Chapitre 4 : Clélie

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Ils discutèrent une petite heure autour d'une tasse de thé vert au gingembre et de quelques petits gâteaux au chocolat. Eléanore avait eu la présence d'esprit de ne pas arriver les mains vides aujourd'hui, c'était un des préceptes que madame Châtelet, la directrice de l'orphelinat, leur avait enseignés. Un interlocuteur au ventre plein, sera une personne qui prendra le temps d'essayer de vous apprécier. Néanmoins, ce geste fut surtout pour ne pas vivre une journée sans ses deux doses de théine journalière et une note chocolatée.

À l'occasion de sa première semaine, monsieur Linberg avait divisé par deux le nombre de consultations, lui permettant ainsi de prendre son temps pour former Eléanore dans le cabinet. Cela signifiait qu'elle n'irait pas faire de visites à la ferme et c'était tant mieux ! Eléanore s'était spécialisée dans les animaux de compagnies et non dans le traitement des cheptels.

L'objectif de son patron était de diminuer son propre temps dans le cabinet, pour ainsi mieux se concentrer sur les consultations au sein des fermes. De ce fait, à terme, Eléanore assurera l'ensemble des consultations et des chirurgies au sein du cabinet.

  • Alors, je vous ai prévu un petit cocktail de consultations cette semaine. Je vais donc pouvoir observer comment vous vous débrouillez avec les petits patients et leurs maîtres une semaine entière, dit-il l'air faussement sadique. Toutes les après-midi sont en consultations libres et les lundis, mercredis et samedis matins ont lieu les consultations sur rendez-vous. Les mardis, jeudis et vendredis matins sont bloqués pour les chirurgies, soyez prête pour demain Eléanore, finit-il tout en scrutant la réaction de la jeune femme.

Il ne fut pas déçu, elle avait un sourrire allant d'une oreille à l'autre, la perspective d'ouvrir son premier patient très prochainement la comblait de bonheur. À l’instar d'une enfant la veille de son anniversaire, elle trépignait d'impatience. La chirurgie était pour elle l'aboutissement de nombreuses années d'études stressantes et financièrement laborieuses. Cependant, elle devait régler un point dès maintenant avec son patron.

  • Jasper, pourriez-vous m'appeler Léa ? Je ne suis pas habituée à ce qu'on m'appelle par mon prénom entier. Ce serait un coup à ce que je ne comprenne même pas que vous m'appelez monsieur.

Il accepta, sans essayer d'en savoir plus sur les véritables raisons de cette particularité et reprit.

  • Au programme donc, des vaccinations, des échographies et autres joyeusetés. J'ai fais de mon mieux pour que vous puissiez manipuler le plus d'espèces possible, cependant, les consultations libres sont assez aléatoires.

Ils finirent leur tasse à la hâte, le premier rendez-vous allait arriver d'ici peu de temps et monsieur Lindberg ne lui avait toujours pas fait visiter les locaux, ils sortirent de la salle de repos du cabinet, réservée aux employés. À l'heure actuelle, ils étaient trois, Jasper, Eléanore et Corinne, l’assistante vétérinaire, présente depuis la création du cabinet. Cette dernière travaillait uniquement les jours de chirurgies.

L'espace d'accueil des patients était très agréable, la zone d'attente se trouvait à droite de la porte d'entrée, huit fauteuils siégeaient autour d'une table basse qui débordait de revues vétérinaires, ainsi que de diverses brochures et cartes de visites. Une palissade en bambou servait de délimitation entre cette aire d'attente et le comptoir d'accueil, situé en face de cette même entrée. Une ribambelle de petites peluches à l'effigie de grenouilles souriantes était accrochée aux bambous. Étonnamment, il n'y avait pas de gondole à proprement parlé, mais plutôt une extension du comptoir sous la forme d'un bar, orné par de simples échantillons de nourritures et d'un classeur. Ces derniers étaient contenus dans des sachets biodégradables, Eléanore appréciait ce petit coup de pouce à l'environnement. Ils continuèrent la visite, à gauche de l'entrée, se présentaient trois portes, une pour les toilettes, une qui donnait accès à un couloir, qui lui-même desservait les salles de consultations, d'opérations et la réserve. La troisième porte cachait quant à elle, la salle de repos où ils avaient pris le thé il y a peu. Cette pièce servait aussi à l'occasion de bureau, où monsieur Lindberg et sa femme s'occupaient de l'aspect administratif de l'entreprise.

En pleine visite, Eléanore fut stupéfaite d'entendre un bruit inhumain retentir à l'accueil, à ce moment à ils étaient en salle d'opération. Jasper quand à lui, resta imperturbable, continuant à lui montrer les différents emplacements des instruments chirurgicaux. Eléanore mit un peu de temps à identifier ce bruit désagréable, qui se répéta à trois reprises. La dernière fut la bonne, c'était un coassement de grenouille, c'était incontestable ! Elle interrogea du regard son patron qui sourit, il avait compris qu'Eléanore avait perdu le fil de ces explications depuis cette interruption tunitruante.

  • J'ai failli oublier ! Suivez-moi que je vous présente notre mascotte ! Il se dirigea donc vers l'accueil.

Arrivés sur place, la jeune vétérinaire vit un homme accompagné d'un magnifique chien, berger belge bleu merle, qui attendaient dans le sas d'attente.

Manifestement ce n'était pas ce chien qui avait coassé, elle rechercha un bassin dans la pièce, croyant avoir loupé quelque chose à son premier passage. Son patron lui montra alors une reinette verte en porcelaine, elle nichait en face de la porte d'entrée principale, presque invisible.

  • Léa je vous présente, Clélie. Quand j'ai ouvert le cabinet, ma femme me l'a offert, maintenant Clélie m'avertit quand un patient arrive. Tu as dû remarquer qu'on aimait les grenouilles ici.

OH MON DIEU !!! Si Eléanore avait bien compris, cette satanée grenouille allait hurler à la mort à chaque ouverture de porte, et ce trois fois ! C'était une catastrophe, jamais elle ne supporterait ça. La jeune vétérinaire en était certaine, un jour ou l'autre Clélie allait tragiquement mourir, terrassée par son prédateur naturel : la Léa en rogne !

La jeune femme était peinée, tout avait pourtant si bien commencé, son patron était un homme bon et un excellent professeur. Le cabinet était moderne et ses possibilités d'évolution réelles. Elle espérait simplement qu'elle n'allait pas faire une fixette sur Clélie... 

Annotations

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Tom Men

 Après avoir quitté Ner Doral pour s'enfoncer dans les entrailles du monde, l'unité de Cole avait longuement arpenté les étroits passages sous la montagne. Creusés par les nains plusieurs millénaires auparavant, certains étaient si étriqués que les plus robustes des soldats avaient du mal à se frayer leur chemin. Au contraire, d'autres étaient tellement démesurés que la lueur des torches ne parvenaient pas jusqu'au plafond. Les discussions allaient bon train, tergiversant sur comment des êtres aussi petits pouvaient bien forer d'aussi grands tunnels.
 L'exploration des sous-sols de l'Afirat dura plusieurs jours. Cole, toujours à la tête de l'expédition, ne faisait que suivre son instinct. Il n'y avait aucune indication, aucune façon de savoir si la direction qu'ils prenaient tous était la bonne. Il se contentait de prendre les volées de marches qui descendaient vers les profondeurs. Quelques uns, dont Kairo, avaient beau lui demander s'il savait où il allait, Cole se limitait à un simple hochement de la tête.
 La route vers Khughbur était finalement plus compliquée qu'un simple escalier reliant la capitale des nains à la surface. Parfois, les soldats atteignaient quelque salle si vaste qu'elle aurait pu abriter un village de bonne taille et quelques champs. Le sol et les murs étaient souvent proprement rabotés, plus lisses que les pierres taillées réservées à un chantier d'agrandissement de palais. Si de l'eau coulait le long des parois, elle était toujours d'une grande pureté et permettait aux hommes de Cole de se rafraîchir et de remplir les gourdes. Bien que boire n'était pas un problème, les soldats se plaignaient de plus en plus du manque de nourriture. L'humeur générale se dégradait à mesure que le groupe avançait vers Khughbur.
 L'unité parvint à rejoindre la capitale après une longue semaine de marche. Cole s'était attendu à découvrir la plus grande caverne du monde, si large qu'il était impossible d'en voir les parois. Il avait espéré trouver une cité aux bâtiments titanesques tout en pierre, aux statues d'anciens héros nains dont on parlait dans les livres et aux fontaines, arches, ponts et autres sculptures à la splendeur inégalée.
 Khughbur n'était qu'un vaste tas de ruines. Tout ce qui avait un jour été construit ici avait été réduit à l'état de gravats. La ville n'en avait que le nom, le reste n'étant désormais que décombres et poussière. Le vent assourdissant qui s'infiltrait et résonnait dans la caverne soulevait d'épais nuages de particules, faisant pleurer et tousser les visiteurs.
 D'un signe de la main, Cole dispersa ses hommes. Kairo attendit qu'ils soient seuls pour se mettre à son niveau. Côte à côte, leurs regards balayèrent les vestiges.
— Une tempête n'aurait pas pu causer autant de dégâts, lança Cole avant même que son ami ne prenne la parole.
 Kairo éclata d'un rire franc et fut prit d'une quinte de toux sèche. Il se débarrassa de la poussière ingérée en buvant une longue gorgée d'eau.
— Évite de t'étouffer, j'ai besoin de toi, plaisanta Cole.
— Je trouve fou que tu arrives à lire dans mes pensées comme ça. Bon, qu'est-ce qu'on fait ?
 Cole ne trouva aucune réponse. Il avait misé toutes ses chances de retrouver la garnison de Ner Doral à Khughbur. Mais la ville n'existait plus, et cela depuis probablement des dizaines d'années. Peut-être même des centaines. Il lui restait un goût amer dans la bouche : celui de n'avoir rien à rapporter avec lui à Dhilia. Kairo se rapprocha.
— Elamin va te massacrer si on retrouve pas les disparus.
— Tu ne m'apprends rien. Donne-moi plutôt une idée.
— Ils sont peut-être plus bas encore.
 Accompagné la parole d'un geste, il pointa deux soldats qui se dirigeait vers le fond de la caverne. Au loin, on distinguait deux grandes portes, du moins ce qu'il en restait. L'une d'elle avait été dégondée et s'était effondrée à l'intérieur de la ville. Il manquait une bonne partie de l'autre, explosée comme si un canon à la puissance phénoménale avait voulu la détruire. De nouvelles ténèbres, dissimulant probablement de nouveaux escaliers, s'échappaient du tunnel que le portail scellait jadis.
 Cole resta en hauteur une ou deux heures. Ses soldats explorèrent les décombres de Khughbur à la recherche de quoi que ce soit d'intéressant : de l'eau, des hommes, des indices. Il n'avait trouvé que pierre, poussière et ossements en quantité. Ceux de nains morts il y a bien longtemps. Les dhiliens se rassemblèrent autour de leur chef pour obtenir de nouveaux ordres. Le chevalier royal avait beau réfléchir, il n'avait aucune autre piste. Aussi, et surtout en désespoir de cause, il se replia sur l'idée de Kairo. Le groupe se dirigea donc vers les grandes portes abattues.
 Les recherches durèrent trois jours de plus. Les hommes traînaient les pieds toujours plus. Cela faisait dix jours qu'ils n'avaient pas vu la lumière du soleil. À cette pensée, Cole se demanda même s'ils avaient vraiment passé autant de temps dans les interminables tunnels. Estimer l'heure était un véritable défi sans lumière naturelle. Peu importait. Tout ce qu'il avait en tête, c'était de se racheter auprès du roi en menant cette mission à bien.
 Ce fut un mystérieux tremblement de terre qui attira son attention. Très léger, survenu pendant son quart de garde, il avait presque cru rêver en sentant la terre vibrer sous ses pieds. Ça n'avait duré qu'une poignée de secondes, mais ce fut suffisant pour comprendre qu'il y avait de la vie non loin. Une secousse si brève ne pouvait être causé que par d'intenses explosions de poudre. Une mine active se trouvait dans les environs, à quelques heures de marche seulement. Le chevalier royal patienta jusqu'au lendemain pour reprendre la route. Il n'y avait pas de raison de se presser et les hommes auraient rechigné à la tâche comme des enfants à qui on demande de l'aide pour dresser la table.
  Ils reprirent ainsi la route en suivant les longs couloirs vides qui couraient dans la montagne. Plus ils avançaient, plus ils descendaient. Cole ignorait combien de marches ils avaient foulé. Deux, trois milles, estima t-il, sans savoir à quel point il était proche de la vérité. Il se surprit à vouloir remonter à la surface. Son esprit vogua du regard terrifiant du roi jusqu'à celui plus affectueux de la princesse Asena. Il espérait qu'elle s'était remise de ses émotions et que sa blessure ne lui apportait aucune difficulté. En y pensant, le chevalier royal se sentit plus responsable que jamais et baissa la tête, en signe de résignation.
 Son pied dégagea une petite pierre bleutée. Cole s'écarta du chemin et alla ramasser le caillou. C'était une gemme azurine, de la taille d'un pouce. Elle rayonnait comme si une luciole était emprisonnée à l'intérieur. Kairo lui posa sa main sur l'épaule, le tirant de sa rêverie.
— Je me demandais quand tu allais remarquer.
 Cole leva les yeux et découvrit, à divers endroits dans la roche, de petits gisements de ce cristal lumineux. Un instant, il n'arriva pas à croire qu'il ne les avait pas remarqué, jusqu'à ce que Kairo lui explique qu'il avait le front tellement plissé que personne n'avait voulu se risquer à le déranger.
— Ça fait bien une heure qu'on en trouve partout.
— Tu sais ce que c'est ?
— Si c'est ce que je pense, les haléens appelent ça de l'overelveya. Une idée ?
— Jade des vénétiens. C'est extrêmement rare.
— Et extrêmement cher, ajouta Kairo. Un morceau de cette taille-là doit bien valoir six mois de soldes.
 La voix de Kairo résonna jusqu'aux oreilles des soldats, qui s'arrêtèrent chacun leur tour de marcher avant de se tourner vers eux. L'appât du gain apparut rapidement sur leurs visages, assombris et creusés par la fatigue et la faim. Cole voulut s'empresser de leur interdire de se servir et sa main se dirigea inconsciemment vers son épée pour les empêcher de détruire tous les cristaux des environs. Puis, voyant les étoiles dans leurs yeux, il capitula.
— Soyez raisonnables, par pitié. Environ une once par personne. Je vous fouillerais dès que nous sortirons de cet enfer.
 Les soldats se jetèrent sur les parois, extirpant à mains nues leur maigre butin. Kairo s'abstint, tout comme Cole, qui envisagea une seconde de garder celui qu'il avait entre les doigts. Il se dit qu'il pouvait servir de cadeau pour le roi. Puis il se ravisa : jamais il ne pourrait racheter son imprudence, même avec toute la jade qu'il pourrait trouver. Il tendit sa pierre à Kairo.
— Tu pourras offrir une nouvelle bague à Kirris, en t'excusant de t'être enfui pour me suivre.
 Kairo s'apprêta à lancer une de ces répliques cinglantes dont il avait le secret quand une détonation fit trembler les murs. L'explosion avait eu lieu à proximité, ce qui fissura le plafond. Quelques grosses caillasses se décrochèrent de la roche pour s'écraser au milieu des soldats. Cole fut le plus prompt à stabiliser sa posture et releva son regard, prêt à éviter toute nouvelle chute de pierre.
 Quand la secousse s'arrêta, les soldats attendirent les instructions. Ils n'étaient plus très loin de ce qu'ils cherchaient. Sans un mot, Cole désigna la direction qu'ils suivaient depuis plusieurs heures. Après seulement cinq minutes, les dhiliens débouchèrent dans une mine de jade des vénétiens. La cavité était parsemée de larges piliers de pierre, comme de colossales stalactites et stalagmites qui s'étaient unis des millions d'années plus tôt. Les colonnes et le plafond étaient recouvert de gisements d'overelveya et illuminaient toute la grotte d'un bleu turquoise diffus.
 Certains piliers étaient entourés de passerelles en bois, disposées sur plusieurs niveaux, afin de permettre aux mineurs d'extraire les cristaux. Les bruits des pioches résonnaient si forts dans toute la caverne que Cole eut l'impression qu'elles s'abattaient à côté de ses oreilles. Tous les sons étaient amplifiés : on entendait le bruit de brouettes pleines à craquer, les discussions animées de quelques ouvriers, un contremaître qui hurlait ses ordres en les accompagnant de divers jurons plutôt fleuris. Rester discret pouvait s'avérer être la tâche la plus aisée du monde, comme la plus difficile : il fallait particulièrement bien gérer le bruit.
 Cole, Kairo et deux soldats grimpèrent sur un monticule pour avoir une vue d'ensemble de la mine. La lueur des cristaux, mêlée à la poussière flottant dans l'air, empêchait de voir le fond de la grotte. Elle prenait même le dessus sur les centaines de torches qui étaient éparpillées un peu partout. De là où ils se trouvaient, ils comptaient une douzaine de colonnes. Trois avaient été déshabillées de leur cristaux, quatre étaient en plein effeuillage, et les autres attendaient leur tour, un peu plus loin. Des hommes poussaient ici et là leurs chariots.
— Ce sont nos soldats ? murmura Cole.
— Impossible à dire, Sire.
 Le chevalier royal observa la scène quelques instants et désigna un travailleur isolé que personne ne surveillait.
— Redescendez et amenez-moi ce mineur. Et faîtes-vous discret. Si nous avons affaire à une entreprise illégale, je préfèrerais ne pas attirer l'attention des contremaîtres.
— Pas tout de suite, en tout cas, corrigea Kairo après que les deux soldats soient partis. Je te connais. Si ce sont des esclavagistes, tu vas vouloir leur faire la peau.
 L'haléen faisait référence aux griefs que Cole avait à l'encontre du sergent Randal. Il n'avait jamais eu l'occasion de lui faire payer ses innombrables sanctions. Depuis, Cole avait développé une haine intarissable pour ceux qui profitaient de la faiblesse des autres et qui exploitaient l'homme pour le plaisir ou pour leur profit personnel.
 Cole redescendit avec Kairo et ils attendirent quelques minutes que les deux soldats envoyés reviennent. Ils réapparurent rapidement avec le mineur. Sur son visage se lisait un mélange de surprise, d'excitation et d'infinie gratitude. Il porta des yeux exorbités d'étonnement et se dirigea, chancelant comme un vieillard, vers le chevalier royal.
— Vous êtes venus pour nous ? demanda t-il, la voix tremblante.
— Toute la garnison de Ner Doral se trouve ici ?
— Oui, Sire. Quelques uns sont morts d'épuisement. Ils se sont débarrassés des corps.
— À quoi doit-on s'attendre ?
— Des nains. Une cinquantaine.
— Cinquante nains ont réussi à capturer les deux cents soldats de la citadelle ? gronda Cole à voix basse.
— C'est ça qui t'étonne ? demanda Kairo, coupant la parole au prisonnier. Pour ma part, c'est de voir des nains forcer des humains à creuser à leur place.
 Le chevalier désigna deux nains, sur l'une des passerelles. Ils passaient un dhilien à tabac. Les autres mineurs aux alentours détournaient le regard et se concentraient sur leur travail. Cole se sentit bouilloner de rage. Il dégaina son épée et serra la garde à s'en faire saigner les doigts.
— Éliminez-moi toute cette vermine, siffla le chevalier entre ses dents.
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Défi
roland maille
Oui, c'est vrai , je l'avoue, je suis gourmand! pas vous?
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BEE

Quand j’étais plus jeune, j’aimais le cul. J’aimais le cul plus que tout au monde je crois. Certaines personnes développent une passion pour le sport, les jeux-vidéos, la lecture ou le tricot, moi c’était le cul.Je ne sais pas d’où m’est venu ce goût pour le cul. Si un psychiatre m’avait examiné à cette époque, il aurait certainement trouvé au plus profond de mon subconscient des traumatismes issus de mon enfance, un complexe d’œdipe mal résolu, une forte carence affective ou alors un choc neurologique, un quelconque dommage dans mon cortex pré-frontal – comme la fois où je me suis pris une balle de baseball en pleine tête pendant un match à l’école primaire et que je suis resté bien dix minutes inconscient ? – et m’aurait prescrit des médicaments ou un séjour dans un monastère shaolin.
Oui j’aimais le cul. Et l’alcool aussi. Et le poker. Et les bastons de rue. Et fumer des cigares. J’étais un gros beauf en fait, une mauvaise caricature de Tyler Durden – les abdos en moins. Mais j’étais heureux. Savez-vous ce que ça fait de vous réveiller chaque matin aux côtés d’une nouvelle nana, dans un pieu qui n’est pas le vôtre, dans un quartier différent de la ville après vous être bourré la gueule jusqu’à l’aube et avoir gagné – ou perdu – des fortunes sur un brelan ou une double-paire ? Non bien sûr vous ne pouvez pas le savoir. On vous a mis en tête que tout ça c’était mal, qu’il fallait une vie routinière, la sécurité de l’emploi, une famille, un environnement stable.
J’en ai connu des culs. Des culs arabes, des hispaniques, des pâles, des bronzés, des maigres, des décharnés, des gros, des chinois, des philippins, des créoles, des culs de trans, celui d’un travelo une fois je crois, des français, des slovènes, des suédois, des trous du cul…
Les bien-pensants diront que ce n’est pas une vie, qu’un jour il faut grandir, entrer dans le monde adulte, se trouver un boulot, un vrai boulot – comme postier ou cuistot – et arrêter de glander, de rêver, et peut-être qu’ils auront raison, peut-être que c’est eux qui détiennent la vérité, la parole divine et absolue… Ou peut-être pas. Je n’ai jamais su en fait. Je sais juste qu’à une époque, j’étais accroc au cul et que je m’amusais bien.
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