A confesse

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Il était une fois dans la ville de Foix, un curé qui propageait sa foi. Il aimait ses ouailles, mais ce qu’il préférait c’était les entendre dans le confessionnal. Il y retrouvait des habitués et quelquefois des nouveaux venaient dans son antre pour s’y faire pardonner. Il m’a donné son autorisation pour écrire quelques-unes de ses absolutions et m’en vais donc vous les faire partager !

La première anecdote concerne la jeune Suzanne, fille d’Hector et de Béatrice, une belle jeune femme de vingt-cinq printemps, sociable, intelligente, toujours prête à rendre service. Le représentant de Dieu ne voyait pas trop ce qu’elle désirait livrer, vu sa réputation.

Suzanne avoua qu’elle vivait dans le péché avec son ami Benoit, qu’elle n’avait pas pris le temps de se marier, car son compagnon ne voulait pas en entendre parler avant d’avoir un bébé. Par faiblesse, autant que par amour, elle accepta de reporter leur union, jusqu’à l’arrivée de leur premier enfant. Désormais, ils étaient les parents d’une petite Iris et Benoit avait accepté de passer à l’église.

L’ecclésiastique lui donna trois Je vous salue Marie pour repentance.

La seconde histoire concerne le timide Matthieu. Tout comme Suzanne, ce n’est pas la première personne que l’on imagine pour cette action. C’était un jeune homme de seize ans, lycéen sans histoire — ce n’était pas la terreur du quartier ! — qui aimait les livres et les travaux manuels : il aidait souvent son père menuisier.

Bref, tout ceci pour attiser votre curiosité, malheureusement pour vous la confidence est toute bête : le gentil Matthieu désirait juste alléger sa conscience en confiant qu’une fois, lors d’une soirée légèrement arrosée, il n’avait bu que quelques bières — je vous avais dit qu’il n’y avait rien de croustillant concernant cet adolescent !— il avait fumé un « cigare qui fait rire ». Je vous assure : ce sont ses propres mots !

Pour son péché, il a dû réciter un Notre Père.

La troisième confession est tout de même plus intéressante, enfin si l’on peut dire.

Elle concerne la vieille Violette, qui depuis toujours en faisait baver à ses enfants : jamais un mot gentil, toujours des reproches. Parfois, lorsqu’elle était un peu avinée, elle ne rechignait pas à donner des torgnoles à ses gamins, pour mieux les éduquer qu’elle disait.

Bref, un jour, elle vint voir notre curé et lui demanda l’absolution. Elle lui raconta son passé d’alcoolique, qu’elle battait parfois ses enfants et tout le tralala.

Notre représentant religieux l’écouta, mais aurait préféré préparer son sermon, car il l’avait déjà entendue des dizaines de fois, et réciter dix fois de suite des Pater ne servait pas à grand-chose.

C’est alors qu’elle dévoila un élément utile, elle était sur le point d’y passer et elle voulait obtenir le pardon de Dieu, mais aussi et surtout celui de ses enfants, qui dès que possible s’étaient sauvés de la maison familiale.

Malheureusement pour elle, le curé n’avait aucune idée — et si vous me permettez le jeu de mot, il n’en avait cure— de l’endroit où avaient déménagé ses enfants. C’est bien dommage, car si l’on exceptait les nombreux bleus au corps, ceux-ci étaient assez mignons en habits d’enfant de cœur.

Je vois tout de suite les personnes mal placées imaginer des choses. Je coupe court aux rumeurs et aux fantasmes : monsieur le curé ne mangeait pas de ce pain-là ! Je peux vous l’assurer. Les gosses de la Violette, ils étaient justes photogéniques. C’est tout. Ils avaient dans le regard un peu de mélancolie, malgré leur jeune âge.

Le prêtre, après lui avoir répondu qu’il ne connaissait pas l’adresse de ses marmots, lui dit que Dieu lui pardonnerait, car elle avait avoué ses fautes, et qu’Il était Amour Infini.

Je sais, vous trouvez ça un peu facile et bien sachez que je suis d’accord avec vous. Commettez les pires atrocités, Dieu vous accueillera chaleureusement dans son royaume !

Excusez-moi, je m’égare, ce n’est pas le but de ces mémoires.

Encore une pour la route. Cette fois, il s’agit de la quadragénaire Mélissa — qui ne vient pas des îles, malgré son prénom, par contre pour le reste... je vous laisse juger !—.

Donc Mélissa s’en vint se confier. Elle avait mené une vie sulfureuse, mais elle souhaitait se ranger. Cette fois-ci, elle avait trouvé l’amour, le vrai — ce n’était que la dixième fois qu'il venait à sa porte — celui qui la rendrait heureuse et épanouie.

Du coup, elle était prête pour le grand pardon. Elle jura de ne consacrer qu’à cet homme qui la considèrerait comme la prunelle de ses yeux, sa rose — remarquez ça faisait longtemps que sa fleur avait connu le sucre !— et qu’elle prévoyait de se faire passer la bague au doigt. Sous le coup de la surprise, notre curé ne put s’empêcher de tousser : au moins avait-elle eu la décence de ne pas entrer dans l’église auparavant !

Puis, notre représentant se reprit, il ne devait pas penser des choses pareilles ! De plus, si ça se trouve, elle attendait le bon avant de s’unir en lieu saint !

Pour expier toutes ses relations précédentes, il lui proposa deux « Je vous salue Marie », ce qui marqua l’étonnement de la Mélissa qui avait songé à sentence plus grande, notre curé lui répondit qu’elle n’avait techniquement pas fauté, vu qu’elle n’avait jamais été mariée !

Je sais ce que vous vous dites, ces confessions n’attisent pas votre appétit de sensationnel. Je vous le concède, mais l’ai-je promis ? Il ne me semble pas, tant pis pour vous !

Je vais quand même vous en raconter une qui concerne le boucher du village. Celui-là, c’était un drôle de lascar, toujours un mot grivois à l’adresse de sa clientèle !

Un jour, il se rendit au confessionnal pour avouer que quelque chose le chiffonnait. Il aimait son métier, mais il avait l’impression que son stock de foie augmentait considérablement depuis quelque temps alors qu’il n'en avait pas commandé plus qu'avant. Il avait rapproché cet événement avec un autre : sa clientèle était de moins en moins nombreuse. Il aurait pu le comprendre s’il ne s'était agi que de personnes âgées, toutefois ce n’était pas le cas, la baisse concernant toutes les tranches d’âge !

L’ecclésiastique ne comprit pas où l’homme de bouche voulait en venir. Ce dernier lui dit juste qu’il préférait se livrer au curé plutôt qu’au policier !

Notre bon abbé le laissa repartir sans rien lui donner.

Le soir, en repensant à cette rencontre, l’homme d’église se marra bien. Si seulement le boucher savait d’où provenait ces foies, il ne les servirait plus à ses clients !

Car dans la ville de Foix, le curé propageait les foies !

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