Promesse

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  Samaël s'arrêta en plein mouvement. Interdit, il posa les yeux sur les doigts délicats qui enserraient son poignet et cherchaient à le retenir. Le sentiment inconnu qu'il avait éprouvé en la voyant sortir de son officine, un sourire aux lèvres, le gagna à nouveau.

  — Ne partez pas, l'implora Lili. Je vous en prie...

  L'ange revint à lui et la dévisagea, déconcerté.

  — Pourquoi ?

  Il croyait qu'elle souhaitait le contraire, c'était ce qu'il en avait déduit en lisant ses pensées. S'était-il fourvoyé ?

  — Mais... Mais parce que je ne veux pas être seule ! s'exclama-t-elle. Et je… vous…

  La voix de la jeune femme se tut. Plus aucun son ne franchissait ses lèvres encore mouvantes. Un profond silence s'installa. Lentement, elle libéra l'ange, puis enfouit son visage derrière ses mains. Un soupir fatigué lui échappa alors que ses épaules tendues retombaient.

  — Je veux juste comprendre, murmura-t-elle.

  Samaël se redressa sans la quitter de yeux. Lui aussi aimerait comprendre ce qu'il se passait. Pourquoi n'arrivait-il pas s'éloigner de cette humaine ? Pourquoi avait-il perdu son sang-froid quand il l'avait vue en danger ? Et quel était ce sentiment étrange qui l'habitait depuis qu'il l'avait vu ? Qui ne semblait vouloir disparaître ? Semblait aussi profondément ancré dans sa chair que la brûlure d'un tisonnier ?

  Lili releva la tête, la bouche entrouverte, sur le point de posé une question quand de nouveaux rires s'élevèrent dans la nuit. Samaël se tourna immédiatement vers la rue d'où ils provenaient, tandis que la guérisseuse s'étranglait avec ses mots. Du coin de l'œil, il la vit l'imiter, les traits du visage crispés par l’inquiétude.

  Idiot qu'il était ! Pourquoi s'interrogeait-il sur la situation ? Il y avait plus urgent. Il devait faire sortir Lili de ses rues sordides et malfamées, l'amener dans un lieu sûr. Il se pencha vers elle et lui prit la main. Les yeux de jeune femme s'agrandirent à ce contact. Elle eut tout juste le temps de poser le regard sur lui qu'il l'aidait à se remettre debout.

  Quand l'ange s'en était pris à Sicard, sa colère avait occulté toute autre sensation, dont celle de ses blessures. Maintenant que sa fureur s'était dissipée, elles étaient de retour et lorsqu'il tira Lili pour la lever, la vilaine plaie dans son dos le lança. Un gémissement lui échappa. Athalie fronça les sourcils.

  — Qu'est-ce qui ne va pas ?

  — Rien du tout, éluda-t-il. Où te rendais-tu avant que ces hommes n'arrivent ? Je vais t’y conduire.

  Elle ne lui répondit pas, trop occupée à l'observer avec attention. Au même moment, la flamme vive d'une bougie passa devant la fenêtre de la maison derrière elle. La lumière qu'elle apporta à la rue était misérable mais suffisante pour que Lili se rende compte de l'état des vêtements de Samaël. Elle cessa de respirer. Ils étaient maculés de sang plus ou moins sécher.

  — Vous êtes blessés ? souffla-t-elle.

  — Non, ce n'est...

  — Allons à mon officine, le coupa-t-elle. Je vais vous soigner.

  — Ce n'est pas la peine, rétorqua-t-il.

  Mis à part celle à son dos, ces autres plaies étaient presque entièrement guéries d’ici une demi-heure, il n’aurait plus rien. En entendant ces mots, une lueur incendiaire s'alluma dans les yeux de Lili et elle s'empourpra.

  — Pas la peine ? Espèce de Coquebert, comment peux-tu dire une telle sottise ! l'admonesta-t-elle. Même un nigaud ne sortirait pareille sornette ! Alors maintenant tais-toi et suis-moi !

  Elle se saisit de son poignet avec toute la force dont elle était capable et retourna sur ses pas. L'ange la laissa l'entraîner à sa suite, surpris par sa soudaine pétulance. Comment aurait-il pu se douter qu'Athalie abritait une telle fougue ?

  Une fois devant la porte de son établissement, elle ne le lâcha toujours pas. Elle chercha ses clés dans la bourse à sa taille, puis déverrouilla la porte avant de l'emmener à l'intérieur. La multitude d'odeurs qui émanaient des différents bocaux et tiroirs et embaumaient la pièce envahirent les narines de Samaël. Enveloppé par cet agréable parfum, son regard balaya l'officine ; tout était beaucoup plus net maintenant qu'il se trouvaient du bon côté de la verrière. Il pouvait voir ce que contenaient les bocaux, les nombreux tiroirs qu'il n'avait pas remarqués sur toute la longueur du comptoir, quelques instrument posés sur sa surface…

  Un pincement au cœur l'arracha à sa contemplation. La main de Lili venait de quitter sa peau. Elle se dirigea vers une étagère et alluma la bougie dessus, puis recommença avec d'autres. Une douce clarté se répandit dans la pièce. Athalie embrasa une dernière bougie sur le guichet. Puis après quelques secondes immobile, appuyée sur le bois du meuble, elle se tourna et fit face à Samaël. Elle porta une main à ses lèvres, le souffle coupé.

  — Parbleu, il y a tant de sang…

  Elle s'empressa de revenir vers lui, se saisit du bas de son haut et le souleva pour dévoiler son côté. Sa mâchoire manqua de toucher le tapis. Des profondes entailles qui creusaient la chair de l'ange, il ne restait plus que de vilaines griffures, semblable à celle d'un chat mécontent.

  — Mais... que...

  — Je te l'ai dit, je n'ai pas besoin de soin, lui rappela Samaël en rabaissant son vêtement teinté de carmin bruni.

  La guérisseuse releva la tête et le scruta de ses grands yeux écarquillés.

  — Mère-grand disait que tu étais un Saint, murmura-t-elle sous le choc. Un homme béni de Dieu le Père. C'est pourquoi tu avais pu me faire don d'une voix. Mais un saint aurait vieilli en vingt ans… un saint aurait une grave blessure pour justifier cette hémorragie…

  Son regard noisette examina l'entièreté de l'homme devant elle avant de revenir vers ses yeux.

  — Si tu n'es pas un Saint... es-tu...

  L'aura d'un puissant démon agressa soudain les sens de l'ange. Il se tendit. Lili se tut immédiatement et recula de quelques pas, stupéfiée par ce qu'elle venait de voir. Les yeux bleu sombre de Samaël, semblable à du saphir, étaient brusquement devenus dorés.

  L'espace d'un instant, l’ange fut tiraillé par son désir de rester ici, avec Athalie, et celui de faire passer sous le fil de sa lame le monstre qui osait venir sur Terre. Il parvint à se convaincre de partir, de remplir sa mission. C'était la raison e son existence. Il tourna le dos à la guérisseuse et s'empressa de sortir de l'officine.

  — Attends ! cria-t-elle, lorsqu'il franchit la porte. Tu reviendras ?

  Samaël s'arrêta, de nouveau tirailler. Il ne pouvait lui donner qu’une seule réponse.

  — S'il te plaît, insista-t-elle.

  Il ferma les yeux, regrettant déjà sa décision.

  — Je t'en donne ma parole.

  Sur ces mots, il sauta sur le toit et déploya dix de ses douze ailes. Il grogna et grimaça de douleur mais se propulsa tout de même dans le ciel et vers sa cible.

  Lorsqu'il l'aperçut, il fondit sur elle. Le démon fut assez vif pour esquiver la lame céleste. Un sourire suffisant se dessina sur ses lèvres et il frappa le sol de ses cinq queues infernales tandis que l'ange se réceptionnait avec agilité.

  — Eh bien, Colère de Dieu ! s'exclama la vile créature d'une voix d'outre-tombe. Toucher un démon est trop difficile ?

  Elle se jeta sur lui. Avant qu'elle ne comprenne ce qui lui arrivait, elle se retrouva priver d'un bras et d'un membre caudal. Incrédule, il dévisagea l'ange et les deux armes dans ses mains. Il ne les avait pas encore sortis une seconde plus tôt.

  — Tu n'aurais jamais dû fouler le monde des hommes, démon. Et surtout pas aujourd'hui.

La fureur que l'agression d'Athalie avait suscitée en lui rejaillit avec force et se répercuta sur l'aura de sa puissance. L'arrogance du démon fondit comme neige au soleil.

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