24 -Une fin de plus

16 minutes de lecture

Livia.

« Vous avez trois nouveaux messages. Aujourd'hui à 09H04.

Bonjour Mademoiselle Gardini. Livia ... C'est Pascaline. Pourriez-vous me rappeler dès que possible s'il vous plait ? ».

Depuis hier après-midi, quand j'ai écouté mon répondeur puis rappeler mon correspondant, les paroles de Pascaline tournent en bouche dans ma tête comme un vieux disque rayé. Et comme s'il pouvait sentir quel est le pire moment pour m'emmerder, j'ai reçu au même moment des messages du Connard. Enfin de lui ou de la personne qui joue au pigeon. Mais c'est un peu du pareil au même.

{Tu te crois maligne Livia ?}

{Ne me sous-estime pas. Tu as déjà fait cette erreur et tu en redemandes ?}

{Si tu crois savoir de quoi je suis capable, tu es loin du compte}

{Tu es à moi. J'espère que tu ne l'as pas oublié.}

{Moi je ne t'oublie pas.}

{La chasse est ouverte ... Et c'est toujours le chat qui mange la souris. C'est la loi de la nature. Ne t'épuise pas trop, tu auras besoin d'énergie}

Comme on dit ici, il est « fada ».

Tout tourne dans ma tête. Je n'ai pas pu fermer l'œil pendant le vol jusqu'à Paris, puis celui pour me ramener à l'aéroport Marseille Provence. Pourtant j'ai accumulé les heures de sommeil en retard ces trois dernières semaines, et la nuit dernière encore - mais à ma décharge j'avais besoin de penser à autre chose. Impossible de dormir alors même que j'avais été surclassée et en « première classe ». J'ai cru à une erreur quand j'ai déposé mon très lourd baguage à l'hôtesse de l'enregistrement pour qu'il parte en soute et qu'elle a demandé à l'une de ses collègues de m'accompagner au « Salon d'Attente ». Mais non, après vérification j'avais bel et bien été surclassée. Pour mes deux vols !

D'ailleurs il est plus de 21 heures ici soit midi à L.A.

J'attrape mon téléphone posé sur la table de nuit et compose plusieurs SMS pour avertir Les parents et Laura que je suis bien arrivée à destination.

Puis j'en tape un à Hayden.

{Miller c'est toi qui m'as fait surclasser ?}

La réponse arrive une demi-heure plus tard pendant que je comate sur le canapé avec Mila devant Grey's Anatomy.

{Bonjour à toi aussi Trésor. Je vais bien merci de poser la question. J’attendais de tes nouvelles, ravi de savoir que ton vol s'est bien passé et que tu es bien arrivée chez toi... }

Ok ... j'ai compris ... je lève les yeux au ciel et retape un message en soufflant.

{Bonjour Hayden. Ça va ? Je suis bien arrivée dans ma petite province, dans l'après-midi. Le jet-lag fait mal. Ici, il est 21h30, je n'ai pas dormi depuis plus de 36h. Et je vais bientôt rentrer (avec un peu d'avance) en mode « hibernation ». Donc avant que cela n'arrive, je mène une enquête : Qui m'a fait surclasser ? As-tu une idée ?}

{J'ai une idée, oui. C'est moi qui t'ai surclassé bébé. 14 h de voyage, deux vols, une escale et le tout en classe Eco, faut être folle ... ou maso Livia !}

... Ou bien avoir des moyens de Monsieur et Madame Tout-le-monde !

{Je fais ce trajet en classe éco depuis neuf ans. Je suis toujours vivante Hollywood ... Je n'ai pas forcément les moyens de payer neuf fois le prix du billet classique pour voyager en première !}

Puis j'ajoute même si ça m'arrache les doigts de taper ça :

{Mais merci quand même. C'était très agréable. Ne le fais plus ceci-dit ! 8500€ de sur classement, t'es tombé sur la tête ? Si tu veux dépenser de l'argent, j'ai des idées à te soumettre}

{J'ai les moyens. Tu es ma femme = Tu as les moyens.}

{Et je suis prêt à écouter tes propositions quand tu veux}

{Miller on va arrêter là cette conversation. Je crois que tu débloques. Embrasserais-tu la Sangsue trop souvent ? Ton cerveau semble manquer d'irrigation, je m'inquiète. Avoue ... tu fais exprès de louper des scènes pour faire plusieurs prises ... }

{Merde Livia ! Tu sais très bien que je déteste devoir la toucher !}

{Je suis certaine que Kirsten en profite moi ... ?}

Je pouffe de rire. Mila me fait les gros yeux. Tout bruit pendant qu'elle regarde la TV est proscrit !

{Jalouse ?}

Absolument pas !

Livia Gardini la seule femme dépourvue de jalousie ... trop triste.

{Tu sais bien que non Miller ... Mais je veux un test de dépistage HIV/Hépatites et même Muguet si tu comptes de nouveau poser tes lèvres sur les miennes un jour ! J'aurais même dû te le demander avant ... je ne sais pas où elle fout ses lèvres cette folle !}

{Le pire c'est que je suis sûr que tu es sérieuse en plus ... Mais HIV pour des baisers Livia ? C'est un peu poussé quand même bébé ... Et on fait régulièrement des dépistages, je te l'ai déjà dit. Et tu sais ... Moi je me ferais un plaisir de lui expliquer en détail tout ce qu'ont fait mes lèvres à ton corps ces trois dernières semaines ... Avec un peu de chance elle arrêterait d'essayer de me rouler des pelles ... }

{Qu'est-ce que je disais ... Eh non ! Tu la fermes Miller ! C'est la dernière personne sur terre qui doit être au courant ne notre « contrat »}

{Nous n'avons pas de contrat de mariage Livia ... }

Ça je le sais. Et heureusement nous n'avons acquis aucun bien depuis que nous nous sommes mariés qui serait d'office rentré dans la communauté aux USA, je me verse mes salaires sur un compte en France où je suis toujours célibataire au regard de la loi. Au moins un truc qui roule ...

{Je ne parle pas de ça Hero ! Nous avons un autre type de « contrat », avec six règles à ce jour}

{C'est vrai. Et j'en ai une septième à ajouter}

{Laquelle ?}

{Pas par texto. Je t'en parlerai quand nous nous verrons. Je dois y retourner. Prends soin de toi Trésor. Et je suis là si tu as besoin de parler tu sais ... On s'écrit demain ? Bonne nuit Livia.

Ps : Merci pour les Muffins. Nick et Jordan veulent s'installer à la maison quand tu rentres ... Et Matthew aussi je crois !}

Impossible de retenir mon rire. Les hommes et la nourriture ... de vrais gosses.

{Bonne journée H. J'en mettrai aussi dans ton congélateur la prochaine fois. Prends soin ... de ta langue... elle fait des miracles ... ? }

Quand je relève le nez de mon portable, Mila a mis l'épisode sur « pause » et me scrute avec son petit sourire en coin.

- A qui tu parlais ?

Mila la curieuse ... Le retour !

- Hayden, je lui réponds pour ne pas lui mentir. Apparemment Kirsten tente les baisers French Kiss avec lui pendant le tournage alors qu'il veut se contenter de « faux bisous ». Il ne la supporte plus alors moi je trouve ça hilarant ! T'imagine ? Devoir embrasser ton ex que tu détestes ! ça doit être trop bizarre non ?

- C'est clair ! Mais moi-même un « faux baiser » avec lui je veux bien tenter !

- T'es irrécupérable pas pauvre fille ! Rassure-moi, y'a un vaccin pour ce genre de chose ? Non parce qu'il ne faudrait pas que tu lui sautes dessus au mariage ! Ça ferait mauvais genre tu vois ...

Et surtout il ne faut pas ! Oui, ça ferait vraiment mauvais genre pour Hayden d'être vue la bouche encore collée à une femme ...Mila, vexée, se met debout sur le canapé et s'écrie, point sur les hanches :

- Hey ! Mais je sais me tenir en société figure-toi ma bichette !

J'ai comme un doute là ...

- Donc tu ne boiras pas trop d'alcool nous sommes d'accord ?

Mila comprend où je veux en venir et fait sa tête de boudeuse vexée.

- De toute façon, j'ajoute, tu ne peux pas rouler une pelle à mon cavalier au mariage !

Voilà, au moins c'est réglé. Quoi que ... eh merde !

- ATTENDS ATTENDS ATENDS MON PAPILLON ! Hayden Miller sera ton cavalier au mariage de Scott Hartley ? OH MON DIEU LIVIA ! T'as trop de la chance ! Mais comment ça se fait ? Je croyais qu'il voyait quelqu'un ? C'est lui qui me l'a dit !

Punaise il lui a dit quoi encore ?

- Mila, d'une c'est aussi le mariage de Laura. D deux, c'est mon cavalier, pas mon petit copain le soir du bal de promo ok ? Et qu'il voit quelqu'un ne signifie pas qu'il va l'amener au mariage de son meilleur ami ... Nous sommes les témoins, nous n'avions personne en particulier avec qui nous voulions y aller, on s'entend bien donc voilà !

Voilà ...

- Moi je n'ai pas de cavalier ! T'aurais pu être ma cavalière Livy !

Je n'y ai même pas pensé à vrai dire ... Et bon, Hayden est plus sexy quand même !

Ah quand même, elle se réveille ...

Et puis je rêve ! Elle va assister au mariage de Scott Hartley, à Los Angeles, tous frais payés, elle va pouvoir apercevoir plein de stars, et Madame fait la tête parce qu'elle n'a pas de cavalier ? Ce qui est faux en plus ...

- Tu as un cavalier Mila. Il s'appelle Jordan Miller, il est avocat ET gay, mais au moins, il ne boudera pas quand tu danseras avec d'autres hommes, enfin sauf s'il les trouve canon lui aussi, je plaisante. Et tu pourras aller draguer il ne t'en voudra pas ! Il a hâte de te rencontrer j'ajoute, je lui ai beaucoup parlé de toi !

Mila a les yeux qui pétillent et sautillent sur place. Enfin, sur son canapé.

- Je t'adore ma bichette ! Attends je regarde sur le net si je vois sa photo.

- C'est probable oui. Tu vois Jamie Miller ?

Elle acquiesce tout en pianotant.

- Tu vois Hayden bien sûr ?

-Oui !

- Jordan c'est un mixte des deux. Le visage d'Hayden et la carrure de Jamie.

- J'adore ta vie ! Enfin ...

- Oui j'ai compris. Relance la série Miss Hollywood, je vais te faire du pop-corn.

***

Dans la salle d'attente décorée aux couleurs de la Provence, Mila est assise à mes côtés. Elle ne dit rien, semble fixer un point imaginaire en face de nous. Je n'ai pas eu besoin de lui demander de m'accompagner. Je crois que pour elle, c'était naturel. Pour moi c'est étrange d'être accompagnée aujourd'hui, pour ce rendez-vous différent des visites habituelles. J'essaie de ne pas parasiter mon esprit d'idées et d'ondes négatives, même si je me doute que les nouvelles ne sont pas aussi bonnes que je l'aurais voulu. Je n'ai pratiquement pas dormi de la nuit. Mila m'a entendu à plusieurs reprises, alors elle aussi n'est pas au top de sa forme ce matin. Et je crois qu'elle se fait du souci à cause des messages que je reçois toujours sur mon téléphone. Encore plusieurs ce matin. Du courrier chez moi aussi. Elle a tenté de me convaincre d'en parler à Laura, mais je ne peux pas, pas tout de suite. Elle est tellement sur son nuage, je ne veux pas tout gâcher. Elle mérite d'être heureuse.

- Mlle Gardini ? Bonjour. Suivez-moi s'il vous plait.

- Bonjour. Bien-sûr.

Mila et moi nous levons et suivons l'assistante médicale jusqu'au bureau du médecin chef.

- Bonjour Livia ! me salue-t-elle. Vous avez fait bon voyage ?

- Oui merci Dr Saulpin.

- Pascaline ! me reprend-elle. Et bonjour Mlle Monténégro c'est bien cela ? Nous nous sommes déjà vues quelques fois.

- C'est bien ça. Mila Monténégro Docteur.

- Bien. Asseyez-vous mes demoiselles, je vous en prie. J'ai déjà préparé le thé nous annonce-t-elle.

J'aime beaucoup cette femme. J'ai choisi cette clinique parce que le Dr Saulpin est très réputée dans la région mais également parce que le cadre est magnifique. On ne se croirait pas dans un institut médical. Entre Aix-en-Provence et Marseille, dans les terres au milieu des vignes et du maquis de Provence, l'immense manoir du XVIIe siècle restauré à plus des airs de résidence secondaire. Il y a aussi un grand agrandissement très moderne, mais pas visible depuis l'entrée de la propriété, pour ne pas dénaturer l'harmonie du lieu quand on passe les grilles d'entrées. Depuis que je la connais, Pascaline n'a jamais dit un mot plus haut que l'autre. Cette quinquagénaire est toujours douce et souriante, tout comme tous les autres soignants ici. Elle connaît mon histoire même si ce n'est pas moi qui lui ai tout raconté. Elle m'est d'un grand soutien car je ne peux pas venir aussi souvent que je le voudrais à cause de mon travail et de mes déplacements entre autres, mais elle me tient au courant de tout.

- Je suis prête. Allez-y.

Non c'est faux, je ne le suis pas. Je ne le serai jamais. Elle m'observe quelques secondes avec attention et sympathie, prend une grande inspiration en croisant les doigts de ses mains sur son grand bureau au plateau de verre puis m'annonce sans y aller par quatre chemins :

- Nous n'avons pas pu lui injecter les deux derniers traitements.

- Je vais lui parler.

- Livia, je sais que c'est difficile à entendre pour vous et à encore plus à accepter, mais chacun est libre de choisir sa vie et sa mort. Nous avions déjà abordé ce sujet vous et moi. Je ne peux pas obliger un patient à subir un traitement dont il ne veut plus. Le mental joue un rôle important dans le processus. Et nous sommes arrivés au point où le mental ne suit plus Livia.

Choisir sa vie et sa mort. Tout le monde n'a pas ce luxe. Mais dans le cas présent, je ne veux pas accepter, effectivement les mots qui sortent de sa bouche.

- Je vais lui parler je réitère, bornée.

Mila attrape ma main et la serre dans la sienne, sans parler. Le Dr Saulpin se lève de son fauteuil et vient-elle aussi s'assoir, à ma droite.

- Livia, vous saviez que cela allait arriver.

- Pas maintenant, pas comme ça ! je réplique alors que les premières larmes dévalent mes joues.

- A vrai dire, le maintien du traitement n'est de toute façon plus la solution. Il l'affaiblit. Honnêtement, son confort de vie se serait dégradé dans les deux à trois mois à venir maximum. Maintenant il faut l'accompagner et respecter son choix.

Dix coups de massue ne m'auraient pas autant assommée. Je m'attendais à une mauvaise nouvelle, bien sûr, mais pas à un refus de soins. Elle n'a pas dit les mots, pourtant ils résonnent dans ma tête « fin de vie », « soins palliatifs » ...

« Abandon »

- Livia tu te sens bien ?

Aussi bien qu'en se rendant compte qu'on fonce droit dans un mur à la vitesse du TGV et qu'on a plus de freins.

Belle métaphore.

J'arrive à faire « non » de la tête pour toute réponse à la question de mon amie. Durant plusieurs minutes, plus personnes ne parle. J'encaisse. Je réfléchis, puis je pose la question du bout des lèvres.

- Combien de temps ?

- C'est difficile à dire. Ça peut être six semaines comme dix voire douze. Il faut vous y préparer.

Un rire sans joie m'échappe. Indubitablement, depuis plusieurs semaines tout va de travers. La vie s'acharne à me mettre dans bâtons dans les roues. Et là on frise la goutte d'eau. Le supportable.

- Nous lui avons dit que vous alliez venir aujourd'hui. Alors je vous propose de ne rien changer à vos habitudes : Aller vous promenez dans le parc, nourrissez les cygnes, les canards et les poissons et discutez. Nous ferons un point sur le nouveau protocole ainsi que ... la suite ajoute-t-elle prudemment. Après votre visite, cela vous convient ?

J'acquiesce.

- Je vais aller me balader de mon côté Livy. Si tu as besoin de moi, tu m'appelles d'accord ?

- Merci Mila.

Nous nous levons toutes les trois. Mila prend la direction de la sortie, et Pascaline m'accompagne. La chambre se trouve au rez-de-chaussée, au fond de l'aile ouest et dispose d'une jolie vue sur la colline et le lac artificiel. De la baie on accède à une petite terrasse aménagée d'où on peut voir les familles se promener, les patients admirer les couchers de soleil ou jouer à des jeux de société les après-midis pendant les heures d'activités organisées par l'établissements pour ceux qui sont en état d'y participer. Quand j'arrive devant la large porte de la chambre, mon cœur se serre. Je réalise qu'il nous reste peu de temps, mais en avait-on vraiment ? Alors avant d'entrer, je prends quelques instants pour inspirer et expirer profondément, plusieurs fois pour me calmer. Et l'évidence me frappe : Aujourd'hui, je dois lui dire ce que j'ai fait. Alors j'entre en sachant qu'après cette visite, mon cœur ou ce qu'il en reste, sera en état de mort cérébrale.

- Bonjour ma Mona je lui dit en l'embrassant sur la tempe.

- Bonjour ma toute petite me répond-elle de sa voix délicate. Ne pleure pas ma lumière, il est temps pour moi de les rejoindre.

***

- Tu m'en veux ?

Ma voix est à pein audible de pense. Je viens de lui avouer qu'il y a bientôt quatre mois, le soir du mariage surprise de Laura à Las Vegas, je me suis mariée, moi aussi. A un inconnu pas si inconnu que cela. Je la regarde, attendant sa réponse, et mes larmes reviennent sans y être invitées. Ma grand-mère est une force de la nature. Malgré son cancer, sa perte de poids et de cheveux qu'elle camoufle avec de jolis foulards colorés, sa voix un poil plus fatiguée qu'avant, elle n'a rien perdu de sa force de caractère et de sa capacité d'écoute. Pourtant, elle n'a plus envie de se battre contre cette foutue maladie.

- Je t'en veux de ne pas me l'avoir présenté oui ! C'est quand même le seul mari de mon unique petite fille que j'aurais pu rencontrer avant de mourir ! Je suis un peu vexée, je dois l'avouer, mais jamais je ne t'en voudrais Livia, jamais ma toute petite.

Je pleure de plus belle. Elle a dit les mots. "Avant de mourir" ... Ma poitrine est un brasier et est comme prise dans un étau qui se resserre à l'infini. J'ai mal mais je sais que je dois respecter sa décision. Pascaline a raison. Qui suis-je pour lui demander de continuer à souffrir si elle n'aspire qu'à la paix éternelle après une vie bien remplie, de joies mais aussi de la plus terrible des peines d'avoir perdu son fils unique ? Son mari ?

- Mona je viens de t'expliquer qu'ici je ne suis pas mariée je lui répète en lui caressant la main. Il n'est pas réellement mon mari, c'est juste un papier. Nous sommes simplement amis.

Simplement ?

Tu couches avec tous tes amis toi ?

Tu te moques de qui ma vieille ?

Ok, « amis avec bonus ».

Elle regarde l'étang et envoie des bouts de pain aux petits curieux - et gourmands - depuis son fauteuil roulant.

- Dieu n'a pas de frontière ma toute petite réplique ma grand-mère en ancrant son regard aussi bleu que le mien. Tu t'es mariée dans une chapelle c'est bien ça ?

Ça me poursuit ce n'est pas possible. Je suis maudite. Je me défends donc comme je peux :

- Une chapelle à Las Vegas, la ville du péché, la ville de tous les péchés Grand-mère !

- Les choses sont ce qu'elles sont, telles qu'elles doivent être Ma Lumière. Et Dieu est partout.

- Je ne suis pas croyante ma Mona. Tu le sais très bien ;

- Ça ne veut pas dire qu'il n'existe pas et que lui ne croit pas en toi Livia.

Si un vieux bonhomme en haut existait et croyait en moi, pour quelles raisons m'aurait-il fait souffrir autant ?

-La vie m'a déjà pris presque toutes les personnes qui croyaient en moi Mona.

- Écoute ta vieille grand-mère Ma Lumière. La vie n'est pas faite pour être facile, c'est ce qui la rend si précieuse, si belle Livia. La vie est surprenante. La vie commence dans des cris m'explique-t-elle la voix un peu grelottante. La mère crie en accouchant, de douleurs. Elle pleure de douleurs, puis elle crie et pleure de bonheur quand elle voit son enfant pour la première fois. L'enfant lui commence sa vie dans un cri aussi. Alors il est normal que nos vies soient rythmées par des cris : De douleur, de bonheur, de rage, de désespoir. Le bonheur n'est que plus fort quand il arrive après la douleur Livia. Le deuil fait partie de la vie ma toute petite, il n'est pas une fin. Dans ma vie, j'ai fait différents deuils. On perd des amis en grandissant, chacun part faire sa vie, et c'est un premier deuil. Le deuil d'une amitié si tu préfères. On tombe amoureux, parfois plusieurs fois et jusqu'à ce qu'on rencontre la bonne personne, on doit faire le deuil des relations précédentes. C'est le deuil amoureux. Puis un jour, on doit faire un deuil plus vif, plus douloureux, celui de ses parents, de sa famille, et c'est le cercle de la vie.

- Mona ...

Mes yeux remplis de larmes et le nez qui coule, je ne vois presque plus le visage de ma grand-mère. Mon roc à moi.

- Laisse-moi finir Ma Lumière me coupe-t-elle. Tu étais jeune Livia. Mais suffisamment grande pour avoir trop de souvenirs. J'ai toujours pensé que pour ton salut, pour que ta vie ne soit pas gâchée par ce drame, il aurait mieux valu que cela arrive plutôt. Mais les choses sont ce qu'elles sont, telles qu'elles doivent être. Et notre Seigneur doit avoir un dessein plus grand pour toi Livia.

Mais bien-sûr ...

Je l'aime alors je m'abstiens de hurler ce que je pense au plus profond de moi. Car non, personne n'a de dessein plus grand que celui de m'avoir enlevé les êtres les plus importants quand j'étais encore une enfant. J'ai pris au moins deux voire trois mauvaises décisions dans ma vie qui ont fait ce que je suis aujourd'hui : seule, amputée d'une partie de moi et ma personnalité et à devoir honorer une promesse qui régente ma vie ou ce qu'il en reste. Un dessein plus grand aurait été de m'empêcher de faire ces choix. Mais aujourd'hui c'est trop tard.

Quatre, si je compte cette vaste blague qu'est mon « mariage ». Nous restons encore un long moment à discuter, jusqu'à ce que ma grand-mère soit trop fatiguée et doive rentrer se reposer. Je la préviens avant qu'elle s'endorme que je vais m'organiser pour lui rendre visite tous les jours mais elle envoie valser ma remarque d'un geste de la main. Mona n'aime pas qu'on la couve. C'est aussi pour cela qu'elle refuse depuis qu'elle séjourne ici que je lui rende visite trop souvent.

Après une longue entrevue avec Pascaline et Mila dont j'aurai sûrement encore besoin, je dépose Mila chez elle et file à mon prochain rendez-vous, le cœur lourd. Trop lourd.

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