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Le Centre du Monde. Enfin, d’après les habitants du Quartier du Centre. Sinon, pour les autres, le Centre, tout court.

Il accélère ses pas, devinant au soleil plus rare que l’heure des fermetures est proche, passe devant l’Auberge du Centre, et se retrouve planté devant l’entrée de l’Officiel. Il avance, en tenant sur lui un demi-sourire, l’autre demi-partie de son visage étant tendue comme la ligne d’un pêcheur de bredon au printemps. Les quelques marches à franchir et le pot de fleur sur sa gauche achèvent de paralyser sa gueule défaite. Et quand on est paralysé par un pot de fleur c’est qu’on doit être très stressé à la base, tout de même. Au premier comptoir, une fois qu’on a compris ce que le garçon voulait, on le dirige vers le petit bureau TP, pour « Traite du Personnel ». Un petit monsieur tout blanc, tout sombre et tout souriant l’accueille, l’oeil pourtant rivé sur son minuscule cadrant solaire de table.

- Bonjour, dit timidement Loval

- Bon… soir ! le reprend sadiquement l’employé

- Bonsoir, oui. Pardon. Désolé.

- Vous pouvez vous assoir.

- Merci, dit Loval en réalisant qu’il s’était déjà assis. Pardon. Arg, désolé. Je…

L’employé n’a pendant ce temps pas quitté ses yeux du cadran solaire.

- Je viens pour vous donner ceci, dit-il en donnant un papier administratif. Toute case remplie ! On nous a transmis l’annonce à l’Ecole de Gérance des Ateliers et…

- Vous avez une copie de votre certificat ? le coupe le petit homme

- J’ai mon certificat avec moi et…

- Vous avez une copie de votre certificat ?

- C’est que j’ai pensé qu’en arrivant avec l’original vous pourriez voir…

- Monsieur Longetorrent !

- On se connait ?

- VOTRE NOM EST ECRIT, crie le petit homme en détachant chaque syllabe, SUR LE PAPIER QUE VOUS ME METTEZ DEVANT LES YEUX MONSIEUR LONGETORRENT !

Les bureaux n’ayant pas de porte, on entend alors un grand silence dans tous le rez-de-chaussé de l’Officiel. Le petit homme sombre reprend plus bas :

- Monsieur Longetorrent, vous avez une copie de votre certificat ?

- Vous avez un copieur ?

Le petit homme soupira, ce qui fit s’envoler la poussière d’un des tas de papier devant lui. Sans jamais quitter le cadran solaire des yeux, il désigna le bureau d’à côté d’un signe de tête.

- Je… Je, j’y vais vite alors.

- Allez-y vite Monsieur Longetorrent… Allez-y vite.

Loval quitte le bureau et se précipite dans la salle d’à côté où le copieur est déjà occupé. A se couper les ongles des pieds. Ayant peur de rater son avenir à cause d’un gros orteil difficile, Loval prend le risque de déranger le fonctionnaire. Etonnamment, le copieur accepte le travail après un bref regard fâché par la fenêtre et sa grinçante question routinière :

- Noir et blanc ou couleur ?

Il place le certificat dans sa machine et le travail commence. La machine à copie dernière génération est l’une des rares innovation de l’Archipel de ces dernières années, les Pelliens[1] ayant plutôt l’habitude de se satisfaire des inventions passées. Elle consiste en deux efficaces tablettes et une ingénieuse règle en bois. Une tablette pour poser la feuille à copier, une tablette pour poser l’autre, et la règle en bois pour ne pas recopier deux fois la même ligne. D’après les données de l’Officiel, cette avancée technologique a permis de réduire de moitié les fautes de frappe[2]. La bourse délestée de ce service perfectionné, l’encre à peine sèche, Loval accourt après un sprint de deux secondes dans le bureau d’accueil TP.

Le petit homme ne regarde plus son cadran solaire qui est maintenant nettement à l’ombre. En y regardant bien, on pourrait voir une légère marque sans poussière, de la forme du cadran solaire, juste à côté de celui-ci.

- Le bureau ferme, revenez demain, dit machinalement le petit homme qui range ses affaires dans une petite mallette.

- Mais je dois absolument vous donner tout ça aujourd’hui. On nous a dit à l’Ecole de Gérance des Ateliers que l’Officiel laisserait jusqu’au…

- Le bureau ferme, revenez demain.

- Mais puisque de… tente Loval, paniqué.

- Le bureau ferme, revenez demain. Il faut partir maintenant.

- Et… hésite le garçon. Et si j’avais disons… quelques pièces de charbons… pour compenser pour votre temps supplémentaire et que…

- Quelques pièces de… marmonne le petit homme. Quelques…

Il s’arrête de parler un court instant, puis soudainement crie à plein poumons :

- CORRUPTION ! TENTATIVE DE CORRUPTION DE L’OFFICIEL !

- Attendez ! se dépêche de chuchoter Loval complètement décontenancé. Ce n’est pas ce que je voulais dire, je ne veux pas…

Le petit homme s’arrête. De nouveau un très lourd silence s’est installé dans le rez-de-chaussée.

- Vous n’auriez pas plutôt une simple piécette de cuivre ? demande très calmement le petit homme sombre et souriant.

- Si… si… je dois pouvoir trouver ça dans ma bourse, attendez…

Loval se voit sauvé par un reflet orangé dans le fond de sa bourse, et lui tend la monnaie d’une main tremblante. Le petit homme la saisit et la glisse dans sa poche d’un seul geste.

- FAUSSE ALERTE !

Et le bruit normal des bureaux du rez-de-chaussée reprend.

--

[1] Habitants de l’Archipel

[2] Nommées ainsi car le client mécontent de la faute à la fâcheuse tendance à frapper le copieur

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