47 - Aveugle

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Livia.

Je regarde la pendule face à moi. 15H30.

Il nous reste encore une heure. Je suis déjà passée entre les mains de la coiffeuse puis de la maquilleuse, la même que pour la soirée de Pré-Wedding au mois de mai, et comme la dernière fois, elle m'a fait un truc plutôt pas mal. Et ce coup-ci, je l'admets immédiatement, il y a du mieux non ? Mon teint est parfait, plus un cerne, rien, et sans me tartiner de vingt couches de fond de teint, elle a juste les bons produits ! Elle m'a fait un smokey dans les tons rose et or sur mes paupières et je suis encore étonnée car le résultat est assez naturel, ce n'est pas surchargé, pas trop blingbling ou m'as-tu-vu. Un petit contouring, du blush et du rose à lèvre mat un poil plus foncé que la carnation naturelle de mes lèvres, et c'était bouclé ! J'ai juste refusé les faux-cils, mes yeux étant bien assez mis en valeur avec le maquillage. Kate a sauté sur l'occasion d'en mettre elle, en revanche. Forcément, avec son métier, elle ne peut pas en porter à l'hôpital, question d'hygiène, mais aujourd'hui ...

Pour les coiffures des demoiselles d'honneur, et pour qu'il y ait une harmonie visuelle sur les photos, nous avions deux choix : Un chignon travaillé, ou les cheveux à demi-lachés. J'ai choisi la deuxième option, et Kate la première. J'ai donc une jolie tresse bohème sur le haut de la tête, et le reste de mes longueurs ont été légèrement retravaillées en épaisses boucles par la coiffeuse. Et comme toutes les demoiselles d'honneur a peu de choses près identiques à la mienne, j'ai un bijou de tête, une vigne de cheveux faite de cristaux de Swarovski. Les têtes à chignon ont des peignes, ornés de cristaux eux aussi.

Zoey, Ashley, Hailey, Jessica et Leah, les cinq autres demoiselles d'honneur - Oui, nous sommes sept, un mariage de princesse on a dit ! - sont déjà en train de passer leurs robes. Toutes ont été faites dans le même tissu, et les jupons sont identiques. Pour les hauts, ce sont nos morphologies et nos envies qui ont permis à la styliste de personnaliser nos robes pour qu'elles reflètent un peu nos différentes personnalités. Leah, Zoey et Jess ont choisi un bustier avec un décolleté en cœur, les jumelles un décolleté en V ultra sexy avec de fines bretelles tombantes pour un effet « épaules dénudés ». Quant à Kate et moi, nous étions toutes les deux d'accord pour quelque chose de près du corps - oui, je fais un effort ! - mais sobre, devant du moins ... Nous avons donc demandé que nos hauts soient faits sur le modèle d'un body de danse classique à très minces bretelles - comme un maillot de bain une pièce, quoi, mais brettelles plus fines- et chez nous, le décolleté n'est pas devant. Non, devant, c'est léger, on voit à peine la naissance de nos poitrines ... C'est le dos qui est très très échancré, jusqu'à la naissance de nos reins. Et c'est pour cette raison que Kate a souhaité une coiffure haute, pour que sa nuque soit dénudée. Apparemment un certain Joshua est très sensible à ce genre «d'arguments ». Enfin, pour ce que j'en sais, il n'a plus besoin d'arguments pour être convaincu que Kate est la femme de sa vie ...

C'est Zoey qui sort la première de la chambre communicante avec la dame allouée à l'habillage. Et je ne peux faire autre chose que m'extasier :

- Whaooo Zoey tu es ... renversante !

Arrivent Hailey, Ashley et Leah, puis Jessica moins d'une minute plus tard. Une jolie brochette de canons, quoi !

- Vous êtes magnifiques les filles ! s'exclame Kate qui comme moi n'a pas encore passer sa robe.

Nous portons toujours nos «tenues de jour». Une petite robe longue chacune, fluide, en soie banche nacrée que Laura a absolument tenues à ce que nous arborions toute la journée. Cette femme a la folie des grandeurs, que voulez-vous ! Et c'est son mariage, après tout !

- Et la couleur est vraiment géniale continue notre ainée, c'était le bon choix.

Oui, la couleur champagne légèrement rosé est réellement à tomber. Mais surtout, ce qui selon moi fait que nos robes sont parfaitement dans le thème princesse de ma meilleure amie, c'est l'effet «scintillant» du voile de tulle. Le tissu est pailleté mais également orné de petits cristaux de Swarovski, comme nos bijoux de tête. C'est magique. Les robes brillent et scintillent vraiment à chaque mouvement. Je n'avais jamais vu un effet pareil. C'est ... je n'ai pas les mots, mais ça représente exactement ce que Laura a exprimé en rendez-vous et la styliste a fait des miracles en partant d'idées, de phrases. C'est une véritable artiste !

Kate distribue des coupes de champagne à tout le monde quand Ava entre dans la suite. Laura est toujours dans une autre pièce en train de se faire coiffer. Moms se sert également une petite flûte, puis demande aux filles si elles veulent bien nous laisser entre nous quelques minutes. Les cinq demoiselles d'honneur décident d'aller s'isoler sur le balcon - non sans oublier le champagne- et quand la porte fenêtre est refermée par Jess, Ava nous fait signe de venir nous assoir près d'elle.

- Mes bébés... souffle-t-elle déjà émue, je suis tellement fière de ce que vous avez fait pour votre sœur. Cette journée, je crois qu'elle en rêvait déjà quand elle était dans mon ventre vous savez, c'était son rêve. Et quand je vois à quel point vous vous etes investies pour elle, pour que cette journée soit parfaite, je ne peux être plus fière d'être votre maman.

- Oh maman, notre maquillage va couler ! plaisante à moitié Kate en s'éventant pour tenter de retenir les larmes qui perlent déjà aux coins de ses beaux yeux bleus.

Ava nous embrasse toute les deux puis continue:

- Quand tu es née Kate, mon cœur a explosé de joie et d'amour. Je t'aimais déjà, je t'avais désirée, sentie bouger dans mon ventre. Je te parlais chaque jour depuis des mois, mais quand j'ai vu ton visage, j'ai compris à quel point l'amour d'une mère est différent de celui que l'on porte à son mari ou à n'importe quelle autre personne de sa famille. Et mon amour pour toi, celui que j'avais déjà enceinte, a été multiplié par un million quand mes yeux se sont posés sur toi.

- Oh maman, mais tu sais vraiment choisir tes moments toi, dit Kate en fondant en larmes. Je vais devoir repasser au maquillage !

Il n'y a pas qu'elle ...

- Toi tu as été ma première grossesse, mon premier bébé, et c'est toi qui as fait de moi une maman. Je suis fière de la femme que tu es devenue. Tu es un médecin formidable, une femme investie et une fille aimante.

Elle sort un paquet de mouchoir de sa pochette et s'essuie doucement les yeux.

- Moi aussi je vais devoir repasser par la case maquillage je crois ! Bon, où es étais-je ... Ah oui, Laura ... Elle, elle a donné tout son sens au mot «fatigue » rit-elle. Si nous étions depuis parents depuis toi Kate, nous sommes officiellement devenus des «parents fatigués,épuisés » avec votre sœur ! Une véritable pile électrique cette enfant ! Mais elle est venue agrandir notre famille et t'a comblée de bonheur dès les premiers instants Kate, n'est-ce pas ?

- Oui, je l'avais attendue tellement longtemps, se souvient-elle une main sur le cœur. Mais personne ne m'avait prévenue qu'un bébé ça pleurait, et que ce serait aussi épuisant d'être sa sœur ! s'esclaffe-t-elle. Mais aussi tellement stimulant et enrichissant. J'ai aimé chaque seconde passée auprès d'elle, même quand vous me punissiez à cause de ses bêtises précise-t-elle, et même quand elle a voulu me sauter dessus quand Livia est sortie du bloc, je l'aime de tout mon cœur.

Je me lève précipitamment et tire un mouchoir du distributeur posé sur une desserte, puis me dirige vers la porte de sortie.

- Livia s'il te plait mon bébé ...

Ma main déjà posée sur la poignée de la large porte en bois sombre, je ne peux que lui répondre à demi-mots :

- Je suis désolée maman, je ne peux pas.

- Je ne t'oblige jamais à rien mon bébé, mais je voudrais que tu écoutes ce que j'ai à te dire, à toi aussi. S'il te plait Livia.

C'est au-dessus de mes forces. Le décès de Mona, puis sa lettre, Las Vegas, la conversation avec Doug ce matin, maintenant Ava. C'est déjà assez embrouillé dans ma tête. C'est le fouillis à l'intérieur alors que tout était clair il y a encore deux mois. Pourquoi suis-je assaillie de doutes tout à coup ? Je ne devrais pas douter, je devrais juste suivre ce putain de plan et continuer de porter le masque que je me suis fabriquée depuis si longtemps. Mais le masque a commencé à se fendiller par endroits, à fondre et je me rends compte que j'ai de plus en plus de difficultés à le revêtir. C'est comme s'il ne tenait plus, qu'il n'était plus à ma taille. Je ne suis plus sûre de rien. Rien ne devait me détourner de mon plan, de mon objectif, de ma promesse, rien. J'ai suivi le chemin pas après pas, cette ligne tracée depuis qu'une promesse d'enfant a dû être tenue. J'ai vécu pour cette promesse depuis l'instant où il a été le moment de la tenir. Et aujourd'hui, mon cerveau travaille contre mon gré. Il réfléchit, ré analyse chaque mot gravé à jamais en moi, comme pour être certain qu'il n'est pas passé à côté de quelque chose.

Jusqu'à il y a quelques jours, il n'y avait que cette promesse, lui et moi. Mais les paroles de Mona ont ouvert quelque chose en moi, ou alors ont éclairé ce petit sentier que j'avais déjà cru apercevoir il y a quelques semaines, tout comme ses derniers mots qu'elle a couchés dans sa lettre. Peut-être a-t-elle réussi à m'ouvrir les yeux après tout. Car aujourd'hui, c'est comme si mon champ de vision s'était agrandi, un peu du moins.

Avant, c'était la promesse, lui, et moi. Que Laura ne soit pas éclaboussée aussi, mais ... aussi loin soit elle, elle le sera. Quoi qu'il advienne, le simple fait de mettre ce plan a exécution, même si en réalité, l'exécution a commencé il y a bien longtemps, mais le simple fait de l'achever l'éclaboussera. Je le sais, maintenant du moins, je le vois mieux. Il y avait ma meilleure amie, mais aujourd'hui j'ouvre aussi les yeux sur Ava, Doug et Kate. Je pense même à ma grand-mère alors qu'elle n'est plus des nôtres. Je devais m'éloigner d'eux, tous, et j'ai l'impression que je n'ai fait que m'en rapprocher, et cela aussi, je ne le vois que maintenant. Comme un lien plus tangible.

C'est la merde. Je ne sais plus où j'en suis.

Avoir vécu tout ça pour douter maintenant, c'est ridicule ! Je m'énerve intérieurement.

« Ne vois-tu pas les signes ? »
« Suis les signes »

Les mots couchés sur le papier de Mona résonnent en moi. Je voulais des signes, oui, mais je ne pensais pas que j'en aurai, en réalité. Est-ce que je vois des choses qui n'existent pas ? Est-ce moi qui surinterprète ? Comment savoir ce que je peux prendre pour un signe ?

Pitié, envoyez-lui un panneau publicitaire la prochaine fois !

Et puis, quand bien même je verrais des signes pour m'indiquer quelle décision prendre, dois-je vraiment abandonner ce pour quoi je vis depuis si longtemps ? Pourrais-je vivre en sachant que j'ai abandonné si près de la ligne d'arrivée ? Que je n'ai pas tenu cette promesse jusqu'au bout ?

Mais est-ce qu'achever mon plan vaut vraiment le coup, finalement ? Les conséquences valent-elles le coup maintenant que je vois un peu mieux ?

Mince Mona, tu as foutu un beau bordel dans ma tête ! Je ne te remercie pas!

Eh bien moi oui !

Un signe, il me faut un signe, clair, net, non discutable. Non, deux, pour être certaine. Mona, si tu fais ça, je saurai ce que je dois faire !

- Livia ? Livia ? Tu m'écoutes ? ça va ?

La main d'Ava se pose sur mon épaule et me sort de ma réflexion. Mais utile, la réflexion.

- Livia, nous avons aimé chacun de vous dès que vous êtes rentrés dans nos vies, commence-t-elle sans que je lui aie donné mon accord. T'accueillir dans notre foyer, pleinement, a été à la fois une immense joie, mais aussi un de mes plus grand crève-cœur mon bébé.

- Moms s'il te plait, arrête.

Mais rien n'arrête Ava McAlleigh, tiens, un peu comme les Miller ...

- Être parents, c'est souhaiter le meilleur pour ses enfants. Mais nous craignions sans cesse que vous tombiez malade, que vous vous fassiez mal, que vous soyez tristes, de ne pas faire ce qu'il faut, de vous brider ou d'être trop laxistes aussi. Parfois, on pense à des choses bien pires mais cela ne dure qu'un bref instant. On n'imagine pas qu'un jour un de nos enfants va vivre quelque chose qui changera sa vie à jamais. Et si on le savait à l'avance, on donnerait sa vie pour que ça n'arrive jamais. Mais ces choses-là sont imprévisibles, et on est bien impuissants quand ça arrive.

- Stop !

- Non Livia, il faut que ça sorte une bonne fois pour toute ! Ton père et moi, nous sommes fiers de toi autant que nous le sommes de tes sœurs, parce que tu es une jeune femme intelligente, raisonnée et altruiste. Mais aussi parce que malgré les épreuves que la vie t'a apportées, tu as réussi à construire ta vie sans l'aide de personne, tu es indépendante depuis tes seize ans et tu as su prendre les bonnes décisions, aller jusqu'au bout de tes convictions, te faire entendre et réclamer justice. Mais maintenant il est temps de tourner la page et d'écrire un nouveau chapitre de ta vie Livia. Ta vie est juste là, elle est devant toi mon bébé, tu as encore de belles choses à vivre mais tu dois de délester de ce passé qui te pèse...

Devant moi ...oui ... décidément, ils se sont donnés le mot ou quoi ? Et puis il y a une porte, devant moi ...

- Ok Moms mais là, j'ai besoin de quelques minutes seule ok ?

Je ne lui laisse pas le temps de répondre et ouvre la porte pour aller m'aérer juste quelques minutes avant de passer ma robe ... et de corriger le maquillage. Et il faut que je trouve Mila, elle ne doit pas être loin.

- Aïe putain ! Qui a mis un mur ici ! je râle en français en me frottant le front.

- Je ne suis pas un mur, mais merci du compliment, je crois, souffle la voix d'Hayden.

Punaise il ne manquait plus que lui ! J'espère qu'il n'y a pas un problème sinon je craque ...

- Pitié H je lui dis en relevant la tête, dis-moi qu'il n'y a pas un probl ... Whaoo Oh putain !

WHAOOUU WHAOOUU WHAOUUU
Mamma Mia!

Oh bordel de merde ... Beug système. Panne générale.

- Hayden, est-ce que ça va ?

- Eh bien merci de te soucier de moi Moms, j'apprécie ! Il n'y en a toujours que pour lui dès qu'il est quelque part comme d'habitude ! Et moi alors ? je râle en me frottant toujours le front. Punaise mais tu es fait en marbre toi ça n'est pas possible ! Ça fait mal !

Ava éclate de rire, à mes dépends. Bon sang, je n'en peux plus !

- Ça va Livia ? me demande quand même Hayden en posant ses mains sur mes épaules.

Au moins un qui se soucie de moi !

Ah tu t'en rends quand même compte !

- Ça ira mieux dans cinq minutes, quand mon cerveau aura fini de tanguer dans ma boîte crânienne, qu'est-ce que tu fais de ce côté de la villa H ?

Je regarde mes pieds pour cacher mon trouble. Putain il est carrément canooonnn comme ça ! Ce n'est pas humain d'être beau à ce point ! Dans son smoking noir sur mesure, avec une chemise blanche et un nœud papillon - choix de Scott - il est à se damner ! Les photos dans les magazines ne lui rendent vraiment pas justice, je vous le dis !

- Je venais te voir, tu as cinq minutes ?

- Oh oui bonne idée, emmène-la prendre l'air ça lui fera du bien chantonne Ava. Mais pas plus de cinq minutes Hayden, il faut qu'elle enfile sa robe et qu'elle aide sa soeur, Laura ne voudra pas le faire sans Livia.

Depuis quand elle le tutoie, elle ? Mais il se passe quoi ici ! Dans quelle dimension parallèle me suis-je réveillée ce matin ?

- C'est bon Moms, il a compris, permission de discuter mais pendant cinq minutes top chrono ! Je dois avoir un chaperon aussi ou c'est bon ?

- Quelle rabat-joie tu es mon bébé ! Aller, hop cinq minutes !

Hayden pose sa main au bas de mes reins et me guide au bout du couloir, puis ouvre une pièce pour nous y engouffrer, une chambre. Il n'oserait quand même pas penser à ça, maintenant ? Punaise, j'ai déjà des frissons alors qu'il n'a touché que le tissu de ma robe !

- Ça va bébé ? Tu as pleuré ?

- Mon maquillage a coulé, donc ... je lui souffle en marchant vers un miroir pendu au mur opposé.

Non pourtant, tout est à peu près à sa place. Il me refaudrait juste du blush et du rose à lèvres.

- Liv je te connais, je vois à tes yeux que tu as pleuré.

- Discussion mère-filles, trop sentimentale, elle a encore choisi son moment, je lui explique laconiquement tout en examinant de plus près mon maquillage.

Enfin en gagnant du temps pour ne pas le regarder lui, en réalité.

- Livia je sais ce qui trotte dans ta tête, je l'ai vu dans tes yeux tout à l'heure, si tu te tournais vers moi pour qu'on en discute, non ?

Je pivote vers lui et nos regards s'aimantent instantanément, attirés l'un par l'autre.

- Tu es vraiment très beau.

Hayden s'avance de sa démarche féline et dépose un baiser sur le bout de mon nez, puis un chaste sur mes lèvres.

- Tu es resplendissante Trésor, m'avoue-t-il à son tour. J'ai beaucoup de chance.

- De m'avoir comme cavalière ? Parce que mon carnet de bal est déjà plein tu sais !

Hayden penche la tête en arrière comme dépité et souffle bruyamment.

Bin quoi ? On peut quand même plaisanter !

- Bon, ce n'est pas le moment, l'heure tourne, annonce-t-il en me tendant un grand paquet qui était posé sur la table près de la porte et que je n'avais pas remarqué. Tiens.

Je récupère le présent, empaqueté dans un bel emballage cuivré. C'est grand, volumineux, enfin un peu, mais pas très lourd. Un vêtement peut-être ?

- C'est pour moi ?

- Oui trésor, c'est pour toi.

- Mais pourquoi tu m'offres ça maintenant ?

- Je voulais te l'offrir aujourd'hui, c'est tout. Ouvre Liv.

Je défais d'abord le ruban joliment noué, puis ouvre le paquet délicatement. Je n'ai jamais aimé déchirer les papiers cadeaux, j'ai toujours fait attention. Je sors le contenu et me fige quand je comprends de quoi il s'agit. Je ne crois pas en Dieu, mais putain, Oh mon Dieu ! Les larmes s'invitent à la fête sans prévenir et je porte l'objet contre ma poitrine, instinctivement. Trop émue je ne peux que murmurer pour le remercier.

- Hero, je crois que c'est la chose la plus adorable qu'on ait faite pour moi depuis dix ans, merci...

Il comble l'espace entre nous et me prend dans ses bras.

- Fais attention à mon maquillage, je ne veux pas te salir !

- Ça te plait bébé ?

Si ça me plait ? Il me pose vraiment la question ? C'est tout autant l'objet que le geste qui m'émeut.

- Elle est magnifique Hero merci.

Je passe une main sur sa joue et approche mon visage du sien pour l'embrasser. Au début délicat et raisonné, nos langues n'en ont pas décidé ainsi et deviennent plus pressées, plus avides après presque quarante heures de séparation.

Elle va comprendre ...

Mais je me sépare de lui précipitamment avant que d'autres parties de nos corps ne s'échauffent. Moms a dit cinq minutes, s'il m'en reste deux c'est le bout du monde. Mon cadeau toujours contre ma poitrine, je balance l'emballage pour l'observer de plus près, et mon cœur se serre en la regardant, laissant plus de place au trou qui se forme dans ma poitrine. Je suis heureuse et triste à la fois, de repenser à ce que j'ai perdu. Ça paraîtrait idiot à beaucoup, mais ce cadeau je l'adore car c'est plus qu'un objet qu'il m'offre, c'est un symbole et cela signifie qu'il a compris ce que cela représente pour moi. Je ne lui en ai pas dit beaucoup sur ma vie d'avant, mais il a compris. Une couverture rose poudré en nid d'abeille avec un coté en polaire tout doux et un liseré doré sur les bords. Je l'adore ! Je la déplie légèrement et la caresse de ma main pour m'imprégner de la texture. Dans un angle, je remarque une broderie et déplie un peu plus la couverture pour lire ce qu'il y a décrit. Punaise c'est mon prénom !

- Tu l'as faite brodée ?

Il se contente de hocher la tête.

- Oh Hero merci merci merci ! Je l'adore ! je lui lance en sautillant comme une petite fille.

Ce que je redeviens à cet instant, mais je m'en fiche ! Je suis trop contente !

- Je suis heureux alors, j'ai autre chose pour toi mais il va falloir faire vite.

- Autre chose ? je lui demande étonnée et septique.

- Ferme les yeux Livia.

Je m'exécute et sens sa main prendre la mienne, puis glisser quelque chose à mon doigt, mon annuaire gauche.

- Qu'est ce ...

- Tu peux ouvrir.

Je regarde ma main et là, pour le coup, je ne comprends pas. Hayden me débarrasse de ma couverture et la pose sur la table, tandis que je fais rouler l'anneau autour de mon doigt. Un anneau oui, fin, en or rose, comme mes autres bagues et bijoux, sertis de ... ? Quelque chose me dit que ce ne sont pas des zircons. «Pourquoi ?» est le seul mot qui arrive à passer la barrière de mes lèvres tant je suis choquée, et ne comprends pas le but de ce présent.

Désolée Mona, on fait avec ce qu'on a hein !

Hayden se place derrière moi, reprend ma main et me répond.

- Parce qu'il est hors de question que tu passes ton après-midi ainsi que ta soirée à rembarrer des gros lourdauds qui te croiront célibataire. Plus clairement, à te faire draguer Trésor. Et également parce que tu es ma femme Liv.

- C'est un peu radical non ? Et je suis certaine que tu ne l'as pas trouvée dans un Kinder cette bague Hayden ...

Non, une bague sertie d'autant de petites pierres taillées, qui font le tour complet de l'anneau, on ne la trouve pas dans un paquet surprise.

Et donc ?

- Tu n'aurais pas dû H, j'ai quelques bagues dans ma boîte à bijoux tu sais ? Tu aurais pu simplement aller en prendre une à l'intérieur, ça aurait fait l'affaire au lieu de dépenser encore de l'argent pour une seule journée.

Hayden pose son front à l'arrière de ma tête et souffle.

- Livia, Livia ... nous n'avons vraiment pas le temps, là bébé, mais réfléchis un petit peu s'il te plait ! Pour l'heure, tu la gardes, elle est faite pour toi, sa place est à ton doigt. Et ça va nous éviter des conflits inutiles je le sens. Je connais la plupart des invités célibataires de Scott et mieux vaut prévenir que guérir, ok bébé ?

- Heu ... si tu le dis.

- J'ai très envie de passer ma langue entre tes lèvres tu sais ...

L'art de la transition made in Hayden Miller ! Je lui réponds en me détachant de lui pour quitter la pièce avant qu'Ava parte à ma recherche et ne me passe un savon :

- Tu l'as déjà fait il y a deux minutes.

- Je ne parlais pas de ses lèvres-là Trésor .... dit-il d'une voix plus rauque que d'habitude.

Hummm

Je hoquette de surprise et ai la confirmation de ce que mon cerveau lubrique, lui, avait immédiatement compris. A la bosse qui déforme son pantalon il est évident que monsieur Miller souffre d'un léger trouble de la libido. Et à mes seins que je sens durcir, à mes tétons qui pointent vers lui, je me rends compte qu'il n'est pas le seul. Sale traître de corps ! Ses yeux comprennent mon raisonnement interne et se posent sur ma poitrine. Le fin tissu de ma robe ne cache absolument pas mon excitation et je suis certaine que cela nourrit la siennr, un cercle vicieux, en somme ... très vicieux, le cercle.

Pense à autre chose que les images qui se déposent devant tes yeux Livia, espèce d'obsédée, vite !

Hayden mange le vide entre nous de sa démarche féline et arrime ses mains à mes hanches me collant fermement à son bassin.

- Ils sont déjà mariés... me souffle-t-il, et nous étions présents à leur premier mariage, on file les alliances à Kate et on part tous les deux loin d'ici ,me propose celui qui est rappelons-le, le témoin de Scott, son meilleur ami, son frère !

- Hayden, parfois je me demande comment tu aurais fait si je n'avais pas accepté d'être ton plan cul. Franchement, tu as vraiment une libido incroyable ! Non pas que je m'en plaigne d'habitude, mais quand même ...

- Bordel ça ne va vraiment pas être simple! marmonne-t-il dans sa barbe en me lâchant pour se frotter le visage. Et tu ne le fais même pas exprès en plus ! émet-il cette fois à mon attention d'une voix plus claire. ARRRGH ! Bon, nous en rediscuterons, va te préparer bébé avant que ta mère ne s'affole.

Il dépose un baiser sur mes lèvres et quitte la pièce comme un courant d'air me laissant ainsi, interloquée car je n'ai rien compris à ce qu'il vient de dire. Seule, avec ma couverture, et une bague censée me prémunir des dragueurs compulsifs. Comme s'il n'y allait pas avoir suffisamment de femmes magnifiques et sur le trente et un aujourd'hui pour que quelqu'un vienne se frotter à moi ... A moi quoi ! Dans leur monde, je suis en bas de la chaîne alimentaire, je l'ai bien compris. Merci Kirsten, merci Kim, merci Julianne, et j'en passe ...

Ah j'ai compris ! Quelqu'un peut allumer la lumière ? S'il vous plaît ?

Je me rends compte que je suis toujours là, toute seule dans cette grande pièce vide et retourne à pas de course dans la suite où je suis « accueillie » par Ava qui scrute sa montre.

- Deux minutes de retard jeune fille !

Je lève les yeux au ciel puis dépose mon cadeau dans le grand sac de voyage que j'avais apporté avec les affaires.

- Et quelle tête en l'air tu fais ma fille aujourd'hui ! Tu vas avoir besoin de repos après tout ça on bébé ... Tu avais oublié tes boucles d'oreille, Hayden est revenu te les déposer il y a une minute. Elles sont ravissantes ! Je me suis permise d'ouvrir l'écrin, tu ne m'en veux pas ?

Mais de quoi elle parle ? Je n'ai rien oublié du tout ! Enfin je ne crois pas, si ? Non, j'ai vu ma paire de boucles d'oreille dans mon vanity. Il ne me restait plus qu'elles à enfiler et mon bracelet. Ava me tend l'écrin rouge que je ne reconnais absolument pas. Je ne laisse rien paraître et lui souris en la remerciant puis me dirige vers la salle de bains pour ouvrir seule la petite boîte en velours. Elle n'a peut-être pas compris, c'est peut-être pour Laura ou ....

- Putain de mer ...

De merde.

Cartier. Des orchidées ! Les orchidées ! La même taille que la paire que j'avais repérée dans la boutique, en or rose également, mais au lieu d'avoir simplement un petit diamant en son centre pour faire office de pistil, ces fleurs-là sont serties de tout petits diamants rose pâle inondant chaque pétale. Je sors de la pièce comme si j'avais le diable aux trousses et attrape mon téléphone portable.

Trois appels manqués de «numéro inconnu » comme chaque jour maintenant, un sms de l'autre connard avec encore un nouveau numéro. Ce n'est pas le jour, qu'il aille au diable lui aussi, et je reste polie ! J'ai un tout autre vocabulaire en tête cet instant... J'ouvre mon application de messagerie et tape rapidement un message pour Hayden.

{Hayden ... elles sont absolument magnifiques, comment as-tu su ? Mais encore une fois, tu n'aurais pas dû Miller. Y'aurait-il, parmi les amis de Scott des fétichistes des oreilles qui repèrent les célibataires en cherchant des lobes vides ?}

{Je te connais Trésor... et je t'ai vu regarder avec attention la vitrine de ces boucles d'oreille à Paris, et je sais lesquelles tu regardais. Mais tu brilles où que tu ailles, alors il fallait qu'elle chose qui te ressemble plus ... Et non Madame Miller, pas de fétichiste des oreilles à ma connaissance ... Et ... TU ES MARIÉE Livia ! Réfléchis un peu bon sang !}


{Mariée, oui, oui, je sais ... Comment oublier ? Tu me le répètes dix fois par jour, mais je te libère bientôt Hollywood, ça te fera un soucis en moins. Merci encore pour les boucles ...}

J'ai quand même mon mot à dire !


Non, seule Mona peut m'indiquer la voie maintenant. Mais je ne peux pas le laisser subir cette mascarade indéfiniment. D'une manière où d'une autre, je le libèrerai bientôt. Il doit reprendre sa vie où il l'a laissée il y a un peu plus de quatre mois, un soir un peu trop arrosé.

Un panneau publicitaire Mona, sinon on est mortes !


{Il faut que nous parlions Mme Miller, toi et moi Trésor. Demain.}

Je m'apprête à lui demander de quoi il veut parler, mais suis interrompue par la voix de ma meilleure amie qui nous réclame, Ava, Kate et moi.

Nous nous dirigeons vers les portes coulissantes entre-ouvertes et au moment où j'aperçois sa robe sur le grand portique, je sais. J'ouvre les yeux sur elle, sur nous.

Aujourd'hui, ma meilleure amie prend son envol, ce qu'elle a attendu toute sa vie. Aujourd'hui, je l'accompagne pour ce qui sera l'une des plus belles journées de sa vie. Mais aujourd'hui, je voudrais que le temps s'arrête, que le sablier du temps se mette sur pause, alors que depuis des années je ne souhaitais qu'une chose : que le temps file plus vite. Aujourd'hui, je veux un arrêt sur image pour profiter dix fois de chaque seconde de cette journée, avec elle, avec elles, avec eux. Même si dix fois je devrais souffrir le martyre, ressentir dix fois plus la douleur de la plaie béante laissée par de ceux que j'ai perdus, qui ne sont plus à mes côtés. Aujourd'hui s'effondre un mur, celui de quelque chose que je croyais ancré en moi et indélébile. Je la regarde et je sais : Non, je ne suis pas prête.

Mais j'ai fait une promesse.

Je n'ai plus vraiment le choix, si ?

Ma Mona, aide-moi à ne pas me tromper, cette fois ...

Aidez-moi tous. L'horloge tourne.

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Alors qu'elle pensait pouvoir se faire discrète, Rose s'aperçoit avant même son arrivée que ses prévisions étaient trop téméraires quand on a l'ambition de mettre les pieds dans une ville où même les roues ont des yeux et des oreilles. Une voiture capricieuse qui la lâche au mauvais moment et c'est la première secousse de son séjour pas réellement entamé, qui détruit définitivement son doux espoir d'anonymat. Une collision "titanesque" dont les tremblements ne sont pas que ceux de la tôle froissée.

A la tête des Dark Evil Lions, les bikers protecteurs de la cité, le ténébreux Titàn est l'incarnation même de l'attirante menace. Celle qu'on sait être agressive et prête à tout pour gagner, mais que l'on ne peut s'empêcher de vouloir toucher car irrésistible, et dont l'apparence n'est qu'une partie de la véritable valeur.

Accaparés par deux quêtes différentes, ils s'affrontent, se repoussent, se désirent, se haïssent, jusqu'à ce que la faucheuse elle-même ne sorte de l'ombre pour pointer de son outil aiguisé une question que nul ne se serait jamais posé: Qui est réellement pour eux, le plus grand spectre du danger ?

Doit-on vivre par amour, ou mourir pour lui?

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Elle pensait avoir tout prévu ... sauf l'imprévisible !

À vingt-cinq ans, Livia suit un chemin tracé dont elle seule détient la carte.
Abimée par les drames de son passé, elle aspire à une vie calme, ne laisse que peu de personnes entrer dans son cercle et a revêtu depuis longtemps un masque pour se protéger.

L'amour ? Pas pour elle; elle le fuit comme la peste, persuadée qu'elle gagnera toujours sa partie de cache-cache avec Cupidon.

Une meilleure amie, un week-end au pied levé à l'autre bout du monde et une dose d'alcool de trop, c'est la recette idéale pour que tout bascule ...

Star de cinéma mondialement connu, Hayden Miller entre dans sa vie telle une tornade inattendue. Entre attirance, rejets, nuits torrides, non-dits et secrets, leur petit contrat amis avec bonus; va raviver son corps et pourrait bien devenir quelque chose de plus ... à condition de s'en rendre compte.

Qui ouvrira les yeux en premier ? Les dangers sont-ils toujours les plus évidents ? Mais surtout ... Toutes les promesses sont-elles faites pour être tenues?

Quand le passé entache le présent, peut-il y avoir un avenir ?

Et si commencer par la fin était finalement la meilleure voie pour trouver son chemin ?


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[Histoire Terminée ]

Diplômée en Marketing, un emploi stable dans lequel elle prenait peu à peu ses marques, un toit sur la tête et même un futur mari, Elly pensait assez bien contrôler sa petite vie paisible. Sa seule bête noire, c'était sa famille. Ou du moins les quelques membres qui la composaient : des parents absents pourtant envahissants à distance qui voulaient depuis sa naissance régenter son existence, jusqu'à choisir sa voie professionnelle. Et elle ne savait pas encore à quel point ... jusqu'à un soir de février où Elly a tout compris, puis tout envoyé balader.

Sa vie, elle veut maintenant la recommencer loin, en laissant décider le hasard, pour une fois. Et elle va détester le résultat tout autant que son corps va l'adorer.

Il est autoritaire, arrogant, froid comme la glace mais pourtant chaud comme la braise. Une gueule d'ange sur une carrure d'Apollon, mais une attitude de démon. Il la fera enrager et est prêt à tout pour la faire fuir. Mais qui pliera en premier ?

Elle va devoir relever le défi : au fond, peut-il réellement y avoir un perdant ?
Quand l'expérience fausse le présent, comment voir la vérité qui brille de l'éclat de l'évidence ?

Contient des scènes à caractère sexuel.
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