88 : Isaac Mazeltov

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On a traversé le champ, en formation serrée sous les étoiles, escortés des trois cybergendarmes, un devant, un de chaque côté. Ils tazaient quiconque osait s'approcher trop près de nous. Impressionné, j'ai lancé à Tiburse, à côté de moi :

" J'espère qu'ils sont soumis aux trois lois !

  • Quelles lois ? s'est étonné Lolo.
  • Mais... les lois de la robotique !
  • Faites attention, m'a surpris la voix graveleuse de Worf à mes pieds. Ils se regroupent derrière nous. "

On était en plein milieu du cortège, encerclés nous-mêmes par les petits vieux. Un coup d'oeil en arrière m'a montré les Bobs se regroupant pour nous prendre à revers. Mecs et meufs de tous gabarits, en sweats, treillis, blousons, t-shirts, blonds, bruns, tondus...

" Un robot ne doit pas porter atteinte à un être humain ou permettre qu'on lui porte atteinte, énumérais-je d'une voix mal assurée. "

Les possédés nous emboîtaient le pas, courbés, les bras en avant, comme prêts à bondir sur une proie.

" Un robot doit obéir aux humains, tant que ça n'entre pas en contradiction avec la première loi. "

Tout-à-coup, ça me semblait futile. Pourquoi s'inquiéter de l'intégrité physique de nos assaillants ? Après tout, on allait défendre notre peau !

" Un robot doit protéger son existence, tant que ça n'entre pas en contradiction avec les deux premières loi.

  • Jamais entendu parler, m'a répondu Tiburse. "

C'était incroyable. Lui qui avait fabriqué un robot avec du matériel de récupération informatique ?

" Mais enfin, insistais-je, Isaac Asimov !

  • Qui ?
  • Un auteur de science fiction ! L'inventeur des robots ! Enfin... il les a imaginés avant qu'on les invente, au milieu du vingtième siècle. "

Il s'est mis à me scruter sans cesser de marcher :

" Ca fait deux-cents ans que les robots existent.

  • Quoi ?
  • Si ton Isaac Mazeltov a vécu en 1950, il était un peu en retard pour l'idée ! "

Trottant toujours à mes pieds, Worf a surenchéri :

" Si ça se trouve, il n'est même jamais né ! "

Je me suis rendu compte qu'on avait dépassé le milieu du champ. Etonné, j'ai lancé à la cantonade :

" On devait pas se séparer pour investir les sons ? "

Devant moi, Célime a répondu :

" Il y a encore un autre terrain.

  • Après le sentier du commerce, a précisé le chien, la langue pendante. "

Je n'avais même pas visité toute la teuf encore. C'est le moment que les Bobs ont choisi pour nous prendre d'assaut, profitant du couloir laissé par les robocops, derrière nous.

Ils se jetaient sur les petits vieux avec rage, mais ceux-ci avaient encore du répondant pour leur âge. Ils se défendaient à coups de cannes, de béquilles et de déambulateur. J'ai vu Tiburse attraper la tête d'un mec en sweat noir, par derrière, une main de chaque côté de sa capuche. Le mec se débattait comme un beau diable.

" Et merde ! pestait mon ami. "

Worf s'est jeté aux pieds du gars. Attrapant son mollet gauche, il a planté les crocs, fort, j'ai vu gicler du sang !

" Aaaaaaahhhhh ! hurlait le Bob. "

Lolo lui a retiré sa capuche de la main droite puis, serrant sa tête à nouveau :

" TU VAS TE RÉVEILLER, ZOMBIE DE MALHEUR ? "

Le mec s'est laissé tomber au sol, tenant sa jambe, hurlant à son tour :

" QU'EST-CE QUI SE PASSE, BORDEL ? "

Le conflit a pris alors les allures d'un album de Peyo, le dessinateur, avec une touche de science fiction. Sur fond de musique tekno, les schtroumpfs noirs se jetaient sur nous :

" GNAP, GNAP, GNAP ! "

Sauf que, au lieu de mordre, ils nous filaient des beignes. Quant à nous, on se défendait non pas en leur pulvérisant du pollen de tubéreuse, mais en leur chopant la tête des deux mains, les paumes vibrant du son d'Armin Van Buuren :

" BLAH, BLAH, BLAH ! "

Mais le résultat était le même, les shtroumpfs noirs se métamorphosaient immédiatement en shtroumpfs bleus, ou tout au moins en teufeurs ordinaires quoique terrorisés de se réveiller en pleine bataille.

Le robocop de droite a fait marche arrière, pour prendre nos agresseurs à revers, pendant que ses collègues continuaient à défendre nos flancs. Mais il s'est fait déborder à son tour. Difficile de tazer vingt teufeurs qui vous agressent de toutes parts, avec seulement deux bras. Ils l'ont renversé sur le ventre. J'ai vu Katel, à genoux sur son dos, arracher un panneau et se mettre à trifouiller dans son corps. Distrait, je me suis laissé surprendre.

Un mec m'a plaqué au sol comme au rugby. Costaud, le gars. Allongé sur le dos, j'étais immobilisé, un genou sur la poitrine. Il m'a chopé la mâchoire entre deux doigts, pouce et index, pour me forcer à l'ouvrir. De l'autre paluche, il brandissait un Distorsion Treize au-dessus de ma bouche. La pilule est tombée tout au fond de ma gorge. J'ai vu deux mains lui couvrir les oreilles... trop tard, j'avais avalé le lapin blanc.

Le mec s'est redressé, brun, les cheveux ébouriffés :

" C'est quoi, ce bordel ? "

Il portait juste un t-shirt kaki par dessus un pantalon de camouflage. Derrière lui, Erig l'a attrapé par le bras pour l'aider à se relever :

" On t'a drogué. Mais ça va mieux. Le fichier son, dans ta tête, c'est le remède. "

Sans répondre, le gars a jeté un regard de travers à mon ami, puis s'est éloigné, attrapant tous ceux qui s'approchaient de lui par les oreilles. Erig m'a tendu la main à mon tour :

" Ca va ? "

J'ai répondu, les paumes sur mes esgourdes :

" Non, j'en ai avalé un ! "

Ma voix me semblait sourde, de l'intérieur, couvrant à peine la chorale enfantine qui chantait dans mes paluches :

" All we ever do is go ja, ja, ja !

  • C'est pas la peine ! criait mon ami à travers le son. Il faut attendre que ça fasse effet pour que le traitement marche ! "

Alors j'ai attrapé sa main et je me suis remis debout. J'ai jeté un nouveau coup d'oeil en arrière. Le robocop se relevait à son tour. Il s'est campé sur ses trois jambes. La tête sans visage tournée vers nous, il s'est mis à clamer d'une voix forte quoique monocorde et singulièrement métallique :

" JE... M'APPELLE... BOB ! "

Les yeux équarquillés, Tiburse s'est exclamé :

" On n'est pas en finale !

  • C'est impossible ! s'insurgeait Worf. On ne peut investir que des êtres vivants ! "

J'ai suggéré :

" Encore un savoir qu'il a ramené de ton futur ? "

A mi-chemin entre nous et le cybergendarme, le Capitaine s'est tourné vers nous :

" COUREZ !!!!!!!! "

On a pris nos jambes à nos cous, franchissant les deux autres robots qui se faisaient déborder aussi. Décidément, les petits vieux étaient très en forme. Je me suis même fait dépasser par la mémé au déambulateur. Elle le brandissait à bout de bras, courant comme une dératée.

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