Chapitre 4.1 (Sans nom pour l'instant)

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- Alors cette première journée ?! aboya Laurette.

Il était près de vingt heure. Eléanore avait opté pour la marche, préférant maltraiter ses pieds que de subir un nouveau trajet dans les transports en communs.

- Épuisante ! J'ai les pieds en compotes ... râla-t-elle tout en envoyant valdinguer ses chaussures tout droit dans le placard prévu à cet effet.

- Bouge pas, j'ai de quoi te remettre d'aplomb.

Laurette lui fit signe de s’asseoir. Elle partit en courant en direction du couloir. Eléanore l'entendit ouvrir plusieurs placards de la salle de bain et faire couler de l'eau. Elle revint rapidement avec un flacon de sa marque, une bassine et une serviette de bain.

- Toi, tu as besoin d'un bon petit massage de petons ! Mais avant toute chose tu vas me nettoyer ses pieds !

Loin d'être enchantée de la proposition de Laurette, Eléaonre refusa. Il était hors de question qu'on lui touche ses pieds, meilleure amie ou non. Laurette anticipa sa réaction et l'a força à se rasseoir.

- Et bien tant pis je le ferais moi-même dit Laurette en saisissant les chevilles d'Eléanore.

Eléanore se résigna,. Le fait que ce soit Laurette lui fasse ce massage lui semblait un peu plus acceptable. Cependant, ce ne fut pas pour autant qu'elle se détendit, les dents serrées, elle détournait le regard, préférant observer par la fenêtre le bal des hirondelles sous les gouttières de l'immeuble voisin.

- Il va falloir que tu prennes sur toi Léa, reprit Laurette. Imagine tu tombes sur un mec fétichiste des pied ?! Tu n'auras pas trop le choix que de te laisser faire ma vielle !

- Je ne suis pas d'accord. Je pars du principe que, si ton mec t'aime il acceptera ce que je suis et il ne me forcera jamais à faire quelques chose que j'ai en horreur, juste pour son simple plaisir. Si ce n'est pas le cas, il ne mérite pas de partager ma vie. Je n'ai rien à ajouter !

- Pourtant, c'est quoi les trucs puants que j'ai dans les mains ? taquina Laurette tout en faisant mine de tenir quelque chose de répugnant.

Sa tentative pour détendre Eléanore échoua, au contraire, Eléanore répondit sérieusement à sa question.

- Toi, ça passe, tu as passé des semaines à nettoyer ma brûlure sur le mollet à mon arrivée à l'orphelinat. Je crois qu'après ce genre de proximité je peu plus ou moins tout accepter te concernant, conclu Eléanore. Ses yeux étaient toujours rivés sur les hirondelles, miroir de sa tourmente engendré par ses douloureux souvenirs.

Toutefois, les stigmates de sa jeunesses ne s'arrêtaient pas à cette hideuse cicatrice, vestige de l'incendie, à jamais gravé sur son corps. Elle se souvenait vaguement de s'être cassée un os du pied, alors qu'elle n'était pas plus haute que le chien du voisin. Les raisons de cette blessures étaient obscurs, mais la petite Léa avait dû garder un plâtre six semaines après s'être faite opérer pour remettre tout en ordre. Depuis, plus personne ne pouvait toucher son pied droit enlaidit par une cicatrice de quatre centimètres sur son gros orteils.

- Au fait Léa, pourquoi tu es rentrée à pied ? Tu as loupé ton bus ? demanda Laurette en plongeant les pieds de sa colocataire dans l'eau chaude, après avoir badigeonné ses pieds d'huile.

- On va dire que cette journée a confirmé ma théorie comme quoi Paris m'a dégoutté à jamais des transports en commun.

- Plus qu'à te prendre une voiture ma poule !

- Ou un vélo, compléta Eléanore. Penses à notre mère la Terre Laurette.

- Oui oui ... Et sinon ta journée, tu racontes ?

Eléanore comprit de suite que son amie tentait de changer de sujet. Toutefoie, elle fut ravi que Laurette lui pose cette question. Elle lui parla de sa journée pendant près d'une heure, sans omettre un seul détail. Pendant ce temps là elle profitait de son bain de pied et Laurette rangeait un peu son bazar de la journée. C'était impressionnant le foutoir qu'elle pouvait créer en une journée.

- Le mieux, c'est que mon patron est un super gars ! Si cela se trouve il va m'adopter, lança Eléanore, loin de le penser sérieusement.

Les deux jeunes femmes aimaient à rire sur ce sujet, L'ironie et l'humour avait été de remarquables alliés pour tenir bon lors de leur adolescence. Cela permettait de dédramatiser, un peu, leur statut d'orpheline.

- Tu es trop vieille maintenant morue. Déjà, à nos sept ans, nous n'étions pas assez mignonnes, alors à vingt-trois...

Laurette tête ouvrit le frigidaire et s'y engouffra pour extirper les restes de pizza de la veille. Elle vit qu'Eléanore ne riait plus. Son regard était de nouveau perdu dans le vide et se pensées évoluaient, certainement, à mille lieux de leur salon.

Le jolie blonde s'approcha de son amie d'enfance et lui tendit une part. Cette dernière l'a refusa d'un signe de tête. Laurette s'assit près d'elle, en abandonnant le carton de pizza sur la table basse. Elle entreprit de lui faire un câlin pour la réconforter. Elles restèrent ainsi enlacées quelques minutes.

Eléanore n’appréciait pas énormément les effusions de ce style, qui étaient, à son grand désespoir, régulières en compagnie de Laurette. La victime attendit donc patiemment que cette étreinte se termine, ne souhaitant pas blesser son amie en la rejetant alors qu’elle s’était si bien occupé d’elle à son arrivée.

- Tu sais quoi Léa ? Finit par chuchoter Laurette.

- Non, mais vas-y.

- Ton odeur vient de me faire réaliser quelques chose …

- Ça va, j’ai compris que je sentais le chien en plus de ton horreur de ce matin ! Pas besoin de me le faire remarquer … grogna Eléanore.

- Je reviens dans deux secondes, l’eau de la bassine est encore assez chaude ? Demanda Laurette qui ignora royalement la pique d’Eléanore.

La vétérinaire éreintée lui fit signe que oui, reconnaissante. Laurette partit donc dans sa chambre, avant de revenir victorieuse avec son carnet et un crayon en main. Elle s’essaya à coté d’Eléanore, cette dernière commençait à peine à se détendre de sa journée. Jamais elle ne l’avouera, mais ce petit bain de pieds était une véritable délice.

Elle tenta de zieuter sur le carnet de Laurette, concentrée comme jamais, trop occupé à noircir ses pages qu’à s’inquiéter de la curiosité de sa voisine. Les minutes passèrent, au même rythme que les pages, à jamais marquées par l’imagination de l’auto-entrepreneuse. Eléanore en eu vite assez d’attendre, elle tira une de ses boucles blondes pour la ramené à la réalité.

- Tu m’expliques ?

- Alors, en gros …

Laurette réfléchit un instant, incapable de trouver ses mots pour retranscrire ses pensées.

- En gros, tu galères ? Taquina Eléanore dont l’humeur s’améliorait au même à l’instar de l’état de ses pieds.

- T’es chiante sérieux. Alors, je disais donc. Quand je t’ai sentis, cela m’a fait penser aux millions de propriétaires de chiens en France, ainsi que les vétérinaires et tous les corps de métier en contact avec eux. Au départ j’avais pensé à faire un shampoing pour chien qui puisse contrecarrer leur odeurs naturelle. Toutefois, je me vois mal commercialiser ce genre de produit qui va contre nos principes : un chien sent le chien et c’est normal.

- Oui, c’est ce que j’allais te dire, répondit Eléanore. Du coup, ça nous mène où ton histoire ?

- J’ai donc réfléchis… Oh toi, je te sens venir ! Chut ! Oui je réfléchis et alors ?! Ragea seule Laurette.

Eléanore leva les paumes en l’air, innocente, et arborant un sourire allant d’une oreille à l’autre.

- Je ne vois pas de quoi tu parles morue, vas-y continue, l’encouragea-t-elle.

- Et bien, du coup je ne sais pas encore, mais je sens que je tiens quelques chose, c’est certain.

Eléanore était sur le cul, tout ce cirque pour rien. Laurette sourit, la mine coupable.

- Mais tu ne tiens rien du tout là !

- C’est ça, confirma Laurette.

Les deux femmes explosèrent de rire, heureuses de partager ce genre de moments complètement idiots. Dans cet élan de bonheur, Laurette prit l’initiative de ramasser la bassine et la fit tomber à la renverse la bassine au bout de quelques pas. L’eau éclaboussa au passage le bas de la bibliothèque d’Eléanore.

Eléanore cessa immédiatement de rire, ses cours ! D'ici quelques heures, elle assisterait monsieur Lindberg pour sa première chirurgie. Elle devait absolument replonger dans ses livres afin d'être prête à cent pour cent.

Après avoir aidé Laurette à tout nettoyer et fait sécher ses livres, elle révisa près de trois heures, en grignotant à les restes de pizza, restés sur la tables basse. Du point de vue des connaissances, elle n'avait rien apprit rien de plus, elle faisait surtout ça pour se rassurer. La jeune femme, maintenant plus sereine, se leva pour aller prendre de quoi finir son repas, en ouvrant le frigidaire, elle s'arrêta quelques instant devant une photo qui y était accrochée. A sa vue elle fut projetée quinze années en arrière.

Ce cliché lui rappela cette journée ensoleillée de fin juin deux mille trois. Laurette, âgée de dix années, avait les yeux embués de larmes. Elle était assise en tailleur au pied du grand tilleul de la cours de l'orphelinat. Le petite blondinette y tenait fermement une minette toute blanche aux yeux verts. La chatte était blessées à plusieurs endroits. Toujours sur le photo, Eléanore attachait ses long cheveux noirs, en tenant avec ses dents un sachet de gazes stériles et de quoi désinfecter les plaies de l’animal.

Câline était une petite vie errante parmi tant d'autres qu'Eléanore et Laurette avaient soignées et cajolées durant leurs années à l'orphelinat. Le jour de leur rencontre avec la chatte, des jeunes du quartier venait de l'a caillasser. L'animal boitait et respirait bruyamment, les deux copines, en la voyant, avait fait leur possible pour la soigner mais ses blessures nécessitaient des soins que deux enfants ne pouvaient prodiguer.

Madame Châtelet avait, très généreusement, avancé les frais vétérinaires qui s'étaient élevés à plusieurs centaines d'euros. Sauver la vie de cet animal était une très bonne leçon de vie pour les jeunes filles de l’orphelinat.

Cet été là, fut incroyablement chaud et inoubliable, Laurette et Eléanore avaient rivalisé d’ingéniosités pour récolter suffisamment d'argent pour l'a rembourser. Elles avaient vendus des litres et des litres de limonades aux parisiens assoiffés. Les deux commerçantes en herbe avaient même eu de quoi stériliser Câline pour qu'elle ne souffre plus de portées incessantes.

Cependant, quelques années plus tard, elle mourut, percutée par un véhicule. Ce fut un déchirement pour tout le monde dans l'orphelinat. Surtout pour les deux jeunes filles qui l'avaient considérés comme le troisième membre de leur groupe.

Il ne leur restait que cette photo de cette magnifique amitié. Eléanore pensait régulièremeurnées vers elle au travail. La jeune femme s'était pourtant jurée de ne plus craquer, perdre Câline fut une souffrance trop intense. Toutefois, rien ne s'opposait à une possible adoption, Eléanore avait une situation stable, un logement décent et de part son métier, elle savait que Myosotis aurait tous les soins nécessaires. Seul le souvenir de Câline, lui empêchait de céder. Serait-elle capable d'aimer la petite siamoise autant qu'elle avait pu chérir Câline ? Serait-ce trahir sa mémoire que d'aimer une autre boule de poils ? Inconsciemment, Eléanore savait que c'était un prétexte idiot et, indéniablement, son cœur pourrait aisément accueillir Myosotis. D'ailleurs, autant se l'avouer, au moment où elle avait posé ses yeux sur elle, la jeune femme su immédiatement qu'elles étaient faites l'une pour l'autre. Elle devait simplement tourner la page et venir en aide à Myositis en l'accueillant, comme elle avait pu le faire treize années auparavant pour Câline.

Son conflit personnel plus au moins résolu, elle voulu en parler à Laurette. Après tout, une telle décision devait être prise à deux et, aux dernières nouvelles, son amie avait tout autant son mot à dire, malgré le fait qu'elle oubliait régulièrement de payer sa part du loyer. Mais il était déjà très tard et sa colocataire n'avait pas donnée signe de vie depuis au moins deux heures.

- Et puis merde, maronna Eléanore, au moment où elle prit la décision d’aller la réveiller malgré tout.

Elle quitta la cuisine, où elle y avait dégommé un pot de glace aux noix de macadamia, et partit en direction de la chambre de Laurette. Elle hésita un instant avant d'entrer, devait elle frapper pour la réveiller, ou bien, devait-elle entrer comme une furie comme ferait cette dernière ?

Oui…, mais non. Eléanore préférait prévenir sa venue, de peur de surprendre Laurette en train de s'adonner à un rite des plus étranges. Quelques mois plus tôt, elle avait surprise l'impétueuse blonde en pleine sex-cam avec une rencontre en ligne. Pas de quoi traumatiser Eléanore, mais suffisamment pour lui servir de leçon.

Elle frappa doucement et attendit quelques secondes que l'intéressée se manifeste. Rien. Bon, elle devait sûrement dormir à poings fermés. Cela ne l'a découragea par pour autant et entrouvrit quelque peu la porte.

- Laurette tu dors ? Dis je peux entrer ? Je dois te parler d'un truc, chuchota-t-elle.

Laurette grogna encore à moitié endormi, mais elle ouvrit malgré tout sa couette "Élue flemmarde de l'année" pour qu'Eléanore s'y glisse. Cette dernière balança ses chaussons, avant de se mettre au chaud, faisant tomber au passage des objets non identifiés du bureau de Laurette. Ce qui l'a réveilla pour de bon.

- 'dors pas ? baragouina Laurette.

- Si, enfin non, enfin c'est pas le sujet ! J'ai une question à te poser, tu ne te rendors pas, compris ?

Laurette se retourna comme une baleine échouée. Sa chevelure, lui recouvraitnt à elle, Câline émanait quelque chose de fort, de maternel même. L'enfant qu'elle était se confiait à elle tous les soirs, au moment où l'orphelinat entier sombrait dans le sommeil. Elles avaient discutés ainsi des nuits durant. Eléanore savait pertinemment que la minette ne pouvait s'exprimer comme un humain le ferait. Néanmoins, elle savait se faire comprendre. Ses miaulements rauques et une avalanche de ronrons appuyés suffisaient à la compréhension d’Eléanore. De plus, les yeux verts du félin exprimaient une infinité de d'expressions et de sentiments, dont l’amour et l'indulgence. Elle était comme une mère de cœur pour la petite Léa, dont son souvenir restera à jamais ancré en son âme.

Eléanore songea à Myosotis. Toute la journée, ses pensées s'étaient to une partie du visage qui portait les marques de son téléphone portable.

- Non mais tu te fous de moi là ?! Combien de fois je t'ai dis de ne pas t'endormir la tête près de ton téléphone ! Tu vas te griller le pois chiche à force.

- Désolée, râla-t-elle sans en penser un mot.

Eléanore s'affala sur Laurette pour lui retirer l'appareil infernal de l'oreiller et le posa sur sa table de chevet après l'avoir mis en mode avion. Le temps de se remettre à l'aise, Laurette avait refermé les yeux, prête à se rendormir.

- Alors tu m'écoutes morue ?!

- Oui vas-y accouches ! Difficile de rester endormi dans ces conditions.

Toute excitée, Eléanore lui parla de Myosotis, de son coup de cœur immédiat et de son envie de l'adopter. Ce fut comme un sceau d'eau froide sur la tête pour Laurette, dorénavant parfaitement réveillée. Elle se redressa sur son coude pour mieux regarder Eléanore. Cette dernière fut déçu, la jolie blonde semblait désolée d'avance, ses yeux noisettes attristés.

- Je ne sais pas Léa ... Tu t'es renfermée sur toi-même plusieurs mois après à la mort de Câline. Tu me mangeais presque plus et ton mutisme était super glauque.

- C'était il y a des années ! Imagine plutôt les soirées télé avec ce petit cœur sur les genoux devant Grey's Anatomy. En plus, elle a une tête à rejoindre le club des folles du docteur Mamour ! Déconnes pas s'il te plaît.

Eléanore appuya ses arguments en dégainant son téléphone avec Myosotis déjà en fond d'écran. Laurette le lui prit des mains et admira la petite siamoise aux yeux bleus. C'était du tout cuit. La vétérinaire vit dans le regard de son amie qu'elle avait craqué au même titre qu'elle le matin même.

- Tu en as d'autres ? demanda-t-elle, avide de découvrir cette beauté aux yeux d'ange.

- Quelle question !

Elles pesèrent les pour et des contre une bonne partie de la nuit. Deux contres furent soulevés. Que faire de la minette lors de leurs vacances ? Quant à la seconde, il était certain qu'un jour, elle leur briserait le cœurs en disparaissant.

Ces points ne suffirent pas à les décourager. Elles décidèrent donc qu'Eléanore serait la propriétaire légale de Myosotis et qu'elle subviendrait à la totalité de ses besoins, exeptés les jouets et différents meubles pour son bien-être. Bizzarement, Laurette était plus encline à partager les séances de câlins à parts égales. Eléanore réussit à négocier le nettoyage de la litière accessoirement de lui nettoyer la litière quand l'envie lui en prendrait. Ce contrat verbal fit rire Eléanore qui savait que, dans tous les cas, c'était elle qui aurait tout payé et qui finira par se coltiner les tâches ingrates.

Les deux futures maman s'endormirent avec la hâte d'être au lendemain pour préparer au mieux leur foyer à l'arrivée de la douce Myosotis.

Annotations

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Tom Men

 Après avoir quitté Ner Doral pour s'enfoncer dans les entrailles du monde, l'unité de Cole avait longuement arpenté les étroits passages sous la montagne. Creusés par les nains plusieurs millénaires auparavant, certains étaient si étriqués que les plus robustes des soldats avaient du mal à se frayer leur chemin. Au contraire, d'autres étaient tellement démesurés que la lueur des torches ne parvenaient pas jusqu'au plafond. Les discussions allaient bon train, tergiversant sur comment des êtres aussi petits pouvaient bien forer d'aussi grands tunnels.
 L'exploration des sous-sols de l'Afirat dura plusieurs jours. Cole, toujours à la tête de l'expédition, ne faisait que suivre son instinct. Il n'y avait aucune indication, aucune façon de savoir si la direction qu'ils prenaient tous était la bonne. Il se contentait de prendre les volées de marches qui descendaient vers les profondeurs. Quelques uns, dont Kairo, avaient beau lui demander s'il savait où il allait, Cole se limitait à un simple hochement de la tête.
 La route vers Khughbur était finalement plus compliquée qu'un simple escalier reliant la capitale des nains à la surface. Parfois, les soldats atteignaient quelque salle si vaste qu'elle aurait pu abriter un village de bonne taille et quelques champs. Le sol et les murs étaient souvent proprement rabotés, plus lisses que les pierres taillées réservées à un chantier d'agrandissement de palais. Si de l'eau coulait le long des parois, elle était toujours d'une grande pureté et permettait aux hommes de Cole de se rafraîchir et de remplir les gourdes. Bien que boire n'était pas un problème, les soldats se plaignaient de plus en plus du manque de nourriture. L'humeur générale se dégradait à mesure que le groupe avançait vers Khughbur.
 L'unité parvint à rejoindre la capitale après une longue semaine de marche. Cole s'était attendu à découvrir la plus grande caverne du monde, si large qu'il était impossible d'en voir les parois. Il avait espéré trouver une cité aux bâtiments titanesques tout en pierre, aux statues d'anciens héros nains dont on parlait dans les livres et aux fontaines, arches, ponts et autres sculptures à la splendeur inégalée.
 Khughbur n'était qu'un vaste tas de ruines. Tout ce qui avait un jour été construit ici avait été réduit à l'état de gravats. La ville n'en avait que le nom, le reste n'étant désormais que décombres et poussière. Le vent assourdissant qui s'infiltrait et résonnait dans la caverne soulevait d'épais nuages de particules, faisant pleurer et tousser les visiteurs.
 D'un signe de la main, Cole dispersa ses hommes. Kairo attendit qu'ils soient seuls pour se mettre à son niveau. Côte à côte, leurs regards balayèrent les vestiges.
— Une tempête n'aurait pas pu causer autant de dégâts, lança Cole avant même que son ami ne prenne la parole.
 Kairo éclata d'un rire franc et fut prit d'une quinte de toux sèche. Il se débarrassa de la poussière ingérée en buvant une longue gorgée d'eau.
— Évite de t'étouffer, j'ai besoin de toi, plaisanta Cole.
— Je trouve fou que tu arrives à lire dans mes pensées comme ça. Bon, qu'est-ce qu'on fait ?
 Cole ne trouva aucune réponse. Il avait misé toutes ses chances de retrouver la garnison de Ner Doral à Khughbur. Mais la ville n'existait plus, et cela depuis probablement des dizaines d'années. Peut-être même des centaines. Il lui restait un goût amer dans la bouche : celui de n'avoir rien à rapporter avec lui à Dhilia. Kairo se rapprocha.
— Elamin va te massacrer si on retrouve pas les disparus.
— Tu ne m'apprends rien. Donne-moi plutôt une idée.
— Ils sont peut-être plus bas encore.
 Accompagné la parole d'un geste, il pointa deux soldats qui se dirigeait vers le fond de la caverne. Au loin, on distinguait deux grandes portes, du moins ce qu'il en restait. L'une d'elle avait été dégondée et s'était effondrée à l'intérieur de la ville. Il manquait une bonne partie de l'autre, explosée comme si un canon à la puissance phénoménale avait voulu la détruire. De nouvelles ténèbres, dissimulant probablement de nouveaux escaliers, s'échappaient du tunnel que le portail scellait jadis.
 Cole resta en hauteur une ou deux heures. Ses soldats explorèrent les décombres de Khughbur à la recherche de quoi que ce soit d'intéressant : de l'eau, des hommes, des indices. Il n'avait trouvé que pierre, poussière et ossements en quantité. Ceux de nains morts il y a bien longtemps. Les dhiliens se rassemblèrent autour de leur chef pour obtenir de nouveaux ordres. Le chevalier royal avait beau réfléchir, il n'avait aucune autre piste. Aussi, et surtout en désespoir de cause, il se replia sur l'idée de Kairo. Le groupe se dirigea donc vers les grandes portes abattues.
 Les recherches durèrent trois jours de plus. Les hommes traînaient les pieds toujours plus. Cela faisait dix jours qu'ils n'avaient pas vu la lumière du soleil. À cette pensée, Cole se demanda même s'ils avaient vraiment passé autant de temps dans les interminables tunnels. Estimer l'heure était un véritable défi sans lumière naturelle. Peu importait. Tout ce qu'il avait en tête, c'était de se racheter auprès du roi en menant cette mission à bien.
 Ce fut un mystérieux tremblement de terre qui attira son attention. Très léger, survenu pendant son quart de garde, il avait presque cru rêver en sentant la terre vibrer sous ses pieds. Ça n'avait duré qu'une poignée de secondes, mais ce fut suffisant pour comprendre qu'il y avait de la vie non loin. Une secousse si brève ne pouvait être causé que par d'intenses explosions de poudre. Une mine active se trouvait dans les environs, à quelques heures de marche seulement. Le chevalier royal patienta jusqu'au lendemain pour reprendre la route. Il n'y avait pas de raison de se presser et les hommes auraient rechigné à la tâche comme des enfants à qui on demande de l'aide pour dresser la table.
  Ils reprirent ainsi la route en suivant les longs couloirs vides qui couraient dans la montagne. Plus ils avançaient, plus ils descendaient. Cole ignorait combien de marches ils avaient foulé. Deux, trois milles, estima t-il, sans savoir à quel point il était proche de la vérité. Il se surprit à vouloir remonter à la surface. Son esprit vogua du regard terrifiant du roi jusqu'à celui plus affectueux de la princesse Asena. Il espérait qu'elle s'était remise de ses émotions et que sa blessure ne lui apportait aucune difficulté. En y pensant, le chevalier royal se sentit plus responsable que jamais et baissa la tête, en signe de résignation.
 Son pied dégagea une petite pierre bleutée. Cole s'écarta du chemin et alla ramasser le caillou. C'était une gemme azurine, de la taille d'un pouce. Elle rayonnait comme si une luciole était emprisonnée à l'intérieur. Kairo lui posa sa main sur l'épaule, le tirant de sa rêverie.
— Je me demandais quand tu allais remarquer.
 Cole leva les yeux et découvrit, à divers endroits dans la roche, de petits gisements de ce cristal lumineux. Un instant, il n'arriva pas à croire qu'il ne les avait pas remarqué, jusqu'à ce que Kairo lui explique qu'il avait le front tellement plissé que personne n'avait voulu se risquer à le déranger.
— Ça fait bien une heure qu'on en trouve partout.
— Tu sais ce que c'est ?
— Si c'est ce que je pense, les haléens appelent ça de l'overelveya. Une idée ?
— Jade des vénétiens. C'est extrêmement rare.
— Et extrêmement cher, ajouta Kairo. Un morceau de cette taille-là doit bien valoir six mois de soldes.
 La voix de Kairo résonna jusqu'aux oreilles des soldats, qui s'arrêtèrent chacun leur tour de marcher avant de se tourner vers eux. L'appât du gain apparut rapidement sur leurs visages, assombris et creusés par la fatigue et la faim. Cole voulut s'empresser de leur interdire de se servir et sa main se dirigea inconsciemment vers son épée pour les empêcher de détruire tous les cristaux des environs. Puis, voyant les étoiles dans leurs yeux, il capitula.
— Soyez raisonnables, par pitié. Environ une once par personne. Je vous fouillerais dès que nous sortirons de cet enfer.
 Les soldats se jetèrent sur les parois, extirpant à mains nues leur maigre butin. Kairo s'abstint, tout comme Cole, qui envisagea une seconde de garder celui qu'il avait entre les doigts. Il se dit qu'il pouvait servir de cadeau pour le roi. Puis il se ravisa : jamais il ne pourrait racheter son imprudence, même avec toute la jade qu'il pourrait trouver. Il tendit sa pierre à Kairo.
— Tu pourras offrir une nouvelle bague à Kirris, en t'excusant de t'être enfui pour me suivre.
 Kairo s'apprêta à lancer une de ces répliques cinglantes dont il avait le secret quand une détonation fit trembler les murs. L'explosion avait eu lieu à proximité, ce qui fissura le plafond. Quelques grosses caillasses se décrochèrent de la roche pour s'écraser au milieu des soldats. Cole fut le plus prompt à stabiliser sa posture et releva son regard, prêt à éviter toute nouvelle chute de pierre.
 Quand la secousse s'arrêta, les soldats attendirent les instructions. Ils n'étaient plus très loin de ce qu'ils cherchaient. Sans un mot, Cole désigna la direction qu'ils suivaient depuis plusieurs heures. Après seulement cinq minutes, les dhiliens débouchèrent dans une mine de jade des vénétiens. La cavité était parsemée de larges piliers de pierre, comme de colossales stalactites et stalagmites qui s'étaient unis des millions d'années plus tôt. Les colonnes et le plafond étaient recouvert de gisements d'overelveya et illuminaient toute la grotte d'un bleu turquoise diffus.
 Certains piliers étaient entourés de passerelles en bois, disposées sur plusieurs niveaux, afin de permettre aux mineurs d'extraire les cristaux. Les bruits des pioches résonnaient si forts dans toute la caverne que Cole eut l'impression qu'elles s'abattaient à côté de ses oreilles. Tous les sons étaient amplifiés : on entendait le bruit de brouettes pleines à craquer, les discussions animées de quelques ouvriers, un contremaître qui hurlait ses ordres en les accompagnant de divers jurons plutôt fleuris. Rester discret pouvait s'avérer être la tâche la plus aisée du monde, comme la plus difficile : il fallait particulièrement bien gérer le bruit.
 Cole, Kairo et deux soldats grimpèrent sur un monticule pour avoir une vue d'ensemble de la mine. La lueur des cristaux, mêlée à la poussière flottant dans l'air, empêchait de voir le fond de la grotte. Elle prenait même le dessus sur les centaines de torches qui étaient éparpillées un peu partout. De là où ils se trouvaient, ils comptaient une douzaine de colonnes. Trois avaient été déshabillées de leur cristaux, quatre étaient en plein effeuillage, et les autres attendaient leur tour, un peu plus loin. Des hommes poussaient ici et là leurs chariots.
— Ce sont nos soldats ? murmura Cole.
— Impossible à dire, Sire.
 Le chevalier royal observa la scène quelques instants et désigna un travailleur isolé que personne ne surveillait.
— Redescendez et amenez-moi ce mineur. Et faîtes-vous discret. Si nous avons affaire à une entreprise illégale, je préfèrerais ne pas attirer l'attention des contremaîtres.
— Pas tout de suite, en tout cas, corrigea Kairo après que les deux soldats soient partis. Je te connais. Si ce sont des esclavagistes, tu vas vouloir leur faire la peau.
 L'haléen faisait référence aux griefs que Cole avait à l'encontre du sergent Randal. Il n'avait jamais eu l'occasion de lui faire payer ses innombrables sanctions. Depuis, Cole avait développé une haine intarissable pour ceux qui profitaient de la faiblesse des autres et qui exploitaient l'homme pour le plaisir ou pour leur profit personnel.
 Cole redescendit avec Kairo et ils attendirent quelques minutes que les deux soldats envoyés reviennent. Ils réapparurent rapidement avec le mineur. Sur son visage se lisait un mélange de surprise, d'excitation et d'infinie gratitude. Il porta des yeux exorbités d'étonnement et se dirigea, chancelant comme un vieillard, vers le chevalier royal.
— Vous êtes venus pour nous ? demanda t-il, la voix tremblante.
— Toute la garnison de Ner Doral se trouve ici ?
— Oui, Sire. Quelques uns sont morts d'épuisement. Ils se sont débarrassés des corps.
— À quoi doit-on s'attendre ?
— Des nains. Une cinquantaine.
— Cinquante nains ont réussi à capturer les deux cents soldats de la citadelle ? gronda Cole à voix basse.
— C'est ça qui t'étonne ? demanda Kairo, coupant la parole au prisonnier. Pour ma part, c'est de voir des nains forcer des humains à creuser à leur place.
 Le chevalier désigna deux nains, sur l'une des passerelles. Ils passaient un dhilien à tabac. Les autres mineurs aux alentours détournaient le regard et se concentraient sur leur travail. Cole se sentit bouilloner de rage. Il dégaina son épée et serra la garde à s'en faire saigner les doigts.
— Éliminez-moi toute cette vermine, siffla le chevalier entre ses dents.
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Défi
roland maille
Oui, c'est vrai , je l'avoue, je suis gourmand! pas vous?
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BEE

Quand j’étais plus jeune, j’aimais le cul. J’aimais le cul plus que tout au monde je crois. Certaines personnes développent une passion pour le sport, les jeux-vidéos, la lecture ou le tricot, moi c’était le cul.Je ne sais pas d’où m’est venu ce goût pour le cul. Si un psychiatre m’avait examiné à cette époque, il aurait certainement trouvé au plus profond de mon subconscient des traumatismes issus de mon enfance, un complexe d’œdipe mal résolu, une forte carence affective ou alors un choc neurologique, un quelconque dommage dans mon cortex pré-frontal – comme la fois où je me suis pris une balle de baseball en pleine tête pendant un match à l’école primaire et que je suis resté bien dix minutes inconscient ? – et m’aurait prescrit des médicaments ou un séjour dans un monastère shaolin.
Oui j’aimais le cul. Et l’alcool aussi. Et le poker. Et les bastons de rue. Et fumer des cigares. J’étais un gros beauf en fait, une mauvaise caricature de Tyler Durden – les abdos en moins. Mais j’étais heureux. Savez-vous ce que ça fait de vous réveiller chaque matin aux côtés d’une nouvelle nana, dans un pieu qui n’est pas le vôtre, dans un quartier différent de la ville après vous être bourré la gueule jusqu’à l’aube et avoir gagné – ou perdu – des fortunes sur un brelan ou une double-paire ? Non bien sûr vous ne pouvez pas le savoir. On vous a mis en tête que tout ça c’était mal, qu’il fallait une vie routinière, la sécurité de l’emploi, une famille, un environnement stable.
J’en ai connu des culs. Des culs arabes, des hispaniques, des pâles, des bronzés, des maigres, des décharnés, des gros, des chinois, des philippins, des créoles, des culs de trans, celui d’un travelo une fois je crois, des français, des slovènes, des suédois, des trous du cul…
Les bien-pensants diront que ce n’est pas une vie, qu’un jour il faut grandir, entrer dans le monde adulte, se trouver un boulot, un vrai boulot – comme postier ou cuistot – et arrêter de glander, de rêver, et peut-être qu’ils auront raison, peut-être que c’est eux qui détiennent la vérité, la parole divine et absolue… Ou peut-être pas. Je n’ai jamais su en fait. Je sais juste qu’à une époque, j’étais accroc au cul et que je m’amusais bien.
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