70 : Par tous les Os à Moëlle !

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Avec mon aide, elle a extrait notre prisonnier, toujours ficelé et les oreilles bouchées, du camping-car. Sans ménagement, je dois dire, mais sa colère semblait envolée. Elle paraissait juste déborder d'énergie. Worf nous a suivis jusqu'au laboratoire. Il a même claqué la porte du camion, la poussant du museau, avant de nous emboîter le pas.

Doc nous a ouvert, les cheveux plus hirsutes que jamais. Il nous a fait installer Bob sur la couche qu'il avait préparée plus tôt pour le chien, au fond à droite. Sans poser de questions ; il devait être habitué à ce genre d'aventures.

Il s'est placé devant sa table, pour nous montrer la cage en verre posée dessus. Une souris blanche mâchait un chewing-gum imaginaire entre les deux enceintes posées contre les parois face à face. Attrapant le gros curseur circulaire au milieu de la console noire posée devant, il s'est exclamé en tournant doucement le bouton vers la droite :

« On avance, regardez ! »

J'ai eu comme un sursaut en découvrant la ligne sonore, à droite de la cage. L'Eee PC avait disparu, remplaçé par un socle gris au-dessus duquel l'onde sinusoïdale se développait, flottant dans l'air. Encore un hologramme ! La souris s'est dressée sur ses pattes arrière, comme la précédente, puis s'est laissée retomber, les oreilles en sang. Doc remettait le bouton en position OFF tandis que l'animal se relevait douloureusement sur ses pattes. Il a ouvert le couvercle de la cage pour en extraire le rongeur, le tenant par la queue. La pauvre bête se tortillait, le rouge aux oreilles.

« C'est ça que t'appelles avancer ? m'écriais-je, horrifié.

— Bah oui, regarde, elle n'est pas morte ! Bon elle a les tympans éclatés, mais en affinant le réglage... »

Il a semblé réfléchir un instant...

« Je dois juste vérifier que ça a réveillé les neurones. »

Il m'a lancé un sourire narquois, enveloppant la souris dans ses mains. Il s'est figé un instant puis :

« Attention, je vais la tuer ! »

Et crac ! Il lui a tordu le cou avant de se diriger vers son microscope. Cette fois, pas le choix, j'ai assisté à la dissection, avec Célime. On s'est placés de part et d'autre du vieux savant occupé sur son établi. Il a découpé le crâne du rongeur avec un scalpel au laser bleu dont j'ignorais même l'existence, un sabre sorti tout droit de la Guerre des Étoiles, mais à l'usage d'un jedi schtroumpf. Puis il en a extrait de la matière grise, avec une simple pince à épiler, pour la déposer sur une lame de verre rectangulaire. Une fois encore, je me sentais complètement éparpillé dans le temps. Il a posé une autre lame dessus, glissé le tout sous son microscope et collé son œil sur l'occulaire avant de s'écrier, réglant la molette métallique de l'appareil :

« Ça a marché ! »

Une fois encore, sa voix enjouée m'a propulsé dans Retour vers le Futur. Il s'est écarté du microscope, tournoyant sur lui-même les bras en l'air, faisant osciller la remorque toute entière. Curieux, j'y ai collé mon œil à mon tour. Dans un disque de lumière, je voyais les cellules étendre leurs racines autour d'elles. Elle ressemblaient à tous les neurones que j'avais pu voir en photo dans mes livres de classe mais... je n'étais pas expert ! Me redressant, j'ai toutefois demandé pendant que Célime se penchait à son tour sur l'engin :

« Ça vient de son hippocampe ? »

Il m'a attrapé par les épaules, plongeant ses yeux fous dans les miens avec un grand sourire :

« Ouiiiiiiii ! J'ai réveillé le cheval des mers ! »

Là, je me suis dit : Lui aussi, il faut qu'il arrête le LSD ! C'était toutefois encourageant. Mais on n'avait pas encore toutes les réponses. Me dégageant, j'ai demandé à Célime :

« Vous arrivez par l'hippocampe, non ?

— Pardon ?

— Quand vous vous incarnez dans un indigène. C'est ce que Érig disait tout-à l'heure, mais il était pas sûr. Vous l'investissez à la naissance, par le cerveau limbique. C'est par l'hippocampe ? »

Elle a jeté un regard indécis à Worf, à nos pieds. Finalement le chien a répondu :

« Oui, c'est par là qu'on arrive. Mais je ne vois pas...

— Est-il possible que, grâce à la Distortion Treize, Bob ait trouvé un moyen d'investir des gens adultes, sans avoir à vivre leur vie entière ?

— Développe ! m'a ordonné Célime.

— Eh bien, la drogue endort l'hippocampe. Elle met peut-être en état de recevoir un visiteur du futur sans opposer la moindre résistance. Un genre d'incarnation spontannée. »

Après queques secondes, Worf a grogné :

« Une possession temporelle ?

— Oui, je crois qu'on peut dire ça comme ça. Quoique, je me demande pourquoi les possédés sont obligés de toucher les chépers pour que ça marche.

— Ils doivent servir de balise. »

Le chien scrutait le sol, perdu dans ses pensées. Je l'ai relancé :

« Comment ça ?

— C'est difficile de viser quelqu'un dans le temps. Le voyage temporel est une mécanique mille fois plus minutieuse qu'une montre suisse. Je suppose que les Bobs en place doivent toucher les chépers pour montrer au Bob futur où viser avec précision. »

Je commençais à avoir mal au crâne.

« Mais on n'a pas cette connaissance-là ! s'insurgeait Worf.

— T'es sûr ?

— Oui ! La Distorsion Treize n'a jamais existé, même à notre époque. Et Bob est trop con pour l'inventer ! »

Après un instant de réflexion, j'ai proposé :

« Il vous arrive jamais de voyager dans le futur ? »

Il m'a répondu, indécis :

« On a visité plein d'époques ultérieures à la tienne.

— Non, je veux dire votre futur. Vous n'êtes jamais allés voir plus loin que votre époque ?

— Par tous les os à moëlle, non !

— Quoi, c'est pas possible ?

— Si, techniquement, on peut, mais on ne le fait pas.

— Pourquoi ?

— Comment veux-tu viser un être précis dans le futur ? On atterrirait dans n'importe quoi, qui plus est dans un monde plus avancé que le nôtre, où tout nous semblerait de la magie !

— Ah ouais, laisse-moi deviner ! »

J'ai pris une grande inspiration et :

« Ça rendrait dingue ?

— C'est ça.

— Eh ben, je veux pas te faire peur mais...

— Quoi ?

— Je pense que Bob l'a fait.

— QUOI ?

— Il a ramené la Distorsion Treize de votre futur. »

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