Les ténèbres de la nuit

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  Samaël resta couché sur la toiture jusqu'à ce que la nuit tombe. Plongé dans l'obscurité, il se redressa et leva les yeux vers le ciel. Il devrait partir, retourner au Paradis. Pourtant, la simple idée de s'éloigner de Lili lui était insupportable.

  Un bruit détourna son attention de la maison de son Père. Athalie sortait à nouveau. Il l'entendit verrouiller la porte, puis la vit s'avancer dans la rue, couverte d'une cape. Elle observa les alentours et resserra son manteau autour d'elle avant de se mettre en marche. Samaël fronça les sourcils. Où allait-elle à cette heure tardive ? Toujours sur les toits et sans émettre le moindre son, il la suivit.

  Depuis que le soleil avait disparu, un voile inquiétant tapissait les allées. La pauvre lumière qui filtrait par les fenêtres des habitations encore éclairées ne suffisait pas à chasser les ténèbres qui s'étaient installés. Chaque recoin paraissait plus sombre que le précédent et semblait abriter des monstres prêts à bondir sur les impudents encore dehors.

  Les épaules tendues, les bras croisés sur sa poitrine, la jeune femme évoluait d'une démarche rapide, raide, sans cesser de regarder autour d'elle. Lorsqu'elle croisait le chemin de mendiants ou d'autres passants, elle s'écartait légèrement de sa trajectoire afin d'instaurer une distance de sécurité. L’ange pouvait sentir son inquiétude. Il n'aimait pas cela. Pourquoi n'était-elle pas restée dans son officine ?

  Des rires gras résonnèrent soudain au loin. Athalie s'arrêta. Trois hommes venaient de s'engager dans la rue. Ils tanguaient sur leurs jambes, avaient du mal à se déplacer. L'un d'eux était même soutenu par un autre. Le troisième eut un haut-le cœur. Il s'appuya contre le mur et régurgita sur la chaussée. Ils rirent de plus belle. Lili déglutit avec difficulté et se remit en marche, frôlant les maisons pour se tenir le plus loin possible d'eux. Elle finit par arriver à leur hauteur.

  L'un des humains la dévisagea et un éclair de lucidité traversa son regard embrumé.

  — Eh, mais ce s'ré pas Alalie ? s'exclama-t-il d'une voix pâteuse.

  Les muscles dorsaux de l'ange se tendirent. Pourtant, il sentit à peine la douleur à sa plaie.

  Athalie se colla davantage au mur. L'homme s'interposa sur son chemin. Elle tenta de le contourner. Il lui barra à nouveau la route. Elle s'immobilisa et un frisson remonta le long de son échine.

  — Sicard, s'il te plaît, laisse-moi passer.

  — Bah pourquoi ? Tu viens d'arriver, reste un peu avec nous.

  — Non, je...

  — Le notaire peut attendre.

  — C'est la sorcière ? demanda celui qui avait besoin de soutien.

  Il la détailla. Une lueur de convoitise s'alluma au fond de ses yeux.

  — Elle est pas vilaine, la ribaude.

  Athalie fit un pas en arrière. Les deux hommes la bloquèrent en se plaçant derrière elle. Samaël sentit la peur la gagner.

  — Oh non, c'est pas un laideron. Pas comme ces putains du bordel.

  Les hommes s'approchèrent de la guérisseuse, resserrèrent leur étau autour d'elle. La peur de la jeune femme se mua en profonde terreur.

  — Le notaire devrait pas te laisser sortir seule, fit l'un d'eux.

  — Pas alors que ton corps est un appel à la luxure, déclara un autre.

  — Avoue-le, Alalie. Ce scribouillard te satisfait pas. C'est pour ça que tu te promènes dans la nuit, comme une coureuse de remparts. Tu cherches un homme, un vrai, pour qui tu seras pas obliger de simuler. Tu veux connaître la jouissance, l'orgasme.

  Lili fut prise de tremblements.

  — Non...

  — Oh crois-moi, une fois qu’on se sera soulagé en toi, t’en r’demanderas.

  — Allez, puterelle de sorcière. Tu écartes bien tes cuisses aux démons, tu peux le faire pour nous.

  Terrorisée, la guérisseuse prit ses jambes à son cou. Sicard se saisit de son poignet d'un geste vif.

  — Non ! hurla-t-elle.

  Son agresseur l’attira à lui. Avec férocité, il s’empara de ses lèvres et enserra son sein.

  Sicard fut soudain arraché à Athalie et projeté à l'autre bout de la rue. Son dos heurta violemment le mur. Un grognement lui échappa. Avant qu'il ne chute au sol, une main empoigna sa gorge et le plaqua contre la brique avec force. Suspendu à près d'un mètre du sol, la trachée écrasée, il suffoquait. Interdit, il baissa les yeux. Il se pétrifia d'effroi lorsqu'il croisa le regard de Samaël. Il était le reflet de la mort et pire encore.

  Une véritable terreur s’insinua en Sicard. Son urine se rependit sur ses braies. L’odeur se mêla aux relents d'alcool et de vomi de son halène.

  — Touche-la encore une fois et j'arracherais moi-même ton âme pour la conduire en Enfer.

  L'ange le relâcha. L'homme s'écroula sur la voie. Paralysé par l'horreur, il mit quelques secondes à se relever. Les genoux tremblants, il s'enfuit en courant, imité par ces deux comparses.

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