47 : Les Trois G

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Doc et Célime m’attendaient au fumarium, sur les sièges de 4L, face à face, autour d’une table en formica. Ils déjeunaient, piochant dans des barquettes de frites et mordant dans des casse-dalles. Je me suis soudain souvenu que j’avais laissé un croissant dans la capucine. Tant pis. Ça ferait une bonne surprise à Martine. J’avoue, une partie de moi était resté avec elle dans le camping-car.

Les chépers étaient toujours là, juste à côté, assis sur trois banquettes, le sandwich à la main. Ils mangeaient l’air hagard, jetant des regards indécis autour d’eux, surveillés par Worf, au garde-à-vous canin.

« Tu sais où on est ? demandait Katel à sa voisine, une rousse un peu enveloppée.

— Je sais pas. On se connaît ? répondait cette dernière tandis que je prenais place à côté de Célime, sur le troisième siège de 4L.

— Ça ressemble à un festival, est intervenu un blond au visage émacié, sur la banquette à leur droite.

— Je devais aller en teuf, s’est étonné un brun sur celle à leur gauche. »

Et en face… la banquette était vide ! Mais où était parti Cyril ? J’ai jeté un regard autour de moi pendant que les chépers se présentaient les uns aux autres, probablement pour la énième fois.

« Moi, c’est Katel.

— Et moi Sophie.

— George.

— Gérôme.

— Gilles. »

J’ai retrouvé mon nouvel ami dans le paysage. Il était en face, à la buvette, derrière la table sur tréteaux, apparemment redescendu de sa transe, voire même de sa perche. Il servait les affamés de ce deuxième jour de teuf.

« Ha, ha, ha, les trois G ! Moi, je m’appelle Johanne ! »

J’ai reporté mon attention sur les chépers. Trois mecs, trois meufs. La troisième, cheveux châtains noués en couettes, affichait un grand sourire dans un nuage de taches de son, contente de sa blague. Pour la combientième fois lançait-elle cette vaseuse ? Mais ils ont ri, tous les six.

Célime me tendait un casse-dalle :

« J’ai pris jambon. Je connais pas tes goûts. »

Une barquette de frites m’attendait sur la table. J’avais faim ! Mon ventre grognait tellement fort qu’on aurait pu m’engueuler pour avoir brisé la trêve silencieuse.

Cette absence de son, c’était vraiment bizarre. Limite post-apocalyptique. En tout cas, ça donnait le vertige. Si vous voulez savoir à quel point le silence peut être bruyant, allez donc en teuf.

J’ai mangé de bon appétit, pour ne pas dire goulument. Tout est relatif. Doc, lui, a engouffré ses frites et son casse-dalle comme s’il avait avalé un trou noir en hors d’œuvre. Puis, se léchant les doigts, il a demandé à Célime :

« Alors, t’as trouvé de la matière ? »

Entre deux bouchées, elle lui a dit :

« J’ai eu du mal mais oui. Une demi-douzaine encore. J’espère que ça te suffira, j’y ai mis soixante balles. »

Étonné, j’ai fait, la bouche pleine :

« Il t’a pas fait un prix ? »

Fouillant une poche de sa tunique de sa main libre, elle m’a répondu, agacée :

« J’ai dû faire plusieurs camions. J’ai aussi cherché dans la teuf mais rien. Apparemment, c’est la pénurie.

— Mais, et le stock dont parlait le chimiste ? Je croyais qu’il avait un nouveau réseau de distribution ! »

Tendant à Doc un sachet en plastique contenant six minuscules lapins blancs, elle a conclu :

« À mon avis, ils attendent ce soir pour l’écouler. Quand il y aura du monde.

— C’est plus qu’il ne m’en faut ! a décidé Doc en attrapant le sachet. Mes cobayes ont une toute petite constitution. »

Me souvenant de la souris blanche, j’ai jeté un œil sur sa poche de poitrine… rien. En tout cas, pas un seul mouvement. Ayant terminé son repas, Célime s’est levée. Elle a fait quelques pas vers l’extérieur. Se retournant vers moi :

« Je vais voir comment va Érig. Tu veux venir ? »

J’avais englouti mes frites. Ils restait deux bouchées à mon sandwich. Je me sentais carrément mieux ! Prêt à aborder le reste de la teuf. J’ai lancé :

« J’arrive ! »

Je me suis mis debout, les yeux rivés sur Doc. Il se léchait le creux du pouce, le flacon de LSD dans l’autre main. Levant les yeux vers moi, il a fait :

« T’en veux ? »

J’ai jeté un œil en arrière. Célime était penchée sur son chien, lui caressant l’échine.

« Reste-là, disait-elle. Veille sur eux. »

Portant à nouveau toute mon attention sur Doc :

« Oui, enfin… je sais pas si… »


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