3ème partie

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Basile lâche mes mains, et me tournant le dos, gravit d’un pas leste le petit sentier. Je m’empresse de le suivre.

« Euh, m’expliquer quoi ? Je me sens soudain légèrement inquiète.

Basile se mord les lèvres comme un enfant pris en faute.

- Par où commencer ? bougonne-t-il. Il passe une main dans ses longs cheveux et lève son visage lunaire vers moi, la planète d’où je viens est vaste, peuplé d’extraterrestres ressemblant aux terriens, mais avec des facultés plus… ah, je ne trouve pas les mots, dit-il agitant ses bras dans tous les sens.

Je tente de l’aider.

- En gros, tu essaies de me dire que vous êtes plus intelligent, c’est ça ?

- Oui, exactement ! s’exclame-t-il ravi, et de continuer sur le même ton, mon monde s’appelle Soleiado et celui où nous nous trouvons actuellement, Lumeas.

Je ne peux m’empêcher de l’interrompre.

- Je vois. Je sais que tu as atterri sur la Terre par accident, et tu m’as expliqué avoir dû fuir ta planète natale, mais sans me dire pourquoi. Je crois qu’il est temps que je sache.

Il prend un air embarrassé qui me déplait, mais je me tais afin de le laisser continuer, attentive à l’explication qu’il va me donner.

- Euh, c’est compliqué. Je vais tenter de faire court et simple. Mon père est le Conseiller du Roi de Soleiado. De tout temps, mon monde et celui de Lumeas ont eu des différends : des querelles ayant par trois fois mené à des guerres dont on ne voyait pas la fin. Lors de la dernière, c’est ma planète qui est sortie victorieuse ; le traité de paix a inclus un article où il était précisé qu’afin de faire cesser tout éventuel nouveau carnage, un mariage royal devait avoir lieu entre un homme et une femme de chaque monde. Le Roi de Soleiado n’ayant pas d’enfant, c’est moi, fils du Conseiller qui fut choisi pour épouser la fille de la Reine de Lumeas.

Arrivé à ce point du récit, Basile s’interrompt et me fixe du regard.

- Quoi, j’espère que c’est une blague ?! »

Je ne sais pas vraiment quelle doit être ma réaction. Est-ce que je dois m’offusquer, rire, ou tourner les talons et tenter de rentrer dans l'univers qui est le mien. La seule chose certaine, c’est que je ne peux m’empêcher d’être jalouse. Mon compagnon qui lit mes sentiments sur mon visage, émet un ricanement gras, ravi, comme flatté de mon comportement. Je rumine en silence.

Mon extraterrestre reprend :

« Je préfère te dire de suite avant que tu ne lances sur moi les missiles nucléaires que je vois dans tes yeux, je n’ai jamais épousé Amélia.

Je sursaute en entendant le prénom.

- Mais c’est la femme avec qui tu m’as confondu ?!

- Oui. Écoute, je ne peux pas tout t’expliquer maintenant. Amélia va bientôt se rendre compte que je suis sur sa planète. Je vais te demander de me suivre et surtout de ne rien dire. Il faut éviter qu’on nous remarque.

- Pourquoi ai-je l’impression qu’il est dangereux d'être ici. Et pourquoi, si c’est le cas, nous avoir fait venir à cet endroit ?

- Je n’y suis pour rien si la porte nous a téléportés ici. Ce moyen de transport ne permet pas de choisir le site où on aboutit. Ce qui m’ennuie, c’est… comment dire… disons que je ne suis pas le bienvenu ici.

- Parce que tu n’as pas épousé cette femme ?

Basile se frotte nerveusement l’arrière de la tête, penaud.

- Je pense que c’est surtout parce que j’ai pris la fuite à quelques mètres de l’autel. »

Je manque m’étouffer devant une telle révélation. Ne trouvant rien à répondre de poli (ne trouvant rien à répondre du tout, d’ailleurs) je me contente de le suivre jusqu’au haut de la colline. Nous nous arrêtons devant un orme d’au moins trente mètres, à l’écorce craquelée et dont les feuilles vertes tombent vers le sol, comme la crinoline des jeunes filles durant les années victoriennes. Basile effleure doucement le tronc et finit par appuyer sur une protubérance à peine visible. Je retiens un mouvement de surprise quand le fût se fend en deux et qu’une lumière dorée s’en dégage. Basile m’attrape le bras et me pousse devant lui dans l’arbre.

« Mais qu’est-ce que c’est ?

- Ben, un ascenseur », me répond mon amoureux d’un air de profonde évidence.

Nous voilà donc dans le végétal, dont le tronc se referme sur nous. Au bout de ce qui me semble être quelques secondes, le passage magique s’ouvre et clignant des yeux je me trouve dans une jolie ruelle pavée, qu’ornent des drapeaux blancs, que le vent balance doucement. Mes talons résonnent sur les dalles, tandis que, docile, je marche près de Basile qui, le menton en avant, déambule tel un prince, conquérant un nouveau royaume.

Me penchant vers lui je chuchote :

« Euh, je croyais qu’il fallait se faire discret.

- Je le suis, me répondit-il d’un ton assuré.

- Ah, d’accord. » Je me demande quelle définition il donne au mot, car nous n’avons visiblement pas là même.

Nous traversons une vaste cour où des pommiers poussent dans des vases de tailles surréalistes en forme de cube couleur ardoise. Des lampadaires en fer forgé leur font face, donnant à l’ensemble un air d’élégance. Des gardes, à intervalles réguliers, se tiennent le dos droit, lance en avant et visage inexpressif, surveillant je ne sais quoi. Je distingue au fond de cette scène, un château aux murs de pierres bleus que protège une épaisse porte en bois. Mon extraterrestre préféré commence à montrer des signes d’agitation. Il ne peut s’empêcher de battre des mains et sautiller sur place, symptôme chez lui, d’extrême contentement. D’habitude je trouve ça mignon, là c’est juste inquiétant. Devant l’entrée du château, Basile s’arrête et sort un drôle de flacon ovale rempli d’un liquide aux senteurs sucrées, dont le rose pailleté fait penser à du vernis à ongles. Mon étrange amoureux me tend le breuvage.

« Il faut boire.

L’amour ne me rendant pas aveugle, je préfère prendre quelques précautions et demande :

- Certainement pas avant de savoir ce que c’est.

- Je comprends. C’est une potion créée par d’anciens druides aujourd’hui disparus. Il s’agit de ma dernière fiole. C’est inoffensif, cela va simplement te rendre invisible, j’en prendrais une gorgée également. »

Je dois avoir l’air sceptique, car il ajoute :

« C’est juste une précaution… pour nous.

- Ok.

Je bois donc et Basile aussi. La potion fait immédiatement effet, pas d’étincelle ou de nuages de fumée ; simplement nos corps qui s’effacent peu à peu, jusqu’à disparaitre totalement.


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