06 : Pourquoi tout est bizarre ?

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Alors qu'on s'approchait des trois teufeuses, j'ai demandé à Tiburse :

« On étouffe pas, ici, au bout d'un moment, quand y'a du monde ? »

Celle assise sur un pouf levait la tête vers nous. Elle avait fini de rouler son pétard. Elle était jolie pour son âge. Bien conservée, quoi ! De fines rides parcouraient un visage à l"expression jeune. Deux couettes de petite fille quoique grises jaillissaient de chaque côté d'un crâne rasé par ailleurs. Une meuf sans âge, au regard vert comme sa tunique dont dépassait une paire de leggings plus claire. Tandis que Tiburse répondait :

« Y'a une clim mais j'y connais rien. C'est un pote qui l'a installée. »

Et à l'intention d'Érig :

« T'as des nouvelles de Piouf ? »

Notre ami, lui, n'était plus avec nous. Il s'était arrêté en plein élan en voyant la teufeuse, l'air totalement inexpressif. Le visage illuminé d'un grand sourire, la meuf l'a accueilli d'un :

« Salut mon lion. »

La surprise passée, Érig a répondu :

« Salut, petite souris. Qu'est-ce que tu fais là ? »

Elle s'est levée, l'a attrapé dans ses bras et ils se sont roulé une pelle. Y'a qu'en teuf qu'on peut voir des trucs aussi dingues. C'était chaud... et long ! Tiburse a tenté un :

« Vous vous connaissez ? »

Pas de réponse. Alors pour passer le temps, j'ai demandé à mon nouvel ami :

« Piouf, c'est aussi un ancien rôliste ?

  • Oui et non, répondait-il sans lâcher les amants des yeux. Je crois qu'il y joue toujours comme nous à l'occasion. Mais piouf, ça n'a rien à voir. C'est le bruit que ça fait quand il éternue.
  • Pardon ? »

Soudain, il a crié vers les amants :

« PIOUF !!!! »

Ils se sont lâchés tout de suite. Mais le gars, au fond du caisson, est parti en panique.

« Qu'est-ce qui se passe ? criait-il, cherchant d'un regard vide autour de lui. Je suis où, qu'est-ce qui se passe ?

  • Rhâââ ! C'est malin ! crachait l'inconnue en s'élançant vers lui. J'avais réussi à le calmer ! »

Érig l'a suivie tandis que Tiburse et moi, on restait en arrière. Les deux autres teufeuses nous contemplaient depuis un canapé recousu de partout. Une blonde taillée en brosse et une rousse à queue de cheval. La blonde s'est présentée :

« Salut, moi c'est Katel.

  • Enchanté, Katel. Moi c'est Fred.
  • Et toi, c'est qui ?
  • Heu... je te l'ai déjà dit tout-à l'heure, a répondu Tiburse. Je m'appelle Lolo.
  • Ah, d'accord ! Elle, c'est... commençait-t-elle en se tournant vers la rousse. »

Mais elle s'est figée alors que l'autre répondait :

« On se connaît ?

  • Oui, heu... on est avec... non... oh, je me souviens plus ! Moi c'est Katel.
  • D'accord, d'accord ! Moi, c'est Maud. Tu peux me dire où on est ? »

Tiburse et moi on s'est regardés. J'ai fait :

« Enchanté, Lolo. »

Il a répondu :

« Ravi, moi aussi. Tu sais ce qui se passe, toi ?

  • Aucune idée. »

Érig revenait vers nous :

« Dis-moi, Fred, tu fumes toujours ?

  • Ouais, pourquoi ?
  • On a besoin de toi, viens.
  • Je vous laisse, a décidé Lolo. Je vais préparer mes skeuds pour t'à l'heure. Comme ça je serai tranquille. Vous bougez pas hein ?
  • On sera là ! »

J'ai suivi Érig. Les vibrations de la teuf se sont engouffrées à l'intérieur le temps que la porte se referme sur Lolo. La teufeuse était accroupie auprès du mec, lequel s'était calmé. Il avait pas l'air d'un teufeur. Jean bleu, chaussures de rando et une veste en jean qui laissait voir un t-shirt blanc. Aucun piercing, aucun tatouage, coupe de cheveux classique. La meuf s'est tournée vers moi, elle m'a demandé :

« Tu sais faire les soufflettes ? »

Elle me tendait son pétard et un briquet.

— Heu ouais mais... »

J'étais frappé par son regard accentué par deux bijoux en métal qui ornaient ses tempes, remontant vers l'arrière. Ça lui donnait comme un air cléopâtral.

« Nous, on fume plus, lâchait-elle.

  • Mais alors...
  • C'est pour lui. Mais tu peux tirer dessus aussi si tu veux. »

J'ai allumé le pétard, tiré une taf parce que là, j'en avais bien besoin puis j'ai retourné le joint. Je me suis accroupi face au mec, j'ai collé le bout incandescent dans ma bouche, serré les lèvre sur le pétard et je lui ai soufflé la fumée à la tronche. Pendant ce temps-là, la teufeuse l'encourageait à prendre une bonne inspiration. Comme je suis pas expert, je me suis un peu cramé la langue. Alors une fois fait, j'ai vite sorti le joint de ma bouche tout en crachant :

« Je croyais qu'il se droguait pas !

  • Le pétard oui mais je me drogue pas, gémissait le gars. Pourquoi tout est bizarre ? »

La meuf s'était levée, laissant la place à Érig qui s'accroupissait à son tour en me glissant à l'oreille :

« Essaie de pas interférer, s'il te plaît. »

Puis, à l'attention du mec :

« Comment tu te sens ?

  • Dans le cotoooooon !
  • C'est normal, c'est bien. Ferme les yeux. Laisse-toi aller et respire. Respire un bon coup et après, laisse faire ton corps. Laisse-toi aller. Imagine que t'es dans l'eau. Tu respires, t'as des branchies. Tes complètement immergé mais tu respires. Prends encore une inspiration. »

Le gars obéissait au fur et à mesure.

« T'es dans l'océan, près de la surface. Il fait jour, y'a de la lumière. L'eau est claire, entre le bleu et le vert. Tu vois même passer des poissons. Tu les vois ?

  • Oui !
  • C'est très bien. Alors laisse-toi aller. Laisse toi doucement, lentement, couler au fond de l'océan et laisse faire ton corps. Tu ne sens pas la pression et tu respires librement. Écoute ta respiration mais ne la force pas. La lumière décline. Elle baisse à mesure que tu plonges. »

Le mec respirait déjà plus lentement. Érig a levé la tête et il a dit doucement :

« Ça va prendre un certain temps, vous pouvez aller vous asseoir. »

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