Chapitre 4.1 (Sans nom pour l'instant)

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- Alors cette première journée ?! aboya Laurette.

Il était près de vingt heure. Eléanore avait opté pour la marche, préférant maltraiter ses pieds que de subir un nouveau trajet dans les transports en communs.

- Épuisante ! J'ai les pieds en compotes ... râla-t-elle tout en envoyant valdinguer ses chaussures tout droit dans le placard prévu à cet effet.

- Bouge pas, j'ai de quoi te remettre d'aplomb.

Laurette lui fit signe de s’asseoir. Elle partit en courant en direction du couloir. Eléanore l'entendit ouvrir plusieurs placards de la salle de bain et faire couler de l'eau. Elle revint rapidement avec un flacon de sa marque, une bassine et une serviette de bain.

- Toi, tu as besoin d'un bon petit massage de petons ! Mais avant toute chose tu vas me nettoyer ses pieds !

Loin d'être enchantée de la proposition de Laurette, Eléaonre refusa. Il était hors de question qu'on lui touche ses pieds, meilleure amie ou non. Laurette anticipa sa réaction et l'a força à se rasseoir.

- Et bien tant pis je le ferais moi-même dit Laurette en saisissant les chevilles d'Eléanore.

Eléanore se résigna,. Le fait que ce soit Laurette lui fasse ce massage lui semblait un peu plus acceptable. Cependant, ce ne fut pas pour autant qu'elle se détendit, les dents serrées, elle détournait le regard, préférant observer par la fenêtre le bal des hirondelles sous les gouttières de l'immeuble voisin.

- Il va falloir que tu prennes sur toi Léa, reprit Laurette. Imagine tu tombes sur un mec fétichiste des pied ?! Tu n'auras pas trop le choix que de te laisser faire ma vielle !

- Je ne suis pas d'accord. Je pars du principe que, si ton mec t'aime il acceptera ce que je suis et il ne me forcera jamais à faire quelques chose que j'ai en horreur, juste pour son simple plaisir. Si ce n'est pas le cas, il ne mérite pas de partager ma vie. Je n'ai rien à ajouter !

- Pourtant, c'est quoi les trucs puants que j'ai dans les mains ? taquina Laurette tout en faisant mine de tenir quelque chose de répugnant.

Sa tentative pour détendre Eléanore échoua, au contraire, Eléanore répondit sérieusement à sa question.

- Toi, ça passe, tu as passé des semaines à nettoyer ma brûlure sur le mollet à mon arrivée à l'orphelinat. Je crois qu'après ce genre de proximité je peu plus ou moins tout accepter te concernant, conclu Eléanore. Ses yeux étaient toujours rivés sur les hirondelles, miroir de sa tourmente engendré par ses douloureux souvenirs.

Toutefois, les stigmates de sa jeunesses ne s'arrêtaient pas à cette hideuse cicatrice, vestige de l'incendie, à jamais gravé sur son corps. Elle se souvenait vaguement de s'être cassée un os du pied, alors qu'elle n'était pas plus haute que le chien du voisin. Les raisons de cette blessures étaient obscurs, mais la petite Léa avait dû garder un plâtre six semaines après s'être faite opérer pour remettre tout en ordre. Depuis, plus personne ne pouvait toucher son pied droit enlaidit par une cicatrice de quatre centimètres sur son gros orteils.

- Au fait Léa, pourquoi tu es rentrée à pied ? Tu as loupé ton bus ? demanda Laurette en plongeant les pieds de sa colocataire dans l'eau chaude, après avoir badigeonné ses pieds d'huile.

- On va dire que cette journée a confirmé ma théorie comme quoi Paris m'a dégoutté à jamais des transports en commun.

- Plus qu'à te prendre une voiture ma poule !

- Ou un vélo, compléta Eléanore. Penses à notre mère la Terre Laurette.

- Oui oui ... Et sinon ta journée, tu racontes ?

Eléanore comprit de suite que son amie tentait de changer de sujet. Toutefoie, elle fut ravi que Laurette lui pose cette question. Elle lui parla de sa journée pendant près d'une heure, sans omettre un seul détail. Pendant ce temps là elle profitait de son bain de pied et Laurette rangeait un peu son bazar de la journée. C'était impressionnant le foutoir qu'elle pouvait créer en une journée.

- Le mieux, c'est que mon patron est un super gars ! Si cela se trouve il va m'adopter, lança Eléanore, loin de le penser sérieusement.

Les deux jeunes femmes aimaient à rire sur ce sujet, L'ironie et l'humour avait été de remarquables alliés pour tenir bon lors de leur adolescence. Cela permettait de dédramatiser, un peu, leur statut d'orpheline.

- Tu es trop vieille maintenant morue. Déjà, à nos sept ans, nous n'étions pas assez mignonnes, alors à vingt-trois...

Laurette tête ouvrit le frigidaire et s'y engouffra pour extirper les restes de pizza de la veille. Elle vit qu'Eléanore ne riait plus. Son regard était de nouveau perdu dans le vide et se pensées évoluaient, certainement, à mille lieux de leur salon.

Le jolie blonde s'approcha de son amie d'enfance et lui tendit une part. Cette dernière l'a refusa d'un signe de tête. Laurette s'assit près d'elle, en abandonnant le carton de pizza sur la table basse. Elle entreprit de lui faire un câlin pour la réconforter. Elles restèrent ainsi enlacées quelques minutes.

Eléanore n’appréciait pas énormément les effusions de ce style, qui étaient, à son grand désespoir, régulières en compagnie de Laurette. La victime attendit donc patiemment que cette étreinte se termine, ne souhaitant pas blesser son amie en la rejetant alors qu’elle s’était si bien occupé d’elle à son arrivée.

- Tu sais quoi Léa ? Finit par chuchoter Laurette.

- Non, mais vas-y.

- Ton odeur vient de me faire réaliser quelques chose …

- Ça va, j’ai compris que je sentais le chien en plus de ton horreur de ce matin ! Pas besoin de me le faire remarquer … grogna Eléanore.

- Je reviens dans deux secondes, l’eau de la bassine est encore assez chaude ? Demanda Laurette qui ignora royalement la pique d’Eléanore.

La vétérinaire éreintée lui fit signe que oui, reconnaissante. Laurette partit donc dans sa chambre, avant de revenir victorieuse avec son carnet et un crayon en main. Elle s’essaya à coté d’Eléanore, cette dernière commençait à peine à se détendre de sa journée. Jamais elle ne l’avouera, mais ce petit bain de pieds était une véritable délice.

Elle tenta de zieuter sur le carnet de Laurette, concentrée comme jamais, trop occupé à noircir ses pages qu’à s’inquiéter de la curiosité de sa voisine. Les minutes passèrent, au même rythme que les pages, à jamais marquées par l’imagination de l’auto-entrepreneuse. Eléanore en eu vite assez d’attendre, elle tira une de ses boucles blondes pour la ramené à la réalité.

- Tu m’expliques ?

- Alors, en gros …

Laurette réfléchit un instant, incapable de trouver ses mots pour retranscrire ses pensées.

- En gros, tu galères ? Taquina Eléanore dont l’humeur s’améliorait au même à l’instar de l’état de ses pieds.

- T’es chiante sérieux. Alors, je disais donc. Quand je t’ai sentis, cela m’a fait penser aux millions de propriétaires de chiens en France, ainsi que les vétérinaires et tous les corps de métier en contact avec eux. Au départ j’avais pensé à faire un shampoing pour chien qui puisse contrecarrer leur odeurs naturelle. Toutefois, je me vois mal commercialiser ce genre de produit qui va contre nos principes : un chien sent le chien et c’est normal.

- Oui, c’est ce que j’allais te dire, répondit Eléanore. Du coup, ça nous mène où ton histoire ?

- J’ai donc réfléchis… Oh toi, je te sens venir ! Chut ! Oui je réfléchis et alors ?! Ragea seule Laurette.

Eléanore leva les paumes en l’air, innocente, et arborant un sourire allant d’une oreille à l’autre.

- Je ne vois pas de quoi tu parles morue, vas-y continue, l’encouragea-t-elle.

- Et bien, du coup je ne sais pas encore, mais je sens que je tiens quelques chose, c’est certain.

Eléanore était sur le cul, tout ce cirque pour rien. Laurette sourit, la mine coupable.

- Mais tu ne tiens rien du tout là !

- C’est ça, confirma Laurette.

Les deux femmes explosèrent de rire, heureuses de partager ce genre de moments complètement idiots. Dans cet élan de bonheur, Laurette prit l’initiative de ramasser la bassine et la fit tomber à la renverse la bassine au bout de quelques pas. L’eau éclaboussa au passage le bas de la bibliothèque d’Eléanore.

Eléanore cessa immédiatement de rire, ses cours ! D'ici quelques heures, elle assisterait monsieur Lindberg pour sa première chirurgie. Elle devait absolument replonger dans ses livres afin d'être prête à cent pour cent.

Après avoir aidé Laurette à tout nettoyer et fait sécher ses livres, elle révisa près de trois heures, en grignotant à les restes de pizza, restés sur la tables basse. Du point de vue des connaissances, elle n'avait rien apprit rien de plus, elle faisait surtout ça pour se rassurer. La jeune femme, maintenant plus sereine, se leva pour aller prendre de quoi finir son repas, en ouvrant le frigidaire, elle s'arrêta quelques instant devant une photo qui y était accrochée. A sa vue elle fut projetée quinze années en arrière.

Ce cliché lui rappela cette journée ensoleillée de fin juin deux mille trois. Laurette, âgée de dix années, avait les yeux embués de larmes. Elle était assise en tailleur au pied du grand tilleul de la cours de l'orphelinat. Le petite blondinette y tenait fermement une minette toute blanche aux yeux verts. La chatte était blessées à plusieurs endroits. Toujours sur le photo, Eléanore attachait ses long cheveux noirs, en tenant avec ses dents un sachet de gazes stériles et de quoi désinfecter les plaies de l’animal.

Câline était une petite vie errante parmi tant d'autres qu'Eléanore et Laurette avaient soignées et cajolées durant leurs années à l'orphelinat. Le jour de leur rencontre avec la chatte, des jeunes du quartier venait de l'a caillasser. L'animal boitait et respirait bruyamment, les deux copines, en la voyant, avait fait leur possible pour la soigner mais ses blessures nécessitaient des soins que deux enfants ne pouvaient prodiguer.

Madame Châtelet avait, très généreusement, avancé les frais vétérinaires qui s'étaient élevés à plusieurs centaines d'euros. Sauver la vie de cet animal était une très bonne leçon de vie pour les jeunes filles de l’orphelinat.

Cet été là, fut incroyablement chaud et inoubliable, Laurette et Eléanore avaient rivalisé d’ingéniosités pour récolter suffisamment d'argent pour l'a rembourser. Elles avaient vendus des litres et des litres de limonades aux parisiens assoiffés. Les deux commerçantes en herbe avaient même eu de quoi stériliser Câline pour qu'elle ne souffre plus de portées incessantes.

Cependant, quelques années plus tard, elle mourut, percutée par un véhicule. Ce fut un déchirement pour tout le monde dans l'orphelinat. Surtout pour les deux jeunes filles qui l'avaient considérés comme le troisième membre de leur groupe.

Il ne leur restait que cette photo de cette magnifique amitié. Eléanore pensait régulièremeurnées vers elle au travail. La jeune femme s'était pourtant jurée de ne plus craquer, perdre Câline fut une souffrance trop intense. Toutefois, rien ne s'opposait à une possible adoption, Eléanore avait une situation stable, un logement décent et de part son métier, elle savait que Myosotis aurait tous les soins nécessaires. Seul le souvenir de Câline, lui empêchait de céder. Serait-elle capable d'aimer la petite siamoise autant qu'elle avait pu chérir Câline ? Serait-ce trahir sa mémoire que d'aimer une autre boule de poils ? Inconsciemment, Eléanore savait que c'était un prétexte idiot et, indéniablement, son cœur pourrait aisément accueillir Myosotis. D'ailleurs, autant se l'avouer, au moment où elle avait posé ses yeux sur elle, la jeune femme su immédiatement qu'elles étaient faites l'une pour l'autre. Elle devait simplement tourner la page et venir en aide à Myositis en l'accueillant, comme elle avait pu le faire treize années auparavant pour Câline.

Son conflit personnel plus au moins résolu, elle voulu en parler à Laurette. Après tout, une telle décision devait être prise à deux et, aux dernières nouvelles, son amie avait tout autant son mot à dire, malgré le fait qu'elle oubliait régulièrement de payer sa part du loyer. Mais il était déjà très tard et sa colocataire n'avait pas donnée signe de vie depuis au moins deux heures.

- Et puis merde, maronna Eléanore, au moment où elle prit la décision d’aller la réveiller malgré tout.

Elle quitta la cuisine, où elle y avait dégommé un pot de glace aux noix de macadamia, et partit en direction de la chambre de Laurette. Elle hésita un instant avant d'entrer, devait elle frapper pour la réveiller, ou bien, devait-elle entrer comme une furie comme ferait cette dernière ?

Oui…, mais non. Eléanore préférait prévenir sa venue, de peur de surprendre Laurette en train de s'adonner à un rite des plus étranges. Quelques mois plus tôt, elle avait surprise l'impétueuse blonde en pleine sex-cam avec une rencontre en ligne. Pas de quoi traumatiser Eléanore, mais suffisamment pour lui servir de leçon.

Elle frappa doucement et attendit quelques secondes que l'intéressée se manifeste. Rien. Bon, elle devait sûrement dormir à poings fermés. Cela ne l'a découragea par pour autant et entrouvrit quelque peu la porte.

- Laurette tu dors ? Dis je peux entrer ? Je dois te parler d'un truc, chuchota-t-elle.

Laurette grogna encore à moitié endormi, mais elle ouvrit malgré tout sa couette "Élue flemmarde de l'année" pour qu'Eléanore s'y glisse. Cette dernière balança ses chaussons, avant de se mettre au chaud, faisant tomber au passage des objets non identifiés du bureau de Laurette. Ce qui l'a réveilla pour de bon.

- 'dors pas ? baragouina Laurette.

- Si, enfin non, enfin c'est pas le sujet ! J'ai une question à te poser, tu ne te rendors pas, compris ?

Laurette se retourna comme une baleine échouée. Sa chevelure, lui recouvraitnt à elle, Câline émanait quelque chose de fort, de maternel même. L'enfant qu'elle était se confiait à elle tous les soirs, au moment où l'orphelinat entier sombrait dans le sommeil. Elles avaient discutés ainsi des nuits durant. Eléanore savait pertinemment que la minette ne pouvait s'exprimer comme un humain le ferait. Néanmoins, elle savait se faire comprendre. Ses miaulements rauques et une avalanche de ronrons appuyés suffisaient à la compréhension d’Eléanore. De plus, les yeux verts du félin exprimaient une infinité de d'expressions et de sentiments, dont l’amour et l'indulgence. Elle était comme une mère de cœur pour la petite Léa, dont son souvenir restera à jamais ancré en son âme.

Eléanore songea à Myosotis. Toute la journée, ses pensées s'étaient to une partie du visage qui portait les marques de son téléphone portable.

- Non mais tu te fous de moi là ?! Combien de fois je t'ai dis de ne pas t'endormir la tête près de ton téléphone ! Tu vas te griller le pois chiche à force.

- Désolée, râla-t-elle sans en penser un mot.

Eléanore s'affala sur Laurette pour lui retirer l'appareil infernal de l'oreiller et le posa sur sa table de chevet après l'avoir mis en mode avion. Le temps de se remettre à l'aise, Laurette avait refermé les yeux, prête à se rendormir.

- Alors tu m'écoutes morue ?!

- Oui vas-y accouches ! Difficile de rester endormi dans ces conditions.

Toute excitée, Eléanore lui parla de Myosotis, de son coup de cœur immédiat et de son envie de l'adopter. Ce fut comme un sceau d'eau froide sur la tête pour Laurette, dorénavant parfaitement réveillée. Elle se redressa sur son coude pour mieux regarder Eléanore. Cette dernière fut déçu, la jolie blonde semblait désolée d'avance, ses yeux noisettes attristés.

- Je ne sais pas Léa ... Tu t'es renfermée sur toi-même plusieurs mois après à la mort de Câline. Tu me mangeais presque plus et ton mutisme était super glauque.

- C'était il y a des années ! Imagine plutôt les soirées télé avec ce petit cœur sur les genoux devant Grey's Anatomy. En plus, elle a une tête à rejoindre le club des folles du docteur Mamour ! Déconnes pas s'il te plaît.

Eléanore appuya ses arguments en dégainant son téléphone avec Myosotis déjà en fond d'écran. Laurette le lui prit des mains et admira la petite siamoise aux yeux bleus. C'était du tout cuit. La vétérinaire vit dans le regard de son amie qu'elle avait craqué au même titre qu'elle le matin même.

- Tu en as d'autres ? demanda-t-elle, avide de découvrir cette beauté aux yeux d'ange.

- Quelle question !

Elles pesèrent les pour et des contre une bonne partie de la nuit. Deux contres furent soulevés. Que faire de la minette lors de leurs vacances ? Quant à la seconde, il était certain qu'un jour, elle leur briserait le cœurs en disparaissant.

Ces points ne suffirent pas à les décourager. Elles décidèrent donc qu'Eléanore serait la propriétaire légale de Myosotis et qu'elle subviendrait à la totalité de ses besoins, exeptés les jouets et différents meubles pour son bien-être. Bizzarement, Laurette était plus encline à partager les séances de câlins à parts égales. Eléanore réussit à négocier le nettoyage de la litière accessoirement de lui nettoyer la litière quand l'envie lui en prendrait. Ce contrat verbal fit rire Eléanore qui savait que, dans tous les cas, c'était elle qui aurait tout payé et qui finira par se coltiner les tâches ingrates.

Les deux futures maman s'endormirent avec la hâte d'être au lendemain pour préparer au mieux leur foyer à l'arrivée de la douce Myosotis.

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