Les après-midis chez ma grand-mère

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A part les dimanches, on passait très souvent nos après-midis sans école chez ma grand-mère. On quittait la maison après le déjeuner et on partait à pied, parfois avec ma mère, parfois on y allait seules toutes les trois. Ce n’était pas tout près, et on traînait tout le long de la route. Quand ma mère ne venait pas, j’étais chargée de la surveillance de mes deux petites sœurs, que je ne surveillais pas beaucoup d’ailleurs. On se chamaillait durant le chemin, puis très vite on redevenait copines. Sur les trois sœurs, il y en avait toujours deux copines contre la troisième, mais ça tournait, ce n’était jamais les mêmes. Nous, on habitait un immeuble, mais ma grand-mère avait une grande maison et un grand jardin, c’était mieux pour jouer.

Au fond du jardin, Alphonse nous avait construit une petite cabane. Elle était belle. C’est bizarre ça, Alphonse, qui était mauvais comme tout, nous avait fait le plus beau cadeau que puissent rêver des petites filles : une petite cabane. La cabane était toute petite, à peine plus grande qu’un WC, avec des étagères sur un côté. Elle avait une porte vitrée, ma grand-mère y avait accroché des petits rideaux, et elle fermait à clé. D’ailleurs, lorsqu’on partait Alphonse fermait à double tour « notre » cabane, pour être sûr que si d’autres familles venaient les visiter, les enfants ne pourraient jamais aller jouer dans la cabane. C’était son idée, on le reconnaît bien là, Alphonse. Il nous avait fabriqué aussi une petite table ronde et trois tabourets ronds qu’il avait peint en vert, comme la table et le banc de jardin qu’il sortait l’été devant son cabanon. Il avait cimenté le devant de la cabane et y avait creusé un bac à sable. Un vrai bonheur notre petite cabane, toutes les copines de l’immeuble nous l’enviaient. On passait des heures dedans, on jouait à la dinette, à la poupée ou à des jeux de cartes.

Il était plein de contradictions cet Alphonse. C’est lui aussi qui m’avait offert ma première bande dessinée : Tintin au Tibet. Il était venu me voir chez mes parents, je venais d’être opérée des amygdales. J’étais ravie qu’il m’ait acheté un livre et en plus, c’était une BD.

Les après-midis pluvieux ou froids, on restait dans la maison de ma grand-mère. On écoutait des disques sur le pickup. Il y avait peu de disques et plutôt anciens, Dalida qui chantait Bambino, je l’adorais celui-là, Bourvil qui chantait Salade de fruits, et d’autres encore. On chantait à tue-tête en même temps. Le pickup était un gros poste de radio avec un tourne-disque dessus, caché sous un gros couvercle en bois verni. C’était un bel objet, une pièce de collection aujourd’hui. C’était avec ce type de gros poste de radio que les gens écoutaient les messages de la résistance de Londres durant la Seconde Guerre mondiale.

Quelquefois, on jouait aux petits chevaux avec Alphonse. Là aussi, toute une histoire. Le jeu était en bois, les chevaux ressemblaient plutôt à des cavaliers d’un jeu d’échecs, ils étaient composés de deux parties. Le socle était en bois verni et la tête du cheval en bois peint de différentes couleurs. Pendant les parties de jeu, à chaque fois qu’Alphonse devait faire tomber un cheval, il prenait de l’élan avec son bras et un plaisir fou à envoyer le cheval adverse valser aux quatre coins de la cuisine. Evidemment, le cheval se cassait, le socle d’un côté et la tête de l’autre. Ma grand-mère sortait le pot de colle et recollait le petit cheval en répétant plusieurs fois : « Mais comme il est mauvais, ce vieux ». Tous les petits chevaux ont dû être recollés des dizaines de fois.

Parfois on se déguisait, ça c’était super. Ma grand-mère avait dans ses armoires de vieilles fringues d’une autre époque. Ma tenue préférée : un chapeau à voilette, des chaussures blanches à talons hauts –je crois bien que c’étaient les chaussures de mariée de ma mère- et un sac à main, et je défilais dans l’allée du jardin en me dandinant et en faisant des manières.

Il y avait aussi l’exploration du grenier. Dans le grenier se trouvaient une grande armoire et un grand miroir dans un cadre ancien posé à côté (j’ai d’ailleurs adulte récupéré les deux – j’ai toujours le miroir) ainsi qu’une grosse commode. La commode était remplie de livres, de très beaux livres reliés cuir. C’étaient des livres reçus en prix à l’école par mon oncle. Il devait être très bon élève car il y en avait beaucoup. Je les ai tous lus et relus plusieurs fois. C’étaient de très gros livres lourds qui sentaient le vieux. Pour les lire, je m’asseyais par terre et j’ouvrais le livre sur mes jambes. Ils couvraient la totalité de mes jambes des hanches aux chevilles. Mon préféré était les Contes de Ceylan. Il y avait beaucoup de livres de contes : Grimm, Perrault, Andersen et bien d’autres encore, des contes de contrées lointaines, j’adorais ça. D’ailleurs adulte, je les ai tous rachetés et relus. Dans le lot, il y avait deux livres que j’ai lus, même si je les aimais moins, un livre sur les sportifs : Coppa, Copi et autres champions, et un autre sur les batailles napoléoniennes : Le Capitaine Grognard. Lorsque j’étais au collège, ma grand-mère a offert tous les livres à la bibliothèque du collège.

Au fond du grenier, il y avait une petite trappe dans le mur qui donnait dans un petit grenier au-dessus de la buanderie. La trappe s’ouvrait en tirant sur une corde comme une herse de château fort. Un jour, j’ai proposé à mes sœurs de jouer à la guillotine avec la trappe. J’ai installé Nadine sous la porte relevée. Fort heureusement, Alphonse est arrivé à temps pour m’arrêter, si j’avais laissé retomber la porte, je lui aurais brisé le cou. On est complètement inconscient quand on est gosse, on ne mesure vraiment pas les conséquences de nos actes.

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