Chapitre 1

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Tout au nord de l'île d'Askaria, se trouvait la cité des vampires et son palais. Un mur de pierres grises, semblable à celles du bâtiment, entourait la cour. Les portes et fenêtres violettes contrastaient avec leur sévérité. Le silence régnait excepté pour le vent frais d'automne qui soufflait.

Dregan passa la porte principale du palais. Un escalier de bois couvert d'un tapis cramoisi trônait au milieu du hall d'entrée. L'obscurité des lumières éteintes ne gênait pas ses yeux qui voyaient dans le noir à la perfection. Prenant la droite, il frappa à la porte.

— Oui ? fit l'une des servantes du palais.

Une vampire de grande taille ouvrit la porte. Son chignon serré lui donnait un air sévère qui n'impressionnait pas le soldat.

— Oh, Capitaine Dregan.

— Princesse Illythia est-elle réveilla ? demanda-t-il.

— Oui. Nous finissons de préparer son Altesse. Attendez ici s'il vous plaît.

Dans les chambres, deux autres servantes s'occupaient d'une adolescente. Les yeux à peines ouverts, elle restait éveillée de peine. La princesse avait passé la nuit plongée dans son roman préférée et ne s'endormit que deux heures avant que les servantes viennent la réveiller. Cela ne l'empêcha pas d'entendre Dregan. Elle savait pourquoi il venait la chercher. Une fois prête, Illythia se regarda dans le miroir. Les vampires ne se reflétaient pas en temps normal. Un verre spécial permettait de pallier à se problème.

— Capitaine Dregan est venu vous chercher. Il vous attend.

— D'accord.

Les vampires devaient boire du sang au moins une fois par semaine. Ils pouvaient consommer de la nourriture et des boissons humaines. Cela ne servait toutefois à rien pour ces créatures qui ne vivaient que par le sang. Dregan l'accompagnait à chaque fois en tant que garde du corps. Comme son père et sa sœur, Illythia ne pouvait quitter le château seule. Ils ne le quittaient que pour se nourrir. Un aller-retour rapide, pas le temps de faire du tourisme.

Pour l'instant tout allait bien pour Illythia qui ne ressentait pas encore d'effets de la soif de sang. Cela ne durerait pas, bien sûr. Aujourd'hui sonnait le jour J. La jeune fille devait boire le plus tôt possible. Laissant les servantes se remettre au travail, elle sortit rejoindre Dregan. L'homme se tenait contre le mur, les bras croisés. Son armure argentée scintillait et il portait une épée à sa taille. Ils n'en auraient sans doute pas besoin mais Dregan l'emmenant toujours par précaution. Tout comme elle, il portait une cape bleu nuit. Illythia rabaissa le capuchon. Ils devaient le garder pour rester à l'abri du soleil. Ses rayons n'étaient pas mortels mais inconfortables.

Ils quittèrent les murs du palais. Illythia suivait son garde. Lorsqu’ils arrivèrent dans la cour, un carrosse les attendait. De couleur rouge avec les bordures dorées, il arborait une rose dorée sur les deux portes. Dregan aida la princesse avant de monter lui aussi et ils se mirent en route. Illythia regardait par la fenêtre. Elle voyait les rues animées de la cité des vampires passer devant elle. Des maisons de bois sombre, l'obscurité de la barrière au-dessus d’eux.

Ils sortirent de la cité pour se retrouver sur la route de pierres blanches qui les séparaient de Rozesburg. Dans ce décor, seule la présence ou l'absence de feuilles dans les arbres indiquait le passage du temps. Illythia soupira. Ce paysage qu'elle avait vu un nombre incalculable de fois l'ennuyait.

— Je me demande à quoi ressemble le monde extérieur. Je ne connais rien du monde en dehors de Rozesburg.

Sans rien dire, Dregan continuait d'écouter.

— J'aimerais pouvoir voyager.

— Vous savez que cela est impossible. Votre place est au palais.

— Oui, et pourtant, j'aimerais découvrir de nouveaux horizons.

— Impossible, répéta l'homme, ce qui mit fin à la conversation.

Plus rien ne fut dit pour le reste du trajet. Le visage pourtant dénué d'émotions d'Illythia cachait un feu ardent à l’intérieur. D’abord, de colère face aux paroles de Dregan, puis d'une sensation bien différente et qu’elle ne pouvait contrôler. Sa gorge brûlait tel un brasier, qui, au lieu de s’éteindre, grandissait à chaque minute qui passait. La revoilà, la soif de sang, éternelle et douloureuse. Une qui la poursuivrait toute sa vie. Pourtant, elle devait encore attendre. Ils arriveraient bien assez tôt. Les mains crispées dans la jupe de sa robe, elle continua de regarder autour d'elle. Si Dregan avait remarqué son inconfort, il ne le démontra pas.

Le carrosse s'arrêta juste avant les limites de la barrière. Protection à la fois solaire et magique, les humains ne pouvaient la voir. Les deux vampires entrèrent dans Rozesburg. Capitale et l'une des nombreuses villes humaines d'Askaria, elle était la plus vaste et peuplée. Les vampires, du moins les nobles qui ne s'éloignaient jamais trop de la cité, y allaient pour se nourrir.

Leurs capuchons camouflaient leur visage. Ils ne passeraient pas inaperçus avec leurs cheveux argentés et leurs oreilles pointues. En plus leurs capes les protégeaient du soleil. Les vampires portaient des gants et des manches longues pour davantage de protection.

Dans la foule déjà présente, leur arrivée passa inaperçue. Les maisons de bois avaient des fleurs au parfum agréable à leurs fenêtres. Avec autant de gens autour d’elle, Illythia se sentait submergée. Les voix se mélangeaient et même si elle prêtait attention aux conversations, elle n'y comprendrait rien. Elle pouvait sentir l'odeur des humains aux alentours. Impossible de se concentrer sur son but quand ce qui lui servait à trouver une cible était écrasé par un mélange étouffant. Dregan suggéra de continuer.

Leurs pas les guida vers la place principale. Plus vaste, Illythia se sentait beaucoup moins étouffée. Enfin, si on ne comptait pas le brasier en elle qui l'empêchait de respirer. Il y avait beaucoup moins de maisons. La majorité de cette partie n'abritait que des commerces et l'auberge de la ville. La place principale grouillait d'humains de tout âge qui vaquaient à leurs occupations. Au centre se trouvait une fontaine de pierres blanches avec une rose immense. Illythia observa ces créatures dont la vie n'était qu'un court instant par rapport à la leur. Depuis aussi longtemps qu'elle se souvienne, leurs deux peuples vivaient proche sans se côtoyer. Sûrement était-ce mieux ainsi. Les vampires et autres créatures vivaient pendant près de 1000 ans. Ils ne vieillissait que d'un an par décennie. Au final, leurs relations avec les humains ne les conduisaient qu'à de la tristesse.

La princesse continua d'observer. Une douleur intense tel des aiguilles dans sa gorge eut vite fait de lui rappeler la raison de leur présence à Rozesburg. Les voix demeuraient omniprésentes et elle tenta de les chasser. Elle ignora l'odeur des fleurs. Sa poitrine s'enflamma, sa gorge lui parut soudain si sèche. Illythia ferma les yeux et se concentra. Le parfum doux des fleurs, du pain frais et des pâtisserie de la boulangerie vint à son nez. Le son de la fontaine la relaxait. Elle resta concentrée. Sa poitrine s'enflamma, sa gorge lui parut soudain si sèche. Il lui fallait trouver quelqu'un. Une odeur d'une douceur hors du commun parvint à son nez. Fruité et sucré, une odeur telle le miel ou de délicieuses pâtisseries. Elle se lécha les lèvres, l'eau à la bouche. Comme possédée, elle suivit le parfum appétissant. Ce sang était celui qu’elle cherchait. Ses crocs sortis perçaient dans sa lèvre inférieure. Elle pouvait goûter son propre sang.

Dregan qui la vit s'éloigner de lui, la suivit de près. Il fila sa protégée dans les rues de la ville. Illythia avança jusqu'à une ruelle sombre, éloignée de la place principale. Celui qui s’y trouvait lui semblait à peine plus âgée qu'elle. Enfin, d'un point de vue physique. Illythia paraissait peut-être 15 ans, mais en avait environ 155. Les cheveux courts du garçon montraient son cou exposé. À chaque pas, l'odeur devenait plus forte, étouffante. Sa gorge brûlait avec plus d’intensité. Illythia s'approcha du garçon qui ne l'avait toujours pas remarquée. Sa cape flottait derrière elle, le capuchon camouflait ses traits particuliers.

— Excuse-moi, l'interpella la princesse.

L'inconnu se tourna vers Illythia sans rien dire. Sa gorge brûlait avec plus d'intensité. Elle avait si soif. L'adolescente baissa son capuchon et le regarda. Les yeux verts du garçons croisèrent ses pupilles luisantes. Il fut figé sur place. Aucun humain ne pouvait résister à leur pouvoir hypnotique. Ils ne pouvaient pas l'utiliser longtemps, mais il fonctionnait à tout les coups. Elle se plaça sur la pointe des pieds et le prit dans ses bras. Illythia mordit le cou du garçon et suça la plaie. Le sang de ce garçon goûtait si doux, une saveur sucrée et fruitée, la chaleur bien agréable sur sa langue. Chaque gorgée rafraichissait sa gorge desséchée et brûlante. Collée contre le garçon, elle continuait de boire à petites gorgées. Ce dernier ne bougeait pas, la laissant faire sans résister. Cela facilitait les choses d'avoir une cible immobile. Lorsqu'elle se sentit repue, la princesse retira ses crocs du cou du garçon et poussa un léger soupir de soulagement. Si cette soif dévorante était inconfortable, même très douloureuse, recevoir du sang se révélait être cent fois plus agréable. Elle se sentait revigorée. En léchant la plaie, cette dernière disparu sans laisser de trace. Illythia posa une main sur le front de l'humain et se concentra. Une lumière violette émana de sa paume.

— Oublie, murmura-t-elle.

Il s'agissait de la méthode classique des vampires pour effacer la mémoire de ceux dont ils buvaient le sang. Ils gardaient leur nature cachée de cette façon. C'était le premier sort qu'ils apprenaient, quand ils n'étaient que de jeunes enfants et que leurs instincts de vampires venaient de s'éveiller. Illythia relâcha le garçon et il partit comme si de rien n'était. Il n'aurait aucun souvenir de leur rencontre.

— Princesse Illythia.

Dregan sortit de sa cachette et vint la rejoindre. Il avait surveillé toute la scène afin de s’assurer que personne ne vienne par-là.

— Il est l'heure de rentrer au palais, Votre Altesse.

Illythia ne répondit pas. Cela l'ennuyait qu'ils repartent toujours tout de suite. Elle n'avait la chance de quitter le palais que pour se nourrir. Il n’y avait que ce court instant où elle voyait autre chose que quatre murs. Elle seule buvait, en revanche. Dregan l'accompagnait à chaque fois, pourtant, ne semblait pas montrer de signes de manque de sang.

— Et toi Dregan, tu ne bois pas ? Tu n'en veux pas ?

— Nous sommes venus pour vous, lui répondit le soldat. Pour ma part, je n'en ai pas besoin.

— Parce que tu es un Demi-humain ?

— En effet, répondit-il d'une voix qui lui parut nostalgique, voir un peu triste.

Dregan était le fils unique de l'ancien commandant de la garde royale et d'une humaine de Rozesburg. Il vieillissait comme les autres vampires et ressemblait toujours à un enfant de 5 ans quand sa mère mourut. Son père, vieillit par toutes ses années de services, donna son poste à son fils. Il siégeait désormais au conseil depuis près de 20 ans. Plus de 200 ans après sa mort, tout ce dont il se rappelait de sa mère était une brune aux yeux doux. Sa voix, ses manières et presque tout la concernant restait flou dans sa mémoire.

— La vie des demi-humains ne doit pas être facile, dit Illythia d’une petite voix

Elle avait parlé sans réfléchir et le visage du soldat sembla se crisper.

— Désolée.

L'homme sourit.

— Ne vous excusez pas.

Son ton doux et ses paroles réconfortantes se voulaient rassurantes mais elle avait l'impression d'avoir touché une corde sensible.

— Rentrons, Votre Altesse.

— Oui.

Ils retournèrent au carrosse et prirent la route. La main appuyée sous son menton et tournée vers la fenêtre, Illythia réfléchissait. Elle-même ne se rappelait pas de sa mère, la reine Amalia. L'adolescente n’avait pas connu sa mère. Alors il lui était impossible de comprendre ce que ressentaient les Demi-humains qui ne pouvait empêcher l'inévitable. L'un de leur parent mourrait forcément bien avant eux. Eux qui vivaient des siècles comparés aux fragiles humains. Elle se demandait quelles relations Dregan avait avec sa mère.

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