26 : Myrdhin

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Sur la gauche, un enfant rêvassait, assis dans un fauteuil dont les coussins semblaient en fourrure, et les accoudoirs en bois. Enfin un meuble normal. Le jeune garçon avait les cheveux tellement noirs ! Coiffés en bataille. On aurait dit un simple trou dans la réalité, taillé en étoile. Posée devant lui sur une table, une pierre de la taille d'un poing rayonnait d'une lumière rougeoyante.

Le garçon, vêtu d'une tunique bleue à l'aspect moyenâgeux, a soudain arraché le bout d'un accoudoir de son fauteuil. Il l’a porté à sa bouche, en a croqué un morceau. Il a mâchouillé un peu, laissé fondre et, en tendant le morceau d'accoudoir vers la pierre :

« C'est comme une lumière invisible, devisait-il, mais qui chauffe, lentement. Elle brûle la peau et te brûle aussi à l'intérieur. »

Il parlait d’une voix très jeune, pas plus de onze ans.

« Tu chauffes, lui a répondu une voix graveleuse sur sa gauche. »

Près du fauteuil était couché un loup gris, lui aussi tourné vers la pierre. Grand, les poils hirsutes... un loup effrayant !

« Ah, je chauffe, demandait l'enfant ? »

Quelques secondes de silence puis :

« La lumière passe à travers le verre. Mais pas à travers les murs.

— Là, tu brûles. »

L'enfant a croqué un autre morceau d'accoudoir. La bouche pleine de chocolat, il a poursuivi :

« Cette lumière-là passe aussi à travers le vivant. Une boîte en bois ne servirait à rien...

— Il faudrait du plomb, suis-je intervenu, faisant sursauter le garçon. »

Le loup s'est levé d'un bond. Il se trouvait désormais entre moi et le fauteuil. La tulipe toujours à la main, j’ai reculé d'un pas. L'enfant me regardait, à demi-levé, pesant des bras sur ce qui restait de ses accoudoirs. Comment faisait-il pour ne pas casser le chocolat ?

« Qui es-tu ? m’interrogeait-il. »

J’ai hésité un instant…

« Je m’appelle Fred et, pour être honnête, je crois que je nage en plein délire.

— Tu crois ?

— Bah oui. Les maisons en pain d’épices, ça n’existe pas.

— Sauf dans les rêves ?

— C’est ça. »

Il s’est levé, s’est placé près du loup, lui flattant l'encolure. Levant la tête vers moi, il m’a demandé :

« Qui te dit que c’est ton rêve et pas le mien ?

— Je sais que j’existe.

— Et alors ? Moi aussi ! »

Après un rire cristallin, il a repris :

« Je plaisante ! Si ça se trouve, on existe tous les deux.

— Quoi ?

— La maison en pain d’épices, c’est un piège à esprits. Qui te dit que je ne t’ai pas invité dans mon rêve ? »

L'enfant penchait la tête sur le côté.

« J'ai le parfait contrôle de mes songes, et le pouvoir d'y inviter qui je veux.

— Sans blagues, ai-je répondu, narquois. Et tu vas me dire qu'à ton âge t'es déjà le plus grand magicien du monde ? »

Pendant un instant, il a crispé la mâchoire. Je voyais danser ses tempes sous ses mèches noires. Il a inspiré un grand coup et :

« Ha, ha, ha ! T'es un marrant ! Figure-toi que dans mes rêves, j'ai l'âge que je veux ! Je fais ce que je veux des rêves, les miens comme les autres. Si tu veux traverser tes songes à poil jusqu'à la fin de tes jours, vas-y, fais le malin, qu'on rigole !

— Oh, pardon, excuse-moi ! »

Penchant encore la tête de côté, il a semblé réfléchir un instant. De sa voix rauque, le loup a rompu le silence :

« Quoi, ça te dérange, d'être tout nu en société ? Est-ce que je porte des nippes, moi ?

— Je suis désolé ! Je voulais pas vous déranger !

— Qu'est-ce que tu veux, alors ?

— Je voudrais juste me réveiller. J'ai l'impression que je devrais pas être là. »

Alors le loup a murmuré quelque chose à l’oreille de l’enfant. Ce dernier s’est relevé. Il m’a demandé :

« On est en quelle année ?

— Pardon ?

— Dans mes rêves, j’ai tendance à oublier la date. On est en quelle année ?

— Ah ! Heu... deux-mille-trente.

— Morbleu, tu viens de loin ! s’est-il alors exclamé.

— Plaît-il ? »

Le loup est intervenu, à l'intention de l'enfant :

« Il convient.

— D'accord. »

Le gamin s'est avancé vers moi et m’a tendu la main avec un sourire éclatant :

« Moi, c'est Myrdhin. »

Je lui ai serré la menotte :

« Enchanté. »

Caressant l'échine du loup :

« Lui, c'est Marzhin, me l'a-t-il présenté. »

Puis, se redressant :

« J'ai le pouvoir de te réveiller. Mais avant, tu vas devoir répondre à une énigme.

— Comme le Sphinx ?

— Non, pas comme le Sphinx, a craché le loup. Comme Œdipe. Le Sphinx est la personne qui pose les questions.

— Oui, enfin, une personne... il avait quand-même un corps de lion.

— De lionne, s'il te plaît. Et avant que tu dises n'importe quoi sur elle, c'est une excellente copine. »

J’ai réfléchi un instant. Finalement, j’ai décidé :

« Ok. Posez-la, votre énigme ! »

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