Braquage

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C'était la fin de la journée, le bureau de Poste n'allait pas tarder à fermer. Garé à quelques dizaines de mètres, Pascal fumait tranquillement sa clope derrière son volant. Il savait qu'il avait tort, mais n'avait plus vraiment le choix. Enfin, c'est ce qu'il se disait, parce qu'il paraît que l'on a toujours le choix. En tout cas, c'est ce que disent les intellectuels et les bienpensants. Pascal n'était pas un intellectuel. Il n'était plus non plus maçon, ni chômeur. Il n'était plus rien, hormis une proie facile pour son banquier. Il jeta sa clope par la fenêtre et respira un grand coup. L'air glacé emplit ses poumons. Il était temps.

Pascal s'est foutu un collant sur la tête, puis, armé du fusil de chasse de son grand-père, il entra dans le bureau de Poste. C'était un double canon lisse à deux gâchettes. Il tira un coup de semonce au plafond. Ça fit un immense trou dans le contreplaqué. Il dégringola en confettis. Quelques femmes se mirent à crier sous la détonation. Tous se recroquevillèrent, rentrant la tête dans les épaules d'un geste instinctif.

- QUE PERSONNE NE BOUGE !

Pascal força tout le monde à s'allonger, mains sur la nuque. Son fusil ne contenait que deux cartouches. Il ne lui en restait donc plus qu'une. Il se dirigea vers le guichetier, lui colla son canon sous le pif tout en lui tendant son sac.

- Remplis.

Le guichetier se mit au travail.

Pascal se chiait dessus. L'adrénaline, et avec elle toutes les pensées qu'il ne faut pas avoir dans un moment pareil. Ce n'était pas un voyou. Sa dernière bagarre remontait à l'époque du lycée. Mais il n'avait plus le choix. C'était Noël. La traite de l'assurance à payer, les cadeaux pour les enfants, les études de prof' pour le plus grand. La Solidarité du gouvernement et les associations lui avaient refusé toutes les aides et le banquier lui avait bloqué sa carte. Bref, c'était la merde.

Les gens dans la pièce se montraient dociles. Pétrifiés, saisis, il n'y en avait pas un pour jouer les héros ou la ramener. Ils ne bronchaient pas, attendant patiemment que ça se termine au plus vite. La pression montait de plus en plus chez Pascal. Des cascades de sueur l'inondèrent. Il crevait de chaud sous sa cagoule.

Pascal entra dans la maison avec les bras chargés de cadeaux et le reste de l'argent scotché sous sa veste. La maison était vide, tout comme son fusil. Il délesta ses bras des cadeaux sur la commode rangée le long du mur, devant l'entrée. Puis, il enfila les escaliers quatre à quatre. Arrivé dans la chambre, il souffla un peu, posa le fusil sur le lit. La peur et l'adrénaline étaient toujours très présentes. Il tremblait. Il releva son t-shirt puis dé-scotcha les billets restants de sur son torse. L'épilation lui fit faire la grimace. Il ne restait plus beaucoup, quelques centaines d'euros à tout casser. Il en foutu un peu sous le lit, un peu dans une boite à chaussure, et le reste, d'une valeur d'à peu près cinq cent, il le plia soigneusement pour le coincé sous un des pieds de l'armoire. Il s'assit un instant sur le rebord du lit, ses mains alternant entre ses joues et sa tête. Les tremblements ne cessaient pas.

- Mais qu'est-ce que j'ai fait bon Dieu ?

Pour fuir ses pensées, il se leva d'un bon et se déshabilla complètement pour aller prendre une douche. Il sentait la crasse de ce qui venait de se passer. IL se sentait sale. Et il avait beau frotter, frotter, ça ne semblait pas vouloir partir.

Pascal savait que sa famille ne reviendrait pas avant deux bonnes heures. Il n'avait qu'une envie c'était de les serrait dans ses bras. On ne dit jamais assez aux gens qu'on les aime.

Une fois lavé et sec, il s'accouda au comptoir de la cuisine après s'être servi un grand verre. Il alluma le reste du joint posé dans le cendrier et tira une bonne taffe. Son regard se mit à observer autour de lui, sa maison. Il la voyait sans doute pour la première fois. C'était rock'n'roll et bien foutu en même temps. Il se sentait fier de ce qu'ils avaient accomplis avec sa femme. Jusqu'à ce qu'il croule sous le poids des dettes et des découverts. Si l'argent ne fait pas le bonheur, il file quand même un sérieux coup de pouce.

Il finit son verre, s'en resservi un autre puis fila dans le couloir pour y chercher les cadeaux. Pascal prit tous les paquets et alla les déposer au pied du sapin. Il entendit trois voitures se garer devant la maison en faisant crisser les pneus. Des flics. Pascal ne reverrait pas sa famille, il ne pourrait pas leur expliquer, et comment leur dire ?

La porte s'ouvrit brusquement derrière lui. Deux flics cagoulés et armés entrèrent, et le braquèrent.

- Plus un geste !

Pascal couru en haut chercher son fusil. Les deux flics gueulèrent après lui. Lorsqu'ils le rejoignirent, il était dans la chambre, en train de saisir l'arme, il avait oublié qu'elle n'était plus chargée. La première balle l'atteignit dans la poitrine, la seconde dans la joue, la rafale fini le travail.

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