52 : C'est qui, Bob ?

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Trop de questions se bousculaient dans ma tête. À quoi ressemblait ce paradis futur ? Pourquoi lui avais-je tellement manqué ? Ne m'avait-on pas ressuscité, dans ce lointain avenir ? Combien de planètes habitées comprenait-il ? Peuplées de combien d'espèces évoluées ? Venaient-elles toutes de la Terre ? Ou y avait-il aussi parmi eux des races extra-terrestres ? Avaient-ils vaincu toutes les souffrances ? Vivaient-ils tous en paix, là-bas ? Finalement, j'ai demandé :

« C'est qui, Bob ? Un voyageur venu d'un enfer futur ? Worf a dit qu'il veut détruire l'Univers ! »

Le sourire de mon ami s'est alors estompé. Il a répondu :

« Non. Je te l'ai dit. Enfin... l'autre moi, je m'en souviens. Pour toi, ça fait seulement quelques heures. Pour moi, c'était il y a toute une vie et même plus, mais je l'ai revécu, tout-à l'heure. Il n'y a pas d'enfer futur. L'enfer, il est ici, maintenant, au tout début de l'Histoire de l'Humanité. Si les connards gagnent, le Monde disparaît.

— On se retrouvera dans un univers vide ou peuplé d'extra-terrestres qui auront mieux réussi que nous, ai-je murmuré. »

Son sourire est revenu.

« C'est ça.

— Alors Bob, c'est qui ?

— Juste quelqu'un qu'on a ressuscité par erreur.

— Sans blague, vous faites des erreurs, au Paradis ?

— Bien-sûr ! Ce n'est pas non plus la fin de l'Univers. On continue d'évoluer, d'apprendre, en se trompant parfois. Bob est le benjamin d'une fratrie conséquente. Ses grands-frères, tous des gens bien, se sont portés garants pour lui. Il a été mis à l'épreuve pendant un temps, comme tous les ranimés. Il s'est montré exemplaire. Mais il nous a tous grugés. Depuis son habilitation, il cherche à nous détruire.

— Pourquoi ?

— Alors ça, à part lui, personne n'en sait rien.

— Il est d'espèce lapine ?

— Quoi ?

— Worf prétend que votre monde est peuplé d'espèces évoluées à partir d'animaux terriens. Il est lui-même d'espèce canine.

— Tu me demandes si Bob est un lagomorphe ?

— Bah oui ! Tu viens de dire qu'il faisait partie d'une grosse portée.

— J'ai pas dit exactement ça.

— Alors quoi ?

— Il est humain. Mais il a six grands frères.

— Ah, OK ! Donc on peut aussi s'incarner dans une autre branche de l'évolution.

— T'as rencontré Bob sous la forme d'un lapin ?

— Bah oui, même plusieurs ! »

Il est resté pensif un long moment. J'osais pas briser le silence. Qu'est-ce que j'avais dit, encore ? Finalement, il m'a répondu :

« Techniquement, oui, on peut. Mais on ne le fait pas.

— Pourquoi ?

— Parce que ça rend dingue.

— Ah ouais ?

— Les schémas cognitifs sont trop différents.

— Ah ouais ! »

Je sentais que j'aurais dû me taire. Depuis longtemps ! Cette conversation me plaisait de moins en moins mais j'étais tellement curieux, c'était... fantastique et tellement dérangeant, j'étais encore déchiré en deux. J'ai pas pu m'empêcher. J'ai demandé :

« Comment il fait pour s'incarner dans plusieurs lapins à la fois ?

— Avec le voyage temporel, tout est possible. Il suffit de revenir autant de fois qu'on veut au même moment, mais dans des réceptacles différents. On appelle ça pleuvoir sur les êtres.

— Donc chaque lapin est habité par un Bob venu d'un futur différent ?

— C'est ça, oui, sensiblement. Mais ça non plus, on ne le fait pas.

— Pourquoi ? »

Il a pris une inspiration, poussé un soupir. Je sentais que la conversation commençait à l'agacer.

« Imagine, m'a-t-il alors répondu, vivre successivement plusieurs vies entières de lapin, ou même de singes qui sont plus adaptés aux humains. Des dizaines, voire des centaines...

— Ah ouais.

— Tu ressentirais quoi ?

— Ça me rendrait dingue ?

— Exactement ! »

Ça mettait la lumière sur pas-mal de choses. J'ai soufflé :

« Je comprends pourquoi il travaille autant de la cafetière.

— T'as dû avoir un sacré contact avec lui.

— Ah ça, ouais ! »

J'ai pointé du doigt ma bosse, sur le front.

« C'est lui qui m'a flanqué ce coup de boule. »

Il a écarquillé les yeux.

« T'as dit que c'était Marco...

— Ouais. Même en humain, il a le regard complètement zinzin...

— Attends voir, m'a-t-il coupé, un doigt en l'air. Cyril a dit que tous les chépers prétendaient s'appeler Bob. »

Un ange est passé. Tout-à-coup, le son des 62P s'est réveillé. Une vibration sourde et rythmée. Pas encore le battement techno habituel. Juste une intro, qui montait, crescendo. Il était quatorze heures. Érig s'est mis à murmurer, le regard dans le vide.

« J'étais trop enfoncé dans mon propre inconscient pour faire attention mais... Il est impossible qu'il les ait investis à la naissance... C'est comme s'il sautait instantanément de l'un à... »

Ses yeux s'agrandissaient au fil de sa réflexion. Après une nouvelle inspiration, la bouche grande ouverte, il a encore lâché :

« Comme un feu de forêt ! »

Là, il m'a contemplé, il a fait :

« On va voir Doc ! »

Il s'est levé pour se diriger à grands pas vers la sortie du tekos, sans même vérifier si on le suivait. Worf m'a regardé :

« Ben qu'est-ce que t'attends ? Allez zou ! »

Il lui a emboîté le pas en trottant. J'en revenais pas ! Un chien venait de me donner l'ordre de le suivre. Alors je me suis mis debout à mon tour et je les ai rattrapés, une main en avant. Une autre idée me taraudait encore :

« Pourquoi je t'ai tellement manqué ? »

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