Les ponts

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Pour aller en ville, on traversait le port et le chenal, on passait sur deux ponts : celui qui lève et celui qui tourne comme on les appelait. Tous deux de grands ponts métalliques avec passage de la route au milieu et une passerelle pour les piétons de chaque côté. Ils s’ouvraient pour laisser entrer dans le port les chalutiers ou les bateaux de commerce. Mon père avait participé à la construction de celui qui lève, le plus récent.

Sur le pont levant, même si on n’avait pas le droit de le faire, le plaisir était de monter sur la passerelle avant qu’elle ne redescendre complètement au niveau du trottoir. On passait même sous la barrière de sécurité pour grimper, en général, avec une baffe de ma mère après, pour désobéissance. Et elle avait raison, c’était dangereux.

Mais mon plus grand regret, c’est avec le pont qui tourne, appelé aussi Le Grand Pont. C’était un pont métallique de construction style Eiffel, tout riveté, qui était à l’époque manœuvré par des pontiers installés dans une petite cabine vitrée genre aquarium. Les pontiers tournaient à toute vitesse une manivelle en forme de petite roue. Le pont était déjà électrifié à l’époque, je crois que la manivelle servait à descendre les barrières de sécurité pour stopper la circulation. Il y avait sous le pont deux énormes roues à gorge posées à plat sur un axe et reliées entre elles par une énorme chaîne. Les maillons de la chaîne étaient géants et enduits de graisse épaisse.

L’ouverture du pont donnait l’accès au port aux gros bateaux de commerce, des bananiers surtout et parfois à des bateaux militaires. Le jeu était de lire le nom du bateau et celui du pays pour lequel il battait pavillon, toujours des pays très lointains en Afrique, Amérique du Sud ou Asie.

Mais mon rêve était de rester sur la passerelle du pont pendant l’ouverture. Ce n’était pas vraiment autorisé mais toléré, beaucoup le faisaient, certains grands garçons téméraires plongeaient même dans le port du haut de la passerelle. Je n’ai jamais pu le faire, ma mère me l’interdisait fermement. Encore aujourd’hui, j’aimerais pouvoir rester sur le pont pendant la manœuvre d’ouverture.

Je suis certaine que cela doit être strictement interdit maintenant, question de sécurité. À l’époque, on était bien moins regardant sur la sécurité, pourtant je n’ai jamais entendu parler d’accident à cette occasion.

J’ai lu récemment que ce pont avait été classé monument historique et ne serait donc pas démoli mais restauré, j’en suis ravie. Je ne désespère pas de pouvoir réaliser mon rêve un jour.

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