42 : À Plus, dans le Bus !

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Une mélodie aux sonorités de canard synthétique résonnait encore dans ma tête alors qu'une autre artiste chantait :

« Let me be, let me be, just let me be now, let me be, let me be, ohh yeeah ! »

Je connaissais ce morceau. On avait déjà passé toute l'intro et le couplet ! Dans quel trou noir avaient disparu les dernières cinq minutes ?

« Comment ça, t'en sais rien ? demandait Célime à Doc, la voix chargée de réverbération. »

Il a répondu d'un air navré :

« Que dalle. Ce produit ne répond à aucun réactif connu. »

Quelque chose bougeait, dans la poche de poitrine de sa blouse.

« Ça veut dire quoi ? insistait notre amie.

— Que c'est un composé inconnu.

— Quoi, genre venu d'une autre planète ? »

Je sais pas pourquoi, ma bouche a parlé toute seule :

« Ou du futur. »

Ma propre voix semblait provenir du fond d'une caverne. La poche de doc pulsait comme si son cœur allait surgir de sa poitrine. Célime m'a jeté un regard de travers. Avec un écho qui m'a semblé durer des siècles, elle m'a demandé, inquiète :

« Ça va, va, va... ? T'es tout pâle, pâle, pâle... »

J'ai répondu, incertain :

« Ouais ouais, heu... t'inquiètes, je... »

J'ai secoué la tête un grand coup, pris une bonne bolée d'air... Doc m'a alors tendu une bouteille en plastique surgie d'une autre poche, celle du LSD :

« Tiens, bois ! C'est un remontant. »

J'ai attrapé la bouteille, contemplé d'un air dubitatif le liquide vert qu'elle contenait... on aurait dit du jus de pelouse. Une branche feuillue marcérait à l'intérieur. Ce devait être une sorte de fortifiant végétal pour les athlètes. Je l'ai débouchée. j'en ai avalé une bonne goulée, confiant... j'ai failli m'étrangler ! C'était un genre de gnôle, hyper forte, avec un goût abominable, comme anisé, mais pourri au fond d'une cave. J'ai failli tout renverser. D'un geste étonnamment svelte pour sa corpulence, Doc l'a attrapée d'une paluche et le bouchon de l'autre, me les arrachant des mains.

« Bordel, mais c'est quoi ? m'étranglais-je. »

Alors qu'une agréable sensation de chaleur m'envahissait la poitrine, il m'a répondu, espiègle :

« De l'absinthe. Je l'ai fait macérer moi-même.

— Ah, j'en doute pas ! me suis-je exclamé en évacuant les dernières glaires de mon corps. »

Mais tout-à-coup, je me sentais mieux ! Alors, Célime m'a demandé :

« Tu voulais dire quoi ?

— Quoi ? »

Elle a poussé un grand soupir.

« Qu'est-ce que t'entendais par le futur ?

— Pour être honnête, j'entendais tout avec de l'écho. »

Finalement, elle a laissé tomber :

« C'est pas grave. »

Et à l'intention de Doc :

« Il faut quand-même qu'on trouve un moyen de les faire redescendre.

— Oh j'ai pas dit mon dernier mot !

— Comment ça ?

— Il me reste encore un réactif. »

Avec un clin d'œil, il a fouillé sa poche de poitrine. Il en a extrait une souris blanche ! Par la queue.

« Elle est mignone, hein ? »

Il avait l'air content de lui.

« Elle et ses sœurs, poursuivait-il, vont m'indiquer quelle zone du cerveau est touchée.

— Ah parce que t'en as d'autres ? m'étonnais-je.

— Bah oui, au labo !

— Et elles peuvent t'aider à faire une carte du cerveau ?

— En quelque sorte. Tu sais, c'est pas évident de trimballer un scanner cérébral en camion. »

Rangeant l'animal dans sa poche :

« Mais il me faut plus de matière, poursuivait-il en regardant Célime. J'ai épuisé ce que j'avais de Distorsion Treize. »

Elle lui a répondu :

« On va t'en trouver. »

Il a terminé en se levant :

« Super ! Je vais faire une sieste. À plus, dans le bus ! »

Et il a disparu au fond du fumarium.

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