Chapitre 3

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Seule dans sa chambre, Illythia réfléchissait. Si elle voulait rejoindre les soldats, il lui fallait trouver une solution. Ses gardes ne la laisseraient pas sortir. La princesse regarda vers le balcon et une idée lui vint à l'esprit. Elle se changea pour une mince tunique et un pantalon pourpre, bien plus confortable et pratique. Illythia écrit une courte lettre qu'elle laissa sur son bureau. Son père n'apprécierait pas, mais elle avait pris sa décision. Ouvrant la porte, la princesse passa de l'autre côté de la barrière en bois. La différence de hauteur avec le sol l’impressionnait mais elle n'avait pas peur. Prenant son courage à deux mains, elle sauta. Grâce à l'extrême résilience du corps des vampires, elle atterrit sans se blesser. Illythia resta collée contre le mur et observa. Des gardes surveillaient la porte avant du palais. Si elle passait près d’eux, ils la verraient tout de suite. Il fallait détourner leur attention d’une quelconque manière. Son corps tendu, la princesse ne fit aucun bruit. L’heure avançait et les soldats risquaient de quitter Askaria avant qu’elle ne les rattrape. Illythia se concentra sur sa magie : le feu. Elle créa une petite flamme qui vola devant les soldats. Leur attention se tourna vers la mince lueur qui partit de l’autre côté du palais. Les soldats quittèrent leur poste pour aller voir. En leur absence, la princesse quitta la cour du palais. Sortie de la citadelle, elle traversa Rozesburg à toute vitesse. Sa cape sombre et l’obscurité de la nuit la camouflaient. Les humains ne le verraient pas, même s’il y en avait dans les rues, mais elle espérait ne pas croiser de gardes. Les vampires voyaient dans le noir comme en plein jour, même mieux.


De leur côté, Dregan et ses soldats arrivèrent à Likatorm environ une heure après leur départ. Klyn les emmena vers l’une des maisons. Au grand étonnement des autres, il passa sur le côté et frappa sur le mur.

— Que fais-tu ? demanda Dregan.

Il s’ouvrit. Cet endroit dissimulait une porte cachée. Dans l’ouverture de la porte, une femme blonde aux yeux sapphire se tenait.

— Oh, sous-commandant Klyn. Que faites-vous ici à cette heure ?

— Vasilica, j’ai une faveur à vous demander. C’est urgent.

Voyant l’air grave sur le visage du vampire, la femme n’hésita pas.

— Venez, entrez.

Ils la suivirent à l’intérieur d’une maison qui différait de ce que l’on imaginait des maisons humaines. S’ils n’avaient pas une vision nocturne, il n’y verrait presque rien. Seul des torches aux murs offraient un éclairage. Entre elles, des étagères de fioles de potions et de bocals de plantes magiques.

— Cet endroit… commença Dregan.

— C’est la boutique de potions de Likatorm, répondit Klyn.

Cela expliquait les potions et plantes magiques.

— Vasilica est une sorcière et fabrique des potions.


— Alors, quel est ce service ? demanda la femme.

— Nous avons besoin de l’aide de votre mari pour aller à Egror. Princesse Raelinn a été enlevée.

Vasilica ouvrit grand la bouche sans qu’aucun son ne sorte.

— Je suis désolée, fit cette dernière. Mon mari est blessé et ne peut prendre la mer à l’heure actuel.

— Moi je peux, fit une voix juvénile.

Ils se tournèrent. Debout devant une autre porte dissimulée, se tenait un adolescent. Il ressemblait à la sorcière sauf pour ses cheveux couleur ébène.

— Mon nom est Nicolae et je suis le fils de Vasilica.

Le garçon, Nicolae, entièrement vêtu de bleu, portait un grimoire magique comme l’un de ceux qui ornaient les murs.

— Sais-tu naviguer ? demanda Dregan.

— Oui bien sûr. Mon père me l’a appris dès que j’ai atteint l’adolescente. Je n’ai pas son expérience mais je me débrouille.

— Et tu es un sorcier ?

Nicolae hocha la tête.

— Visiblement, vous ne pouvez pas attendre Père. Alors je peux le remplacer.

Klyn regarda la femme, demandant son approbation. Ce Nicolae, il le connaissait depuis tout petit, il le voyait avec son père au port. Il était encore jeune et il ne voulait pas que le garçon risque sa vie.


Vasilica se tourna vers Klyn et fit oui de la tête.

— Entendu. Nicolae, tu viens avec nous. Mais soit prudent. Personne ne sait ce qui nous attend à Egror.

Nicolae hocha la tête.

— Bonne chance, leur dit Vasilica.

Dehors, Dregan s’adressa à Klyn.

— Cette Vasilica est la femme du navigateur ?

— Oui.


Illythia sortit par le sud de Rozesburg et se retrouva dans une prairie verdoyante. Seul le silence et l’obscurité de la nuit sans lune l’accompagnaient. L’herbe sous ses bottes étouffait le son des bruits de pas. La princesse pensa à son père qui serait sans aucun doute furieux en apprenant qu'elle avait désobéit. Une vague de culpabilité l'envahit, mais elle la chassa. Sa décision était prise et ne changerait pas. Hors de question de revenir en arrière. Marchant dans la plaine, elle réfléchit. Les gardes devaient prendre la mer pour aller à Egror.

— Qui dit mer, dit port. Ils sont à Likatorm.

Likatorm, tout à l'est d'Askaria, se trouvait être un minuscule village portier et marchand. Unique port de l'île, nombreux y allaient pour acheter des provisions ou louer un bateau. Il ne faisait aucune doute que les soldats s'y rendaient, et donc, elle aussi. Elle continua, s'aidant des panneaux, et arriva à la Forêt de Darkania.


Elle avança à pas lents et mesurés dans la forêt sombre et brumeuse. Malgré l’absence de tout repères, elle ne se laissa pas intimider. La pénombre n’était rien pour les vampires et leur vision nocturne. Autour d’elle, de la verdure à perte de vue. Illythia observait ses alentours. Des sapins immenses entourait la route de terre. Les arbres se tenant fiers au-dessus de la jeune fille la faisait sentir minuscule. Ne pouvant se fier qu’aux différents panneaux pour trouver son chemin, la princesse tenta de rester calme. Pourtant, seule dans cette forêt immense et inconnue, elle avait une boule à la gorge et tremblait. Illythia failli rebrousser chemin mais penser à Raelinn, prisonnière des orcs, lui redonna courage et détermination. L’adolescente continua d’avancer sans un bruit. Un hurlement la figea sur place.


Loin d’être humain, il s’agissait d’un cri animal. Illythia regarda autour d’elle et remarqua la présence d’un loup qui s’approchait d’elle dans la pénombre. L’animal ne lui paraissait pas agressif et au lieu de l’attaquer, la renifla. Cette dernière, rassurée, caressa la fourrure cuivrée.

— Tu m’as fais peur, gloussa-t-elle. Mais en fait tu es gentil. Oui, un gentil loup.

Elle le laissa derrière, pupilles dorées l’observant tandis que la jeune fille s’éloigna hors de sa vue.

Ce ne fut qu’après quelques minutes de marches supplémentaires qu’Illythia vit le panneau qui annonçait Likatorm. Elle espérait avoir réussit à rattraper les soldats avant qu’ils ne partent.


Lorsqu’elle atteignit le village, les gardes s'y trouvaient déjà. La nuit se terminait que dans plus d’une heure donc elle ne risquait pas de croiser de villageois. La princesse se cacha derrière l'une des maisons du village et observa. Avec les soldats se trouvait un garçon à l'apparence humaine. Intriguée, elle approcha sans se faire voir. Le garçon discutaient avec les vampires et ne semblait pas surpris par leur apparence. Elle continua de les observer. Lorsqu'ils montèrent à bord de leur bateau, elle manifesta ses ailes de chauve-souris et vola jusque là. l'adolescente se cacha dans l'une des cabines et alla sous la couverture du lit, silencieuse, pas un geste. Le bateau se mit à bouger. Ils quittaient la terre ferme. Personne ne l'avait vue. Cela rassura la princesse. Soudain, des bruits de pas approchant de sa cachette l'alertèrent. Ils la trouveraient vite. La porte s'ouvrit. Le corps d'Illythia se tendit. Elle retint sa respiration et évita de bouger. Une bosse demeurait sous les draps et rendait sa présence visible.

— Qui est là ?


Elle reconnu la voix grave de Dregan. Elle ne répondit pas. Les pas se rapprochèrent et l'adolescente se figea sous sa cachette. L'homme releva la couverture. L'étonnement se voyait très bien dans ses yeux violets.

— Qu... Quoi ? Princesse Illythia ?

Il la regarda, semblant confus et croyant sans doute rêver.

— Que faites vous ici ? demanda-t-il au bout d'un instant. Et d'ailleurs, comment êtes-vous montée ?

— En volant.

Dregan ne savait que répondre. Il soupira. La princesse les avaient suivis et était même montée clandestinement à bord de leur bateau. Même s'il lui disait de partir, ils avaient quitté la terre depuis un moment. Elle ne pourrait voler aussi longtemps pour rentrer à Askaria. Ils n'avaient pas le choix.


Plus tard, Illythia se retrouva avec Dregan et Klyn dans la chambre du sous-commandant. Elle restait la tête baissée. La princesse ne regrettait pas sa décision, mais craignait d'avoir de gros ennuis. Les regards désapprobateurs que lui lançaient les deux hommes justifiait ses craintes. Elle ferma les yeux. Ses mains serrées sur ses genoux, elle attendait la tempête.

— Pourquoi êtes-vous venue ici ? demanda Klyn, les bras croisés. Et toute seule en plus. Que se serait-il passé si vous aviez eu des problèmes ?

— Je veux vous aider, déclara Illythia.

— Ce serait bien trop dangereux, insista le sous-commandant.

— Je n'ai pas peur, continua l’adolescente.

Dregan les écoutait en silence et soupira.

— Nous n'avons pas vraiment le choix. Nous sommes bien trop loin du port. Impossible de revenir.

— Tu suggères que l'emmenions avec nous ? demanda Klyn.

— Je dis surtout que nous n'avons pas le choix. Malgré les dangers, elle sera plus en sécurité avec nous qu'en revenant seule.

Il n’acceptait pas vraiment que la princesse les accompagne, mais quel choix avaient-ils ?

— Klyn, je te charge de protéger la princesse. C'est tout ce que nous pouvons faire.

— Entendu, Dregan.

Dregan le lui demandait à lui parce qu'il ne s'agissait pas que de son bras droit. Ils étaient des amis de longue date. Les deux hommes avaient une confiance inébranlable l’un envers l’autre.


Les deux hommes emmenèrent Illythia auprès du reste du groupe. Les réactions ne se firent pas attendre. Les soldats haussèrent les sourcils, écarquillèrent les yeux et la regardaient sans un mot.

— Votre... Votre Altesse ? Mais... Comment ?

Dregan expliqua comment il avait trouvé Illythia. Cette dernière observait autour d'elle. Le garçon de tout à l'heure se trouvait sur le bateau. Il possédait des cheveux couleur ébène et ses yeux lui rappelait des saphirs. Le voyant de près, il lui parut tout à coup bien petit. Le garçon ne dépassait Illythia que de peu et semblait être encore dans l’adolescence. Pourtant, il naviguait ce bateau ? Remarquant ses yeux posés sur lui, il s'adressa à la princesses avec un sourire amical.

— Je m'appelle Nicolae, enchanté.

Il semblait normal, humain. Comment faisait-il pour être aussi calme ? En l’absence de leur capuchons, leur différence se voyait.

— Vous ne semblez pas surpris de nous voir, dit la princesse. On croirait que vous êtes habitué. D'ailleurs, je croyais que nous devions éviter de nous montrer aux humains.

Cette dernière phrase s'adressait surtout aux vampires.

— C'est sans doute parce que je ne suis pas tout à fait humain.


Un livre à la main, il prononça les mots “Rozes invocazi” et une rose apparu dans sa main.

— Un sorcier ?

— Oui, répondit Nicolae en donnant la rose à Illythia.

Puis il demanda :

— Et vous, Princesse ? Que faites-vous ici ?

— Princesse ? balbutie Illythia. Mais comment avez-vous...

Nicolae désigna le médaillon qu'elle portait au cou.

— Vous portez l'amulette de la famille royale.

Illythia porta une main à son collier. Il s'y trouvait en effet le symbole de la famille royale. Pourtant...

— Mais comment vous connaissez ce symbole ?

— Je connais Klyn depuis des années. Les capes des gardes royaux portent ce symbole.

— Oh, fit-elle. Je m'appelle Illythia et je veux ramener ma sœur.

Nicolae ne dit rien.

— Excusez-moi, l'interpella Illythia, mais, n'êtes-vous pas un peu jeune pour être capitaine de bateau ?

— C'est vrai. Je n'ai que 17 ans, mais mon père m'a appris à naviguer alors il n’y aura aucun problèmes.

— Ah, fit Illythia.

— Oh, et vous n'avez pas à me vouvoyez vous savez, Princesse.

Pourtant, elle se sentait mal à l'aise d'être aussi informelle avec quelqu'un qu'elle venait de rencontrer.


Sous le ciel couvert d'étoiles, Illythia se tenait sur le pont du bateau. La mer d'un bleu azur l'attirait. Elle ignorait ce qui l'attendait de l'autre côté de l'horizon mais n'avait pas peur. Peu importe ce qui arriverait à Egror, elle ne fuirait pas. Elle était parvenu jusqu'ici et ferait de son mieux pour les aider. Klyn se tenait à moins d'un mètre derrière elle. Si elle venait avec eux, ils feraient tout pour qu'elle revienne saine et sauve.

— Princesse Illythia, l'interpella Klyn.

Elle se tourna vers lui.

— Nous n'arriverons pas à Egror de sitôt. Vous devriez en profiter pour dormir. Nous ne pourrons pas nous reposer aussi facilement une fois arrivés.

Illythia préférerait continuer à regarder le ciel étoilé et la mer calme. Elle n'avait pas envie de dormir. La princesse soupira.

— D'accord.


Illythia partit vers la cabine qu'ils lui avaient assignée. La minuscule pièce lui parut tout à coup étouffante. Elle se sentit tout de suite à l’étroit. Si à son arrivée, elle ne l’avait pas réalisé, les cabines contenaient tout juste assez de place pour un lit. Illythia pouvait à peine se déplacer. Elle s’était attendue à une différence de taille par rapport aux pièces du palais. Là-bas, tout était grand, immense. La princesse soupira à nouveau et se changea en vitesse. Ce n'était que pour une nuit, il lui fallait faire avec. La princesse se mit au lit et s'endormit sans attendre. Lui laissant quelques minutes, Klyn alla voir si tout allait bien et alla rejoindre Dregan sur le pont.

— Comme ça se passe ? Quand arriverons-nous à Egror ?

— D'après Nicolae, répondit Dregan, nous devrions atteindre le port demain matin.

— Entendu.

Ils n'y pouvaient rien puisque le temps se trouvait hors de leur contrôle. Comme il leur restait du temps à perdre, l'homme alla se coucher. Son conseil au sujet du sommeil s’appliquait autant à lui qu’à Illythia.

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