Chapitre 1

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Chapitre 1


Je n'avais jamais vu une photo aussi truquée. C'était choquant. Sur son profil internet, il n'était pas question d'un homme avec les yeux qui louchent, en plus sur mon décolleté, ni d'uni-sourcil, sans compter du crâne quasiment rasé et d'une taille de nain, sans vexer ces personnes atteintes de nanisme bien entendu. 

C'était navrant de voir les stratagèmes qu'usaient les gens pour ensuite passer en couple sur facebook. Non, j'avoue là que j'étais choquée, et pourtant j'avais la photo qu'il m'avait envoyé, sur mon portable.
Sur cette photo, il avait de superbes yeux verts, un peu cachés par une mèche à la Chace Crawford mais qu'importe, cela lui donnait un air enfantin. Je dis bien donnAIT, car en face de moi se trouvait un homme pour le moins... indésirable à mon goût; mais tous les goûts sont dans la nature.

La jeune femme assise à la table à côté ne cessait de lui lancer des regards, si elle le voulait qu'elle le prenne ! Je ne vais pas me battre pour ce petit militaire. Il avait pourtant été si charmant via le chat, navrant. Je sentis, horrifiée, qu'il touchait ma jambe de la sienne. Cherchait-il à me faire vomir ? Il était en plus d'un ennui mortel à parler de méthodes d'attaque ! Un petit étudiant en gros. Plus je l'écoutais plus j'étais certaine qu'il mentait sur son âge qui plus est . Il devait avoir à peine 17 ans, pas plus. Effarant...

J'aurais bien voulu me faufiler vite fait de ce restaurant bondé, mais comme je viens de le dire... Il était bondé. Quel cauchemar ,et moi qui pensais être tombée sur la perle rare, je chute de mon piédestal. Etait-il obligé de mâcher la bouche ouverte ? Décidément, je me demandais comment quelqu'un avait pu passer la nuit avec cet.. Mais, peut-être qu'il est toujours puceau alors ?

Diable que j'étais méchante. Mais il faut dire qu'il ne laissait pas de place à de gentilles choses, ni à ce que je pourrais dire. Il n'a pas arrêté de monopoliser la conversation c'est dingue ! Il n'a donc jamais eu de rendez-vous de sa vie ? Je peux bien lui reconnaître une chose ; enfin deux plutôt : il avait de superbes dents , et semblait bien battis pour son petit mètre et des brouettes... Mais je n'étais ni naine, ni dentiste, ni professeur de musculation, donc je ne paie pas cher de sa peau à la fin de la soirée.

Malheureusement, je suis bien trop gentille, enfin d'après ce qu'on m'a dit bien entendu; mon ex lui me traite encore de garce, mais entre la menteuse et l'infidèle qui est le plus salaud dans tout ça ? Le repas semblait durer une éternité , et dieu m'en garde, tout ce à quoi je pensais en acquiesçant, c'est ce qui se passerait dans le prochain épisode de ma série, ou au prochain plat, vu dans une émission culinaire pas si mal, que j'aimerais essayer de concocter. En clair, il avait beau parler, qu'est-ce que ça pouvait faire ?

Dans tous les cas dès ce soir j'effacerai et, son numéro et, notre lien via le site de rencontre sur lequel on s'est rencontré. Il sembla finir de manger aussi vite que moi , et lorsqu'on s'approcha pour nous proposer la carte des desserts, je ne pus résister à l'envie d'une bonne mousse au chocolat maison, malgré mon envie d'écourter ce dîner pompeux. J'accueillis la première bouchée avec un grognement de délice que je contins précipitamment pour ne pas qu'il croit que c'est dû à sa compagnie. Trop tard.. Passe-Partout m'offrit un regard un brin lubrique, que j'esquivais en me concentrant sur l'arrivée d'un couple.. drôlement mal assorti.

A mon goût, ils n'allaient pas du tout ensemble , et pour dire, c'était terriblement flagrant. La jeune femme était rousse, maigrichonne , les yeux clairs de ce que je crois en avoir vu, peut-être verts. Un vert comme la vase des marécages vous pigez ? Elle portait une robe assez vulgaire et style un peu trop gothique à mon goût. Mais, au risque de me répéter, tous les goûts sont dans la nature.

Je n'aurais pas cru qu'un homme comme lui irait jusque là . Non que je ne le connaisse, mais il fait si... Propre sur lui si je pus dire ! Il portait un costume qui devait valoir une sacrée fortune et avait un sourire d'un blanc impeccable. Des cheveux courts teinte caramel qu'il semble avoir éclaté en passant une main humide dedans. Voilà que je divague et me mets à l'imaginer devant son miroir. Pitoyable.


Et voilà qu'il se montre galant en lui tirantt sa chaise. +1 pour le mec, contrairement à mon rencard.
Je n'ai pas réussi à capter son regard, à croire qu'il n'avait d'yeux que pour la pouf en face de lui. Reprend toi Mac. Ah oui je m'appelle Camille, mais tout le monde m'appelle Mac.

Je me reconcentrais sur mon rendez-vous barbant, qui d'ailleurs avait enfin fini son dessert, dieu merci. Mais à la manière dont il me regardait, on aurait dit que quelque chose le dérangeait. En effet, perdant la notion du temps, j'avais passé les cinq dernières minutes à regarder le gentleman et sa pouf, au lieu de manger mon dessert. Dessert qui d'ailleurs, après m'être aussi bien rincé l'oeil, ne me donnait plus autant envie ; dur. Je tendis ma mousse à Court-Sur-Pattes, un sourire aux lèvres comme pour le rassurer et m'excuser.

J'étais maîtresse dans l'art du déguisement des sentiments m'a-t-on dit. Un véritable iceberg dixit mon cher et tendre ex compagnon. A cet instant j'étais surtout rassurée que J. I. Joe ne se soit pas vexé, sinon il pourrait partir en me laissant l'addition complète. Non pas que je sois de ces femmes qui se laissent acheter, bien au contraire. Je suis juste pour l'égalité complète et financière. Vive l'indépendance financière de la femme !

Je finis par me concentrer sur un miroir qui était censé me faire voir la rousse et le beau brun.
Mon rencard par internet miteux me sourit de ses dents toutes blanches, on dirait des dents de lait , ce qui attira mon attention. Il m'invita à aller dans un bar dansant. Avec mon esprit tordu, j'imaginais déjà la manière dont je lui fausserais compagnie au milieu des buveurs et danseurs. En me levant et mettant ma veste pour que l'individu à l'uni-sourcil ne me touche pas de trop près, je jetais un coup d'oeil dans le miroir et n'y vis que la rousse. L'homme avait du s'absenter, ce qui m'attrista, j'espérais pouvoir attirer son attention. Tant pis.

Il m'entraîna dans un bar pas très loin, un endroit qui ressemblait plus à une boite de nuit mais bon, je ferais avec tant que je peux lui fausser compagnie pour une meilleure compagnie. Je comprenais mieux pourquoi il paraissait si beau sur la photo, il est vrai que sous les lumières tamisées , mais aussi avec plein de gens qui le cachent à moitié, c'est mieux, mais pas encore ça. Navrée chéri.
Il cria quelque chose , car le son était plutôt fort, comme quoi il allait chercher à boire , et disparut dans la masse. Je croisais les doigts pour qu'il ne me retrouve pas alors que je me faufilais dans la foule dansante pour m'installer dans un coin près du bar. Mon rendez-vous semble s'être perdu, pour ce qu'il me manquera après tout. Je regardais les gens déambuler, danser, s'embrasser, voire se bécoter crapuleusement ou tendrement.

Que je les enviais ces gens qui s'amusent, ces gens qui s'envoient en l'air. Il est vrai que mon dernier rencard plus si affinité remonte à déjà deux mois et que donc j'ai un surplus d'énergie, mais aussi d'hormones ; que je serais capable de sauter sur le premier qui bouge, notamment sur le beau brun du restaurant qui venait d'entrer dans le bar... Euh un instant.. Il vient d'entrer dans le bar ? Je rêve ? Et elle est passée où la rousse vulgaire qu'il se traînait ? Je me tortillais le cou pour voir si elle l'accompagnait, mais ça n'était pas le cas, à croire qu'elle ne lui plaisait pas tant que ça. Pas de chance Ginger.
Enfin pour inviter quelqu'un au restaurant, il faut un minimum d'affinité, mais vais-je m'en plaindre, elle a lâché ses griffes du sublime mâle qui commençait déjà à draguer une minette de 20 ans. J'étais maudite, à croire qu'il ne me verrait jamais. De plus cette gamine était plutôt jolie. Enfin gamine... On doit avoir quoi, 3 ans de différence ? J'ai à peine la vingtaine, donc elle doit avoir 18 ans environ ,et vu sa gueule, elle devrait bien s'entendre avec J. I. Joe. Je suis méchante, les hormones j'ai dit.

J'étais restée dans mon coin, un verre à la main commandé à la va-vite, quand un homme, noir, grand, costaud, un air innocent et pourtant un regard assez imposant, en tee-shirt blanc et jean, vint me saluer et taper la causette.


« Bonsoir belle demoiselle ! Que faites-vous seule dans votre coin ? Votre petit ami est parti sans vous ?


J'avoue que mon rencard avait dû se perdre, mais sa phrase sonna dans ma tête comme quoi je faisais fuir les hommes. Hum et je suis notamment très sensibles aux insinuations, je vous ai dit que j'avais les hormones en ébullition non ?


- Non mais je crois qu'il est parti rejoindre votre petite danseuse a moitié nue, c'est plutôt elle alors qui vous a fui. »


Je m'attendais à ce qu'il trouve ça blessant, ou lourd, pas à ce qu'il sourit et me tende sa main pour faire connaissance. Main que je serrais avec joie, supprimant l'empreinte que mon désastreux dîner avait laissé sur celle-ci à notre rencontre. Il me paya un verre et resta à proximité un long moment, le temps que j'observe le beau brun se laisser séduire par d'autres jeunettes dans un coin. Cliché, un carré en angle réservé à un bel homme. Classique, comme dans ces films romantiques à souhait. Sauf qu'il n'était pas avec LA fille mais avec DES filles. Et ces bêcheuses qui l'accompagnent sont plus belles que jamais.

Je me sentais nulle à présent avec mon mètre 70 sans talon, ma poitrine pour le moins convenable, ma longue chevelure brune et mes yeux bleus verts. Je ne dis pas être moche, mais je ne pense pas rivaliser avec la Eva Longoria qui se trémousse sur lui avec un acharnement indécent. Le grand Tiger Woods avait dû voir mon regard , car il secoua la main devant mon visage assez énergiquement comme pour me réveiller. Pour me réveiller il aurait fallu que je dorme , et dans un lit crétin, mais ces mots restèrent bloques dans ma gorge..
Je ne voyais plus rien que cela : deux yeux perçants . Il en dégageait une profondeur et une intensité nouvelle qui fit parcourir sur mon échine un long frisson. C'est comme si je plongeais dans un monde, dans une histoire, dans un rêve.

Un rêve fait de douleur, de lassitude, de passion et de haine. Un monde curieux et fiévreux.. Un monde tout aussi vide qu'un cœur de pierre. Mon ami pilier de comptoir me sortit de ma contemplation en soupirant quelque chose que je ne compris pas. Je me retournais vivement pour ne plus avoir à plonger dans cet océan d'acier, pour l'écouter.
Comment s'appelait-il d'ailleurs ? Il semble qu'il ne me l'ait pas dit en fait.

« Chuck, je m'appelle Chuck, et toi ?

- Camille, mais tout le monde m'appelle Mac.


Chuck prit un air amusé. Je me sentis obligée de préciser que mon surnom venait de ma personnalité contrariante. Il sembla se contenter de cette réponse pour replonger dans le silence confortable comblé du boum boum des baffles.

Ah oui j'oubliais :


- Qu'as-tu dit plus tôt? Je n'ai pas entendu, désolée.

- Je disais que tu étais une de plus.

Devant mon regard incrédule , il s'expliqua : 

- Nombreuses sont celles qui se sont approchées de Lirio et s'y sont brûlées les ailes. La plupart se sont faites refoulées, ou n'ont plus eu de nouvelles de lui après avoir passé la nuit avec , mais il ne se laisse pas choisir. Il est comme un chasseur, c'est lui qui prend ses proies, pas l'inverse, alors je crois que tu devrais abandonner, ce type est mauvais comme le diable lui-même et froid comme la pierre. Tu vas foncer dans un mur, crois-moi.

Je gardais tout de même le regard rivé sur le petit coin aménagé et demandais à Chuck:

- Comment ça se fait qu'il n'y ait personne d'autre que lui et elles dans cet enclos? 

- Car c'est le sien, il lui est réservé. Il est l'avocat du club , et l'a sauvé à plusieurs reprises, donc il est traité comme un roi. Mais je te conseille de l'ignorer, de rester loin de lui... Il peut être dangereux.. Il a l'air sublime sous ses grands airs, un vrai seigneur, mais il est.. Diffèrent et peut se montrer dangereux... »



Je regardais à présent mon voisin de comptoir dont la voix mourut étrangement. Avait-il une dent contre ce Lirio ? Quel nom curieux ! Y avait-il une rivalité entre les deux hommes ? Je voyais, malgré la lumière tamisée, dans les yeux perdus au loin du mate, une petite flamme dansante, mais froide, une petite haine qu'il n'osait pas avouer. Que voulait-il dire par dangereux ? Je me retenais de poser la question, car je voyais bien qu'il n'étais pas enclin à s'épancher.

Je posais doucement ma main sur son épaule, ou du moins je tentais ce geste quand quelqu'un, arrivant de nulle part, l'attrapa pour la glisser dans la sienne. Me retournant lentement tout comme Chuck, je découvris avec stupeur qu'il s'agissait du beau brun, du dangereux beau brun, Lirio... Et en découvrant qu'il baisait ma main avec galanterie je ne pus m'empêcher de déglutir par le côté électrique et peu anodin du geste.
Ou avait-il appris ces manières élégantes ? A la télévision je présume..

Il se releva, un sourire espiègle aux lèvres, puis lança un regard froid et autoritaire au beau mate qui s'en alla en marmonnant quelque chose qui ressemblait à un petit "c'est reparti". Mais dans tout ce manège, je ne pipais mot.

Il y avait en effet quelque chose de froid entre les deux hommes, ce qui m'était troublant. Le mystérieux brun n'avait toujours pas relâché ma main et me regardait avec ce que je pense être de la fascination, à moins que cela ne soit de la faim ? Allez savoir, mais j'étais sur mes gardes, car il était fini le temps de la petite Camille innocente et crédule, aujourd'hui je suis celle qui sort les crocs, au sens métaphorique bien sûr ! Je n'ai rien d'un chien ou d'un vampire bien entendu.
Il me lança un regard à m'en glacer le sang. D'ailleurs sa main elle-même était assez froide, un tiède froid en fait. Il m'invita d'un geste à le rejoindre à sa table, mais en y voyant les bêcheuses, je déclinais l'offre ce qui sembla le surprendre. Mais seulement une seconde, car il semblait toujours garder la même expression, fermée, et pourtant chaleureuse, comme quand vous tentez d'amadouer une poule avant de lui couper la tête pour la mettre au four vous voyez ? Bah je me sentais comme cette autre poule, à la différence que j'avais davantage de conviction et de cerveau que cette première.

C'est pourquoi je m'asseyais sur le tabouret le plus proche. Il ne sembla pas s'en offusquer, et ne prit pas le siège à côté, préférant rester debout je présume. Je faisais tout mon possible pour ne pas le fixer comme une bête de foire. Une bête de foire.. Disons plutôt un dieu vivant.
Il avait une mâchoire carrée et une barbe de trois jours qui lui donnait un air un peu froid, sauvage... Dangereux ? Ce mot prononcé par Charles à de nombreuses reprises me revint quand il plongea son regard dans le mien avec amusement. J'étais hypnotisée par ce Lirio. Avocat hein ? Je ne pouvais m'empêcher de me dire qu'il devait avoir un don pour charmer les jurés les plus coriaces, car moi-même déterminée à rester ferme, je me laisse intérieurement fondre sous son air supérieur.Troublant.

Il se pencha à mon oreille car les baffles crachaient un son assez fort, plus fort qu'auparavant, mais dans tout ce bruitage, sa voix semblait sortir de chaque fibre de lui pour m'atteindre :

« D'une part je vous propose de payer votre verre ou même un autre, d'une autre j'oserais, si vous le permettez, connaître votre nom, aurez-vous pitié de moi pour me le donner ?

Il avait un timbre de voix grisant, douce mélodie, et grave, suave. Il semblait être parfait, tout du moins du plan physique, car les mots de Chuck, qui d'ailleurs je le sais, nous observait, étaient omniprésents dans mon esprit.


- Mac, finis-je par dire avec difficulté. »

Décidément, il me faisait perdre tous mes moyens. Mon prénom sembla aussi le surprendre, mais lorsqu'il leva un sourcil et ouvrit la bouche pour me poser une question, je réussis à détourner le regard. Qu'attendait-il ? Que je lui demande le sien ? Je le connaissais d'ors et déjà. Il veut peut-être ma carte d'identité pour vérifier ? Soudain un froid s'installa à ma gauche où était Lirio. Oui j'ai bien dit ETAIT, car en tournant la tête vers lui, je ne le vis pas. Je n'eus pas à chercher bien loin, il semblait avoir trouvé plus intéressant de parler avec ma rencontre du soir, avant de retourner à ses majorettes.


Les hommes... Dieu qu'est-ce qu'on fait avec , mais que ferait-on sans ? Après tout, c'est eux qui tondent la pelouse. Okay je vis dans un appartement mais l'un n'exclut pas l'autre. Je passais le reste de la soirée à danser sur la piste, un peu pompette je l'avoue, mais au moins ma soirée s'est pour le moins bien déroulée, après avoir échangé quelques baisers avec un grand blond, brûlé la piste de mes talons avec un latino . En clair tout le monde est content ! C'est vers les coups de trois heures que je ressentis quelques effets néfastes de l'alcool , et donc décidais de rentrer chez moi.

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