Langue inconnue

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Résumé du chapitre précédent : Juan, Miguel, Franck, Julie et Marie faisaient partie d'une expédition qui visait à sécuriser une grotte dans une mine. Suite à un effondrement, ils ont émergé dans un désert inconnu.

Mexique ? 1999 ?

Franck se réveilla avec un bourdonnement oppressant qui lui enserrait le crâne. Il n’était plus au bord de l’oasis où le groupe s’était arrêté la nuit précédente. Des souvenirs encore flous revenaient dans le désordre. La grotte, la terre, la marche dans le désert, la nuit, leur arrivée à l’oasis, puis plus rien. Tout son corps était douloureux. Son dos butait contre une surface dure. Comment s'était-il retrouvé ici ? Comment avait-il perdu connaissance ? Et surtout, où étaient les autres ?

La lumière du jour, éblouissante, parvenait jusqu’à lui par l’ouverture d'une sorte de caverne. La cavité semblait assez profonde et faisait un coude. Il ne voyait donc pas directement l’extérieur. Le jour était déjà bien haut ; combien de temps avait-il dormi ? Mystère. Sa montre, encore à son poignet, indiquait quatre heures de l’après-midi. Était-il possible qu’il ait été inconscient toute une journée ? A cet instant, il s'agissait plus que tout de retrouver le groupe. En se redressant avec difficulté, il découvrit que la caverne où il reposait était aménagée. Des poteries, des peaux d’animaux, des tissus en ornaient les murs et le sol.

  • Marie ! Marie ! Juan !

L’inspiration qu’il avait prise lui avait demandé un effort surhumain, et il bascula à nouveau sur la couche. Sa vision se troubla. Des bruits de pas se rapprochaient. Il leva péniblement la tête pour apercevoir une silhouette féminine floue, coiffée d'un carré de cheveux sombres

  • Julie ? murmura-t-il

La personne s’approcha et lui versa de l’eau dans la bouche. Elle prononça quelque chose dans une langue qu’il ne comprit pas, et lui fit signe de rester allongé. Sa conscience revenait doucement, l'environnement devenait de plus en plus net. Une légère odeur de fumée trahissait la présence d'un feu à proximité. Derrière son dos, la couche était très dure, il devait y avoir tout au plus une natte ou une couverture entre ses omoplates et la pierre. D'au dehors provenaient des discussions diffuses. Plusieurs personnes parlaient dans la langue inconnue. Franck ne connaissait de toute façon que quelques mots d’espagnol. De ce qu’il avait appris dans le dépliant de l’avion, on parlait quarante-six langues au Mexique. Rien d’étonnant à ce qu’il soit tombé sur l’une d’elles. Puis il se rappela de leur sortie de la grotte au milieu du désert : ils n'étaient de toute façon plus à Naica, donc peut-être même plus au Mexique. Ce qui l’inquiétait le plus était l’absence de ses camarades. Comment s’était-il retrouvé ici ? C’était le prochain mystère à résoudre.

Franck se leva à nouveau péniblement. La migraine faisait battre ses tempes, et le moindre mouvement lui était pénible. Il réussit à se mettre sur pieds, pour constater qu’il était en caleçon. Il avança vers la lumière en étirant ses membres courbaturés, protégeant ses yeux du mieux qu’il pouvait. La clarté du jour l’éblouissait déjà à mi-chemin, il appréhendait l’arrivée au coude de la caverne. A l’entrée de la demeure troglodyte, c'était comme si on lui pointait un projecteur de stade en plein visage. Il tâtona jusqu'à un petit muret. Abasourdi par ce qui s'offrait à lui, il manqua de perdre l'équilibre et s'agrippa chancelant au petit mur de pierres.

Franck se trouvait dans une communauté vivant dans les montagnes. Il devait y avoir une vingtaine de personnes qui s’affairaient en dessous de lui. Toutes s’arrêtèrent instantanément pour le dévisager. Le fait qu'il soit à moitié nu y était certainement pour quelque chose. Mais tous ces regards braqués sur lui lui étaient complètement indifférents. Ce qui le tétanisait était l’effroyable réalité qu’il avait devant les yeux. Au milieu d’un magnifique ciel bleu, presque exempt de nuages brillaient deux magnifiques soleils. Il ferma les yeux plusieurs secondes pour s’assurer que sa vision ne lui jouait pas des tours. Mais les deux astres étaient toujours là lorsqu’il les rouvrit. L'un d'eux, jaune et massif, l'autre blanc et plus discret.

Pourtant bien préparé à faire face à l'imprévu, le spéléologue fut pris d’une crise d'angoisse face à l'inexplicable vérité que matérialisait cette vision. Franck retourna dans la caverne en s’appuyant sur le mur. Il s’assit sur la couche où il s’était réveillé, et resta ainsi le regard dans le vide pendant plusieurs minutes. La jeune fille qui l'avait fait boire peu avant s’approcha de lui prudemment. Elle paraissait méfiante, et prononça quelques mots qui s’apparentaient à une question.

  • Je ne vous comprends pas, répondit-il

Elle répéta exactement les mêmes mots en les accompagnant de mouvements de mains

  • Je ne vous comprends pas !

Franck se rendit compte qu’il avait involontairement crié. La jeune fille partit en courant. Il était désorienté. Une seule pensée occupait son esprit : rien de tout cela n’était possible. Il allait surement se réveiller dans la grotte aux cristaux, en train d’halluciner. La migraine continuait à lui vriller le cerveau. Il fallait qu’il en ait le cœur net. Il chercha des yeux ses affaires pour sortir de manière un peu plus présentable. Il les trouva pendues à un fil en train de sécher à proximité de la sortie de la caverne.

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