17 - Des mots et des fleurs

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Livia.

— Ils sont là !

À peine sommes-nous entrées dans le club bondé que les radars de Jess se mettent en action, malgré l'obscurité hachée de néons colorés qui bougent dans tous les sens. Elle repère Luka et Tonio installés avec plusieurs autres personnes dans l'un des renfoncements privés. Elle doit avoir un super pouvoir car le lieu est immense et pourtant, il n'est pas simple de se frayés un chemin entre les corps chauds qui discutent ou se déhanchent.

Tonio nous a aperçues lui aussi et se lève en nous faisant de grands signes.

— Content de vous revoir ! Alors, que je vous présente. La merveilleuse jeune femme à mon bras, c'est Vera, ma compagne, nous désigne-t-il une petite brune aux cheveux de jais.

— Enchantée, nous dit-elle en anglais en nous serrant joyeusement la main à toutes les deux.

Il fait ensuite un tour de table. Juan et sa fiancée Francesca, son cousin David, ses amis Tomy et Silvía, Marty et sa femme Ofélia. Luka arrive à ce moment-là, tout aussi ravi de nous voir débarquer.

— Et donc vous tous, voici Jessica et Livia qui ont fait une excursion avec nous aujourd'hui à Saona. Elles parlent espagnol, ajoute-t-il.

Le jeu des questions commence aussitôt et c'est surtout Jessica, qui est beaucoup plus à l'aise que moi avec les gens qu'elle ne connait pas, qui répond. Et c'est sa langue maternelle, après tout. J'essaie de ne pas rester muette tout du long, mais je suis surtout venue ici parce qu'elle en avait très envie. Une soirée à deux m'aurait très bien convenu. Ils s'intéressent à tout : d'où nous venons, depuis quand nous sommes là et ce que nous avons visité, ce que nous faisons dans la vie, nos hobbies. C'est bon enfant et je plaque autant que possible un sourire sur mon visage. Chacun d'eux nous parle un peu de sa vie.

Francesca nous apprend qu'elle est enceinte de seize semaines, qu'ils ne connaissent pas encore le sexe de leur bébé mais qu'elle a déjà commencé à acheter des petits vêtements mixtes. Ce n'est pas la première femme enceinte que je vois bien sûr, mais je suis toujours frappée par quelque chose : c'est vrai ce qu'on dit, les futures mamans ont une aura que les autres n'ont pas, certainement dû au bonheur qu'elles ressentent de porter en elles une vie.

Elle rayonne le bonheur par tous les pores et ses grands yeux verts expriment l'amour qu'elle porte déjà à son enfant. Jessica elle, pose sa main droite sur ma jambe gauche qui avait décidé d'elle-même de gigoter sous la table. Je tente de faire abstraction de ma propre expérience. Je ne sais même pas pourquoi j'y pense, d'ailleurs. Il n'aurait pas pu en être autrement. La Nature a réparé l'erreur qu'Hayden et moi avions commise, parce que les choses ne pouvaient être autrement.

Être seule, c'est ma pénitence à moi. Me rappeler chaque jour ce que j'ai perdu, m'en rapprocher tout à coup sans me laisser y toucher vraiment. Si je ne m'étais pas réveillée chez Hayden, si je n'avais pas appelé Kate, tout serait fini pour moi. Livia Gardini ne serait plus qu'un nom gravé sur une pierre en marbre dans une allée où seuls le son des pas sur le gravier et quelques pleurs viendraient tuer la quiétude des silencieux résidents. La faucheuse s'est encore loupée, je suis toujours debout. Je ne sais plus qui est le plus à plaindre : elle de ne pas réussir à m'attraper ou moi d'être capable de lui échapper.

Je reviens à la conversation et à mon cocktail à base de rhum blanc et de noix de coco, un délice :

— Jessica tu es mariée toi ? la questionne Vera.

Fallait bien que ça arrive.

— Toujours pas, mais je garde espoir que mon amoureux pose un genou à terre très vite ! Sinon, je vais devoir prendre moi-même les choses en main, plaisante ma copine.

Quoi qu'elle ne plaisante pas, je crois.

— J'ai trente-deux ans et j'aimerais vraiment que notre relation prenne un nouveau tournant. Mariage, bébé, tout ça quoi ! Non pas que j'aie à me plaindre, mon homme est fantastique, mais tous mes proches sont mariés et personne dans ma famille n'oublie que moi, je ne le suis toujours pas alors que nous sommes ensemble depuis des années.

Ok... Donc, secouer King Kong avec un peu plus de vigueur. Je note, je dois pouvoir faire ça. Ce ne sont pas les occasions de lui en toucher deux mots qui me manquent à L.A.

— Et toi Livia ? Tu n'as pas d'alliance, donc tu n'es pas mariée.

Luka me pose sa question d'un faux air détaché, le goulot de sa bière ambrée sur ses lèvres. Non, pas d'alliance, mais j'aurais dû m'acheter une bague à cinquante euros au Manège à bijoux pour les soirées comme celle-ci, et la glisser à mon annulaire gauche. Un Fake utile.

Promesse, mariage. Rester crédible. Ma bouche fait forcing pour garder les mots qui finissent par sortir :

— Je suis dans une relation, oui.

— Et c'est sérieux ?

« Eh bien j'ai signé un papier à la con à Las Vegas et maintenant je suis mariée à un type que je ne connaissais que de nom il y a encore trois mois. Et encore c'était juste son pseudo d'acteur. Tout ça parce que je suis une pochtronne qui ne sait pas se tenir et qui fait n'importe quoi quand elle est bourrée. Bon, j'aurais pu tomber sur pire, hein. Il est canon et c'est un Dieu du sexe, mais niveau caractère il se rapproche plus de l'homme de Cro-Magnon et de l'âne qu'autre chose, même s'il sait se montrer très doux et à l'écoute ».

Evidemment, je ne peux pas lui dire ça, mais ce n'est pas l'envie qui manque.

Plutôt positif comme portrait cela-dit.

Bon, je ne peux pas non plus me voiler la face. Derrière son caractère de merde et ses tendances de Mister Dominateur, Hayden est un homme gentil, drôle et intelligent, même s'il est capable de me faire péter un plomb en deux secondes chrono en main.

Je ne sais pas trop quoi lui répondre. Je devrais affirmer avec conviction que c'est sérieux, parce que c'est quand même notre couverture. Mais d'un autre côté nous allons bientôt divorcer, il serait donc temps qu'il y ait de l'eau dans le gaz. Jessica ne se pose pas autant de questions que moi :

— Ils sont trop mignons tous les deux ! C'est tout le bien que nous pouvons leur souhaiter, que ça fonctionne entre eux !

— Et comment s'appelle l'élu de ton cœur ? s'enquiert Ofélia.

L'élu de mon cœur ? Faut quand même pas déconner ! Mon cœur est mieux verrouillé que le coffre-fort du FMI. *« Hayden Miller » n'est pas envisageable et fort heureusement, j'ai une issue de secours :

— Hero. Il s'appelle Hero.

— Pas commun, même pour un américain, non ? commente Luka avec nonchalance.

S'il savait, cet homme n'a rien de commun.

— Et vos copains vous laissent partir à des milliers de kilomètres sans souci ? questionne de nouveau Francesca. Moi, même pour faire cent kilomètres, Juan me mène la vie dure.

Juan, lui, se renfrogne dans son siège, et moi je pétille intérieurement en me disant que j'ai le luxe de faire ce que je veux.

— Comme tu l'as dit, nos copains, insisté-je. Je ne laisse déjà pas la possibilité à mes parents de décider pour moi alors un mec, même pas en rêve ! Nous avons chacun nos distractions et il n'y pas de mal à voyager entre copines, à ce que je sache.

Mon côté féministe a pris le dessus. Nous vivons dans des pays aux cultures et aux mœurs différentes, mais nous sommes quand même au XXIème siècle, partout. Il n'est pas encore né celui qui me mettra les fers aux pieds. D'ailleurs il n'aura pas le temps de naître. Je suis libre, je vis libre, je mourrai libre.

Ça ferait un bon tattoo ça, non ? Ou une épitaphe.

— Pour ma part Nick est super jaloux. Mais puisque je partais avec Livia il ne m'a pas fait de scène. Et puis c'est bien tombé, il a dû partir en déplacement à l'étranger.

C'est bien tombé pour nous deux, oui...

— Ah et il fait quoi dans la vie ? Il part souvent ? lance Juan.

— Il est garde du corps et gère une société de sécurité avec ses frères. Il part souvent mais je peux l'accompagner.

Jess... tais-toi, par pitié.

— Garde du corps ? Pour des célérités ou juste des riches ?

Mes doigts exercent une pression sur la cuisse de Jess mais elle a déjà bu un cocktail et deux verres de rhum cul sec, alors que je n'ai pas terminé mon premier verre qui sera le dernier si je dois la tracter jusqu'à l'hôtel. Et la bâillonner, aussi.

— Des acteurs comme...

— Brody Hall-Johanson, Shaun Roberts, la coupé-je avant qu'elle n'en révèle trop sur sa vie.

— Scott Hartley et...

— Voilà, enfin des acteurs ! On ne va pas leur faire l'inventaire de tous ses clients, Nick apprécie la discrétion, énoncé-je en fixant ma copine pour qu'elle comprenne.

— Scott Hartley carrément ! siffle Vera. Eh bien tu dois voir un paquet de stars Jessica !

— Tu en as de la chance ! s'exclame Silvia qui récupère un nouveau shot de la tournée que nous dépose un serveur au centre de la table.

Sitôt les verres vides, sitôt de nouveaux apparaissent, comme par magie.

— Et ton copain à toi il fait quoi dans la vie, Livia ? enquête de nouveau Luka.

— Rien de très intéressant, mens-je. Il a plusieurs cordes à son arc et change souvent de casquette.

Jessica parait entendre ma difficulté aux inflexions de ma voix. Elle se lève comme elle le peut et propose que nous allions bouger nos corps engourdis. Nous passons l'heure suivante à danser sans discontinuer. Évidemment, Jessica en pro nous surpasse tous, même avec de l'alcool dans le sang. La vie est injuste, la preuve en images.

Le canon de la soirée, Luka, ne s'éloigne pas de nous et n'est pas mauvais danseur. Mais je ne veux pas envoyer de faux signaux alors je reste constamment près de Jess et des autres filles. De temps en temps, il se frotte avec plus d'insistance à Jess voyant que je ne joue pas son jeu de drague, mais je veille au grain. King Kong me ferait la peau si quelqu'un touchait à sa belle, et ce n'est pas dans mes projets de me faire écarteler par le grand gorille. Et même si Jess a beaucoup profité de la vue aujourd'hui, ça n'ira pas plus loin avec lui.

Pour autant, j'ai l'habitude d'être le chien de garde de Laura, alors cela ne me pose pas de problème de l'être pour ma copine ivre de joie, et pas que. Je suis heureuse qu'elle s'amuse comme une folle, moins que l'alcool la désinhibe. Je m'en veux de ne pas avoir mis le holà plus tôt, mais après tout, elle est adulte.

— Livy, faut que j'aille aux toilettes et j'ai besoin d'un verre, je me déshydrate à vue d'œil, t'as vu ? tangue-t-elle en tournant sur elle-même.

— Ok pour t'hydrater, mais de l'eau ou un jus de fruit. Plus d'alcool.

— Qu'est-ce que t'es rabat la joie, Trésor !

— On dit « rabat-joie » Jess et si tu m'appelles Trésor, c'est bien la preuve que tu as assez bu. Allez viens, ma vessie aussi réclame une pause.

Je dirige mon ivrogne vers les WC et ne la quitte que pour me soulager. Nous regagnons nos sièges où Vera, Francesca et Ofélia sont installées et en pleine conversation sur des prénoms d'enfants. Les garçons sont sortis pour fumer.

Je fais signe au serveur et lui commande une bouteille d'eau et deux jus d'orange pressés. Mais je n'ai pas le temps de demander de quoi que ce soit à grignoter qu'elle s'enfile encore cul sec un verre de vodka cerise sorti de je ne sais où. Elle est à jeun, comme moi, et rien dans son estomac n'éponge même sommairement tout ce qu'elle ingurgite, ni ne la protège de ce qui pourrait être dedans, en plus.

— Merde Jess ! m'écrié-je en anglais. Tu l'as pris où ce verre ?

— Juste là, désigne-t-elle le centre de la table.

— Il ne faut jamais boire un truc qui n'a pas été déposé par le serveur sous tes yeux !

Je la pensais un peu plus prudente, vu le métier de son homme.

— Oh allez Livy Baby, lâche-toi un peu ! T'as vingt-cinq ans, c'est toi qui devrais de soûler la gueule quand ton amoureux n'est pas là pour te surveiller et dégager tous les mecs qui s'approcheraient trop près de toi.

Amoureux ? Whaoo, hors de question qu'elle retouche à de l'alcool ce soir. Et la dernière fois que je me suis lâchée comme elle dit, je me suis retrouvée mariée. Mariée et enceinte. Merci mais non merci.

— Tu dis n'importe quoi Jess, la sermonné-je. Je vais aller te chercher des tapas, tu vas boire toute la bouteille d'eau s'il le faut et un café aussi. Nick va me tuer si je ne te ramène pas à la maison en un seul morceau.

— Arrête, Nick t'adore et Hayden ne le laissera jamais toucher à un seul de tes beaux cheveux blonds, les caresse-t-elle. Il tient trop à toi ! Et Jordan aussi. Et Scott pareil Livy... T'as pas vu toi dans quel état était Hayden quand tu t'es battue à L.A et que t'es partie à la pharmacie en pleine nuit, ou quand tu étais...

— Il était en colère parce que je me suis foutue de lui par SMS, rien de plus.

Oui, je suis vilaine, mais je n'avais pas pu m'en empêcher. Je savais très bien comment il réagirait.

— T'es aveugle ma pauvre Livy ! Je l'ai vu à l'hôpital, il était inquiet.

— Toi aussi, il me semble. C'est une conversation qui ne mènera à rien. Tu vois quelque chose qui n'existe pas.

Je la laisse aux bons soins des filles et de Luka qui vient de réapparaitre, me promettant qu'il ne la lâchait pas des yeux. Il a plutôt intérêt. Je reviens rapidement à notre table, non sans mettre pris une main aux fesses de je ne sais où, mais ce n'est pas le lieu pour me disputer. Je prends sur moi pour cette fois même si des envies de meurtres. Le serveur a déjà rapporté des bouteilles d'eau fraîche et je vois que Jess est en train de vider un grand verre qu'elle boit goulument. Parfait.

Je dépose un assortiment de tapas et la serveuse qui me suit un deuxième grand plat à partager, un cocktail sans alcool pour Francesca et un magnum de champagne que j'offre à la table pour nous avoir accueillies ce soir. Même si ma copine est éméchée, nous avons passé un bon moment et l'excursion en mer était incroyable. D'autant plus que Luka n'a pas voulu que je paie pour le dépassement d'horaire, alors c'est la moindre des choses de compenser. C'était une belle journée, j'en avais besoin avant d'être à demain.

◆◆◆

Beaucoup d'eau, du café, le ventre plein et une autre demi-heure de danse avec Miss Alcoolo qui se trémousse comme une petite folle, je décide de manière unilatérale qu'il est temps d'aller se coucher. Il est bientôt minuit et si aucune de nos robes ne va se transformer en guenilles lorsque les aiguilles se retrouveront sur le douze, nous avons prévu des activités pour notre dernière journée et besoin de sommeil pour nous remettre de nos émotions d'aujourd'hui. Après une ultime visite des toilettes, nous regagnons la table pour récupérer nos affaires et dire au revoir à tout le monde.

Luka et David qui sont venus ensemble proposent de nous déposer à l'hôtel. Jess accepte sans réfléchir. Bien qu'un peu bancale sur ses talons, elle est en meilleure forme que tout à l'heure mais toujours aussi belle. Y'a pas de justice, je persiste et signe. Moi, je dois ressembler à une vieille pomme défraichie.

Je suis surprise lorsque Luka déverrouille un gros Porsche Cayenne noir et, galant, nous ouvre la portière arrière. J'hésite un instant mais Jessica elle, grimpe sans demander son reste. Une alarme carillonne dans ma tête et m'empêche de suivre simplement son élan. Je prends alors quelques secondes pour examiner Luka mais ne vois rien de malveillant dans son sourire.

Le trajet se passe dans un silence reposant et je reconnais la route que nous avons empruntée pour venir avec le taxi. Jessica pianote sur son téléphone et me jette des coups d'œil de temps en temps. Elle mijote un truc mais je veux garder les yeux sur le trajet. La fatigue vient soudain alourdir ma tête et mes paupières. Je me tourne vers la vitre et regarde le bitume défiler, luttant contre le sommeil qui a décidé de m'envelopper sans préavis.

J'ai dû m'endormir quelques minutes mais suis réveillée par des chuchotements masculins. Le moteur s'est tu, la voiture est immobile. J'ouvre difficilement les yeux mais discerne ce que les garçons se disent :

— Elles se sont endormies.

— Regarde dans le coffre, y'a ce qu'il faut.

Deux portières s'ouvrent puis se referment doucement. Je me redresse tant bien que mal dans mon siège.

— Jess, réveille-toi !

De l'air frais nous parvient de l'arrière alors que le coffre s'ouvre à son tour, ainsi que la portière de mon côté. Luka se tient là et me tend une petite bouteille :

— Vous êtes arrivées. Tiens, de d'eau fraiche. Ça va te réveiller un peu.

Il se décale et en effet, nous sommes devant l'entrée principale de notre l'hôtel. Une vague de soulagement remplace mon anxiété. Jessica a plus de mal que moi à revenir à la réalité, malgré la bouteille qu'elle vide en quelques secondes. Luka m'aide à m'extraire de sa voiture. Quant à David, il soutient Jessica.

— Est-ce que tu te sens capable de la ramener jusqu'à vos chambres ou tu veux qu'on t'aide à monter ? me demande Luka.

— Nous avons une chambre pour nous deux et au rez-de-chaussée mais je veux bien un peu d'aide s'il vous plaît. Nous sommes de l'autre côté du resort.

J'ai beau avoir de la force, je ne suis ni Hayden ni King Kong. Je pourrais toujours la trainer au sol par les pieds, sur le marbre elle glisserait sans mal, mais ça ferait un peu tache dans un hôtel cinq étoiles de traîner sa jolie carcasse. Cette idée me fait penser qu'il faudrait que je demande à Hayden comment il parvient à me soulever, ou plutôt me porter pendant plusieurs minutes tout en me pilonnant avec autant d'ardeur et sans faiblir...

Stop. La fatigue me fait divaguer.

Dans le hall, Luka salue l'un des employés qu'il reconnaît, puis se renseigne sur le numéro de notre chambre pour s'orienter. Nous marchons jusqu'à celle-ci dans un silence que nos pas martèlent. Jessica tend clé magnétique à David qui déverrouille et ouvre notre porte. Luka nous devance pour allumer la lumière et la tamiser avec le variateur. Surpris, dans un long sifflement, il lance :

— Ah bin d'accord, ils ne se sont pas foutus de vos gueules !

De quoi il parle, là ?

David et Jess avancent et je suis bonne dernière. D'après les ébahissements de ma colocataire, la vue est assez impressionnante car elle la sort de semi-léthargie.

— ¡ Oh Dios mios ! Putain de merde ! Oh putain Livy !

Je traverse le hall d'entrée et contourne David. Une forte odeur florale s'infiltre dans mon nez et mes poumons, me donnant l'impression de rentrer dans une fleuristerie.

— Oh bordel ! Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Il y en a de partout ! Jess c'est ton anniversaire ou un truc comme ça et j'ai raté l'info ?

De magnifiques bouquets. De partout. Des centaines de fleurs pullulent dans tout l'espace. Pas sûr que Mickael Jackson en ait eu autant à ses funérailles. C'est une véritable invasion. Des lys blancs dans de grands vases posés au sol, d'énormes bouquets de roses rouges et roses, et même des lilas aux couleur plutôt rares. Des superbes pivoines, aussi. Sur le patio ont été disposées et allumées de grandes bougies blanches.

— Bon, nous allons vous laisser les filles, se racle la gorge Luka. Si vous voulez sortir demain soir, il me semble que Vera a parlé d'une soirée spéciale en ville. Bonne nuit.

Les garçons nous enlacent amicalement et nous laissent à notre surprise.

— Mince Jess, il ne s'est pas foutu de toi Nick ! Si tu ne lui manques pas, je ne m'appelle plus Livia !

— Qui te dit que c'est Nick ?

— Tu as un amant caché à qui tu as dit où tu te trouvais et dans quelle chambre ?

— Ça pourrait être Hayden, lève-t-elle les sourcils.

— Pourquoi Hayden t'offrirait des fleurs ?

Désespérante.

— Pas à moi ! Punaise Livia, tu le fais exprès ou c'est moi que tu prends pour une dinde ?

— Pourquoi Hayden m'offrirait-il des fleurs à moi ? Ce n'est pas mon anniversaire. Et quand bien même, je ne vois pas pourquoi il transformerait ma suite en magasin de fleurs. Ce serait trop ... bizarre. Enfin, sauf pour m'annoncer qu'il regrette son refus de divorcer et qu'il a changé d'avis. Là, il pourrait m'offrir toutes les fleurs qu'il voudrait !

— Tu te moques de moi !

— Du tout, je te l'ai dit, tu affabules.

Je ne l'écoute même plus et fais le tour de la pièce, inspectant chaque bouquet. Je finis par trouver mon graal sur la terrasse. Une carte.

— Tiens, ouvre.

Je lui tends l'enveloppe rouge et blanche. Elle en sort une jolie carte ornée de fleurs dorées sur laquelle sont couchés quelques mots dans une très jolie calligraphie :

« A l'amour de ma vie. Ces bouquets faneront dans quelques jours, mais mon amour pour toi lui, durera pour toujours. Je t'aime. Tu me manques.

Nick »

— Oh Jess, c'est trop beau.

Des larmes coulent sur ses joues. Heureusement pour elle, se sont des perles de bonheur contrairement à celles qui ont jonché mon visage plus tôt.

Je sors mon téléphone de mon sac et prend Jessica en photo, de biais, entourée des centaines de fleurs qui agrémentent à présent notre chambre. Ses deux mains sont posées sur sa bouche. Le cliché est magnifique, il retranscrit bien son émoi. Sans attendre, je l'envoie à Nick, avec un petit message :

{Si j'avais su le jour ne notre rencontre que derrière cette carrure de King Kong se cachait un cœur aussi doux qu'un nuage de plumes, un cœur aussi grand que l'enveloppe qui l'accueille, je crois que j'aurais été plus tendre avec toi. Et si j'avais encore le moindre doute sur l'immensité de ton amour pour Jess, l'élan de romantisme que je viens de découvrir l'a définitivement anéanti. Bravo, Jessica est sans voix ! ( et moi aussi ... ). Les larmes de joie qu'elle est en train de verser pourront hydrater toutes ces fleurs des jours durant. Continue ainsi mon grand, et ne t'arrête pas en si bon chemin ... Rends-la heureuse, elle le mérite tellement. Livia. }

Le bonheur est précieux. On réalise souvent trop tard qu'on était en plein dedans, quand soudain, il a disparu.

◆◆◆

Notes :

FMI : Fond Monétaire International, siège social basé à Washington, USA

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