutes les informations concernant Madden.
  • Je croyais que tu adorais la littérature anglaise ?
  • Mais j'adore plus encore Madden.

Elle secoua la tête en riant à moitié. Les cours de littérature en compagnie d'Erwin allaient être les meilleurs. En se retournant, elle aperçut Peter s'installer à côté de Sarah d'un air maussade. Elle lui adressa un petit clin d’œil, auquel il répondit par un doigt d'honneur.

  • Bien, commença le professeur, j'espère que vous avez passé tous de bonnes vacances.

Un « oui » général s'éleva dans la salle, même si quelques « non » faisaient contraste. Il sembla s'en amuser.

  • Bienvenu donc à votre classe de littérature anglaise. J'aimerais vous présenter d'abord ce que nous allons faire, et ensuite parler peut-être des auteurs anglais que vous connaissez, les mouvements littéraires...

Elle n'écouta que d'une oreille discrète la suite de son discours et s'adressa à Erwin en chuchotant :

  • Ton frère avait un beau bleu ce matin, sur la joue. Qu'est-ce qui s'est passé ?
  • En quoi ça t'intéresse ?
  • Je suis curieuse, c'est tout.

Il soupira.

  • Il a parlé de passer son permis moto à mon père. Sauf que tu connais mon père, tout ce qui sort des préceptes qu'il a inculqué à ses enfants est mal. Alors il s'est énervé et il l'a giflé.
  • Eh ben, belle gifle dis-donc.
  • Après, il est allé dans le jardin et... il a découvert ce que Lucas cachait dans son cabanon.
  • Attends, laisse-moi deviner. Une moto ?

Erwin hocha la tête, la mine sombre.

  • Mon père a pris une pioche et a commencé à la détruire. Le bruit a fait réagir Lucas qui a couru à travers le jardin. Ma mère s'est précipité après lui et a tenté de faire arrêter mon père, mais il était dans un tel état de rage... J'ai du tenir Lucas à distance pour ne pas qu'il s'interpose et se prenne un coup de pioche dans la face. Je l'ai jamais entendu hurler autant, c'était... affreux.

Emma comprit au ton de sa voix que cela avait du être difficile à regarder.

  • Ensuite, j'ai appelé Raven puisqu'elle répondait pas à mes messages.
  • Attends, quoi ? Tu as appelé Raven ?
  • Je l'ai fait pour mon frère, c'est tout. Il était dans un tel état, je pouvais pas le laisser comme ça. Déjà que je n'ai rien pu faire pour sa moto...
  • Je serais toi, j'aurais éliminé son numéro de mon téléphone depuis longtemps.
  • Tu crois quoi, répliqua-t-il vivement, que ça me fait plaisir de la voir débarquer chez moi en sachant tout ce qu'elle a fait ? Elle me dégoûte profondément, j'aimerais mieux la voir pendue à un mur que dans le lit de mon frère, mais que veux-tu que je fasse ? Elle paraît signifier tout pour lui. Et il a déjà assez souffert comme ça.
  • Souffert ? Puis-je te rappeler que c'est lui qui a dit à Leila qu'elle ne méritait que la mort ? Qu'il n'a rien fait pour la défendre ?
  • Il aimait Raven. Plus que Leila.
  • Mais Raven est un monstre. Je ne le comprendrai jamais.
  • Crois-moi, j'ai un peu de mal moi aussi, mais il reste mon frère. Quoi qu'il fasse, je l'aimerai quand même.
  • Que c'est mignon, se moqua gentiment Emma.
  • Tu peux rire, mais tu penses la même chose pour les tiens.
  • Mmm, pas faux. Sûrement parce que ce n'est qu'avec eux que je vis. D'ailleurs, en parlant de frère, Sasha va m'accompagner pour ma virée shopping cette après-midi.
  • Sasha ? Faire du shopping ?
  • Ouais. Enfin pas lui, moi, mais il sera avec moi tout le long. Il m'a vachement étonné quand il a accepté.

Ils durent se taire quand le professeur donna les références des livres à acheter. Par la suite, il commença son programme en parlant des sœurs Brontë et leur demanda de lire pour le prochain cours les cinq premiers chapitres des Hauts de Hurlevant. En sortant de la salle, Madden se précipita vers elle d'un air mécontent.

  • Tu peux m'expliquer ce que tu faisais avec Erwin ?
  • Quoi ? C'était défendu ?
  • Non mais sérieusement ! Tu parles, tu rigoles avec lui comme si de rien était alors qu'il m'a fait du mal !
  • Écoute Mad', certes je lui en ai voulu pour ses actes mais il y a un temps pour en vouloir, et un temps pour tourner la page. À moi il ne m'a rien fait, et le plus coupable dans cette histoire ce n'est pas lui. Alors si tu es jalouse, dis-le directement, ou laisse-moi vivre ma vie comme il me plaît.

Madden parut sidérée face à ses paroles.

  • Moi ? Jalouse ?
  • Ouais. Toi, jalouse. Maintenant, si tu veux bien, j'ai faim.

Elle la laissa derrière elle, énervée par sa réaction. À croire qu'elle devait s'expliquer pour chacun de ses actes. Emma tenait à sa liberté comme sa propre vie. Elle détestait chaque fois qu'on lui reprochait quelque chose pour ce qu'elle avait fait. C'était sa vie, ses choix, et elle était très bien consciente de ce qu'elle entreprenait. Gabrielle ne sut quelle position adopter, et comme elle aussi avait faim, finit par suivre la blonde au self. Là-bas, les filles y trouvèrent les garçons mais Madden ne les rejoint pas. On lui posa la question, et elle prétendit qu'elle ne se sentait pas très bien. Erwin serait le premier à culpabiliser s'il savait qu'elles s'étaient fâchées à son sujet.

  • Eh, les gens, fit Gabrielle en entamant le plat principal. Necesito ayuda.
  • C'est quoi ça, en français ? demanda William.
  • Et c'est celui qui a espagnol en LV2 qui dit ça, soupira Emma.
  • J'ai besoin d'aide, rit Gabrielle. D'explications, plus précisément. Sur le Mur.
  • Ah, déclara Erwin avec un petit air de tragédie. Nous arrivons aux choses sérieuses.

Emma leva les yeux au ciel et se mit à lui expliquer rapidement.

  • C'est un mur, du genre normal, sans grand intérêt quand y a rien dessus.
  • Ah si, on peut s'asseoir dessus.

Elle chassa la remarque inutile d'Erwin d'un geste de la main.

  • Sauf que le premier dimanche de la rentrée, on-ne-sait-pas-qui y inscrit deux noms. Tu seras sûre qu'il s'agira de deux élèves populaires.
  • Et pourquoi ? Pourquoi ne pas désigner des élèves normaux ?
  • Parce que sinon ce ne serait pas intéressant, intervint Alexandre pour la première fois. Ce qui est drôle pour eux, c'est de voir les figures idylliques de l'école tomber comme des mouches et s’entre tuer. C'est un peu comme une émission de télé-réalité que tout le monde suivrait.
  • Ok, mais au fond, si vous avez pas envie, vous pouvez très bien ignorer ce Mur, non ?

Emma secoua la tête.

  • On aimerait bien, mais ce serait trop facile. Vois-tu, ce n'est pas le Mur en lui-même qui cause des dégâts, c'est ce que les gens en font. Le lycée y croit tellement, c'est devenu tellement divertissant pour eux que briser une règle revient à trahir l'école entière.
  • Et les visés ici, c'est qui ?

Un silence prit place. Gabrielle les fixa un par un, commençant à comprendre.

  • C'est à cause des deux frères qu'on est devenu populaires, accusa William.
  • Eh oh, se défendit Erwin, vous étiez bien content d'être avec moi quand les filles s'approchaient.
  • Ouais mais elles allaient toutes vers toi, c'était pas marrant, sourit Peter.
  • Et donc vous êtes populaires depuis l'année dernière ?
  • Noooon, s'exclamèrent en cœur Emma et Erwin.
  • Depuis le collège déjà, mais le Mur n'existe que dans le lycée, expliqua Alexandre.
  • Et donc votre groupe est le seul à être potentiellement visé ?
  • Il y a aussi les cinq gars du club de foot, fit Emma en fronçant les sourcils, mais ils ne s'intéressent pas trop aux affaires du lycée, du coup c'est pas marrant. On est les seuls qui soient vraiment au centre des affaires de cette école. On se demande à cause de qui...
  • Non mais je rêve ou tout le monde m'accuse ? s'écria une nouvelle fois Erwin.
  • Ben en même temps, c'est bien ton genre de te mêler de tout, fit William en sortant son paquet de tabac sous l’œil réprobateur d'Alexandre.
  • T'as cerné le truc ? demanda la blonde à Gabrielle.
  • Encore une chose, répondit celle-ci. On est en deuxième année de lycée.

Tout le monde hocha la tête. C'était évident.

  • Donc qui a été nommé en première année ?

Emma baissa la tête et joua avec ses carottes râpées. Tout sourire s'évanouit. Elle devina à cette réaction que c'était là toute la nature du problème.

  • Lucas Layne, finit par dire Erwin, mon frère. Et Leila Revigne.
  • Je comprends mieux, souffla-t-elle. Je me doutais que c'était Lucas un désigné, mais je pensais que l'autre était Raven, la fille à la frange.
  • Cela aurait été plus simple, en effet, fit Emma amèrement. Enfin bref, j'espère que t'as compris parce que là, j'ai envie de parler d'autre chose.

Tout le monde était d'accord. La jeune fille passa en revue le self en espérant y apercevoir Madden, mais celle-ci restait introuvable. Plus les minutes s'écoulaient, et plus elle se sentait coupable de lui avoir parlé de cette manière. À la fin du repas, elle se leva pour débarrasser son plateau et s'enfuit vers les toilettes en espérant l'y trouver. Et en effet, ce fut là que la brune s'était réfugiée.

  • Madden ! appela Emma en hurlant à moitié et en frappant avec ses poings les portes de chaque toilette.

Elle savait pertinemment que sa meilleure amie s'y trouvait, puisqu'elle avait oublié sa bouteille d'eau sur le bord de l'évier commun. N'obtenant aucune réponse, elle se mit à regarder en dessous de chaque porte pour tenter d'y reconnaître ses chaussures. Une fille de Terminale sortit de son cabinet en lui lançant un regard plein de reproche mais Emma l'ignora royalement.

  • Madden putain, fais pas ta gamine et sors de ces toilettes.

Au point de penser que finalement, elle n'y était pas, elle aperçut sous la porte du dernier cabinet les Van's de sa meilleure amie. Ses jambes aussi, ce qui lui fit savoir qu'elle était assise par terre.

  • Madden, je sais que t'es là. Sors.

Aucune réponse. Emma se mit à tambouriner avec vacarme la porte. Au diable l'avis des filles qui la regardaient bizarrement. Elle ne s'arrêta que lorsque Madden l'ouvrit brusquement, manquant de recevoir un coup au visage.

  • T'es chiante, fut la seule chose qu'elle trouva à dire.

Un grand sourire décora les lèvres d'Emma.

  • C'est moi, quoi. Tu m'en veux ?

Madden soupira profondément.

  • J'aimerais. Mais en voyant ta tête, là maintenant tout de suite, j'ai moins envie.

La blonde étendit ses bras et la serra contre elle, ignorant ses faibles protestations. C'était toujours comme ça entre elles. Comme si quelque chose les empêchaient de se tenir trop loin trop longtemps, une sorte d'aimant dans leur cœur qui finissait toujours par se montrer plus fort que leur volonté. Emma était un esprit libre, sauvage et Madden tentait de contrôler tout et tout le monde. Les deux ensemble auraient pu être un chaos, et pourtant, c'était comme si elles se complétaient. Madden était la sœur qu'Emma n'avait pas, et Emma était le bol d'air frais que Madden avait besoin pour continuer à avancer. L'une n'était rien sans l'autre.

  • J'ai faim maintenant, gémit la brune en se détachant.
  • C'est ce qui arrive quand on décide de bouder dans les toilettes à l'heure du repas. Mais comme je suis la best des best (elle accompagna ses paroles d'un petit haussement de sourcils), je t'ai pris des sandwich au distributeur.

Elle sortit de son sac le paquet qu'elle avait payé quelques minutes auparavant. Sa meilleure amie observa l'aliment comme s'il s'agissait du plus précieux trésor jamais trouvé.

  • Oh merci ! s'exclama-t-elle en se jetant une nouvelle fois dans ses bras.

Les deux filles sortirent dans la cour, l'une mangeant avec passion son sandwich et l'autre observant les élèves qui s'y trouvaient. Elles furent vite rejointes par le reste du groupe et l'après-midi fut plus courte qu'un claquement de doigts.

  • Souhaite bonne chance à ton frère de ma part, fit Erwin à la sortie de l'école avec un sourire en coin.

Elle lui donna un coup d'épaule tout en riant à moitié.

  • Je crois qu'il aime le shopping secrètement.
  • Sasha ? Ça m'étonnerait.
  • Mmm, à enquêter.

Ils se dirent au revoir et chacun prit son chemin. Emma enlaça une dernière fois Madden avant de monter dans la voiture de son frère, car il était venu la chercher plus tôt pour qu'ils aient le temps de faire les boutiques.

  • Oh, un brownies !
  • Je suis passé par la pâtisserie pour te prendre le goûter.

Elle lui déposa un baiser sur la joue pour le remercier et entama son gâteau. Le reste du trajet fut animé par le choix de la radio. Sasha soutenait que NRJ passait plus de pub que de musique et Emma que Wit FM était pour les vieux. Finalement, ce fut elle qui céda mais qu'à leur arrivée. Au final, il n'y avait pas eu de musique du tout.

Emma adorait le shopping. Chaque fois qu'elle entrait dans un magasin, toutes les robes, jupes, tee-shirt, vestes étaient bonnes à prendre. Elle entra dans les cabines d'essayage au moins une centaine de fois sans jamais se lasser. Si son frère s'en trouvait fatigué, il ne le montrait que par quelques soupirs poussés par-ci par-là. Au final, de tout ce qu'elle avait mis sur elle, elle ne garda qu'un pantalon souple, une veste en jean, une robe rouge courte et un chemisier fleuri. Ce fut le sourire aux lèvres qu'elle sortit de Zara, et des assemblages de tenues plein la tête pour le lendemain. Alors qu'ils marchaient sur un trottoir le long de la plage pour se rendre vers la voiture, un homme passa à côté d'eux et s'arrêta tout de suite après en se retournant.

  • Excusez-moi, les interpella-t-il.

Emma et Sasha firent volte-face, surpris.

  • Je... je m'appelle François, fit l'homme qui devait avoir la trentaine.

Il leur tendit la main à chacun. « Ok, super », pensa Emma en riant intérieurement.

  • Je travaille pour une agence de mannequin, au service d'un styliste très connu dans la région. M. Steve.
  • Bien, et en quoi ça nous intéresse ? le coupa Sasha avant qu'il ne continue sa présentation.

L'homme se tourna alors vers Emma et l'inspecta du regard.

  • Elle est le prototype parfait pour ses défilés.

La manière dont il avait dit ça, comme on dirait que telle pièce emboîtait parfaitement dans une autre déplut fortement au jeune homme. Son regard devint mauvais et méfiant. Quant à elle, elle était flattée qu'on la qualifie de « parfaite ».

  • Je serais vraiment heureu...
  • On verra, la coupa son frère.
  • Vous êtes son... petit ami ? tenta l'homme, mais il sut qu'il avait fait fausse route quand elle éclata de rire.
  • Mon petit ami, répéta-t-elle, hilare. On nous l'avait jamais faite celle-là.
  • Son frère, grogna Sasha.

L'homme se confondit en excuse et lui tendit sa carte.

  • Quand vous aurez pris votre décision, fit-il en s'adressant à Emma, téléphonez à ce numéro. C'est le mien. Je vous indiquerai l'adresse et vous rencontrerez les autres mannequins et M. Steve.
  • C'est rémunéré ?
  • Oui.

C'était vraiment trop beau pour être vrai. Elle se tourna vers Sasha pour tenter de lui transmettre sa joie, mais celui-ci était tout sauf joyeux.

  • Merci pour votre proposition, dit-il sèchement. On y va.
  • Quoi ? Mais...

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'il lui empoigna le bras et la tira loin de cet inconnu. Un fois assez éloignés, elle se dégagea brusquement et le fusilla du regard.

  • Tu peux m'expliquer ce qui te prends ? Donne moi cette carte.
  • Je fais pas confiance à ce genre de mec. Réfléchis un instant, Emma. Il t'aborde dans la rue, comme ça, sans prévenir, et t'offre la meilleure opportunité de toute ta vie.
  • Ouais, et alors ? C'est comme ça que plusieurs femmes ont commencé leur carrière.
  • Oh s'il te plaît, ne te prends pas pour l'une d'entre elles.
  • Et pourquoi pas ? Pourquoi ça n'arriverait qu'aux autres ?

Elle haussa un sourcil en attendant sa réponse, mais il ne dit rien. Il passa une main sur son visage et poussa un profond soupir.

  • J'ai juste pas envie que tu sois déçue.
  • Si tu ne me donnes pas cette carte maintenant, je regretterai toute ma vie de ne pas avoir pu saisir ma chance.
  • Emma, c'est pas comme ça que ça fonctionne...
  • Sasha. S'il te plaît.

Elle tendit sa main vers lui.

  • Papa n'accepterait jamais, se servit-il comme excuse.
  • Mais Papa n'est pas là, et ne reviendra pas avant longtemps.
  • Il faut que tu appelles les parents avant de prendre ce genre de décisions.
  • N'essaie pas de te débarrasser de tes responsabilités. C'est à toi de t'occuper de nous en leur absence. C'est à toi d'autoriser ou non. Et tu sais aussi bien que moi que cette carte signifie peut-être le début de quelque chose de grand.

À contrecœur, et après quelques secondes de réflexion, il lui donna ce qu'elle désirait et partit sans l'attendre, certainement pour montrer son mécontentement. La carte dans ses mains, elle fixa le numéro inscrit dessus les yeux pétillants.

Tout allait changer, à présent, elle en était certaine. Absolument tout.

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