18 : Distorsion 13

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En nous voyant, le mec nous a hélé :

« Salut ! Vous voulez quoi ? »

Vêtu en treillis style camouflage, il me faisait penser à un terroriste, avec sa cagoule noire. La plupart des dealers, en teuf, ne prennent même pas la peine de cacher leur visage. Ou alors ils portent des masques à leds. Celui-là m'avait l'air un rien parano. Il a ajouté :

« J'ai des trips, des taz, de la C. Pour la beu, ou le shit, j'ai un pote, pas loin. »

Érig a répondu :

« Il paraît qu'y a une nouvelle drogue qui circule. »

Le gars a hésité un instant, puis, circonspect :

« Tu tiens ça d'où ?

— Une meuf dont le pote a goûté. Lui, il s'en souvenait pas. Il oublie tout au fur et à mesure. Mais il a l'air carrément heureux. »

Le dealer s'est un peu détendu.

« Tu veux de la Distorsion Treize.

— Ah ouais ? Heu... OK, ouais, ça doit être ça. Combien ?

— Dix euros l'unité.

— La vache !

— Ah c'est nouveau. Et puis... t'as vu l'effet.

— C'est quoi, un taz ?

— Oui et non. C'est un cachet, mais y'a ni MDMA, ni amphets. C'est une nouvelle formule.

— Comment ça ?

— Du neuf, quoi, tu veux que je te fasse un dessin ? C'est un chimiste professionnel qui l'a développée.

— Montre voir !

— Tiens ! »

Le mec a tendu sa micro lampe torche à mon ami. Ce dernier l'a éclairé tandis qu'il extrayait un petit cachet blanc en forme de lapin, d'un sac en plastique sorti d'une besace noire en bandoulière. Il l'a posé dans la paume de sa main gauche. Visiblement conçu à l'imprimante 3d, de profil, l'animal arborait une longue oreille et un pompon reconnaissable sur l'arrière-train. Érig a repris :

« Combien de temps avant la descente ?

— Oh, heu... quelques heures. »

Le gars n'avait pas l'air sûr de lui.

« Tu me fais un prix pour cinq ? a demandé mon ami. »

Après une hésitation :

« À la rigueur, je t'offre le sixième.

— Vendu ! »

Le dealer a alors sorti un tout petit sachet à zipette de son sac. Il y a versé six petits lapins, en comptant celui qu'il nous avait montré, puis l'a donné à Érig qui lui tendait cinquante balles de l'autre main.

« Merci, a fait ce dernier, ajoutant : Dis-donc, on va tester, comme ça, mais... si on en veut plus et qu'on te trouve pas, tu t'es fourni où ? »

Le mec a reculé d'un pas. Il nous a lancé un regard suspicieux à travers les trous de sa cagoule.

« Vous seriez pas de la police, tous les deux ? »

Érig m'a regardé, lançant d'un air faussement outré :

« On a des têtes de keufs, nous ?

— Un bon keuf n'a pas une tête de keuf, s'est exclamé le gars. »

S'adressant à nouveau au dealer :

« Comment on peut te prouver qu'on n'est pas de la police ?

— Facile, vous allez en gober un chacun, devant moi. »

Mon ami a répondu du tac au tac :

« Oui enfin, bon, tu sais, moi, les nouvelles expériences, je préfère voir l'effet sur quelqu'un d'autre avant.

— Tu m'as pas dit que tu l'avais vu sur un mec ?

— Oui, c'est vrai, mais... il est pas encore redescendu. Tu vois, j'aimerais aussi jauger le temps de perche, tu peux comprendre !

— Désolé, si tu veux des infos, il va falloir avaler quelque chose. »

On a eu encore un instant d'hésitation. Finalement, Érig a décidé :

« T'as dit que t'avais des trips ?

— Ouais.

— C'est quoi ?

— Des Hoffman. »

Mon ami s'est tourné vers moi :

« Bon, bah, je crois que tu vas le prendre maintenant, ton quart de truc.

— Ah, mais toi aussi, a insisté le mec. Et vous en prendrez bien un demi, vu que tu vas m'acheter un entier.

— OK, a soupiré mon pote. Combien ?

— Sept Euros.

— Écoute, j'ai que des biftons. Tu peux me le faire à cinq !

— T'inquiètes, j'ai la monnaie. »

Au final, Érig a pris un trip au mec. Un tout petit carton buvard gris avec un H imprimé dessus. Le dealer était équipé : il a sorti une minuscule paire de ciseaux à ongles d'une poche de son treillis. Il a coupé le trip en deux et nous en a tendu une moitié chacun. Fouillant dans la poche intérieure de son cache-poussière, mon ami m'a alors brandi une petite bouteille d'Ice Tea à la pêche :

« Tiens, à toi l'honneur ! »

J'ai posé le demi trip sur ma langue et bu une gorgée de thé tandis que mon camarade portait à son tour la main à la bouche. Puis je lui ai tendu la bouteille. Il a bu, lui aussi. Pendant un instant, j'ai senti le bout de carton gorgé de LSD descendre dans mon œusophage. Le mec s'est déridé :

« C'est le chimiste en personne qui vend ça en gros, dans son camion. Un énorme van rose bonbon avec des fleurs blanches, sur le parking, pas loin de l'entrée. Des pâquerettes. Mais je te préviens, il a pas le gaz à tous les étages.

— Comment ça ?

— Il discute avec un lapin, sur son épaule.

— Quoi ? Il a un lapin qui parle ?

— Mais non, il est taré, je te dis. Il converse avec, mais l'animal se contente de mâchouiller un chewing-gum imaginaire près de son oreille, comme s'il lui murmurait des trucs. Le gars se fait carrément des conversations, comme ça. Je t'aurai prévenu. Il a l'air d'un pur savant fou, avec la chemise de labo, les cheveux hirstutes, tout ça, et il discute avec un lapin. Alors je serais toi, j'éviterais de le contrarier.

— OK, merci. À plus et... bon biz à toi ! »

Et on a laissé le dealer pour revenir vers le son des 62P. D'autres clients faisaient déjà la queue. J'ai lâché :

« Je suis désolé !

— Pourquoi ?

— Ben, t'avais arrêté les drogues, non ?

— J'ai arrêté !

— Bah, oui, mais là, tu viens juste de...

— Tiens ! »

Il me tendait la main, paume vers le haut. Je pouvais y distinguer un tout petit rectangle gris.

« Mais enfin, ai-je réagi, estomaqué, comment t'as fait ?

— Qu'est-ce que tu crois ? J'ai fait de la magie, dans ma jeunesse ! J'ai commencé avec la malette de Mickey. Tiens, prends-le. Mais je serais toi, j'attendrais la montée du premier. Garde-le pour plus tard.

— Dans quoi ?

— Attends ! »

D'une poche de son manteau, il a sorti un tiquet de caisse de supermarché.

« Tu mets dedans et tu plies.

— OK, merci ! ai-je dit en m'exécutant. Mais, heu... enfin voilà, quoi, je...

— Quoi ?

— J'ai vraiment avalé le mien, moi !

— Et alors ? C'est pas ce que tu voulais ?

— Si. »

Mais, tout-à-coup, moi non plus, je n'étais plus si sûr que ça.

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