La télé

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On avait le poste de télévision dans la salle à manger. Sauf le dimanche midi, on mangeait toujours dans la cuisine, donc jamais devant l'écran. La télé était, à cette époque, en noir et blanc avec une seule chaîne, puis deux ensuite. Je me souviens du jour où le vendeur est venu l'installer. Les premières images que j’ai vues, étaient le générique d’Histoire sans paroles (des courts métrages muets de Charlie Chaplin ou de Laurel et Hardy). C'était un dessin animé d’un vieux tacot qui roulait, se cognait dans une grosse pierre et basculait doucement à l’arrière pour se retrouver sur le toit. On regardait toutes les émissions ou feuilletons pour enfants. On n’en ratait jamais un. J’ai toujours été très bon public, s’il fallait rire je riais, s’il fallait avoir peur je tremblais, ou si c’était triste je pleurais. La punition suprême, c’était de ne pas avoir le droit de regarder mon feuilleton favori Daktari. C’était une série, avec un lion qui louche et un chimpanzé farceur, qui racontait les aventures d’un vétérinaire et de son équipe vivant dans une réserve africaine. Lorsque je revois aujourd’hui les feuilletons que l’on regardait à l’époque, je constate que presque tous étaient basés sur des faits historiques, en costumes d’époque, plus ou moins romancés bien sûr. Finalement, on apprenait l’histoire en même temps.

Systématiquement, pour chaque feuilleton ou dessin animé, chacune des sœurs s’attribuait l’identité d’un personnage, qu’elle conservait dans les épisodes suivants. C’était d’ailleurs souvent source de chamaille, car bien entendu, je choisissais toujours le rôle de l’héroïne principale.

Le dimanche, avant le déjeuner dans la salle à manger, on regardait la télé, La Séquence du Spectateur. C’était un magazine sur le cinéma qui passait des extraits de films, souvent des westerns, des Walt Disney ou des films comiques. On ne le ratait jamais. Mais avant cela, il y avait une émission culturelle Discorama, présentée par une femme qui avait des yeux surlignés d’un trait noir très marqué et une voix suave. Un jour, elle a interviewé dans son émission un homme original, très extravagant qui m’a beaucoup fasciné, un grand peintre, Salvador Dali. Lorsque j’ai visité des décennies plus tard, le musée Dali à Figueras en Espagne, j’ai repensé à ma fascination pour cet artiste, ce jour-là.

On regardait, en robe de chambre, "Nounours" (feuilleton pour enfants avec des marionnettes), puis on dînait et hop, les trois filles au lit. Ma mère et mes frères s’installaient pour regarder le programme de soirée. J’aurai bien voulu regarder aussi, ça avait l’air d’être intéressant. En fait de cette période, je ne connais que les génériques de début des émissions, car on traînait des pieds pour aller au lit. On faisait au moins trois tours de bisous à tout le monde pour dire bonsoir, on avait toujours une envie de pipi, ou bien on avait très soif, histoire de gagner quelques minutes. On tentait vainement de se cacher sous la table. Ma mère finissait par nous menacer d’une baffe si on ne filait pas au lit immédiatement. Je me souviens surtout de l’émission "Cinq colonnes à la une", la musique m’impressionnait avec ses roulements de grosse caisse et une voix grave énumérait les noms des participants, toujours les mêmes, trois Pierre et un Igor. Je me souviens encore par cœur de la totalité du texte de présentation. Je n’ai jamais vu l’émission plus loin que son générique. En fait, c’était un magazine d’information sûrement très intéressant pour les adultes, mais probablement beaucoup moins pour des enfants.

Les soirs précédant les journées sans école et pendant les vacances, parfois on pouvait regarder la télé plus tard. On voyait souvent du cirque, du théâtre, des émissions de variétés ou des films pour la jeunesse. Mais il y avait ce maudit carré blanc, c'est comme cela que tout le monde le nommait. En réalité, c'était un petit rectangle blanc qui apparaissait en bas à droite de l’écran. Avec lui, la question ne se posait même pas, c’était au lit direct, comme ordonnait ma mère. Il était là pour signaler que le programme n’était pas destiné aux enfants.

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