08 : Nouvelle drogue

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Alors qu'on rapprochait une autre bobine en bois à côté de la première, Érig a lancé :

« On va plutôt virer les tables. »

Il tenait le mec par le bras, mais le gars semblait pas avoir besoin d'aide. Il marchait d'un pas sûr bien que lent, le regard complètement explosé et l'air ravi. Quoique... le mot n'est pas assez fort. Illuminé, je dirais. Comme dans ces vieux films qui racontent la Bible. Moïse descendant du Mont Sinaï, la barbe et les tablettes en moins.

On a remis la table à sa place et on a viré l'autre. Érig a installé le type sur le canapé entre les deux teufeuses qui se sont écartées de bonne grâce. Pendant ce temps je lui attrapais un troisième pouf. Comme si c'était possible, le sourire du gars s'est encore élargi. D'une voix pâteuse, il a engagé :

« Salut les filles ! Vous venez du Paradis ? »

Elles ont répondu en gloussant :

« Non, d'Alsace. Moi c'est Katel.

  • Et moi je suis corse. Fais gaffe à mes frères... »

Maud avait l'air de plaisanter mais d'un coup, son sourire a disparu. Elle a fait :

« Vous êtes sympas, mais il faut que je retrouve mes frangins, on doit aller en teuf. On a de la route à faire !

  • On y est déjà, est intervenue Célime tandis qu'Érig s'asseyait entre nous deux. On est en plein milieu. Tu te souviens pas parce que t'as pris quelque chose. Mais tu as égaré tes frères. On va retourner au son les chercher.
  • OK !
  • Quel est le problème ? S'enquérait Érig à voix basse. »

Baissant d'un ton à son tour, Célime a répondu :

« Plus de mémoire à court terme.

  • Mais la mémoire à long terme, ça va. J'ai bon ou j'ai bon ?
  • T'en as croisé d'autres ?
  • J'en ai un à la buvette. Un pote veille sur lui. Ils ont pris quoi ?
  • J'en sais rien. Première fois de ma vie que je vois cette perche.
  • Moi pareil.
  • C'est comme si on avait taillé leur mémoire au scalpel. J'ai creusé un peu.
  • Et ?
  • La mémoire à long terme aussi en a pris un coup. On dirait que tous les vieux traumatismes ont disparu. Ils paniquent pas parce qu'ils nagent au pays des Bisounours. La clé du bonheur.
  • Sauf que ça rend Alzheimer. »

Un lourd silence est passé sur nous. Puis...

« Je sais mon lion. Ça t'énerve. Respire. Moi, j'en ai accroché six.

  • Quoi ?
  • J'en ai égaré deux à cause de celui-là qu'il fallait calmer.
  • Désolé ! »

J'étais tellement pris par leur conversation que j'en avais presque oublié l'autre. Il avait pas l'air désolé, mais alors pas le moins de l'Univers. Tendant les bras sur le dossier du canapé, il avait délicatement attrapé les filles par les épaules.

« Pas grave ils ont pas dû aller loin. Et j'en ai deux au funérarium. On était trop nombreux, ici.

  • Au fumarium ?
  • Je sais pas, moi, comment il appelle ça, ton pote.
  • Le fumarium.
  • Ah. Eh ben, j'en ai deux au fumarium. C'est Worf qui les garde. Tu l'as pas vu ?
  • Je crois que mon attention a été détournée par un robot. Comment il va, mon pote ?
  • Bien, c'est mon pote aussi, il est très bien traité. »

Elle a laissé passer quelques secondes puis...

« Il va me manquer. »

Encore un ange qui nous a survolés et enfin :

« Donc ça fait sept pour l'instant, a repris Érig, le visage décomposé.

  • Tu penses à ce que je crois ?
  • J'espère que non.
  • Nouvelle drogue.
  • Et merde ! Nouvelle drogue ! »

Et moi :

« C'est si grave que ça ? »

Érig a poussé un soupir et :

« Grave, j'espère que non. Mais ça risque d'être chiant. On sait pas combien de temps dure cette perche. Ils finiront bien par trouver la drogue qui grille le cerveau dès la première prise. Si ça se trouve, c'est aujourd'hui.

  • Bordel !
  • Attends ! On sait pas non plus quel est leur approvisionnement. Il va y en avoir d'autres. De plus en plus. Si on s'organise pas, on peut être envahis.
  • La vache ! Bienvenue à Zombieland !
  • Au moins, ils ont pas l'air agressifs. On examinera leur cas après, voyons déjà celui-là ! »

Puis, à l'attention du mec :

« Comment tu te sens ?

  • Super bien ! a-t-il répondu d'une voix pâteuse. Tu m'as fait quoi ? C'est moi qui ronfle ? »

Sa respiration était lente et régulière. Son nez vibrait légèrement à chaque inspiration.

« Je t'ai plongé en transe. Ton corps est profondément endormi, mais ton esprit parfaitement en éveil.

  • C'est clair, punaise ! Je me suis jamais senti aussi intelligent, je bite à tout ce que vous racontez ! Vous êtes des chasseurs de perches.
  • Pardon ?
  • Vous volez au secours des gens qui partent en bad trip. »

Là, il a fait un clin d'œil à Érig puis :

« J'ai bon ou j'ai bon ? »

Désarçonné, mon ami a répondu :

« T'as bon.

  • Et je suis pas une flèche .
  • Ça va peut-être te surprendre, mais si. Enfin bon... C'est quoi, ton nom ?
  • Cyril.
  • T'es venu avec des potes ?
  • Ouais, un couple d'amis.
  • Des amis proches ?
  • Non, on va juste en teuf ensemble. C'est mon premier gros tekos.
  • C'est toi qui conduits ?
  • Ouais.
  • Et c'est ta voiture.
  • Heu... ouais mais... comment tu sais ?
  • Laisse-moi deviner. Toi, tu te drogues pas.
  • Je fume juste du pétard mais... Oh merde !
  • Qu'est-ce qui t'arrive ?
  • Depuis des années je dis aux gens que je fume mais que je me drogue pas.
  • Et ?
  • Je viens de me rendre compte à quel point c'est complètement con !
  • C'est pas grave. Dis-moi, tes potes, eux, ils se mettent une perche.
  • Ouais, grave. Et ils sont chiants avec ça.
  • Comment ça ?
  • Ils me tannent pour que je prenne quelque chose aussi.
  • Ils estiment que sinon, tu t'amuseras pas ?
  • C'est ça.
  • Et t'as beau dire non, ils insistent lourdement. »

Gros silence. Le mec disait plus rien, il regardait Érig d'un air pensif.

« Tu peux pas savoir à quel point. Alors dis-moi, comment tu sais ?

  • Tu vas comprendre. Est-ce qu'ils ont fait tourner des pétards ?
  • Je touche pas à leurs joints, je roule les miens. Ils mettent de la râbla dans les leurs. »

Érig a poussé un grand soupir. Je le sentais de plus en plus contrarié.

« Et... quelque chose à boire ?

  • Oui, des bières.
  • En canette pou en bouteille ?
  • Bouteille.
  • Elles étaient fermées ou tu les a décapsulées toi-même ?
  • Je sais pas...
  • Ferme les yeux et revois la scène. Elles étaient toutes fermées ? »

Cyril a obéi. Il a répondu :

« Non, Dam m'en a tendue une déjà ouverte... »

Soudain, il a rouvert les paupières et :

« Ils m'ont drogué à mon insu, c'est ça ?

  • Je suis désolé. »

Il a semblé réfléchir un instant.

« C'est pas grave. De toute façon, je suis leur ami parce que j'ai une voiture.

  • Si, c'est grave. Insistait Érig. Tu aurais pu finir en hôpital psychiatrique. Voire pire.
  • Quoi, pire ?
  • Te faire du mal ou faire du mal à d'autres. C'est comme-ça qu'ils ont pendu les sorcières, à Salem.
  • Sans rire ?
  • Je t'assure.
  • Raconte ! »

Mon ami a poussé un soupir :

« Après tout... on attend Tiburse alors...

  • Je vais chercher mes égarés, l'a interrompu Célime en se levant. Je connais déjà l'histoire. »

Elle lui a donné un bécot sur la bouche. Puis elle est sortie, laissant entrer pendant quelques secondes les rumeurs du teknival.

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