4ème partie

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Mais ô magie bien réalisée, je peux voir Basile tout comme lui peut me distinguer également. Nous voilà donc tout deux invisibles (aux autres), lui serein, et moi prise de panique à l’idée de ne pouvoir me guider qu’au son de la voix de ce dernier. Néanmoins, ainsi camouflés, nous pouvons pénétrer dans le château, sans que les sentinelles postées à l’entrée perçoivent notre présence. Un long couloir donne accès à l’ensemble des salles. Une table en marbre se trouve au bout du corridor. Les pièces sont immenses, éclairées par de larges vitraux aux teintes rouges. Je ne saurais pas dire si l’endroit est beau, mais assurément il est majestueux et intimidant. Un froid glacial traverse nos vêtements tandis que peu de meubles égayent les salles désespérément vides. Une voix étrangement familière surgit alors de derrière une colonne de marbre blanc.

« Attends-toi au choc de ta vie », me prévient Basile.

Tout d’abord, je n’aperçois qu’une vague silhouette de dos. Mince, de longs cheveux auburn retombant sur ses épaules, elle tient de la main gauche, ce qui ressemble à un sceptre. Elle hurle sur une très jeune femme blonde portant noué autour de la taille, un tablier blanc. Je suppose qu’il s’agit d’une employée, vu son attitude de soumission sous les cris.

« Qui m’a donné une empotée pareille ?! Hum, question purement rhétorique ! Elle ne comprend rien à ce qu’on lui dit ! J’aurais dû engager un cochon à la place ! »

L’employée, les yeux baissés, ne réagit pas sous les insultes. Au contraire, elle courbe encore plus son dos, prête à supporter bien plus. Ma main me démange d’aller gifler l'odieuse femme, je ne me retiens qu’à grande peine. Celle-ci finit par se retourner et, oh, horreur et désespoir, c’est moi que je vois ! L’étrangère à mon visage, mes yeux, ma bouche, ma manière de bouger. Mais en même temps, on remarque que ce n’est pas vraiment moi, car si elle a bien mes traits, ils ont perdu leur douceur et bienveillance. Le regard est dur, les lèvres pincées, on dirait ma version maléfique.

« Je te présente Amélia », me chuchote Basile les yeux pétillants de malice.

Super, j’avais presque oublié la ressemblance de nos prénoms, Amélia et Amy… que du bonheur. Je le devine amusé, et cela m’énerve.

« Ça ne peut pas être moi, ce n’est pas réel, j’existe déjà et pas ici, pas de cette manière.

Mon amoureux redevient sérieux.

- Si c’est bien toi ou plutôt une autre toi ; chaque monde parallèle contient exactement les mêmes personnes, mais avec des souvenirs, des qualités et faiblesses différentes.

- Tu veux dire que j’existe en plusieurs exemplaires sans le savoir ?! dis-je horrifiée par cette éventualité.

- Oui, mais pas seulement toi, tout le monde. Même si je ne l’ai pas rencontré j’ai une copie de mon être sur Terre… et ailleurs.

Devant tant de possibilités, j’ai presque le vertige. Je désigne ma jumelle du menton.

- Et Amélia, elle connaît l’existence de ces doubles, de ces autres dimensions ?

- Pas du tout. En tout cas je ne crois pas. Nous sommes peu nombreux à avoir conscience de toutes les possibilités qu’offre l’espace. En ce qui me concerne, j’ai découvert cette histoire de double, par accident, lors d’un voyage temporel. Basile fait un vague geste de la main que je ne déchiffre pas, et continue, je te raconterai cette histoire passionnante une prochaine fois. »

Je n’insiste pas. Je dois avouer que de toute façon, ça ne m’intéresse pas vraiment. Pour l’instant toutes mes pensées se tournent vers cette femme qui est moi. Alors que je m’apprête à demander à Basile ce que nous faisons là, ce dernier plonge son regard dans le mien et plaçant ses mains sur mes épaules, me dit d’une voix oscillant entre le sérieux et l’amusement :

« Je vais faire quelque chose d’un peu fou. Je sais que je ne devrais pas, mais tu me connais… il faut toujours que je m’attire des ennuis. Surtout, n’interviens pas.

- Tu me fais peur, qu’as- tu l’intention de faire ?!

Je sens mon cœur se serrer d’appréhension.

- Reste près de moi, je t’en prie. Ne commets rien d’irréfléchi.

Je devine les larmes qui commencent à perler au bord de mes cils. Mon amour me regarde tendrement, j’ai comme l’impression qu’il a de la peine pour moi. D’un geste plein de douceurs, il caresse mes joues, mais ne me répond pas. Il s’écarte de moi, s’avançant vers le centre de la salle. Je l’observe prendre une grande respiration, puis frapper deux fois dans ses mains. Un grondement résonne et un éclair blanc illumine la pièce. Un léger voile, opaque, se dessine pour disparaître rapidement. Et derrière le voile… Basile qui apparaît. Je le vois réellement, sans artifice, et au regard médusé d’Amélia, je comprends qu’elle aussi.


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