Le cabanon d'Alphonse

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Autrefois, dans mon enfance, c’était un lieu magique. On avait le droit d’y aller seulement si mon grand-père Alphonse nous tolérait. Et quand il en avait marre de nous, mes deux sœurs et moi, il nous virait sans ménagement.

Je dois dire que j’étais sa préférée des trois sœurs. Pat, la plus jeune, ressemblait paraît-il à la mère de mon père, donc Alphonse ne l’aimait pas, parce qu’il n’aimait pas mon père. Et Nadine, je ne sais pas pourquoi il ne l’aimait pas, sûrement parce qu’elle était une petite nerveuse. En tout cas, moi, je n’avais pas trop à me plaindre, pour peu qu’Alphonse aimât bien quelqu’un. Ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était le Parti Communiste.

Pour en revenir au cabanon, c’était l’atelier d’Alphonse. Bien que je ne l’y ai jamais vu bricoler vraiment. Il y avait un vrai bordel partout, des vieux outils rouillés, des bouts de bois et plein d’autres choses probablement inutiles, genre vieille roue de vélo. A droite de l’entrée, il y avait encore un autre cabanon en forme de couloir, encore plus envahi de fouillis. On avait un peu peur d’y entrer, il faisait sombre, et il y avait plein de toiles d’araignée et sûrement des souris. Et ça, je n’aimais pas trop.

L’hiver quand il faisait froid, il nous laissait entrer. Et là, ô merveille, on avait le droit de mettre du bois dans le poêle. C’était un petit poêle en fonte, rond comme un petit tonneau, posé sur trois pieds avec un gros tuyau qui allait jusqu’au toit. En façade, il avait une petite porte pour introduire les petites bûches de bois. Muni d’un crochet, on ouvrait la porte du poêle et on enfournait sans cesse des bûches. Il faisait très chaud dans le cabanon, voire beaucoup trop chaud. Mais le plaisir, c’était d’ouvrir la porte du poêle et de jeter les bûches. Le dessus du poêle en devenait tout rouge.

En été, il est arrivé aussi que l’on chasse les ortolans (ce sont des petits oiseaux qui ressemblent aux moineaux mais qui se mangent). Alphonse installait sous le cerisier au fond du jardin un filet tendu par des branches, et relié à de longues ficelles aux quatre coins. Il déroulait ces ficelles au travers du potager, et les rentrait dans le cabanon par la petite fenêtre. Et là, on attendait sans bruit, ou presque, que les oiseaux viennent voler les cerises, pour tirer d’un coup les ficelles du filet, et prendre au piège les bestioles. Alphonse tirait les ficelles comme un vrai sauvage. Il prenait un plaisir évident à capturer les pauvres oiseaux. Je crois qu’il était un peu « sadique ». Enfin, moi j’aimais bien chasser les ortolans. D’ailleurs, il prenait aussi un malin plaisir à achever ceux qui n’étaient pas morts sur le coup.

Après cela, ma grand-mère les plumait et les cuisinait. Je ne me souviens plus si j’en ai déjà mangé, par contre je les ai vus cuire dans la cocotte.

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