53 : Dédales

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Érig avançait d'un bon pas quoique altier, la tête haute, balançant les bras comme un mannequin sur un podium de mode, Worf sur les talons. Une pile de bouquins eût été posée sur sa tête qu'aucun ne serait tombé dans l'herbe. Mais j'ai eu du mal à les suivre.

Il a frappé aux portes de la remorque blindée, derrière le fumarium des Back In Time. Doc a ouvert, contemplé mon ami puis m'a jeté un regard indécis. Reportant son attention sur Érig :

« Est-ce que t'es... toi ? Je veux dire... éclairé ?

— C'est bon, lui a répondu l'autre. Il est au courant. »

Il a ouvert la portière pour nous laisser entrer. Le chien est resté dehors, assis sur son arrière-train. En traversant son labo encombré de béchers et fioles diverses, j'ai demandé au vieil homme :

« Toi aussi, t'es un visiteur du futur ?

— Enfer et boîte de pétri, non ! a-t-il proféré en arrivant au fond de la remorque. »

Cette dernière était occupée par une table en métal arborant deux labyrinthes en bois.

« Je ne suis même pas habité par une muse. J'ai juste un Qi hors normes.

— Doc est un confident local, m'a alors confié Érig en contemplant les labyrinthes.

— Un quoi ?

— Un indigène de confiance de l'époque visée, qu'on a mis au parfum.

— Comme toi, désormais ! a ponctué l'intéressé en me pointant vivement du doigt dans un geste rappelant le Docteur Emmet Brown. »

S'il n'avait pas été si obèse, on aurait pu confondre. Mon ami a précisé :

« Mais attention, motus ! Tu ne dois en parler à personne.

— C'est captivant, hein ? surenchérissait l'autre. Nous sommes comme des consultants du FBI, liés au secret par un contrat de confidentialité !

— Qu'est-ce que tu nous as préparé là ?

— Oh ! »

Semblant se souvenir de la raison de notre présence, Doc a ouvert la porte en verre d'un placard, derrière la table. Il en a sorti deux Tupperware en plastique dont les couvercles, l'un bleu, l'autre rose, étaient percés de trous. Ouvrant la première, il en a sorti une souris blanche, la tenant par la queue.

« Je vous présente Roméo, nous l'a-t-il présentée avant de la déposer au milieu de l'un des labyrinthes. »

Puis il en a extrait une autre de la deuxième boîte.

« Et voici Juliette. Ce sont mes amants maudits. »

La posant à son tour au centre du deuxième dédale :

« Des bêtes de compétition ! Un dressage parfait. Voyez comme elles attendent le désir de leur maître. »

Les rongeurs restaient immobiles au centre de la construction.

« Tu les dresses pour servir de cobayes ? m'étonnais-je. »

Il m'a lancé un regard surpris.

« Bien sûr que non, ce sont des sportives ! Regarde ! »

Il a alors extrait une petite clochette de la poche de sa blouse. La levant au-dessus de la table, il l'a agitée. Aussitôt, les souris se sont mises en mouvement, parcourant les labyrinthes.

« Chaque année, poursuivait Doc, avec des collègues scientifique, on s'organise un petit tournoi de labyrinthes, opposant nos athlètes respectifs. Tous des cobayes.

— Sans déconner ? »

Roméo trottait sur son parcours sans une seule hésitation, se dirigeant inexorablement vers le bord. Juliette par contre, semblait complètement perdue.

« Sans déconner. Les parois sont amovibles, c'est comme un jeu de construction. On a une heure pour leur apprendre un parcours et ensuite, c'est le grand défi. Les trois premiers à sortir sont vainqueurs de la manche, et ainsi de suite. »

Roméo a jailli de son dédale, par une ouverture sur le côté. Doc l'a immédiatement réceptionné dans son Tupperware comme dans un gant de base-ball. Refermant le couvercle :

« Regardez la pauvre Juliette. »

L'animal continuait d'errer, s'engouffrant dans des impasses, revenant sur ses pas, incapable de sortir.

« Elle a reçu une dose infime de Distorsion Treize au tout début de l'expérience. Depuis une heure je m'efforce de lui apprendre ce parcours, pas moyen. Maintenant regardez. »

Il l'a délicatement attrapée d'une main, puis l'a déposée au centre de l'autre labyrinthe.

« Celui-ci, articulait-il en la lâchant, c'est le dernier qu'elle a appris avant son injection. Avant même de venir ici. »

C'est clair, il y avait une différence. Elle en est sortie comme Roméo, à peine une hésitation, comme si une carte des lieux était imprimée dans son tout petit cerveau. Doc l'a réceptionnée dans sa boîte.

« Vous voyez ! Le cerveau n'est pas complètement grillé. Elle garde en mémoire ses souvenirs précédant la prise de drogue, avec peut-être un léger effet rétroactif de quelques heures.

— Comment ça ?

— J'ai eu le temps de faire un peu connaissance avec quelques uns des sujets humains, dehors. Certains ne se souviennent pas d'être venus jusqu'à ce teknival. Mais au-delà, la mémoire est à peu près intacte. Ils n'arrivent juste plus à se faire de nouveaux souvenirs.

— Tu en conclus quoi ? a demandé Érig.

— Que la mémoire elle-même n'est pas touchée. Il n'y a aucun pet au disque dur. »

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