Chapitre 5 : Le CosmosPolitain (Partie II)

8 minutes de lecture

Les jeunes femmes arrivèrent sur les coups de vingt-deux heures, le Cosmos était déjà plein à craquer. L'ambiance était festive et les barmans s’affairaient derrière le bar pour servir tous les jeunes assoiffées de fêtes de la ville. L'happy hour était presque terminé, Eléanore en profita pour commander deux pintes de Karmeliet avant que les prix ne reviennent exorbitants. Laurette et elle appréciaient de débuter une soirée avec une bonne bière, pendant qu'Eléanore attendait au bar, Laurette partit à la quête d'une table.

Le Cosmos était un bar à thème. Les planètes illuminées du système solaire pendaient au plafond quatre mètres plus haut. Une mezzanine surplombait le rez-de-chaussée où les groupes ayant pris une réservation pouvaient se rendre. La voie lactée était projetée sur un mur noir au fond de la salle principale. L'ambiance y était à part. Les clients avaient l'impression d'entrer dans un nouveau monde quand ils poussaient les portes du Cosmos.

- Bonsoir, je voudrais deux pintes de Karmeliet s'il vous plaît, demanda-t-elle à une femme qui dépassait à peine du bar.

- On ne fait pas cette bière en pinte, il faut prendre à la bouteille de trente-trois centilitres, répondit-elle blasée.

Eléanore ne se dégonfla pas elle avait envie d'être chiante ce soir, ça ne devait pas être sorcier de faire des pintes avec plusieurs bouteilles ! La jeune vétérinaire insista demandant à voir Mickaël, le patron du Cosmos.

- Mika on te demande au bar, appela la femme miniature, bien contente de se débarrasser d'Eléanore.

Mikaël était un très bel homme, un peu victime de la mode il fallait l'avouer. Il arborait une barbe épaisse et d'un catogan moderne. Il était un mix entre un hipster et Clark Kent. Il arborait des lunettes et une chemise à carreaux remontées au niveau des coudes.

- Léa ! Comment tu vas ce soir ? Je commençais à croire que toi et ta blondinette étiez mortes, se moqua-t-il tout en finissant d'essuyer un verre. Que puis-je faire pour toi ?

- Comme d'habitude à vraie dire mais ta nouvelle barmaid en a décidée autrement, grogna Eléanore pas décidée à faire de compromis ce soir.

- Pas de soucis je vous apporte ça dans deux minutes, vas plutôt rejoindre ton amie qui semble aux prises avec tout un groupe de mâles en ruts, lui dit-il en pointant du verre le fond du bar.

Incroyable, elles n'étaient pas encore installées qu'on venait déjà les importuner. Elle rejoignit Laurette qui s'étira avec nonchalance quand elle vit Eléanore approcher. Le message était clair : y en avait un dans le lot qui lui plaisait, donc Eléanore ne devait pas faire son bouledogue en arrivant pour qu'ils disparaissent tous.

A force de malentendu, les deux amies avaient mis en place un code gestuel. Si l'une d'entre elles remontait ses manches ou se touchait l'oreille : viens m'aider. Au contraire, s'étirer signalait une rencontre de bonne augure.

- Bon et bien, c'est râpée pour une soirée entre copines, se murmura-t-elle, un peu déçue.

En générale Laurette attendait quelques heures avant de jeter son dévolu sur un homme, elle abusait un peu ce soir.

- Et bien alors Léa, où sont nos bières ? constata Laurette, dépitée.

- Mika nous les apporte dans quelques minutes, t'inquiète poulette, lui répondit-elle tout en tentant de se faire une place parmi tous ces hommes. Il y a foule ici, tu me présentes ?

- Alors les gars, voici Léa, elle est mon ange gardien anti mauvaises rencontres, méfiez-vous, rit-elle.

Merci Laurette... Eléanore allait encore passer pour la grande mauvaise des deux. Cependant, elle ne lui en tenait pas rigueur, Laurette manquait un peu de confiance en elle et si ça pouvait l'aider de se mettre un peu plus en avant lors des sorties en ville, c'était tant mieux.

Parmi les quatre jeunes hommes qui les avaient rejoint, il y en avait un en particulier qui sortait du lot. Il s'appelait Arthur, lieutenant à la gendarmerie de Nantes. Ils sortaient tous entre collègues ce soir, pour fêter l'évolution de grade de ce dernier.

Tous ses collègues semblaient l'apprécier, mais Eléanore avait un très mauvais pressentiment le concernant. Quelque chose clochait dans ce petite groupe. Elle les observait tout en buvant sa délicieuse pinte de Karmeliet que Mikaël leur avait apporté, comme promis. Quand Arthur prenait la parole, ils riaient tous trop forts, aucun d'entre eux ne le contredisait, elle percevait même de la crainte de la part du plus jeune du groupe, Maxence.

Laurette, quant à elle, était sous le charme, elle buvait ses paroles et applaudissait à chaque fois que cet étrange gendarme narrait ses exploits héroïques lors d'opérations soit disant top secrètes. C'était indéniablement un tissu de mensonges, était-elle la seule à en avoir marre d'écouter cet abrutit déblatérer autant de conneries à la minute ?

Eléanore quitta la table prétextant devoir aller aux toilettes, enfin ce n'était pas tant un prétexte que ça, mon dieu qu'est ce que ça faisait pisser la bière ! Après son petit détour dans des sanitaires d'une propreté douteuse, elle s'installa au bar où la foule avait un peu diminuée maintenant que l'happy hour était terminé.

- Hey Mika ! Tu as un peu de temps pour discuter ?

- Tout dépend si tu acceptes de goûter à la nouvelle version du tant redouté cocktail du Cosmos, lui répondit-il, le regard sournois. Je te présente en avant première, le CosmosPolitain !

- Alors de un, le non est à chier et de deux, je te préviens, si tu y a mis des substances discutables, tu tâteras de mon courroux vengeur, s'exclama Eléanore, sa bonne humeur ayant refait surface.

- Promis sur la tête de Paillaisson !

Paillaisson était un vieux chat tout noir qu'il venait d'adopter dans le sanctuaire de monsieur Lindberg. Eléanore soupçonnait qu'il ai fait ce geste de bonté par simple intérêt pour elle et pour gagner les bonnes faveurs de la jeune femme. Néanmoins, elle avait été heureuse de le voir arriver à Vetalia, cet idiot c'était fait passer pour son petit ami, rendant de ce fait la situation encore plus gênante pour Eléanore.

- Et bien, Mika tu t'es surpassé, ce breuvage est un délice !

- C'est avec plaisir. Et si nous trinquions à ton nouveau travail ma jolie ? dit-il un verre d'eau à la main.

- Non, je souhaite plutôt trinquer à notre nouvelle vie à Nantes ! Et prions pour que Laurette réussisse à lancer sa boîte.

Elle finit cul sec son verre qui aurait dû lui coûter près de huit euros si le patron n'était pas aussi sympathique avec elle, autant en profiter un peu se dit-elle, tout en lui demandant un autre verre.

Elle le félicita encore une fois pour cette nouvelle création et ils discutèrent ainsi tout les deux près d'une heure durant, se faisant interrompre de temps en temps par des clients au verre vide. C'était surtout Eléanore qui parlait, son travail lui plaisait tellement, qu'elle ressentait le besoin d'expliquer tout ce qu'elle avait bien pu faire, qui étaient ses patients et le déroulement des chirurgies. Le pauvre ne devait pas comprendre la moitié de son jargon vétérinaire, mais elle était heureuse qu'il l'écoute sans broncher.

Ils s'étaient rencontré ici même il n'y a que quelques semaines, le soir où les filles avaient emménagées à Nantes. Entre Mikaël et Eléanore le courant était très vite bien passé, mais la jeune femme ne se sentait pas prête à ouvrir son cœur. Pourtant, il faisait partit des rares personnes à être honnêtes, Eléanore l'avait ressentit dès le premier jour. En partant de son bar ce soir là, elle se souvient d'avoir pensé que ce Mikaël était un homme bon, et qu'elle aimerait devenir son amie.

Cependant, cet homme si parfait n'était même pas au courant que Laurette et elle étaient des orphelines. Qui était la menteuse maintenant ?... Leur passé en avait fait fuir plus d'un malheureusement et c'est à cause de cela qu'elles taisaient leurs origines. Quand une personne connaissait leur secret, les jeunes femmes avaient l'impression de se balader sans cesse avec une étiquette de filles à problèmes sur le front, autant se protéger un maximum en cachant la vérité.

Eléanore considérait Mikaël comme son premier ami à Nantes, mise à part Laurette, et cette nouvelle relation lui était très précieuse. En y réfléchissant bien, à Paris, elle ne c'était pas faite d'amis. Donc Mikaël était officiellement son premier ami. Elle en profita donc pour lui demander ce qu'il pensait de cet Arthur qui intéressait tant Laurette et qu'Eléanore ne pouvait absolument pas sentir.

- C'est un petit connard prétentieux parmi tant d'autres, lui répondit-il de but en blanc. Mais, tu as raison un truc ne tourne pas rond avec lui. A chaque fois qu'il vient au Cosmos il part avec une fille différente, jusqu'ici rien d'alarmant me diras-tu, toutefois, parmi toutes ces filles, aucune n'est jamais revenue au bar.

- Tu extrapoles un peu tu ne crois pas ?

- Pas forcément Léa, si cela se trouve, il les kidnappe pour les faire cramer dans les bois, laissant derrière lui le cadavre consumé par les flammes, finit-il mort de rire de sa blague idiote. Plus sérieusement, je pense simplement que c'est la jalousie qui parle là.

Sans le vouloir il avait touché deux points sensible dont un extrêmement douloureux chez Eléanore, les images de sa mère l'envahis, elle revit son corps sans vie étendu dans le jardin, sa beauté réduite à néant par les flammes. De plus, elle n'était pas jalouse, simplement inquiète pour sa meilleure amie.

Elle n'avait plus le cœur à faire la fête, la blague du barman l'avait désaoulée. Eléanore tenta de faire bonne figure et inventa une excuse bidon afin de prendre congé, quittant ainsi le comptoir beaucoup plus de cérémonie. Mikaël l'a rattrapa rapidement, déboussolé par sa réaction. Il saisit le bras de la jeune femme en ravagée par les souvenirs et la conduisit au calme dans la réserve du Cosmos.

- Qu'est-ce-qui ne va pas Léa ? J'ai dis un truc de mal ? Je pensais que tu avais plus d'humour que ça, jolie brin de femme, tenta-t-il de lui redonner le sourire tout en lui remettant en place une mèche qui cachait son visage peiné. Une larme y dégringolait, rapidement suivit pas plusieurs compagnes.

- Non c'est moi désolée, je ne pleure jamais d'habitude, c'est à cause de ton foutu cocktail aussi !

- Je sais que je suis le meilleur barman du monde, mais pas au point de faire pleurer une femme sublime grâce à un cocktail, aussi bon soit-il. Dis moi ce qu'il t'arrive Léa.

Eléanore le regarda dans les yeux, l'inquiétude qu'elle y vit ne fit qu'aggraver son envie de l’embrasser. La jeune femme avait beaucoup trop bu ce soir. Le nombre de fois qu'elle avait pleurée la mort de sa mère se comptait que sur les doigts d'une main.

- Quelques mauvais souvenirs sont remontés à la surface, sûrement à cause de l'alcool ne t'inquiète pas. Ma semaine m'a beaucoup fatiguée, ce n'était pas une bonne idée de sortir ce soir.

Ce n'était pas un mensonge en soit, elle omettait simplement un détail : la mort de sa mère. Pas de quoi fouetter un chat ! Mikaël l'a serra fort dans ses bras, il ne chercha pas à en savoir plus, conscient qu'elle ne lui disait pas tout.

- Pas de soucis, tu veux que je te raccompagne chez toi ?

- Non ça ira je vais aller chercher Laurette et on va rentrer je pense.

- Tu en es certaine ? Elle semble plutôt prête à finir la nuit avec l'autre frapadingue, dit-il, soucieux qu'Eléanore arrive saine et sauve chez elle.

- Laurette a besoin de sentir qu'elle plaît, mais elle ne m'a jamais laissée en plan. Nous sommes toujours rentrée à deux et ce n'est pas ce soir que ça va changer, le rassura-t-elle.

Elle l'embrasse sur la joue, et s'en alla, sans se retourner. Il resta un instant, en plan dans la réserve, un sourire béat sur son visage. Cette femme allait le rendre dingue.

Annotations

Recommandations

Tom Men

 Après avoir quitté Ner Doral pour s'enfoncer dans les entrailles du monde, l'unité de Cole avait longuement arpenté les étroits passages sous la montagne. Creusés par les nains plusieurs millénaires auparavant, certains étaient si étriqués que les plus robustes des soldats avaient du mal à se frayer leur chemin. Au contraire, d'autres étaient tellement démesurés que la lueur des torches ne parvenaient pas jusqu'au plafond. Les discussions allaient bon train, tergiversant sur comment des êtres aussi petits pouvaient bien forer d'aussi grands tunnels.
 L'exploration des sous-sols de l'Afirat dura plusieurs jours. Cole, toujours à la tête de l'expédition, ne faisait que suivre son instinct. Il n'y avait aucune indication, aucune façon de savoir si la direction qu'ils prenaient tous était la bonne. Il se contentait de prendre les volées de marches qui descendaient vers les profondeurs. Quelques uns, dont Kairo, avaient beau lui demander s'il savait où il allait, Cole se limitait à un simple hochement de la tête.
 La route vers Khughbur était finalement plus compliquée qu'un simple escalier reliant la capitale des nains à la surface. Parfois, les soldats atteignaient quelque salle si vaste qu'elle aurait pu abriter un village de bonne taille et quelques champs. Le sol et les murs étaient souvent proprement rabotés, plus lisses que les pierres taillées réservées à un chantier d'agrandissement de palais. Si de l'eau coulait le long des parois, elle était toujours d'une grande pureté et permettait aux hommes de Cole de se rafraîchir et de remplir les gourdes. Bien que boire n'était pas un problème, les soldats se plaignaient de plus en plus du manque de nourriture. L'humeur générale se dégradait à mesure que le groupe avançait vers Khughbur.
 L'unité parvint à rejoindre la capitale après une longue semaine de marche. Cole s'était attendu à découvrir la plus grande caverne du monde, si large qu'il était impossible d'en voir les parois. Il avait espéré trouver une cité aux bâtiments titanesques tout en pierre, aux statues d'anciens héros nains dont on parlait dans les livres et aux fontaines, arches, ponts et autres sculptures à la splendeur inégalée.
 Khughbur n'était qu'un vaste tas de ruines. Tout ce qui avait un jour été construit ici avait été réduit à l'état de gravats. La ville n'en avait que le nom, le reste n'étant désormais que décombres et poussière. Le vent assourdissant qui s'infiltrait et résonnait dans la caverne soulevait d'épais nuages de particules, faisant pleurer et tousser les visiteurs.
 D'un signe de la main, Cole dispersa ses hommes. Kairo attendit qu'ils soient seuls pour se mettre à son niveau. Côte à côte, leurs regards balayèrent les vestiges.
— Une tempête n'aurait pas pu causer autant de dégâts, lança Cole avant même que son ami ne prenne la parole.
 Kairo éclata d'un rire franc et fut prit d'une quinte de toux sèche. Il se débarrassa de la poussière ingérée en buvant une longue gorgée d'eau.
— Évite de t'étouffer, j'ai besoin de toi, plaisanta Cole.
— Je trouve fou que tu arrives à lire dans mes pensées comme ça. Bon, qu'est-ce qu'on fait ?
 Cole ne trouva aucune réponse. Il avait misé toutes ses chances de retrouver la garnison de Ner Doral à Khughbur. Mais la ville n'existait plus, et cela depuis probablement des dizaines d'années. Peut-être même des centaines. Il lui restait un goût amer dans la bouche : celui de n'avoir rien à rapporter avec lui à Dhilia. Kairo se rapprocha.
— Elamin va te massacrer si on retrouve pas les disparus.
— Tu ne m'apprends rien. Donne-moi plutôt une idée.
— Ils sont peut-être plus bas encore.
 Accompagné la parole d'un geste, il pointa deux soldats qui se dirigeait vers le fond de la caverne. Au loin, on distinguait deux grandes portes, du moins ce qu'il en restait. L'une d'elle avait été dégondée et s'était effondrée à l'intérieur de la ville. Il manquait une bonne partie de l'autre, explosée comme si un canon à la puissance phénoménale avait voulu la détruire. De nouvelles ténèbres, dissimulant probablement de nouveaux escaliers, s'échappaient du tunnel que le portail scellait jadis.
 Cole resta en hauteur une ou deux heures. Ses soldats explorèrent les décombres de Khughbur à la recherche de quoi que ce soit d'intéressant : de l'eau, des hommes, des indices. Il n'avait trouvé que pierre, poussière et ossements en quantité. Ceux de nains morts il y a bien longtemps. Les dhiliens se rassemblèrent autour de leur chef pour obtenir de nouveaux ordres. Le chevalier royal avait beau réfléchir, il n'avait aucune autre piste. Aussi, et surtout en désespoir de cause, il se replia sur l'idée de Kairo. Le groupe se dirigea donc vers les grandes portes abattues.
 Les recherches durèrent trois jours de plus. Les hommes traînaient les pieds toujours plus. Cela faisait dix jours qu'ils n'avaient pas vu la lumière du soleil. À cette pensée, Cole se demanda même s'ils avaient vraiment passé autant de temps dans les interminables tunnels. Estimer l'heure était un véritable défi sans lumière naturelle. Peu importait. Tout ce qu'il avait en tête, c'était de se racheter auprès du roi en menant cette mission à bien.
 Ce fut un mystérieux tremblement de terre qui attira son attention. Très léger, survenu pendant son quart de garde, il avait presque cru rêver en sentant la terre vibrer sous ses pieds. Ça n'avait duré qu'une poignée de secondes, mais ce fut suffisant pour comprendre qu'il y avait de la vie non loin. Une secousse si brève ne pouvait être causé que par d'intenses explosions de poudre. Une mine active se trouvait dans les environs, à quelques heures de marche seulement. Le chevalier royal patienta jusqu'au lendemain pour reprendre la route. Il n'y avait pas de raison de se presser et les hommes auraient rechigné à la tâche comme des enfants à qui on demande de l'aide pour dresser la table.
  Ils reprirent ainsi la route en suivant les longs couloirs vides qui couraient dans la montagne. Plus ils avançaient, plus ils descendaient. Cole ignorait combien de marches ils avaient foulé. Deux, trois milles, estima t-il, sans savoir à quel point il était proche de la vérité. Il se surprit à vouloir remonter à la surface. Son esprit vogua du regard terrifiant du roi jusqu'à celui plus affectueux de la princesse Asena. Il espérait qu'elle s'était remise de ses émotions et que sa blessure ne lui apportait aucune difficulté. En y pensant, le chevalier royal se sentit plus responsable que jamais et baissa la tête, en signe de résignation.
 Son pied dégagea une petite pierre bleutée. Cole s'écarta du chemin et alla ramasser le caillou. C'était une gemme azurine, de la taille d'un pouce. Elle rayonnait comme si une luciole était emprisonnée à l'intérieur. Kairo lui posa sa main sur l'épaule, le tirant de sa rêverie.
— Je me demandais quand tu allais remarquer.
 Cole leva les yeux et découvrit, à divers endroits dans la roche, de petits gisements de ce cristal lumineux. Un instant, il n'arriva pas à croire qu'il ne les avait pas remarqué, jusqu'à ce que Kairo lui explique qu'il avait le front tellement plissé que personne n'avait voulu se risquer à le déranger.
— Ça fait bien une heure qu'on en trouve partout.
— Tu sais ce que c'est ?
— Si c'est ce que je pense, les haléens appelent ça de l'overelveya. Une idée ?
— Jade des vénétiens. C'est extrêmement rare.
— Et extrêmement cher, ajouta Kairo. Un morceau de cette taille-là doit bien valoir six mois de soldes.
 La voix de Kairo résonna jusqu'aux oreilles des soldats, qui s'arrêtèrent chacun leur tour de marcher avant de se tourner vers eux. L'appât du gain apparut rapidement sur leurs visages, assombris et creusés par la fatigue et la faim. Cole voulut s'empresser de leur interdire de se servir et sa main se dirigea inconsciemment vers son épée pour les empêcher de détruire tous les cristaux des environs. Puis, voyant les étoiles dans leurs yeux, il capitula.
— Soyez raisonnables, par pitié. Environ une once par personne. Je vous fouillerais dès que nous sortirons de cet enfer.
 Les soldats se jetèrent sur les parois, extirpant à mains nues leur maigre butin. Kairo s'abstint, tout comme Cole, qui envisagea une seconde de garder celui qu'il avait entre les doigts. Il se dit qu'il pouvait servir de cadeau pour le roi. Puis il se ravisa : jamais il ne pourrait racheter son imprudence, même avec toute la jade qu'il pourrait trouver. Il tendit sa pierre à Kairo.
— Tu pourras offrir une nouvelle bague à Kirris, en t'excusant de t'être enfui pour me suivre.
 Kairo s'apprêta à lancer une de ces répliques cinglantes dont il avait le secret quand une détonation fit trembler les murs. L'explosion avait eu lieu à proximité, ce qui fissura le plafond. Quelques grosses caillasses se décrochèrent de la roche pour s'écraser au milieu des soldats. Cole fut le plus prompt à stabiliser sa posture et releva son regard, prêt à éviter toute nouvelle chute de pierre.
 Quand la secousse s'arrêta, les soldats attendirent les instructions. Ils n'étaient plus très loin de ce qu'ils cherchaient. Sans un mot, Cole désigna la direction qu'ils suivaient depuis plusieurs heures. Après seulement cinq minutes, les dhiliens débouchèrent dans une mine de jade des vénétiens. La cavité était parsemée de larges piliers de pierre, comme de colossales stalactites et stalagmites qui s'étaient unis des millions d'années plus tôt. Les colonnes et le plafond étaient recouvert de gisements d'overelveya et illuminaient toute la grotte d'un bleu turquoise diffus.
 Certains piliers étaient entourés de passerelles en bois, disposées sur plusieurs niveaux, afin de permettre aux mineurs d'extraire les cristaux. Les bruits des pioches résonnaient si forts dans toute la caverne que Cole eut l'impression qu'elles s'abattaient à côté de ses oreilles. Tous les sons étaient amplifiés : on entendait le bruit de brouettes pleines à craquer, les discussions animées de quelques ouvriers, un contremaître qui hurlait ses ordres en les accompagnant de divers jurons plutôt fleuris. Rester discret pouvait s'avérer être la tâche la plus aisée du monde, comme la plus difficile : il fallait particulièrement bien gérer le bruit.
 Cole, Kairo et deux soldats grimpèrent sur un monticule pour avoir une vue d'ensemble de la mine. La lueur des cristaux, mêlée à la poussière flottant dans l'air, empêchait de voir le fond de la grotte. Elle prenait même le dessus sur les centaines de torches qui étaient éparpillées un peu partout. De là où ils se trouvaient, ils comptaient une douzaine de colonnes. Trois avaient été déshabillées de leur cristaux, quatre étaient en plein effeuillage, et les autres attendaient leur tour, un peu plus loin. Des hommes poussaient ici et là leurs chariots.
— Ce sont nos soldats ? murmura Cole.
— Impossible à dire, Sire.
 Le chevalier royal observa la scène quelques instants et désigna un travailleur isolé que personne ne surveillait.
— Redescendez et amenez-moi ce mineur. Et faîtes-vous discret. Si nous avons affaire à une entreprise illégale, je préfèrerais ne pas attirer l'attention des contremaîtres.
— Pas tout de suite, en tout cas, corrigea Kairo après que les deux soldats soient partis. Je te connais. Si ce sont des esclavagistes, tu vas vouloir leur faire la peau.
 L'haléen faisait référence aux griefs que Cole avait à l'encontre du sergent Randal. Il n'avait jamais eu l'occasion de lui faire payer ses innombrables sanctions. Depuis, Cole avait développé une haine intarissable pour ceux qui profitaient de la faiblesse des autres et qui exploitaient l'homme pour le plaisir ou pour leur profit personnel.
 Cole redescendit avec Kairo et ils attendirent quelques minutes que les deux soldats envoyés reviennent. Ils réapparurent rapidement avec le mineur. Sur son visage se lisait un mélange de surprise, d'excitation et d'infinie gratitude. Il porta des yeux exorbités d'étonnement et se dirigea, chancelant comme un vieillard, vers le chevalier royal.
— Vous êtes venus pour nous ? demanda t-il, la voix tremblante.
— Toute la garnison de Ner Doral se trouve ici ?
— Oui, Sire. Quelques uns sont morts d'épuisement. Ils se sont débarrassés des corps.
— À quoi doit-on s'attendre ?
— Des nains. Une cinquantaine.
— Cinquante nains ont réussi à capturer les deux cents soldats de la citadelle ? gronda Cole à voix basse.
— C'est ça qui t'étonne ? demanda Kairo, coupant la parole au prisonnier. Pour ma part, c'est de voir des nains forcer des humains à creuser à leur place.
 Le chevalier désigna deux nains, sur l'une des passerelles. Ils passaient un dhilien à tabac. Les autres mineurs aux alentours détournaient le regard et se concentraient sur leur travail. Cole se sentit bouilloner de rage. Il dégaina son épée et serra la garde à s'en faire saigner les doigts.
— Éliminez-moi toute cette vermine, siffla le chevalier entre ses dents.
1
0
0
9
Défi
roland maille
Oui, c'est vrai , je l'avoue, je suis gourmand! pas vous?
6
8
0
0
BEE

Quand j’étais plus jeune, j’aimais le cul. J’aimais le cul plus que tout au monde je crois. Certaines personnes développent une passion pour le sport, les jeux-vidéos, la lecture ou le tricot, moi c’était le cul.Je ne sais pas d’où m’est venu ce goût pour le cul. Si un psychiatre m’avait examiné à cette époque, il aurait certainement trouvé au plus profond de mon subconscient des traumatismes issus de mon enfance, un complexe d’œdipe mal résolu, une forte carence affective ou alors un choc neurologique, un quelconque dommage dans mon cortex pré-frontal – comme la fois où je me suis pris une balle de baseball en pleine tête pendant un match à l’école primaire et que je suis resté bien dix minutes inconscient ? – et m’aurait prescrit des médicaments ou un séjour dans un monastère shaolin.
Oui j’aimais le cul. Et l’alcool aussi. Et le poker. Et les bastons de rue. Et fumer des cigares. J’étais un gros beauf en fait, une mauvaise caricature de Tyler Durden – les abdos en moins. Mais j’étais heureux. Savez-vous ce que ça fait de vous réveiller chaque matin aux côtés d’une nouvelle nana, dans un pieu qui n’est pas le vôtre, dans un quartier différent de la ville après vous être bourré la gueule jusqu’à l’aube et avoir gagné – ou perdu – des fortunes sur un brelan ou une double-paire ? Non bien sûr vous ne pouvez pas le savoir. On vous a mis en tête que tout ça c’était mal, qu’il fallait une vie routinière, la sécurité de l’emploi, une famille, un environnement stable.
J’en ai connu des culs. Des culs arabes, des hispaniques, des pâles, des bronzés, des maigres, des décharnés, des gros, des chinois, des philippins, des créoles, des culs de trans, celui d’un travelo une fois je crois, des français, des slovènes, des suédois, des trous du cul…
Les bien-pensants diront que ce n’est pas une vie, qu’un jour il faut grandir, entrer dans le monde adulte, se trouver un boulot, un vrai boulot – comme postier ou cuistot – et arrêter de glander, de rêver, et peut-être qu’ils auront raison, peut-être que c’est eux qui détiennent la vérité, la parole divine et absolue… Ou peut-être pas. Je n’ai jamais su en fait. Je sais juste qu’à une époque, j’étais accroc au cul et que je m’amusais bien.
0
0
0
2

Vous aimez lire Fanny ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0