50 : Fred, c'est Moi !

3 minutes de lecture

J’en suis resté scotché. Érig aussi, apparemment. Il contemplait son chien fixement. Comment l’en blâmer ? Mais quand on a enfin réagi, tous les deux en même temps, il m’a surpris encore plus que l’animal. Alors que je m’exclamais :

« Je croyais que je devais pas lui en parler ! »

Il demandait à Worf :

« Tu t’exprimes en présence des indigènes, maintenant ? »

Ma conversation dans le camping-car avec le clebs m’est revenue d’un coup. Dans ma tête résonnait sa voix rauque :

On inspire l’hôte jusqu’à ce qu’il se mette à une discipline qui puisse lui ouvrir l’esprit de façon à ce qu’on soit en mesure de prendre le contrôle, et ce sans qu’il le sache.

La méditation transcendantale ! Contemplant mon ami, je me suis exclamé :

« Vous êtes un visiteur du futur ! »

Il mâchait sans rien dire. Il a encore dégluti et, s’adressant au chien :

« Ah, tu lui a raconté ça aussi ?

— Je n’ai pas pu m’en empêcher ! s’est insurgé l’animal. Il m’avait traité de klingon. Tu sais que j’ai horreur de ça. Il sentait le pétard à pleine truffe. »

Il a laissé passer un silence, puis :

« Juste après, je t’ai entendu dire à Célime qu’il avait gobé un trip. Enfin… l’autre toi. J’ai pensé qu’il prendrait ça pour un gros délire. Mais il a tout pris au sérieux !

—C’est vrai, alors ? suis-je intervenu. Vous êtes une muse venue de l’avenir ? »

L’être en face de moi, dans le corps de mon ami, a pris une gorgée de soda et m’a répondu, le plus sérieusement du monde :

« C’est vrai. »

Là encore, je me suis retrouvé déchiré en deux. Combien de temps durait l’effet d’un Hoffman ? Entretemps, j’avais dormi ! Je sentais bien mes sens davantage en éveil que d’habitude, mais aucune déformation dans le décor ! Je devais en être revenu ! En même temps, tout s’emboîtait de façon parfaitement logique. Étrange, certes, mais logique. J’ai soufflé :

« Il est où, Érig ? »

Il m’a répondu :

« En sommeil. Mais voilà, toi non plus, tu ne devrais pas être au courant.

— C’est un élément indéterminé, a précisé Worf.

— Quoi ?

— Au briefing, ils nous ont dit que cet événement était truffé d’éléments indéterminés. À coup sûr, Fred en est un. »

Moi, un élément indéterminé ? J’aurais presque préféré qu’on me traite de klingon. J’ai demandé :

« Mais quel événement ? Ce teknival ? Pourquoi est-ce que vous êtes là ? »

L’homme a pris une grande inspiration puis, un quignon de sandwich dans une main et son soda dans l’autre, il m’a expliqué :

« Notre époque est attaquée par ce qui a l'air d'être une réalité alternative. Un univers où tout semble s’être passé différemment du nôtre. Les deux commençaient à entrer en collision, au moment où nous sommes revenus dans le temps.

— Comment ça ?

— Des îlots de réalité qui changent. Des lieux ou même des gens qui disparaissent mais pas seulement. Comme s’ils n’avaient jamais existé. Aucune trace dans les archives. Personne ne se souvient d’eux, sauf certaines gens aux dons particuliers, qui arrivent quand-même à s’en rappeler.

— Des dons particuliers ? »

Il a encore inspiré une grande goulée d’air puis :

« Tu sais, nous venons de loin dans le futur. Les gens sont un peu plus évolués qu’à ton époque. Nous avons développé des capacités que tu aurais du mal à comprendre. Il faut que tu aies confiance en nous. Notre temps est en train de s’effilocher. Tout indique que le point de divergence se trouve à ton époque, aujourd’hui, dans ce teknival. »

C’était trop énorme, même pour le geek que je suis. Je me posais trop de questions :

« Comment vous faire confiance ? Qu’est-ce qui me prouve que c’est pas une tromperie ? vous pourriez me mentir pour quelque but abominable ! Qu’est-ce qui me dit que je suis pas toujours en pleine perche ? Que vous sortez pas de ma tête ? Et d’abord, pourquoi est-ce qu’il faut pas que j’en parle à Érig ? »

J’étais en pleine panique. Le décor recommençait à vaciller autour de moi. Il m’a posé une main sur l’épaule. Ses yeux rougis plongés dans les miens :

« Il ne faut pas, c’est tout. Il ne doit absolument rien savoir.

— Mais enfin pourquoi ?

— Parce que je m’en souviendrais !

— Je pige pas ! Pourquoi il faudrait que vous vous en souveniez ? »

Un ange est passé. Il me regardait, les sourcils à peine froncés. Finalement il a balancé, articulant chaque syllabe :

« Fred, c’est moi, Érig ! »

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

Gérard Legat (Kemp)
Réalité augmentée.
7
9
5
1
Petit Brouillard Debout

Malgré le soleil,

L’eau se déverse d’en haut,
Naissent les couleurs.
174
109
7
3
Léa Wellens

Mon pelage est un brasier où luit ma prison
Gagnant ma maigre pitance au prix de prouesses
Pour cela, saute vers Krakatoa d'un seul bond
De mauvaise grâce ploie le genoux, votre altesse !
Mais je n'oserais dire un mot, je suis vivant
Me contenterais-je de cette situation ?
Mais de ma maison vous avez fait néant
Je succombre sous les coups d'un soleil de plomb
Montrant ces richesses qui ornent ma machoire
Qui selon une tradition guérira tout
Pourbeaucoup ma vie n'a que le prix de l'ivoire
Humains prenez-moi en pitié, Sauvez-nous !

Totem sacré, Nanouk est un de mes prénoms
Pour eux, peuple de la nuit, je suis une déesse
Et les dieux m'ont transformé en constellation
Pour avoir brisé mon serment de chasseresse
Cela est mon royaume depuis la nuit des temps
Je régnais sur cette immensité mon garcçon
En maitre des neiges le pelage luisant
Mangeant à ma faim, êtres des mers à foisson
Mais Poséidon poussé par le désespoir
Voit son royaume terassé de noirs poisons
Sans autres issues déferlent sur mon territoire
Humains prenez-moi en pitié, Sauvez-nous !

Pauvres huamains, dois-je vous traiter de guenon ,
Pour avoir fait courber Gaïa sous la tristesse
Où dans ses bras, je vagabonde trublion
Faut-il vous rappeler qu'elle seule est maitresse
Qui décidera sans appel des habitants
Et qui grâce à elle et sur elle vivront
Riant de vous, moi, moqueur tel un chenapan
pourtant parmi les clowns vous êtes le bouffon
Regardez ce que vous faites pour votre gloire
Vous me dites cousin car je suis proche de vous
Mais je suis plutôt rat dans vos laboratoires
Humains prenez-vous en pitié, Sauvez-nous!

Ô humain, vous qui êtes maitre du lendemain
Tigres, Ours et Singe ambassadeurs de ses légions
Les animaux exigent de vous votre devoir
Léguer la terre de vos aïeux, c'est tout
Car si terre se meurt alors avenir est noir
Prenez-nous en pitié, Sauvez-vous!
2
1
0
1

Vous aimez lire Éric Gélard ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0