80 : À la Playa !

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En franchissant l'entrée du caisson, j'ai carrément changé d'univers. Les vieux fauteuils, canapés et tourets servant de tables étaient à la même place que la veille, mais sur une plage de sable fin ! Les petits vieux s'étaient dispersés dessus. Au centre, dans un carré de sofas rappelant les banquettes au fumarium des Back in Time, s'étaient installés, par deux, Érig et Célime, Riks et une grand-mère aux cheveux gris coupés au bol et enfin le Capitaine en compagnie de la mémé au déambulateur, nous laissant libre le quatrième divan. Worf était allongé au milieu, la truffe sur les pattes avant.

Ni plafond, ni murs, la vue s'étendait à perte de vue sous un ciel bleu et un soleil éclatant, révélant au loin des maisons aux toits d'ardoises. À gauche, c'était l'Océan, battant la côte de son ressac, de part et d'autre d'une fine bande de sable menant à une toute petite presqu'île, à cent mètres à peine.

Me retournant, j'ai vu la nuit par l'encadrement de la porte. Tiburse l'a refermée et hop, disparue, la teuf ! Je sentais aucun vent sur mon visage. Mais j'entendais les vagues, le chant de mouettes et, au loin, cette musique douce me rappelant où je me trouvais réellement.

« Ça va ? m'a demandé Lolo, inquiet. T'as pas l'air bien ! »

Je l'ai regardé, hagard...

« Heu... si mais... waw, ha, ha ! On est à la plage !

— Détends-toi, René ! m'a-t-il répondu. C'est juste un décor holographique ! Viens ! »

Je me voyais mal lui dire : Figure-toi que j'ai rencontré Merlin l'Enchanteur dans un rêve temporel. En lui donnant le moyen de se protéger de l'uranium, j'ai empêché des gens de l'avenir de le vaincre et à cause de ça, tu utilises aujourd'hui des technologies qui devraient pas exister. Lui qui encaissait déjà mal les animaux parlants et les petits vieux ressuscités, puis de retour du futur ! Au lieu de ça, une autre idée m'a bêtement traversé l'esprit : Pourquoi René ? S'avançant déjà vers nos amis, il m'a lancé par-dessus son épaule :

« Désolé, j'ai pas de café ! »

Il arrive, comme ça, qu'on reçoive des références à des trucs qu'on connaît pas. C'est en tout cas ce que je me suis dit, alors j'ai laissé tomber et je l'ai suivi. Je me suis assis sur le canapé libre, mais Tiburse a demandé à Érig, lui montrant ses mains où séchait son vomi :

« J'ai un point d'eau au fond du caisson, mais t'aurais pas des Kleenex ?

— Si ! »

L'autre a sorti un paquet de mouchoirs en papier de son futal et le lui a tendu. Il nous a laissés pour aller se débarbouiller. Alors Érig a repris une conversation apparemment déjà entamée. S'adressant à Riks :

« OK. Vous me dites que vous vous êtes échappés de la maison de retraite et que vous avez volé un car de voyage pour nous rejoindre. D'ailleurs tu ne m'as pas dit comment vous êtes sortis de l'unité.

— Tu te souviens, quand on est allés rendre visite à ton père ?

— Oh la vache, ça date, mais oui !

— Figure-toi qu'ils n'ont toujours pas changé le digicode.

— Ah ouais ! Mais... vous, comment ça se fait que vous êtes revenus du futur ?

— Après votre départ, les choses ont empiré. »

L'ancien a poussé un grand soupir et :

« Des planètes entières peuplées de gens qui prétendaient tous porter le même nom.

— Bob ?

— C'est ça. C'est comme ça qu'on a compris ce qui se passait à votre échelle. En haut lieu, ils ont décidé que ce ne serait pas un luxe de vous envoyer du renfort. Alors on a investi ma maison de retraite en catastrophe.

— Comment ça, vous ne vous êtes pas incarnés à leurs naissances ?

— Non ! Une mission archéologique est tombée sur les notes d'un certain Docteur Emmanuel Brun sur la Distortion Treize.

— Doc ?

— Ouais. En étudiant ses travaux, nos scientifiques ont trouvé comment investir des gens adultes sans avoir besoin de médication.

— Sans la Distortion Treize ?

— Ouais. Ça fonctionne sans la moindre résistance, avec des personnes atteintes de certaines maladies dégénératives.

— Alzheimer et apparentées ?

— Exactement, mec ! Tu vois ? Au final, ma sénilité a servi a quelque chose, en fin de compte ! »

Érig a jeté un regard autour de lui...

« Vous êtes tous venus vous réincarner en vous-mêmes ?

— Ah non, je suis le seul ! Les autres ont pris ce qu'ils trouvaient sur place !

— Moi, je m'appelle Sandra, est intervenue la mémé au déambulateur, mais je ne sais pas à qui j'ai piqué ce corps !

— C'eût été un miracle, a fait remarquer l'autre grand-mère, que nous ayons tous vécu dans la même maison de retraite. »

Elle a ajouté en lançant un clin d'œil à Riks, à côté d'elle :

« Hein, mon loup de mer ?

— Oui ma Blanche, lui a-t-il répondu avec un sourire. »

J'ai vu Érig ouvrir une bouche béante, les yeux équarquillés...

« Gwennyn ? »

Elle a répondu en riant :

« Oui, c'est moi !

— Je l'ai ressuscitée après votre départ en mission, a précisé Riks. »

Le grand-père à la barbe blanche a surenchéri, paumes en l'air, contemplant son uniforme :

« Visiblement, moi, j'ai atterri dans un capitaine au long cours. J'adore, quoi ! »

Les yeux de mon ami se sont encore agrandis, comme si c'était possible. son ébahissement s'est transformé en un immense sourire.

« C'est toi, mon ami ? s'est-il alors exclamé.

— À ton avis, lui a répondu l'autre, tout sourire lui aussi.

— Tu m'as tellement manqué !

— Je sais. Tu me l'as déjà dit ! »

Le capitaine a pris une grande inspiration et :

« C'était il y a une éternité, quoi !

— T'as encore avalé une grenouille ?

— Ha, ha ! Tu sais... »

Il a poussé encore un énorme soupir et :

« Si tu savais ce que ça m'a tué, durant toutes ces années, de rien pouvoir te dire !

— On ne t'a toujours pas appris la négation, dans le futur ? »

Je comprenais rien à leur échange.

« Heu... Érig ! m'a fait sursauter une autre voix, sur ma gauche. »

Tiburse était de retour de ses abblutions. Mais il avait l'air complètement hagard.

« Oui ? lui a répondu mon ami.

— Je peux te parler en privé ?

— Bien sûr ! »

Érig s'est levé. Ils ont fait quelques pas vers la rive. Tendant l'oreille j'ai entendu Lolo demander, l'air complètement perdu :

« Tu peux me dire ce qu'on fout là ?

— Pardon ?

— On n'était pas en teuf ? Qui sont tous ces petits vieux ? Qu'est-ce qu'on fait à Carnac ? »

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