78 : Taïaut !

4 minutes de lecture

La marmule a attrapé le visage de Lolo, toujours maintenu par deux autres teufeurs. Serrant ses joues entre le pouce et l'index, il l'a forcé à ouvrir la bouche. Levant un bras, Marco a lâché un cachet de Distorsion Treize dedans et Katel, une petite bouteille en plastique à la main, y a versé une rasade d'eau. Enfin... c'était transparent. J'espérais pour mon pauvre ami qu'il s'agissait de rien de plus fort. Massant sa gorge, Marco l'a forcé à avaler. Puis il s'est tourné vers moi, brandissant l'autre pilule. L'armoire à glace tendait une énorme paluche vers mon visage.

Il s'est arrêté, tout à coup, les yeux équarquillés. Je l'ai vu s'écrouler, sur le côté, révélant derrière lui... Un papy, presque centenaire, brandissait une lourde canne en bois. Il portait un pantalon de flanelle gris, un gilet marron et un béret sur une touffe de cheveux blancs et filasses encadrant un visage ridé et buriné, avec un pif énorme !

Derrière lui se dressait une quinzaine de petits vieux. Hommes et femmes du troisième âge, vêtus de lourdes fringues des temps passés : chemises, bretelles et même des robes en laine. Gros, minces, agittant cannes, béquilles et même un déambulateur. L'un d'entre eux, grand, distingué, les cheveux blancs et la barbe impeccablement taillée, semblait porter un uniforme de capitaine au long cours, façon Titanic, avec même un képi blanc arborant une ancre dorée. Je n'aurais pas été surpris de lui voir une pipe à la bouche. Au lieu de ça, il s'appuyait sur une canne au pommeau cuivré en forme de tête de cheval.

Quel était encore ce délire ?

Ouvrant une bouche parcourue de chicots plantés de travers, le papy à leur tête s'est écrié :

« Allez les vieuques ! Sus à la jeunesse ! »

Et ils se sont jetés sur les Bobs. Surpris, ces derniers nous ont lâchés. On a pu se joindre à la mêlée, quoique... j'en avais un peu marre de me battre. Je me suis accroupi près de Worf. Caressant son échine, je le sentais revenir à lui. Ourvant les yeux, il a fait :

« Qu'est-ce qui s'est passé ? J'ai traversé une autoroute ? »

Autour de nous, c'était le chaos total. Érig a fait voler Marco par-dessus son épaule. J'ai dû baisser précipitamment la tête pour pas me le prendre. Il a fait un vol plané au-dessus de moi. De l'autre côté, le Papy au bérêt l'a cueilli en plein vol, jouant de sa canne comme d'une batte de baseball.

« Riks ? s'est écrié mon ami.

— T'en reviens pas de me voir, hein ? riait le vieux à pleine gorge édentée. Attention ! »

D'un mouvement du coude en arrière, Érig a frappé en pleine tête le teufeur torse nu qui se jetait sur lui en traitre.

« Mais enfin comment... dans ton état ? »

Enfonçant sa canne dans le bide du Bob en survêtement :

« Devine ! C'est moi !

— Quoi ?

— L'autre Riks ! Celui que t'as ressuscité dans le futur !

— C'est quoi encore cette histoire de dingues ? s'écriait Lolo en fracturant l'avant bras du géant qui s'était réveillé. »

Apparemment, la drogue faisait pas encore effet.

« Mais enfin, comment ? insistait mon ami. »

Une mémé boudinée a répondu, maintenant Maud au sol avec son déambulateur :

« On a détourné un car de voyage... ah non, Cocotte ! »

Elle a filé un coup de balle de tennis, l'un des pieds de son engin, à sa proie, lui faisant perdre connaissance, ajoutant avec un sourire :

« J'en ai conduit toute ma vie !

— Attentiooooon ! »

Katel courait vers moi, mais le vieux en habit de capitaine de navire l'a taclée au passage. Il s'est retrouvé à genoux sur elle. Le poing serré, il lui a filé une énorme mandale. Puis il est venu vers moi, tenant sa main dans l'autre, le visage exprimant la douleur.

« Ah merde, pestait-il. Ça fait toujours aussi mal, quoi ! »

Il s'est accroupi face à moi. Plongeant son regard dans le mien :

« Oh la vache, paie-toi ce retour dans le temps, mec ! »

J'ai fait :

« Quoi ? »

Redressant la tête, il a lancé à la cantonnade :

« Il nous faudrait une solution de repli !

— Quoi ? a lancé Célime, aux prises avec une autre meuf en collants verts. »

Il a précisé :

« Un refuge, quoi !

— Y'a le caisson ! a proposé Tiburse avant de se prendre un coup de pied dans le tibia. »

Le visage du Capitaine s'est éclairé sous son képi :

« Mais oui ! J'y pensais plus ! Le caisson insonorisé ! »

Il s'est remis debout, a ramassé sa canne ans l'herbe et s'est taillé un chemin à coups de bâton dans les Bobs, direction le son des 62P, clamant :

« Ralliez-vous à mon panaché, ha, ha, ha, ha ! »

Tout ceci avait l'air de l'amuser, mais grave. Qui était-il ? Comment connaissait-il le caisson des 62P ? Pourquoi m'avait-il l'air si familier ? On lui a tous emboîté le pas. Courant vers le salut, j'ai demandé à Lolo, à côté de moi :

« Tu le connais ? »

Il m'a répondu :

« Non, mais il me rappelle quelqu'un. »

Worf nous a dépassés en trombe, hurlant :

« TAÏAUT LES MECS !!!

— Qui ? ai-je insisté.

— Aucune idée, m'a répondu Tiburse, essoufflé. J'en sais rien, cours ! »

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 12 versions.

Recommandations

Sébastien Guéry

Quand mon encre fuit en ces lettres oniriques,
Je jouis de ces vers, emplis d’un fin millésime,
De ce doux nectar, issu de champs idylliques,
Emplissant ma mine de ces essences intimes,

Ces sublimes scènes d’émotions, se dessinant
Au gré des élans lunatiques de ma plume,
Me font rêver à tous ces décors si charmants,
À ces vallées magiques, exempt d'amertume,

Ce pays, d'une douceur unique et exquise,
M'enivre de pensées tellement délicieuses,
Et me dévoile un univers plein de surprises.

Tous ces fameux décors qui se donnent à moi,
Et me font languir de ce plaisir si grandiose,
M'enchantent de ces lettres si merveilleuses : OSE.
0
0
0
0
Gérard Legat (Kemp)
Réalité augmentée.
7
9
5
1
MarieF
L'enfant va se coucher
2
2
3
0

Vous aimez lire Éric Gélard ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0