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Loval est maintenant allongé sur son lit, habillé, les yeux fixant le plafond. C’est la situation rêvée pour des flashbacks, des doutes, des remises en question profonde. Il pourrait penser aussi à sa mère, tiens, à l’Île de l’Hippocampe qu’il a quitté où l’on s’ennuyait mais où on ne s’insultait pas en fin de chaque phrase. Mais non, ce n’est pas l’état d’esprit de Loval, qui se lève et a surtout besoin d’un verre.

Ses pas l’entrainent vingt minutes plus tard jusqu’à la Petite-Place-de-l’Arbre, dans le Quatrième Quartier, une de ces parties de l’Île-Capitale gagnées sur la mer. Le Quatrième Quartier a été construit pour loger les travailleurs de la Terrasse Industrielle. On ne sait pas trop pourquoi il s’appelle le « Quatrième » car c’est chronologiquement le septième[1], et géographiquement le deuxième en partant du Nord, mais il devait bien y avoir une raison quand on l’a nommé ainsi.

Le Quatrième Quartier est le seul de l’Île-Capitale avec le Centre à ne pas avoir d’accès à l’eau. Ce qui n’est pas un véritable problème dans la vie quotidienne puisque les Pelliens circulent librement, mais qui peut être plus délicat en cas de feu de foudre… quand on sait que les postes de pompes sont nécessairement proches de la mer et qu’il faut ainsi savoir négocier à toute vitesse avec les postes de la Terrasse Industrielle ou du Quartier de la Mer, ce qui pour un quartier pauvre n’est pas évident.

La Petite-Place-de-l’Arbre est entourée de quelques vieux immeubles sales et tient en son centre un tout petit marronnier marin, planté il y à peine deux ans après que le vieux marronnier a brûlé dans un feu de foudre.

Juste devant, le fameux Café Indusse, bruyant comme une gare.

Loval y fait son entrée, à la recherche d’une boisson épaisse à avaler. Il s’accroche à un tabouret de comptoir. La mousse du Père Kob fait son affaire.

- Tu bosses à la Terrasse ? demande un homme sur le côté

- Non, je viens d’arriver et je cherche un boulot. J’ai postulé à l’Officiel et j’attends…

Un court silence

- Tu bosses pour l’Officiel ?

- Non pas encore, enfin j’espère que plus…

- Pourquoi tu veux bosser pour l’Officiel. C’est bizarre ça. T’es jeune. T’as pas l’air con.

- C’est ce que j’ai étudié… la gérance des ateliers et l’adminis…

- Pourquoi ?

- Hé bien… pour sortir de l’Hypocrampe et aller en ville.

- Et t’es bien en ville là ?

- Non.

- Donc voilà.

Silence au comptoir. Enfin, un relatif silence parmi un immense bordel de deux louches[2] de décibels, ce qui fait d’après les voisins, déjà entrainés à l’écoute de ce fond sonore, tout de même « un sacré bordel ».

- J’m’appelle Malo Fainterre.

- Loval Longetorrent.

- J’bosse au champ de protonerres.

- Ouah, excellent ! Tu…

- Non attends, déjà je suis juste apprenti, et ensuite personne sait comment ça marche donc pas la peine de me poser de question.

- Ceux qui y travaillent comprennent pas comment ça fonct..

- Tu vois ! s’écrit Malo. Tu poses des questions !

- Ouais, pardon.

- Ca va ? T’as l’air tout mou.

- Bizarres ces premiers jours ici.

- T’as goûté la Père Kob ?

- Ouais, dit Loval en montrant son verre presque vide.

- Termine-moi celui-là, j’commande le suivant et tu me racontes.

Et pour la faire courte, Loval raconte toutes ces pages que vous venez de lire.

- C’est rudement bien écrit, glisse Malo.

- Comment ?

- Non rien. Et donc ce gars louche là, pourquoi t’envoies pas les frangins s’en occuper ?

- Du genre payer des gens d’un bistrot douteux de l’Île pour lui refaire la tête ?

- Je dis ça… vu que t’es déjà dans un bistrot douteux, la moitié du boulot est faite.

- Non merci, je préfère pas me mouiller dans plus d’embrouilles. Et puis il m’a rien fait le bonhomme hein.

- Ouais. Pour l’instant.

C’est après quelques autres verres et avec un arrière goût de céréale raffinée qu’il cherche le chemin pour son logis, dans la nuit que l’air marin vient refroidir.

Alors qu’il passe un peu titubant sur la Place de la Mer, le vieux de la pension qui range ses chaises lui lance au loin :

- Hé bonhomme ! T’es à l’essai demain matin. Sept heures. Et t’as pas intérêt à avoir la gueule de bois.

Loval s’affale dans son lit, met son réveil à six heures. Disons six heures trente. Quand il se réveille quelques heures plus tard, il lui reste une bouche pâteuse et le doute de savoir si le vieux lui a vraiment proposé d’être à l’essai.

Il se lève et arrive tant bien que mal devant la figure réjouie du vieux tenancier :

- J’me demandais si t’arriverais à te lever ! Fallait voir ta gueule hier soir. Bon. J’ai pas vraiment besoin de toi ce matin, comme tu vois, y’a pas foule, c’était plutôt pour te taquiner. Reviens cet après-midi, en dehors des marchés c’est dans la soirée que ça bouge le plus sur cette place. Allez, à toute à l’heure.

Loval s’affale dans son lit, met son réveil à midi. Disons midi et demi.

--

[1] Ce qui porte malheur d’ailleurs

[2] 2 louches, soit environ 120 unités

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