37 : Tu sais faire le Coup du Lapin ?

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« Qu'est-ce que vous voulez ? couinait le vieux, coincé contre le frigo. »

Célime le tenait des deux mains par le col. Elle lui a répondu :

« Tes Distorsion Treize. Tout le stoc.

— J'en ai plus, je te dis !

— T'as mis quoi, dedans ? »

Pas de réponse. Elle m'a lancé par dessus son épaule :

« Qu'est-ce que t'attends ? Vas-y, fouille !

— Quoi ? me suis-je exclamé.

— Fouille le camtar ! Il faut trouver son stock. »

Alors j'ai fouiné dans le camion du chimiste. J'ai regardé sous la couchette, retourné les coussins... le lapin a même pas bronché quand j'ai soulevé le sien. On aurait dit une grosse boule de barbe à papa aux yeux rouges me fixant tandis que son museau ruminait, tel celui d'une chèvre. J'ai ouvert les placards, fouillé dans de la vaisselle en zinc et des produits de consommation qui tenaient de la colonie de vacances. Confitures, miel, chocolat en poudre malté, boîtes de céréales... tout pour le petit déjeuner des champions miniatures, mais aucune boîte de conserve.

Je me suis arrêté à Célime qui tenait toujours son captif. J'ai fait :

« Faudrait voir dans le frigo. Après tout, ça se garde peut-être au frais ! »

Alors elle l'a assis sur sa couchette, avec un zeste de brutalité, éjectant une fois de plus le lapin mais vers le sol. Je la sentais bien énervée.

« Doucement, quand-même, lui ai-je fait remarquer. Faudrait pas le finir avant qu'il réponde à tes questions !

— Occupe toi du frigo ! m'a-t-elle répondu tandit que le vieux chimiste réagissait :

— Je dirai rien !

— La ferme ! »

J'ai ouvert le vieux réfrigérateur. Il devait être branché sur une batterie annexe, comme dans un vrai camping-car. La lumière interne s'est allumée... rien. Enfin... juste à manger, quoi ! Et encore... Gâteaux, yaourts aux fruits et dans la porte... du Yop ! Ce mec se nourrissait comme un niard de dix ans à peine.

J'ai fait :

« R.A.S. !

— Va voir les boîtes à gants ! »

J'ai obéi. Je suis allé chercher à l'avant du camion, mais là encore, j'ai fait chou blanc.

« J'ai plus rien, je vous dis ! a lancé le chimiste de sa voix fluette. »

Célime a semblé réfléchir un instant puis, son pif collé à celui du mec :

« Y'a quoi, dedans ? »

Là, il s'est mis à sourire. Il a pris son temps mais il a dit, articulant chaque syllabe :

« La vraie magie du bonheur.

— T'y a mis quoi ? s'impatientait mon amie. Du speed ? Du crack ? Du MD ?

— Tu le sauras jamais.

— Parle ! le secouait-elle.

— T'es très loin de la vérité, morue ! la narguait-il d'une voix saccadée par les secousses. Même si je te le disais, tu pourrais pas comprendre ! »

Alors elle a arrêté de le molester. Après encore un instant de réflexion, elle m'a ordonné :

« Attrape le lapin !

— Quoi ?

— Mais t'es bouché ou quoi ? Attrape le lapin ! »

L'animal me contemplait depuis le plancher en lino marron, assis sur son arrière-train. Je me suis penché pour l'attraper, mais il a sauté vers l'arrière du camion, par-dessus les jambes de Célime. J'ai quitté l'avant pour le poursuivre. Évidemment, j'ai failli m'étaler en me prenant dans les pieds de mon amie. J'ai quand-même plongé vers le lapin, au fond du camtar. Il a sauté sur le plan de travail, à côté de l'évier. Alors, me relevant doucement, j'ai essayé d'anticiper son prochain saut. Je le regardais droit dans les yeux, comme un charmeur de serpent hypnotisant un cobra... Il a sauté vers la couchette mais, le devançant, j'ai encore plongé par-dessus les jambes de Célime, attrapant des deux mains le lagomorphe en plein vol. Comme au rugby en fait. J'ai roulé sur le plancher, me cognant à la couchette et aux meuble.

Je le tenais ! J'étais sur le cul, par terre, le corps endolori de partout, mais je le tenais. Je me suis remis debout, sans le lâcher. Serré dans mes mains, il me contemplait de ses yeux rouges, ruminant toujours.

« Je fais quoi, maintenant ? »

Elle m'a demandé :

« Tu sais faire le coup du lapin ?

— Noooon ! gémissait le vieux sur la couchette. Je vous en prie, faites pas de mal à Monsieur Bob ! »

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