5. Raven

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La musique du groupe CRMNL résonnait à fond dans la chambre de Raven. Les basses étaient puissantes mais agréables pour l'oreille, ce qui grisait la jeune fille. Son corps se mouvait selon le rythme du son, vêtue seulement de son soutien-gorge et de sa jupe à carreaux. C'était dans son moment « essayage de vêtements » qu'elle avait eu l'idée de mettre sa musique, en sachant pertinemment qu'elle n'allait pas résister à l'envie de faire sa belle devant son miroir. Et effectivement, elle n'avait pas résisté.

Son reflet lui renvoya celui d'un corps menu et de taille moyenne, aux formes rondes. Elle passa sa main dans la courbe de sa taille, en imaginant qu'il s'agissait de celle de Lucas. Sa jambe se replia avec élégance, puis elle se tourna sur le côté pour admirer son profil. Un petit sourire satisfait vint orner son visage. Elle était parfaite. Et oui, elle était aussi modeste.

Sa main vint arranger sa chevelure indisciplinée. Sa frange cachait son front entier jusqu'à la naissance des paupières. Elle devait se la faire couper dans quelques semaines, car bientôt elle recouvrirait ses yeux. Ses cheveux mi-longs tombaient sur ses épaules avec souplesse. Avec son doigt, elle enroula une mèche brune comme l'avait fait Lucas à la sortie de l'école. Elle se mordit la lèvre à ce souvenirs. Elle avait adoré quand il l'avait attiré vers lui subitement, par sa seule force. Cela lui avait donné de puissants frissons de plaisir. Et s'il recommençait... et s'il prolongeait son baiser... et s'il allait plus loin, et s'il touchait sa poitrine, et s'il lui mordait la lèvre, ô Seigneur... Elle passa sa main dans ses cheveux et ramena une partie sur le côté. La chanson s'arrêta.

Dans un soupir, elle ramassa la robe qu'elle avait jetée par terre quelques minutes auparavant et entreprit de la ranger dans son armoire quand son téléphone se mit à vibrer. Elle le récupéra et lit le prénom d'Erwin s'afficher à l'écran. La stupeur la prit de court. Erwin ? Depuis quand l'appelait-il ? Depuis quand voulait-il lui parler, déjà ? Que faire ? Se venger de son indifférence en raccrochant ou tenter sa chance ?

Puis elle songea qu'il s'agissait peut-être de Lucas, et à l'instant où cette pensée lui traversa l'esprit, elle prit l'appel.

  • Quoi ? fit-elle d'un ton volontairement sec.
  • Tu réponds pas à mes messages, qu'est-ce que tu fous ?

Elle mit sur haut-parleur et se rendit alors compte qu'il lui avait envoyé au moins une dizaine de messages.

  • J'avais la musique, se contenta-t-elle de répondre. Flemme de lire. Qu'est-ce que tu voulais ?
  • C'est Lucas.

Son cœur manqua un bond dans sa poitrine.

  • Quoi Lucas ?
  • Faut que tu viennes. Maintenant.
  • Il s'est passé quoi au juste ? demanda Raven qui avait de plus en plus de mal à contrôler son tremblement.
  • Il a parlé d'une moto et ça n'a pas plu à mon père.

Elle porta une main à sa bouche. Oh non.

  • J'arrive, dit-elle, puis elle raccrocha pour enfiler un pull fin par dessus sa jupe.

Dans sa tête, les mots « et merde et merde et merde » se répétaient en boucle. Il allait lui en vouloir, c'était sûr. C'était elle qui l'avait incité, voire poussé à parler de la moto à son père. Il lui avait dit qu'il appréhendait sa réaction, mais elle avait fait sa sourde oreille. Elle ne voulut pas imaginer ce qui s'était passé. Le connaissant, il avait certainement mal réagi et décidé de tout casser pour apaiser sa colère. Sauf que c'était rarement la bonne solution...

Elle descendit les escaliers de sa maison et passa dans le salon pour voir si sa mère y était. Elle eut le soulagement de la voir installée devant la télé, à feuilleter un magasine durant les pubs.

  • Je vais chez Lucas, la prévint-elle.
  • Maintenant ?
  • Il a besoin de moi, il s'est passé un truc chez lui.
  • Mmm, c'est d'accord. Si tu dors là-bas envoies-moi un message.
  • Promis, fit-elle en l'embrassant sur la joue.
  • Le vélo est ici ou chez ton père ?
  • Ici, je vais le prendre.
  • Et tu vas rouler en jupe ?

Sa mère l'inspectait par dessus ses lunettes, un sourcil relevé. Raven regarda ses vêtements puis haussa les épaules.

  • Personne ne me verra, il fait nuit.

Elle passa la porte de la maison après lui avoir souhaité bonne nuit et sortit son vélo du garage. La nuit était épaisse et tiède, mais la route était suffisamment éclairée pour qu'elle puisse rouler en toute sécurité. Elle s'engagea sur la route et profita du vent dans ses cheveux et de l'ambiance nocturne qu'elle aimait tant. Les cigales continuaient de chanter même sous la lune, comme si dormir n'était qu'une option pour elles. Les lampadaires citadins éclairaient de leur lumière blafarde le goudron des routes et des trottoirs. Tout était silencieux, plongé dans une obscurité intimidante. Cette partie de la ville contenait assez peu d'habitants et beaucoup de parcs, et c'était ce que préférait Raven. Certes, sa maison était la plus éloignée du lycée, mais un bus allait la chercher tous les matins alors elle n'avait pas à se plaindre. De plus, la famille Layne était installée à seulement quatre kilomètres, eux aussi un peu plus en périphérie.

Mais elle n'eut pas vraiment l'occasion de penser aux plaisirs d'une ballade nocturne. Elle ne faisait que penser à Lucas, à ce qui avait bien pu se passer pour que Erwin l'appelle si urgemment. Lorsqu'elle arriva devant chez eux, elle laissa le vélo tomber sur le gazon et courut jusqu'à la porte d'entrée où elle sonna longuement. Des pas se firent entendre derrière le bois et Erwin apparut, le visage préoccupé. Elle n'attendit même pas un mot de sa part qu'elle se précipita à l'intérieur, cherchant du regard son petit ami.

  • Il est dehors, lui indiqua-t-il.

Elle aperçut vite la lumière au fond du jardin et se précipita vers elle. Le cabanon de Lucas, qu'il avait lui-même construit et où il cachait secrètement une moto qu'ils refaisaient ensemble pour leur plaisir, était ouvert. Il n'y avait personne devant, seulement des bouts de ferraille éparpillés par endroit, tristement arrachés de leur construction. Alors Raven comprit.

  • Non ! hurla-t-elle en se ruant à l'intérieur.

La moto était en lambeaux. Une pioche gisait à côté, celle qui lui avait sûrement servi pour en faire une bouillie. Les larmes vinrent piquer ses yeux. C'était elle qu'elle devait conduire une fois passé son permis, elle que lui ou Raven devrait utiliser pour aller au lycée. Ses parents ne comptaient pas lui acheter eux-même un véhicule, cette moto avait été leur rêve, à tous les deux, et il l'avait détruite.

  • Non non non non non, répétait-elle alors qu'elle essayait en vain de rassembler les morceaux.

Elle abandonna quand elle se coupa le doigt. Du sang macula légèrement le plancher en bois. Elle passa une main sur son visage pour essayer de retenir son sanglot, mais c'était peine perdue. Tout était fichu. Elle balança la ferraille à l'autre bout de la pièce. Son atterrissage produisit un bruit terrible, mais il permit de recouvrir son propre cri déchirant. Elle était en colère. Très en colère. Tout l'été, Raven était venue pour qu'ils puissent travailler dessus, ils y avaient mis tellement de temps et d'effort, tout ça pour quoi ? Rien, rien du tout. En une nuit, tout avait disparu. À quoi bon passer son permis à présent ? Elle n'avait pas assez d'argent pour s'en acheter une, et ce n'étaient pas ses parents qui allaient l'aider. Déjà, ils lui payaient le code et le permis, c'était un miracle.

Elle sortit en titubant à moitié. Son maquillage noir avait coulé et avait laissé des traces sombres sur ses joues. Elle aperçut alors une silhouette immobile recroquevillée sur elle-même, assise sur les escaliers du kiosque. Sa tête était enfouie dans ses bras et ses genoux.

  • Lucas ! hurla-t-elle, la colère affluant dans ses veines. Lucas !

Il se redressa. Grâce aux lumières de la piscine situées à seulement quelques mètres de la construction en pierre, elle s'aperçut que ses yeux étaient injectés de sang. Elle s'en contrefichait. Il avait tout détruit, tout, elle le détestait au plus profond de son être. Comment avait-il osé ruiner leur rêve ? Comment ?

Il se leva au moment où elle se jetait sur lui pour évacuer sa colère. Elle le haïssait, elle le haïssait, elle le haïssait, et elle répétait ces mots inlassablement dans sa tête tandis que ses poings frappaient son torse. Il se laissa faire au début, plus surpris qu'autre chose, puis finit par s'emparer de ses poignets pour la forcer à s'arrêter.

  • Arrête ! Arrête putain ! cria-t-il d'une voix cassée.

Leur respiration à tous deux était infernale. Raven l'observa avec ses grands yeux noirs mouillés, la lèvre inférieure tremblante.

  • Tu as tout détruit... souffla-t-elle, n'ayant plus de force pour hurler.

Les yeux de Lucas s'emplirent de larmes. Elle remarqua alors une marque bleu sur sa joue. Son doigt se leva instinctivement vers sa peau mais il détourna la tête au moment où elle s'apprêtait à le toucher. Il lui tenait toujours les poignets mais n'exerçait aucune force pour la retenir dans ses gestes.

  • Mon père... commença-t-il, mon père était énervé après la demande pour passer le permis. Il est allé dans le jardin pour se calmer et a eu la merveilleuse idée d'aller voir ce que j'entreposais dans mon cabanon. Je crois qu'il... qu'il a fait le lien. Alors il a découvert la moto.

Une grosse larme dévala sa joue.

  • C'est pas moi qui l'ai détruite Raven... J'ai essayé de l'en empêcher, je te jure...

Ses jambes ne tinrent plus et il s'effondra sur les marches d'escaliers, entraînant Raven avec lui. Celle-ci se rendit compte de la scène troublante que ça avait dû être, et rien qu'en l'imaginant, son corps en tremblait.

  • Ça va aller, chuchota-t-elle alors qu'un sanglot pliait Lucas en deux. Ça va aller.

Elle attira sa tête vers sa poitrine et l'entoura avec ses bras, comme pour le protéger de la tristesse qui l’assaillait. Mais elle-même, n'ayant pas l'habitude de le voir dans cet état, céda sous le poids des larmes. Et elle répétait « ça va aller » alors que tout dans sa voix signifiait le contraire, alors que tous deux savaient pertinemment que ça n'allait pas, et que ça n'irait pas mieux dans deux minutes.

Leur deux silhouettes se confondaient sous le clair de lune. Plus loin, les morceaux de leur rêve jonchaient l'herbe sèche. Raven caressait la chevelure de Lucas pour se rassurer elle-même, se dire que ce n'était rien, ce n'était qu'une moto, pourtant, ses yeux s'acharnaient à se remplir de larmes. Cette moto, c'était leur liberté. Combien de fois elle avait rêvé de ballades ensemble, sur les routes longeant la mer, lui au volant et elle bien accrochée à lui ? Combien de fois ce désir les avait encouragés à travailler dessus, rassembler des pièces qu'ils trouvaient pour en faire un beau véhicule ? En une nuit, tous leurs efforts avaient été réduits à néant. Et ils n'en sortaient que plus meurtris encore, plus tristes, comme si tout ce qu'ils subissaient n'était pas assez. Non, il fallait toujours que le destin s'acharne, encore et encore. Jusqu'où cela allait-il aller ? N'avaient-ils pas assez ramassé la boue pour les autres, assez souffert comme ça ?

Elle se baissa à son niveau et essuya pour lui ses larmes. Il grimaça quand elle passa son pouce sur sa joue. Horrifiée, elle vit clairement le bleu se former sous sa peau.

  • Oh mon dieu, Lucas...

Leur front se cognèrent l'un contre l'autre, emprisonnant leur souffle entre leur deux visages.

  • Je n'aurais jamais du lui dire, se lamenta le jeune homme, pourquoi, pourquoi j'ai fait ça...
  • Tu ne pouvais pas savoir qu'il haïssait autant l'idée, le rassura-t-elle d'une voix tremblante.
  • Je suis désolé...
  • Non, non, Lucas, regarde-moi.

Elle encadra son visage avec ses mains et l'obligea à la fixer dans les yeux.

  • Ce n'est pas ta faute, articula-t-elle cette fois-ci d'une voix posée. Arrête de t'en vouloir, arrête.
  • Il ne nous reste plus rien maintenant. On nous a tout pris, Raven, tout...
  • Non. Pas ça.

Alors elle l'embrassa si fort que ses frissons revinrent. C'était un baiser salé, noyé dans toute leur tristesse mais terriblement sincère. Elle l'aimait. Plus que jamais. Alors ils pouvaient leur prendre ce qu'ils voulaient. Son père pouvait bien détruire sa chambre entière, Madden pouvait bien la traiter de tous les noms, elle s'en fichait. Elle l'aimait, il l'aimait, et cela, personne ne le leur prendrait. Ils étaient les méchants de l'histoire, certes. Ceux qui ne méritaient rien, qui avaient tout sacrifié pour leur plaisir égoïste. C'était ainsi qu'on les voyait, alors c'était ce qu'ils étaient. Mais l'avantage d'être méchant, c'est qu'on pouvait brûler un monde entier pour un baiser. Le méchant n'avait pas de limite, ou du moins il les avait détruites. Parce que tant qu'il serait aimé, rien ne l'arrêterait. Rien, ni personne.

Elle se releva alors qu'il en demandait plus, ce qui ne lui plut pas du tout. Tous deux debout, il emprisonna sa nuque dans sa main comme il l'avait fait à la sortie du lycée et l'embrassa une nouvelle fois, toujours cherchant à le prolonger le plus longtemps possible. Raven se sentait bien ainsi. C'était les seuls moments où elle était elle-même. Dans les bras de Lucas, à confondre leurs lèvres et leur souffle, à lui donner son cœur et son âme en toute confiance. Il marchèrent en titubant à deux ainsi jusqu'à la porte fenêtre, interposant leurs baisers avec leurs pas, puis dès qu'il y eut un mur, il la plaqua contre et colla son corps contre le sien pour se sentir plus proche encore d'elle. Elle gémit sous la pression, le laissa enfouir son visage dans le creux son cou et y déposer des baisers passionnés. Elle aurait pu rire, là, tout de suite. Elle aurait pu rire et envoyer le monde entier aller se faire foutre. Ce sourire qu'elle portât alors que son corps se cambrait sous le plaisir, ses larmes de joie, tout dans cette image qu'elle rendait donnait l'impression qu'elle était folle. Mais elle l'était, n'est-ce pas ? On le lui répétait depuis tellement longtemps. Elle était folle mais elle s'en fichait, parce qu'il était là et qu'il serait toujours là. Lucas.

  • Lucas... murmura-t-elle entre deux souffles bruyants.

Prononcer son nom ne fit que renforcer son sourire. Lucas. Lucas. Lucas. Lucas. Lucas. Un petit cri de surprise franchit ses lèvres. Il la souleva pour la porter sur son épaule, faisant surgir un rire qui attendait de sortir depuis plusieurs minutes déjà. Elle voyait tout à l'envers : le plafond était au sol et le sol au plafond. Le bout de ses cheveux tendaient vers le sol, impatients de le toucher. Tout de même, elle s'agrippa à son tee-shirt pour ne pas tomber. Ce serait dommage qu'elle se brise la nuque. Cette nuque qu'il emprisonnait dans sa main, cette nuque qu'il attirait vers lui pour l'embrasser.

Il monta les escaliers, elle sur son épaule et entra dans sa chambre en claquant la porte derrière lui. Il la déposa sur le lit et se tint au-dessus d'elle, ses yeux gonflés de larmes l'observant amoureusement. C'était ça, la beauté de l'amour. Trouver la force pour aimer, se confondre dans l'autre, même quand tout va mal. Retrouver cette part d'humanité volée dans un baiser, repenser à un rêve détruit dans un souffle expiré. Ne rien abandonner, seulement pour voir dans les pupilles de l'autre une lueur de bonheur. Pas des larmes, ni du maquillage coulé. Un sourire. Cela suffisait pour créer une félicité démesurée.

Il l'embrassa encore et encore, et elle se laissa faire. Elle laissa les frissons parcourir sa peau, elle laissa ses lèvres murmurer « je t'aime » pour elle, non pas par des mots, mais dans ses gestes. Arriva un moment où elle voulut aller plus loin, se confondre totalement à lui, se voir plonger dans son corps, dans son âme, dans son regard. Elle inversa les positions et posa ses mains sur son torse, l'obligeant à rester immobile sous ses caresses de plus en plus impulsives. Elle déboutonna sa chemise en un temps record, déposa des centaines de baisers sur sa peau, toujours plus, encore plus, puis en vint au bouton de son pantalon qu'elle défit, à ses mains cherchant à s'insérer sous le tissu, et alors des flashs de souvenirs envahirent l'esprit de Lucas et brusquement, il se releva, les yeux écarquillés, cherchant à s'éloigner le plus possible de tout contact. Raven mit du temps à comprendre. Émerger de sa passion dévorante fut douloureux mais après un bref laps de temps, elle comprit. Dégoûté de lui-même, certainement, il enfouit sa tête dans ses mains, le corps tremblant. Elle n'osa plus rien. Le toucher dans son état n'était pas chose à faire. Lui parler, oui, mais que dire ?

  • Lucas, l'appela-t-elle d'une voix ferme. Lucas, regarde-moi.

Il n'en fit rien. Raven le connaissait assez pour savoir que dans ces moments-là, le mieux à faire était ne montrer aucune hésitation dans ses mots. Elle aurait dû penser à sa réaction bien avant, seulement, dans l’enivrement du moment, ça lui était sorti de la tête. Et elle s'en voulut. Terriblement.

  • Lucas ! fit-elle d'une voix beaucoup plus forte.

Il tressauta légèrement mais se redressa pour la fixer dans les yeux, d'un air de dire « c'est bon, c'est fait, que veux-tu maintenant ? ». À présent, elle devait se montrer convaincante. Pas facile quand elle peinait déjà à retrouver une respiration normale.

  • C'est moi qui suis allée trop loin. Désolée.

Il ne dit rien. Sa poitrine était luisante sous la lumière du réverbère, qui s'infiltrait par sa fenêtre. Le reste de la pièce était plongé dans l'obscurité, comme si elle s'efforçait pour ne rien voir de la scène.

  • Lucas, j'ai besoin que tu me parles.
  • Pourquoi, siffla-t-il en détournant la tête.
  • Pour savoir si tu en veux à toi ou à moi.

Il fut pris d'un petit rire nerveux. C'était mauvais signe. Très mauvais signe.

  • À toi ? Pourquoi veux-tu que je t'en veuille ?

C'était bien ce qu'elle craignait.

  • Parce que j'ai dépassé les limites.
  • C'est moi qui suis un incapable ! cria-t-il brusquement, la faisant sursauter.
  • Arrête de dire ça, tu m’énerves ! craqua-t-elle en haussant la voix. Arrête, tu fais chier ! Et merde !

Elle se leva du lit pour récupérer son pull qu'elle avait jeté par terre dans leur ébat, énervée non pas pour sa réaction mais pour son obstination à ne pas vouloir l'écouter.

  • Raven... tu vas pas partir quand même ?
  • Si.
  • Non.

Elle se retourna vivement, ses yeux lançant des éclairs.

  • Si, répéta-t-elle.
  • Non.

Il se leva à son tour et lui arracha son pull des mains.

  • Rends-moi ça.
  • Sortir en pleine nuit est dangereux.
  • Dis-moi la vraie raison pour laquelle tu ne veux pas que je parte.

Un silence.

  • Tu le sais déjà, dit-il d'une voix plus basse.
  • J'ai oublié.

Son regard brillait d'une lueur de défi. Il soupira d'exaspération.

  • Parce que je t'aime.

Un sourire satisfait évanouit toute marque de colère sur son visage. Elle se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser à sa hauteur, avant d'être renversée sur le lit une nouvelle fois. Au moment où il approchait ses lèvres des siennes, elle posa un doigt dessus et dit :

  • Tu n'es pas un incapable.
  • Arrête, bon sang.
  • Répète ces mots.

Il laissa tomber sa tête en avant tout en poussant un profond soupir.

  • Répète ces mots ou je récupère ce foutu pull et je m'en vais.
  • Raven...
  • Pas de « Raven... ». Répète ces mots.

Il la fixa dans les yeux durant plusieurs secondes. Elle attendait. Peut-être cela ne servirait-il à rien, peut-être que ça n'aurait aucun effet, parce que répéter cinq mots n'effaçait pas un ressentis aussi fort, mais cela l'atténuerait peut-être. Puis le temps l'effacerait, comme il l'avait fait à plusieurs reprise.

  • Je ne suis pas un incapable.
  • Tu vois quand tu veux, sourit-elle en ôtant son doigt.

Aussitôt, il écrasa ses lèvres sur les siennes et recommença ce geste des centaines de fois, sur sa bouche, sur son cou, sur sa poitrine, partout avant que tous deux ne sombrent dans un sommeil profond.

Ce n'est que le lendemain matin, lorsque le réveil de Lucas sonna, qu'elle se rendit compte avec horreur qu'elle n'avait pas envoyé de message à sa mère.

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