07 : Les Amants holistiques

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J'ai suivi la teufeuse qui rejoignait ses deux compagnes. Elle s'est assise sur son pouf en poussant un soupir.

« Comment ça va, les filles ?

  • Bien, a répondu la rousse, mais... on est où ? Je devais aller en teuf !
  • On y est . On fait une pause. »

La blonde est intervenue :

« On se connaît ?

  • Non. Je m'appelle Célime.
  • Céline ?
  • Non, Célime. C'est le diminutif de Célimen.
  • Ah ! Moi, c'est Katel.
  • Moi c'est Maud.
  • Je sais, soupirait Célime. Vous inquiétez pas, mon ami aide quelqu'un et après, on va au son. On retrouvera vos potes. »

Puis, levant la tête vers moi :

« Et toi ? T'as un nom ? Tu comptes rester debout ? »

J'ai attrapé un autre pouf qui traînait par là. En m'affalant dessus, j'ai soufflé :

« Fred. C'est le diminutif de Frédéric. C'est moins original mais je fais avec. »

Un silence est passé sur nous. Célime se tenait droite sur son pouf, les yeux fermés, les mains jointes sur les genoux. Les deux autres semblaient hypnotisées par la musique douce qui baignait la pièce. Elles avaient le pif en l'air et le regard dans le vide. Au bout d'un moment, j'ai lâché :

« Et alors, Érig et toi ? »

Sans rouvrir les yeux elle a répondu :

« Quoi, Érig et moi ?

  • Vous êtes ensemble ou quoi ?
  • Oui et non.
  • Vous êtes un couple libertin ?
  • C'est plus compliqué que ça.
  • C'est toujours compliqué. Vous vous aimez ou pas ? »

Elle a pris une grande inspiration, poussé un long soupir. Plongeant son regard d'émeraude dans le mien, elle a lâché le plus sérieusement du Monde :

« Oui, on s'aime. Mais on forme un couple holistique. »

Et elle a repris sa pause méditatoire. Là encore, j'ai laissé passer un instant puis :

« Ah, d'accord. C'est cool. Ça explique tout ! Et... ça veut dire quoi ? »

Elle a poussé encore un soupir et :

« Ça veut dire que lui et moi, on fait partie d'un tout plus grand qui a tendance à décider pour nous quand et où on se croise.

  • Quoi, vous vous retrouvez au fil du hasard ?
  • Ou du destin c'est comme tu veux. C'est peut-être même un peu des deux.
  • Vous croyez à ça, vous ?
  • En quoi on croit, aucune importance. Ce n''est pas comme si on n'avait pas essayé.
  • Comment ça ?
  • Au début, on a échangé nos numéros. C'est pratique un téléphone, ça enregistre tout. Moi, je ne retiens pas les chiffres. Érig non plus, on a une mémoire auditive.
  • Et ?
  • Et rien, on a tous les deux perdu nos portables. Enfin, moi j'ai perdu le mien. Érig ne te racontera jamais ce qui lui est arrivé tellement il a honte.
  • Vas-y, vas-y, dis ! »

Elle a ouvert les yeux, sans plus, et s'est mise à conter :

« Quand on lâche les drogues, on n'est jamais à l'abri d'une incartade.

  • Une incartade ?
  • Une entorse au régime. A une teuf où je n'étais pas là, il s'est laissé aller au LSD en se disant qu'il ne risquait rien à la sortie, parce que ce n''est pas dépisté par le test salivaire. Il a gobé un trip. En pleine perche, une jolie meuf en détresse lui a emprunté son téléphone pour passer un coup de fil. L'instant d'après, il était ailleurs dans la teuf, la meuf avait disparu et son portable avec. C'est un des effets du LSD. Il l'avait payé cher en plus. C'était le modèle vu dans le dernier Mission Impossible. Mais il est trop gentil, mon lion. Surtout quand on lui fait un beau sourire. Elle lui a donné une bonne leçon, la pétasse.
  • Elle a peut-être pas fait exprès !
  • Et mon cul, c'est du poulet ? C'est comme ça qu'on dépouille les tripax.
  • Sans déconner ? »

Elle m'a regardé en souriant...

« T'es jeune. Tu débarques. Tu vas en apprendre, des trucs. Je t'envie. Mais désolée, ce sera souvent à tes dépends. Il n'y a pas plus facile à dépouiller qu'un tripax. Pas besoin de taper, tu peux l'amener à te donner n'importe quoi. »

A son tour, elle a laissé passer un silence puis :

« Une autre fois, on a échangé nos adresses. Mais quand je suis passée le voir, son immeuble avait cramé deux mois plus tôt. Les autres locataires étaient relogés temporairement en attendant la fin des réparations mais lui, il était parti ailleurs.

  • Sans laisser d'adresse ?
  • Ouais. Je lui en ai voulu pour ça mais je crois ce c'est le jour où il a abdiqué. Moi, il m'a fallu plus de temps.
  • Mais il avait la tienne d'adresse. Il pouvait passer te voir !
  • Elle a cramé avec son appart.
  • Quand-même ! »

Je trouvais cette histoire un peu grosse.

« Avec Internet, les réseaux sociaux...

— Ecoute, je ne vais te raconter tout qu'on a essayé et qui s'est voué en échec. Ca te ferait louper la teuf. Il va falloir me croire.

— ok ! »

Encore une fois, un ange est passé sur nous. J'ai fini par lâcher :

« Paie toi les amants maudits ! Vous devez pas vous voir souvent.

  • Détrompe-toi, on vit plein d'aventures.
  • Sans déconner !
  • Comme tu dis. C'est comme si l'Univers nous réunissait chaque fois qu'il a besoin de nous. Mais il refuse qu'on se fréquente en dehors du travail. »

Elle semblait sérieuse, la mamie. Du coin de l’œil, j'ai vu du mouvement, au fond. Le mec avait l'air d'aller mieux. Érig l'aidait à se relever.

« Donne-moi un coup de main, m'ordonnait Célime en se levant de son pouf. Il faut qu'on agrandisse la table. »

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