30 : Alors ?

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Érig est entré avec moi dans le camping-car, par la porte latérale. Célime et Worf sont restés dehors. À l'intérieur nous attendait une table murale, posée face à l'ouverture, sur un tréteau entre deux banquettes, sous une couchette en hauteur qui surplombait l'espace conducteur. Il y avait aussi un plan de cuisine comportant des plaques à induction et un évier, au-dessus et en dessous de placards en bois verni. Et au fond, près de la fenêtre arrière, derrière l'une des banquettes, se dressait une grande cabine fermée par une autre porte. Mon ami l'a ouverte, en a extrait des toilettes mobiles qu'il est allé porter à l'extérieur en lançant par-dessus son épaule :

« Là-dedans, tu peux prendre une douche. »

Revenant à l'intérieur, il a ouvert un placard derrère le siège passager. Fouillant un peu, il en a sorti un gigantesque t-shirt blanc qu'il a posé sur la table. Puis, les yeux rivés dans les miens :

« On t'attend juste-là, dehors. Tu t'éternises pas, c'est pas un plan d'occupation des sols. Et tu laisses les lieux nickels. J'ai vu une éponge dans l'évier et du savon liquide dans les douches. »

Et, comme ça, je me suis lavé. J'en ai aussi profité pour rincer mon t-shirt. J'entrerai pas dans les détails intimes. Sachez seulement que l'eau sortant de la pomme de douche semblait affublée d'un débit plus que variable. Plutôt lent, puis très fort sauf que... ce ne pouvait pas être le seul fait de la tuyauterie du camtar. Les gouttes elles-mêmes semblaient par moments tomber avec une lenteur surnaturelle, comme si la gravité terrestre avait des ratés. Et le savon... je sais pas... parfois gluant comme du chewing-gum et parfois aussi sec que du talc. Dehors pulsait Ride on Time, un autre morceau du dernier millénaire, mixé sur des sons teck plus modernes.

La seule chose dont je suis sûr, c'est que la morsure, à mon mollet droit, me brûlait comme une braise. Deux petits traits, bien alignés, dont j'avais l'impression qu'ils étaient en train de s'infecter, mais comment en être certain ? L'auréole autour de la plaie pulsait comme un phare côtier, apparaissant, disparaissant, changeant de couleur. Bleu, violet, rouge...

J'ai trouvé une serviette blanche dans les plis du t-shirt, c'est dire s'il était de taille. Alors je me suis séché. J'ai aussi essuyé le sol inondé de flaques d'eau, puis passé un coup d'éponge dans la douche. J'ai essoré mon t-shirt dans l'évier, éclaboussant le sol que j'ai dû encore passer à la serviette.

J'allais ouvrir la porte latérale, quand je me suis souvenu que j'étais à poil.

J'ai donc enfilé mes chaussette, mon slip, mon futal, mes pompes... En dépliant le t-shirt, j'ai vu l'inscription qui s'étalait, devant, en lettres capitales noires :

E=AIME,

C'EST TOUT !

Quand je l'ai enfilé, bah... je me suis retrouvé en robe.

Là, j'ai ouvert la porte du camtar, mon propre tricot encore malodorant à la main. J'avais déjà un pied à l'extérieur, quand Érig m'a repoussé gentiment, lançant :

« Non, non, remonte ! Il faut qu'on discute. »

Je me suis donc assis sur la banquette, contre la cabine de douche. Mon ami s'est installé face à moi, près de la fenêtre, sous la capucine. Avant de monter à son tour, Célime a ordonné :

« Worf, attends-là »

De ma place, je ne pouvais pas voir le clebs, mais j'ai entendu :

« Waf ! »

Et sa maîtresse est venue s'assoir elle aussi, à côté de son homme, après avoir fermé la porte. Joignant les mains devant elle, elle m'a contemplé un instant. Moi-même je triturais mon t-shirt, mouillant la table, le pif à nouveau envahi d'une légère odeur de vomi et de pisse de chien. Finalement, elle m'a demandé avec un sourire :

« Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? »

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