Me Too.

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Avec le soutien de  Akaya 
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Aussi loin que je me souvienne, j'étais une chouette gamine. Malgrès les difficultés que j'avais déjà rencontrées à mon jeune âge, j'avais su garder une certaine naïveté et une légèreté de vivre. J'étais solitaire, rêveuse et j'aimais ça. J'avais construit un petit monde rien qu'à moi. Loin de la violence de ma famille, mais aussi de celle de l'école. Comme beaucoup, j'ai subit le harcèlement scolaire. Je n'étais pas cool et je voulais encore moins l'être.

Ma mère avait réussi à me sortir de ce collège, où même l'équipe pédagogique était monstrueuse. Une année dans une petite classe spéciale, où mes résultats étaient excellents et où je me sentais de mieux en mieux. Jusqu'au jour où, un ancien camarade de classe reprit contact avec moi. Je n'avais pas vraiment d'ami et cet intérêt soudain m’étais assez agréable. Lui et moi avions fini par nous mettre ensemble. Il etait sympa, attentionné et me faisait rire...

Moi, je voulais être musicienne. Depuis toujours je chantais, je dansais, c'étaient les choses les plus importantes. Je dessinais et je savais que j'avais un imaginaire sans limites. Cette adolescence difficile était adoucie par mes rêves de scène, de voyages et d'accomplissements. Alors pour moi, une relation amoureuse faisait mine d'ovni dans ma vie. Le seul modèle de couple que j’eus dans ma vie, s’était mes parents. Emprise psychologique, maltraitance, violence, il n'y avait pas de quoi bien grandir. Alors non. Je n'ai pas vu le danger arriver. Je ne me rendais pas compte que ce garçon avait la main mise sur moi. Qu'il venait chez moi de plus en plus tôt et repartait de plus en plus tard. Qu'il voulait qu'on reste enfermés dans ma chambre, les volets fermés. Qu'il reste sur mon lit, à me regarder dessiner. Je pensais que c'était... "normal". Il devenait oppressant, un peu comme l'air avant un orage d'été.

Je n'étais pas sexuellement active et entre nous, c'était le cadet de mes soucis. Ma maman m'avait bien éduqué sur le sujet "Attend d'être prête, attend la bonne personne..." mais c’était exactement ce que je voulais faire. Même si moi et ce garçon, à l'époque, nous jouions plus ou moins intimement, je ne voulais pas le faire avec lui. C'était juste fun mais sans plus. Mais un jour comme un autre, il ne m'a pas demandé mon avis. Je me souviens lui avoir dit "non". Mais il était 3x plus carré que moi et ses mains serraient mes poignets fermement. Je me suis débattue comme j'ai pu, me tordant pour qu'il ne puisse pas m'atteindre. En vain. Je me souviens encore de la douleur, du dégoût. Puis il est parti. Et il n'est jamais revenu.

Durant un an, j'ai gardé ce secret pour moi. Par honte, par peur mais surtout par déni. Je n'ai plus jamais réussi à chanter devant quelqu'un, ni même à m'exprimer sans avoir honte, sans avoir peur. Je me suis renfermée un peu plus chaque jour. Je m'habillais en noir, parce que "je voulais ne pas être remarquée..." Ce fut l'effet inverse, forcément. Les réflexions incessantes de ma famille "et pourquoi tu ne souris jamais? Pourquoi tu t'habilles en noir, c'est pas beau pour une fille" eh blah et blah... Je n’ai jamais su leur dire.

J'étais en école de mode à l'époque et en plus de mon mal-être, j'étais en train de revivre le harcèlement scolaire. Jusqu'au jour où ma classe devait défiler devant les gens de ma petite ville. Gens de petit village, que je ne pouvais pas voir en peinture et c'était réciproque. Le jour même, je ne me suis pas rendue aux répétitions. Je n'y arrivais pas. Tout le monde s'en est pris à moi, ma mère, mes profs, mes camarades de classe. Ma mère était venue me délogée de ma chambre en hurlant, me demandant pourquoi je ne voulais pas y aller. Ma réaction fut assez simple. J'ai remonté les manches de mon pull, qui cachait de vilaines cicatrices. Le regard effaré de ma mère, je ne me souviens pas de ce que je lui ai dit exactement, juste d'un mot. Viol. Après un presque un an, j'avais réussi à mettre un mot sur mon mal-être. Et la réaction de ma mère... Je l'ai vue s'effondrer littéralement, devant moi. Sa façon de hurler et de lutter face à ce qui se passait, jamais j'oublierais. J'arrive encore à entendre son cri, sa voix qui se brise dans sa gorge...

Elle m'a pris dans ses bras, puis appela mon grand-père. Il était allé voir le directeur de mon école pour lui parler. Quand mon père rentra du boulot ce soir là, ma mère et lui eurent une discussion mouvementée. Je n'oublierais jamais les mots qui sortirent de la bouche nauséabonde de mon père: " Elle n'a pas trouvé autre chose pour se rendre intéressante?!" Cette phrase est à l'origine de ma non-plainte. Si mon père ne me croyait pas, qui pourrait? J'en ai toujours voulu à mon père. Parce qu'il ne m'a pas protégé, parce qu'il n'a jamais été là. Il y a encore peu il m'a dit: "Si ça t'es arrivé, c'est que tu l'avais bien cherché..." So cliché.

L’année dernière, je suis rentrée chez moi en France. J'étais devant la tv, je regardais l'eurovision. Le programme venait juste de finir quand j'ai reçus une notif Facebook. Il venait de me demander en ami. J'ai passé plus de 10 mins, à regarder mon écran, devant ce visage qui me donnait la nausée. J'ai eu un réflexe de petite fille. J'ai couru dans la chambre de ma mère et je me suis mise à coté d'elle, en attendant que je me calme et que les pleurs s'arrêtent. Peu de temps après, alors que j'étais en voiture sur le parking du carrefour, mon fiancé à mes côtés, il est passé devant moi... J'ai eu une crise d'angoisse, crispée, je ne pouvais plus de bouger. J'ai dû, tant bien que mal, conduire jusqu'au parking de la gare un peu plus loin, pour me calmer. Ce type me répugne. Son visage, ses mains, ses fringues, je m’en souvient comme d’un instantané avec lequel je suis obligé de vivre au quotidien. Je me cherche. M ’envois des mails, des invitations sur LinedIn, sur IG... Je vis avec l’angoisse que, malgrés mon éloignement, il se retrouve devant moi.

Et aujourd’hui je me rencontre que ce type, il ne sait pas ce qu'il a fait. Il ne ce doute pas une seconde que ce qu'il à fait, s'apelle un viol. C’était un sale gamin d’un famille brisée, sans repères etc...

Après toutes ces années, je ne me suis toujours pas reconstruite, ou alors, de travers. Personne ne sait ce que c’est qu‘est de vivre une agression tant qu’on ne l’a pas vécu sois même. Et toutes ces choses qui en découlent. Je ne suis pas mon viol, ni les autres abus que j'ai subis par la suite, mais je vis avec et c’est une sentence à vie. Je suis condamnée a vie. Et toujours à cause d'un compagnon. Relations sexuelles non voulues, nymphomanie, la drogue, l'alcool, le stress post traumatique, les angoisses au quotidien... Mon propore esprit n’a plus de sens parfois. Et... Non ça ne c'est pas passé dans une sombre ruelle, non je n'étais pas habillée "sexy", (à cet age, je dormais encore avec un doudou, alors le "sexy", hmm, voilà...) Là est le vice. C'est la personne en qui j'avais confiance, dans ma chambre, dans mon lit. C’est trop souvent le cas: un conjoint, un père, un oncle, voisin, collégue...

On a tous une histoires et nous, victimes de violences, avont une vérité en nous. Aujourd’hui, petit à petit, c’est vérité tend à exploser à la gueule des gens et de la société, qui n’est pas prète pour ça. Pourtant, va bien falloir que les choses changent. On ne peux plus victimiser les agresseurs et condamner les plaingnants. Beaucoup blâment les victimes sans jamais avoir prit le temps de discuter avec. et ceux sont les mêmes qui parlent de « justice »...

Il est dur de ses reconstruire dans un monde qui te rapelle constament qui tu es, ce qu’il s’est passé et qui juge (te juge, sans le savoir), haut et fort. La main des agresseurs sur nos bouches est une vérité qui va au délà de l’agression, parce qu’on vit dans le silence qu’on nous impose. Quotidienement j’encaisse le graveleux, sans mots. Sentir les larmes monter mais ne rien dire, pour ne pas être jugée, encore, ou pire... Voir les gens continué à tenir leurs propos dégueulasses.

Aujourd'hui, j'en parle non pas pour cultiver la pitié, j'en ai que rien à foutre. Non, j'en parle pour témoigner, que ça arrive plus qu'on ne le croit. Pour aider d’autres, peut-être à parler aussi. Malheureusement oui, tout le monde connaît une victime de viol, d'agressions sexuelles, physiques, psychologiques, de maltraitances, ou de négligences. Ne pas parler, accuser les victimes, ne pas intervenir, faire comme si de rien n'était, vous rend dans un sens, complice. Si vous savez quelque chose, si vous pouvez faire quelque chose, faites! Mais surtout, réfléchissez avant de blâmer qui que ce soit et arrêtez d'êtres cons. Merci.

Autobiographie
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Commentaires & Discussions

Yeah.... Me Too. Chapitre4 messages | 2 ans

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