Mon père

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Il était issu lui aussi d’une famille nombreuse, de neuf enfants : une fille aînée Madeleine, puis sept garçons, mon père était le dernier des garçons, puis une autre fille Marguerite, la petite dernière. Son père était mort depuis longtemps, ma mère ne l’a jamais connu non plus. Sa mère, ma grand-mère paternelle donc, je ne l’ai vue qu’une seule fois peu de temps avant sa mort. Elle était chez sa fille, ma tante Madeleine, souffrante et alitée. Je n’ai pas le souvenir de son visage. Par contre, je me rappelle ses cheveux. Elle les coiffait toujours en chignon, paraît-il, mais ce jour-là elle n’avait pas de chignon. Ils étaient étalés sur tout son dos. Ma première réflexion en les voyant : « Oh, on dirait de la neige ». Ses cheveux étaient magnifiques, très épais, légèrement ondulés, très longs jusqu’aux reins et d’une blancheur immaculée. Je ne l’ai jamais revue, elle est décédée peu de temps après. D’après ma mère, elle n’était pas facile, une maîtresse femme. Elle aimait répéter qu’elle avait : « Sept fils, sept chefs ».

Mon père avait été mobilisé très jeune pendant la Seconde Guerre mondiale. Il était affecté comme messager à moto sur le front. Il passait des messages codés d’un poste de commandement à un autre. Il a été arrêté et fait prisonnier par les Allemands qui l’ont transféré au Stalag IV en Allemagne, c’était un camp de travail forcé. Puis à la suite d’une tentative d’évasion ratée, il a été emprisonné dans un camp de concentration à Kiev en Ukraine. Il y est resté quatre ans. Quatre interminables longues années de souffrance, ne sachant pas s’il allait en sortir vivant. Il a quitté le camp en s’enfuyant, probablement au moment de la débâcle nazie. Lorsqu’il est rentré en France, la libération était déjà proclamée depuis un bout de temps, la vie reprenait son cours. Sa famille, qui le croyait mort depuis des années, avait vendu tous ses vêtements. À son retour, il était malade atteint de dysenterie, et très amaigri, il pesait à peine cinquante kilos. Il ne parlait jamais de ses années de captivité. Il avait un blocage sur cette période de sa vie. Parler de son vécu de prisonnier faisait remonter en lui probablement de trop grandes souffrances. Cependant de temps en temps, il faisait quelques remarques sur cette période. Il disait que le camp de concentration où il était captif pratiquait des expériences médicales, sur cobaye humain bien sûr, ou bien qu’il faisait l’hiver moins quarante degrés dans les baraquements en bois. Ou bien encore, que lorsqu’il pouvait trouver dans les poubelles des Allemands des épluchures de pommes de terre ou des trognons de choux, c’était un festin. Il disait aussi avoir mangé du rat. J’aurais voulu qu’il en dise un peu plus sur son vécu, mais c’était impossible pour lui d’en parler. Par contre, s’il avait le malheur de passer devant la télévision et qu’il y avait des images nazies, même dans un film, il se mettait dans une colère terrible qui devenait incontrôlable. On le savait et si on l’entendait approcher, ma mère éteignait vite le poste de télé. Il avait, comme malheureusement beaucoup d’autres, perdu toutes ses années de jeunesse en captivité dans des conditions inimaginables.

Il avait dans la paume d’une main une anomalie étrange. Une bosse avec deux trous, ça ressemblait à un nez avec les deux narines qui lui aurait poussé dans le creux de la main. Quand on lui demandait ce que c’était, il répondait toujours en plaisantant : « Ce n’est rien, c’est un petit trou de souris ». Je n’étais pas vraiment convaincue. Jamais il n’a dit, je suis né avec, ou bien c’est une blessure faite enfant ou en travaillant, non, c’était toujours une petite souris qui lui avait fait ça. Aujourd’hui, je reste persuadée que c’était une séquelle de torture nazie.

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