12 : Teuf au Col de l'Arche

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D'une voix forte, Érig a lancé :

« Merci ça va. On gère. Il a pris trop de cocaïne. On essaie de le calmer.

— Ah, ok ! répondait la meuf. Bonne teu...

— Attendez ! l'ai-je interrompue. Vous pouvez nous aider, ouais.

— Comment ?

— Tu sais faire les soufflettes ?

— Quoi ? »

J'ai donné un coup de langue à mon ouvrage pour le terminer puis :

« C'est pour le calmer. Mais moi, je me suis déjà cramé la langue. Mon pote fume pas et l'autre est en transe. »

Elle a jeté un œil sur Cyril. Ce dernier contemplait les étoiles avec un sourire béat.

« Vous vous emmerdez pas, vous !

— Jamais. Allez, s'te plaît ! »

Érig lui a proposé :

« Vous pourrez garder le pétard, on a juste besoin d'une soufflette.

— Ah ! OK. »

J'ai allumé je joint, tiré une bonne taf au passage et je le lui ai tendu tandis qu'elle s'approchait, laissant ses amis en arrière. Elle était jolie, dans son style teufeuse. Les mille et une nuits en kaki. sauf que sous les voiles elle portait des leggings, kaki aussi. Une perle en métal ornait son front. Des tresses noires s'enroulaient autour de sa tête. D'autres serpents enlaçaient ses bras aussi, mais en tatouages. Elle a pris le pétard. Avec souplesse, elle s'est allongée sur le dos à côté du type. On a pas eu à s'écarter, Cyril et moi mais... la vache ! C'était sensuel ! Étendue à nos genoux, elle a mis le bout incandescent dans sa bouche, puis s'est mise de côté face au mec. Erig a dit :

« A trois. Un, deux... »

Il a enfoncé un genou dans les côtes du mec...

« Trois ! »

Le gars a pris une grande inspiration réflexe tandis que la fumée lui arrivait dans la tronche. En se relevant, elle a sorti le joint de sa bouche et, nous le montrant :

« Merci !

— Merci à toi, a répondu Érig.

— Vous savez où on peut trouver du bédo ?

— Essayez dans les passages entre les sites. Sinon, d'habitude, c'est sur les parkings vers l'entrée.

— OK. Bonne teuf !

— A vous aussi. »

Et ils sont partis.

« Bon, reprenait Érig. On était où ? »

C'est le mec au sol qui a répondu d'une voix pâteuse :

« En Idalie, au Gol de l'Arge !

— T'écoutes aux portes, toi ?

— Je d'emmerdeuu vaaa jierrr, du me dis je de drogue eeeet vous faides guoiiiii ! Z'est bas drogueeeeer les gens, za , beeeeuuuuh, à lui vaire des zouvlettes ?

— La vache ! Il a l'air dans le potage. Il va vomir, là ! On y est pas allés un peu fort ?

— Mais non. Ça va aller ! Alors ouais. Le week-end du quinze août deux-mille-deux, tekos en Italie dans les Alpes, au Col de l'Arche. C'est là-bas que j'ai goûté à la kétamine. Sauf que nous, à la base, on allait en Espagne.

— Ah bon ?

— Ouais ! »

J'ai sorti de quoi me rouler un autre pétard.

« Sur un plan à l'arrache en plus. Mon amie Charlène m'a appelé deux jours plus tôt pour me dire :

« Y'a un gros tekos électro house en Espagne ce week-end. On y va ? »

J'ai dit :

« Carpe Diem ! »

Je suis un peu philosophe, moi aussi. Le vendredi, je suis allé les chercher à Quimper, elle et un pote à elle.

— Attends... T'es du Morbihan, non ?

— Ouais.

— Et t'allais les chercher à Quimper, sur un appel, pour les emmener en teuf en Espagne.

— Ouais, et alors ?

— Eux aussi ils profitaient bien de ton véhicule !

— Y'a pas de profiteurs chez mes amis. Mes pote, ils partagent. Ils échangent... le troc, tout ça. Charlène me coiffait gratos. C'était son métier.

— Oui, enfin, quelques coupes à 15 Euros...

— Non, vieux. Une tête de scène. A l'époque, je contais déjà des histoires aux gens. En plus, j'écrivais des chansons pleines de licorneries.

— De quoi ?

— Des licorneries. Des elfes, des lutins, des farfadets... cherche pas, c'est un mot à moi. Elle me faisait une coupe spéciale, un fagot assez court de mèches brunes et vertes, coupé de façon à donner l'impression que j'avais les oreilles taillées en pointe. Une création à elle : Gueule d'Elfe. Du genre qui coûte un peu plus que 15 euros, dans le monde professionnel. Du coup, c'était en même temps ma gueule de tous les jours et, fatalement, ma gueule en teuf.

— Ah, d'accord.

— Essaie de pas trop m'interrompre, sinon on n'a pas fini.

— OK !

— Je suis donc allé les chercher avec mon camping-car, un vieux Challenger blanc-crème de quatre mètres trente. Il avait même pas le turbo diésel. Il ramait grave dans les côtes. Mais j'étais absolument fan de sa capucine, la couchette au-dessus du conducteur. C'était mon nid pour fraker dans les grosses teufs. Sur une place de Quimper, j'y ai accueilli Charlène et son pote Léo. Mon amie, brune, petite, légèrement rondelette... très séduisante, était déjà tout sourire en montant dans mon camtar. Elle a fait :

« Érrig ! Je te présente Léo. »

Avec ce léger mais désarmant accent germanique qu'elle traînait partout.

— Elle était allemande ?

— Hollandaise. Et elle l'est toujours. La teuf l'a pas encore tuée.

— Désolé !

— Son pote est monté à son tour. Il était grand, voûté et arborait une improbable crinière noire. Il m'a gratifié d'un :

« 'Lut ! »

Puis s'est directement affalé sur l'une des banquettes, à l'arrière du camtar.

On a taillé la route, direction l'Espagne. A Vannes, on a pris des auto-stoppeurs. Deux jeunes, la vingtaine bien tranchée. Eux, ils allaient en Italie, à un autre gros tekos plus dans mes goûts. Plus hardcore. Le temps d'arriver à Nantes, ils avaient réussi à nous convaincre de les suivre au Col de l'Arche, en Italie.

Après Lyon, alors qu'on cherchait la route permettant de traverser les Alpes par les montagnes, on est tombé sur un convoi complètement perdu. Des dizaines de véhicules de teufeurs qui savaient pas où aller, vieux camtars, caisses à savon... Nous, on avait l'infoline et mon Atlas papier.

— Kézako ?

— Un Atlas papier ? Un bouquin avec toutes les cartes de France. Un truc dont on tourne les pages. On en raffolait avant les ordis et les GPS. Enfin bon... On connaissait la route. Mon camping-car s'est retrouvé en tête de cortège. On s'est juste arrêté en chemin pour acheter des chaînes à neige au cas où. Ça montait grave et le décor commençait à blanchir. D'habitude, un gros tekos, on le place au milieu et les parkings autour. Là, pas moyen, une seule route traversait le col. Les véhicules et les sound systèmes se garaient à l'arrache, à mesure de leur arrivée. On a eu de la chance. Y'avait déjà plein de monde. On s'est retrouvés au milieu de ce qui plus tard serait surnommé le Tekos Camping, avec, sur le toit du camping-car, un plot orange des travaux publics qu'on avait chouré en chemin. D'immenses murs de sons dispersés entre vieilles guimbardes, camtars du dernier millénaire et... tentes de camping. On s'est vite retrouvés encerclés de drapeaux Gwenn Ha Du. J'avais pas lu les plaques. Mon camtar venait de convoyer des compatriotes, c'était le quartier breton ! »

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