14 : Marcel

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À

Un nouveau groupe de teufeurs s'approchait de nous. Trois meufs et deux mecs. Érig allait leur répondre, mais le gars, par terre, l'a fait à sa place :

« Merci ça va. Ils gèrent. J'ai pris trop de cocaïne. Ils essaient de me calmer !

— Ah, OK !

— Bonne teuf ! »

Et ils sont partis. Érig regardait le mec d'un air amusé, tandis que je lui faisais remarquer :

« Dis-donc, quelle bienveillance, ici ! »

Mon ami m'a regardé...

« Partout, en teuf ! Enfin... dans toutes les bonnes teufs où je suis allé.

— Tu me charries ! Je croyais que c'était chacun pour soi, en rave party !

— Absolument pas. Je croyais ça, moi aussi, avant. Mais ils nous ont carrément sauvés, moi et un pote.

— Sans exagérer ? »

Il a laissé passer quelques secondes puis :

« À une époque où j'ai un peu touché le fond, je parcourais... enfin... j'allais en teuf avec un ami en phase d'autodestruction, lui aussi. Me demande pas pourquoi, c'est nos vies point com. Mais là où moi, je touchais le fond d'un petit océan, lui s'écrasait au fond d'un abysse dont je sais pas s'il existe plus profond. Peut-être que c'est le fait d'avoir toujours eu quelqu'un d'autre que moi à ramener en vie qui m'a retenu. Ou peut-être que finalement, au fond de moi, je tenais à la vie. Mais lui... il venait dépenser toutes ses tunes dans une perche colossale. Le big mélange. Il gobait tout se qui se présentait à lui : alcool, shit, coke, kéta, taz, trips, champotes, mescaline et même du LSD en fiole... »

Là, il a penché la tête :

« Ah non ! Autant pour moi, c'est moi qui étais friand de ça. Il mélangeait toutes les drogues et ce juste le premier soir. Il passait le reste de la teuf à comater à l'arrière de ma caisse, gémissant et suppliant pour qu'on appelle les pompiers sauf que... tu vois, les teufeurs d'expérience connaissent cet état. Ils savent que tu vas pas mourir et qu'il faut juste qu'on veille sur toi. Non seulement ils m'ont appris comment faire, mais à chaque fois que ça lui est arrivé, nos voisins teufeurs se sont relayés auprès de lui pour que je puisse aller au son.

— Ah ouais !

— Au début j'étais pas tranquille de leur laisser ma caisse ouverte. J'avais tord d'avoir peur. Y'avait rien à gratter de toute façon, dans ma Supercinq. »

Érig a poussé un grand soupir...

« Benji aussi, quand on s'est recroisés, il lui est arrivé de veiller sur mon pote Marcel !

— Il s'appelait Marcel ?

— Il s'appelle toujours. Lui non plus, la teuf l'a pas tué. Il s'en est sorti. Pour tout te dire, on s'en est sorti ensemble, bras dessus, bras dessous, comme deux compagnons d'arme en piteux état s'extrayant d'un charnier. Au passage, on avait appris le sens de la philosophie Hardcore.

— Ah, parce que y'a une philosophie Hardcore ?

— Ouais ! »

Prenant la voix de Rambo, il s'est mis à clamer :

« Hardcore ! Hardcore ! Tant que j'ai encore mal, c'est que j'suis pas mort ! »

Continuant avec son timbre habituel :

« Ça veut dire que tu peux en chier, il peut t'arriver tous les malheurs, tu peux même essayer par tous les moyens de t'auto-détruire, tant que tu souffres encore, c'est que t'es encore là. Il arrive un moment où il faut pousser du talon au fond de la mer pour remonter à la surface. C'est ce qu'on a fait. Marcel a même trouvé l'âme sœur et de ce que j'en sais il touche plus à la drogue. »

S'en est suivi un long silence, sur fond de techno environnante, finalement brisé par le mec par terre.

« Qu'est-ce qui lui est arrivé ? »

Il était toujours à plat ventre, le bras en l'air enlacé par ceux d'Érig.

« Je viens de te dire que tout s'était bien fini pour lui, a répondu ce dernier.

— Non, l'autre, au col de l'Arche ! T'as dis qu'un mec hurlait dehors. Tu regardais à la fenêtre de ton camtar et... il lui est arrivé quoi ?

— Ah, tu t'es pris à l'histoire ?

— Ouais !

— Je peux te lâcher, alors ?

— Ouais !

— Tu tenteras rien ?

— Non !

— Tu rentres en stop ?

— Ouais !

— Et t'attends pas Cyril à sa caisse !

— Non ! »

Érig s'est levé avec souplesses. L'autre, par contre, avait l'air plutôt ankylosé.

« Dam, c'est ça ? l'apostrophait mon ami.

— Ouais. Damien.

— Prends place ! »

Érig lui montrait l'herbe à côté de moi. Tandis qu'il s'asseyait par terre, un sifflement strident m'a fait tourner la tête de l'autre côté. Comme un pinson qu'on égorge. Cyril jouait avec un brin d'herbe ramassé dans l'herbe. Il en avait fait un sifflet en le coinçant entre ses deux pouces. J'ai fait :

« Wouaaah ! »

Et lui avec un grand sourire :

« J'ai jamais compris comment faisaient les potes de colo ! »

Visiblement, il était toujours en transe.

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