43 - Dernier voyage

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Livia.

Ma petite Livia,

Ma lumière.

Ne sois pas triste, parce que si ma vie sur terre est désormais terminée, ma vie éternelle elle, ne fait que commencer. Et je l'ai attendue longtemps. Je sais que nous n'avons pas les mêmes croyances, mais c'est ma foi qui m'a guidée tout au long de ma vie, et l'amour. Ton père n'a jamais été très tourné vers la religion, tu tiens cela de lui. Il avait toujours dit que le jour où il en aurait, ses enfants croiraient en ce qu'ils pensent juste, et surtout qu'ils penseraient par eux même, qu'ils feraient leurs propres choix, seraient élevés «dans la culture de l'esprit critique», comme il disait. Et il serait fier de toi Livia, parce que même seule, tu as su cultiver cela, faire vivre son héritage, sa pensée. D'où il est et même si à l'heure où je t'écris, je ne l'ai pas encore rejoint, je sais qu'il est fier de toi. Et moi, je le suis, tellement.

Avoir un enfant est la plus grande joie mais aussi la plus grande crainte que j'ai connue. La joie de partager quelque chose d'unique avec mon bien aimé, de créer une vie faite de nous deux, de notre amour si fort. La joie d'être une maman, d'être aimé du plus pur des amours que Dieu ait créé. La crainte constante que notre enfant tombe malade, qu'il se fasse mal à l'école, ou que nous, nous fassions mal avec lui. Et la crainte de le perdre.

Quand ton grand-père nous a quittés, j'ai senti une petite part de moi s'éteindre, mais un jour où l'autre ma lumière, Dieu nous rappelle à lui.

J'ai vécu cinquante-deux années merveilleuses auprès de ton grand-père. J'ai eu la chance d'être une maman durant cinquante ans. J'ai vu mon fils grandir, apprendre, devenir un homme. Je l'ai vu aimer, devenir père et vivre la même inquiétude que son père et moi avant lui. Celle que l'on ressent quand on est parents. Je l'ai vu t'aimer si fort, et être aimé tout autant en retour. Ça a été ma plus belle récompense, ma plus belle victoire.

Quand il s'est éteint à son tour, j'en ai voulu à Dieu, un moment.

Pas pour moi, qui avais profité de mon petit durant un demi-siècle déjà, mais pour toi Livia. Parce que toi, tu n'avais que quinze ans, tu n'étais qu'une enfant. Un enfant qui a vu son monde s'écrouler un soir d'été. Et un enfant de devrait jamais vivre une telle peine. Ce jour-là, Dieu m'a pris plus que ma famille, et malgré ma foi, je lui en ai voulu. Il a pris ton innocence, ton enfance, ta joie de vivre, tes rêves. J'ai mis du temps à cesser d'être en colère parce qu'un jour, j'ai ouvert les yeux de nouveau. Ce jour, c'est quand j'ai fait mes valises pour rentrer en France, te laissant aux soins de tes parents, car ils sont aussi tes parents Livia. J'ai ouvert les yeux et j'ai vu : Les choses sont telles qu'elles doivent être, à leur place.

Sans toi, je sais que je n'aurais plus eu la force de vivre sur terre. C'est ta force qui a nourrit la mienne ma petite fille, toutes ces années. Mais j'ai échoué sur un point, au moins. Je ne t'ai pas sauvée de tes ombres.

Je t'ai vu t'éteindre et cette peine a pour moi, été toute aussi déchirante que de les perdre eux, parce que toi, tu étais encore là. Tu ne chantais plus, tu ne dansais plus, tu ne vivais plus, tu survivais ma lumière.

Petit à petit, tu t'es relevée mais tu n'as plus jamais été la même, parce que tu as laissé quelque chose sur le bord de la route de ta propre vie. J'ai mis trop longtemps à le comprendre. Dieu a fait son œuvre, mais tu as fait la tienne : Tu t'es volontairement oubliée Livia, je l'ai bien compris aujourd'hui, et je n'ai eu de cesse de le dire depuis, mais tu es une Gardini, têtue comme une mule !

Tu vis dans le passé alors que tu devrais préparer ton avenir.

Dieu t'a envoyé des épreuves et tu t'es relevée à chaque fois ma lumière. Je ne dis pas qu'il avait raison, je m'occuperai moi-même de son cas quand il m'accueillera dans son royaume, - nous avons un différend lui et moi sur certains sujets-, soit en sure ma petite fille ! Mais tu as vécu le pire et tu es toujours là Livia, ne vois-donc tu pas les signes ? Tu es faite pour vivre Livia. Vivre, pas survivre, pas attendre que ton heure vienne. Tu n'en parles jamais mais je sais, je sais que tu ne l'as pas laissé partir et il est temps de le faire. Tu dois lui dire au revoir, tout comme tu me dis au revoir à moi. Ne gâche pas ta vie à vouloir te punir, car tu n'as rien fait de mal.

Je quitte néanmoins ce monde sereine ma lumière. Je me suis pardonné mes erreurs, parce que je suis humaine et que j'ai toujours fait de mon mieux. Et aujourd'hui plus que n'importe quand, je sais, je l'ai vu : Les choses sont à leur place, telles qu'elles doivent être.

Je crois que Dieu a voulu rattraper son erreur en mettant sur ta route des personnes qu'il sait être capables de te montrer le chemin, puisque toi, tu refuses de t'aider toi-même, tu refuses de voir, d'ouvrir les yeux, tes jolis yeux.

Rien n'arrive par hasard Livia. Puisque tu es aveugle depuis trop longtemps, Dieu t'a donné un « petit coup de pouce » pour te faire retrouver la vue, et une chose est sûre, notre créateur a le sens de l'humour et une façon plutôt singulière de faire les choses quand il doit remettre de l'ordre pour ses anges égarés ! Mais tu es un être exceptionnelle ma lumière, alors finalement, c'est exactement ce qu'il te fallait !

Je ne te dis pas Adieu car nous nous reverrons, mais pas trop tôt j'espère.

Tu as tout une vie à vivre.

Abandonne ton passé pour te retrouver.

Retrouve-toi pour te découvrir, apprendre à te connaitre, apprendre à connaitre la jeune femme merveilleuse que nous voyons tous. Apprends à voir à travers les yeux des autres mais surtout ma lumière, ouvre les yeux. Ton avenir est déjà là, près de toi, devant toi, et il est très beau, si tu veux mon avis ...

Tourne la page de ton passé, écris ton présent, pense à ton avenir.

Chante, danse, ris, et pleure même, mais vis Livia !

Ouvre-toi aux autres, ne rejette plus ta famille.

Suis les signes.

Je les rejoins heureuse d'avoir fait ce dernier bout de chemin à tes côtés.

Ne sois pas triste, je ne le suis pas.

Je t'aime ma lumière.

Je suis fière de toi.

A jamais avec toi.

Ta grand-mère.

Ta Mona.

PS : Livia Miller, ça claque comme disent les jeunes !

À voix haute cette fois, je termine de relire pour la quatrième fois de la journée fois la lettre de ma grand-mère. Je la replie soigneusement et la range dans son enveloppe, que Mona a parfumé avec son parfum préféré. De mon mouchoir, j'essuie mes yeux mais cela ne sert à rien, les larmes coulent de plus belle.

- Comment veut-elle que je ne sois pas triste ? Tu y comprends quelque chose toi ?

Évidemment il ne répond pas, en même temps je le comprends, ma grand-mère et ses idées ... «Ton avenir est près de toi, devant toi ».

- Tu dois être moins sûre de toi tout à coup ma Mona ! ris-je en pleurant encore.

Je le regarde mais il se contente de me sourire. Alors que moi, je n'ai plus envie sourire. Le trou béant dans ma poitrine, ce vide que je ressens est plus vaste que jamais. La peau de mon visage me brule d'avoir tant pleurer, encore. Je regarde devant moi et suis néanmoins heureuse de la vue.

- C'est notre dernier voyage tu sais ? Enfin bien sûr que tu sais. J'ai gardé le meilleure pour la fin, parce que la dernière fois, ce n'était pas vraiment prévu tu vois. Rien ne s'est passé comme prévu la dernière fois, l'univers m'a fait une blague et je suis certaine qu'il a bien rit ! Et il fallait que ça arrive ici, en plus ! Tu comprends ? Ici !

J'essuie de nouveaux mes yeux inondés, j'ai même du mal à voir à travers la baie à présent.

Et je dois avoir l'air d'une folle.

- On devait venir ici ensemble, mais pas comme ça, non pas comme ça ... Tu m'avais promis qu'on découvrirait le monde ensemble. Tu m'avais promis qu'un jour, tu m'emmènerais ici avec toi, quand j'aurais l'âge ... Pourquoi ici d'ailleurs ? On voulait aller partout en fait, parcourir le monde, mais cette ville, on en parlait tout le temps alors qu'en fait, il y en a des plus belles ... Pourquoi on parlait autant de cette ville ? Comme d'un graal ...

Il me regarde toujours, avec le même regard rempli d'amour, comme avant.

- J'ai toujours su que ce serait notre dernier point de vue. Le graal, on le trouve toujours à la fin du livre n'est-ce pas ? Alors je l'ai gardé pour la fin. Tu voulais voir Vegas ? Vegas est à toi ...

Je lui fais un signe de main pour lui montrer la vue. Depuis cette suite du Cosmopalitan, on voit la ville. La tour Eiffel, les magnifiques fontaines de Bellagio. Le strip de Las Vegas. Depuis cette terrasse, la vue panoramique est à couper le souffle.

- Je ne veux pas qu'on se dise au revoir. C'est trop dur. Je t'aimais tellement. Je t'aime tellement, et je t'aimerai toujours. Tu m'avais dit que tu serais toujours là pour moi, mais toi aussi tu es parti, à cause de moi ! Je t'ai laissé partir et maintenant ... Je n'ai plus personne. Mona n'est plus là et elle me manque tellement ... Ça me tue de ne pas pouvoir venir te voir tu sais ?

Je regarde à ma gauche mais il n'est plus là. Le poignard dans mon coeur s'enfonce un peu plus profondément dans mes chairs meurtries.

- Non s'il te plait reviens ! je le supplie. Ne me laisse pas ! je suis pas prête, pas encore, s'il te plait ...

Mais il ne revient pas. Alors n'y tenant plus, je me laisse tomber à genoux sur la moquette marron de la suite que j'ai réservée mais dans laquelle je ne resterai pas, et je laisse mon corps et mon cœur pleurer toute la douleur que je dois évacuer avant de rentrer.

C'était mon dernier voyage avec lui et bien qu'il ait été le plus court, il a aussi été le plus difficile émotionnellement. Kimberley pense que ne je ne suis plus capable d'aimer, mais si elle ressentait ne serait-ce que le quart de la douleur qui m'embaume depuis si longtemps, elle comprendrait pourquoi mon cœur est verrouillé. Et si elle savait tout, elle saurait pourquoi de toute façon, je ne pouvais pas avoir autre chose que des aventures sans lendemain.

Ma vie est devant moi ? Moi, tout ce que je vois, c'est une pièce vide. Si ce n'est pas un signe ça ...

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