31 : On n'est pas en Finale

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Pour être franc, j'ai pas donné tous les détails. J'ai juste dit :

« Cyril, Worf et moi, on était assis avec les chépers, au milieu du terrain. Mais ils ont commencé à se lever et à s'éparpiller dans tous les sens. Alors tous les trois, on a essayé de les rassoir, sauf que Marco est arrivé plutôt loin. »

Regardant Érig :

« Je l'ai rattrapé là où tu m'as retrouvé. Il était en train de dégobiller au pied d'un arbre. Quand j'ai essayé de voir s'il allait bien, il s'est retourné, il m'a flanqué un coup de boule et il est parti. Après je me souviens de rien. Quand je me suis réveillé, ton chien me pissait à la figure. »

J'ai pas parlé des lapins.

« Il t'a vomi dessus ?

— Non, je crois pas, il avait fini ! »

J'ai laissé passer un instant puis :

« J'ai dû gerber quand j'étais dans les vapes ! »

Ils se sont regardés, tous les deux. Au bout d'un autre silence, j'ai demandé :

« On a vraiment perdu tous les autres ?

— Oui, a répondu mon ami. »

Célime a précisé :

« Sauf les six cobayes.

— Mais... »

J'hésitais encore. Chaque silence me semblait une éternité.

« ... Il a dit quoi, Cyril ? »

Érig a poussé un long soupir et :

« Il a dit que t'as couru après Marco. Qu'il a réussi à rassoir tous les autres, avec l'aide de Worf. Mais ton chéper est revenu sans toi. Il avait l'air d'aller mieux. Descendu de sa perche. Serein. D'après Cyril, il a prétendu pouvoir réveiller tous les autres. Il les a touchés l'un après l'autre, en posant la main sur leurs épaules et, un par un ils se sont mis à gerber.

— Quoi ?

— Truc de oufs, hein ? Bon je te rappelle que Cyril était lui-même tripax et en transe. Sauf qu'il est plus ou moins revenu de la deuxième. D'après ce que j'ai compris, il était de retour en panique. On a dû se mettre à deux pour le calmer. Et après ça, toujours selon ses dires, ils se sont tous levés un par un, ils ont prétendu avoir retrouvé la mémoire et ils sont partis.

— Ça veut dire quoi, ça, selon ses dires ? Tout va bien, non ? Ils sont redescendus de leur perche ?

— Après qu'on les ait touchés à l'épaule ? J'ai déjà du mal à croire aux guérisons miraculeuses mais...

— Mais quoi ? »

Il commençait à me faire peur. Tout-à coup, son chapeau me semblait plus petit. À moins que ce ne fût sa tête qui se mettait à gonfler. Il a couiné, avec une voix de canard en plastique :

« Il nous a dit qu'ils prétendaient tous s'appeler Bob, même les meufs.

— Hého ! s'est écriée Célime en se levant prestement. »

Tout-à-coup, elle s'est retrouvée à genoux, près de moi. Juste-à temps, j'avais commencé à glisser de côté, vers le sol.

«Tu vas pas nous faire une syncope ? »

Érig s'était précipité à son tour, vers la porte. Il l'a ouverte en grand. Puis il est revenu faire coulisser la fenêtre, juste de quoi laisser entrer un courant d'air. Sa compagne m'a redressé sur ma banquette...

« Respire, soufflait-elle. Reste avec nous ! »

L'air frais m'a fait du bien. Érig me tendait sa bouteille d'Ice-Tea à la pêche, débouchonnée :

« Tiens, bois ! »

J'ai obéi. D'un coup, je me suis senti mieux. Sa tête s'était dégonflée. Il se sont rassis en face de moi.

« Ça va aller ? demandait Célime.

— Donne-moi le demi-trip, ordonnait mon ami en tendant la main, paume vers le haut.

— Quoi ?

— L'autre moitié, celle que j'ai pas avalée. Tu te souviens ? Je te l'ai donnée. Rends la moi. C'est par précaution, t'es assez tripax. »

J'avais pas envie de le lui rendre. J'ai dit :

« Mais tu pourrais être tenté. C'est dangereux pour toi ! »

Il a soupiré encore :

« Je saurai résister, donne le moi ! »

Alors j'ai sorti de mon futal le ticket de caisse plié en huit. Je le lui ai tendu, il l'a attrapé et, sous mes yeux, l'a déplié au-dessus de la table.

Rien !

« Il est où ?

— Mais j'en sais rien, moi ! »

J'en avais fait quoi ? Assis dans l'herbe, en compagnie des amnésiques, j'avais ouvert le paquet, j'avais juste contemplé le trip et...

« Je l'ai replié, haletais-je. Je l'ai rangé avant de courir après les chépers, j'en suis sûr !

— Juste le papier.

— Quoi, juste le papier ?

— T'as gobé le trip.

— Non, je l'ai pas gobé !

— Si, tu l'as gobé.

— Mais enfin, je m'en souviendrais !

— Pas forcément. »

Un ange est passé. Il a pris son temps. J'essayais de me souvenir, de toutes mes forces, par tous les moyens... Finalement, j'ai lâché :

« Oh merde ! Je l'ai gobé ? »

Le coude sur la table, le front posé sur la main, mon ami a poussé un dernier long soupir puis :

« On est pas en finale ! »

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